Skip to main content

Full text of "Mémoires"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book that was preserved for generations on Hbrary shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose legal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia present in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journey from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we liave taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use these files for 
personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's system: If you are conducting research on machine 
translation, optical character recognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for these purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogXt "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it legal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is legal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any specific use of 
any specific book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 

at |http : //books . google . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ccci est unc copic numdrique d'un ouvrage conserve depuis des generations dans les rayonnages d'unc bibliothi^uc avant d'fitrc numdrisd avcc 

pr&aution par Google dans le cadre d'un projet visant ii permettre aux intemautes de d&ouvrir I'ensemble du patrimoine littdraire mondial en 

ligne. 

Ce livre dtant relativement ancien, il n'est plus protdgd par la loi sur les droits d'auteur et appartient ii present au domaine public. L' expression 

"appartenir au domaine public" signifle que le livre en question n'a jamais €l€ soumis aux droits d'auteur ou que ses droits Idgaux sont arrivds & 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombc dans le domaine public peuvent varier d'un pays ii I'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le pass6. lis sont les t^moins de la richcssc dc notrc histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine ct sont 

trop souvent difRcilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte prdsentes dans le volume original sont reprises dans ce flchier, comme un souvenir 

du long chcmin parcouru par I'ouvrage depuis la maison d'Mition en passant par la bibliothi^uc pour finalcmcnt se retrouver entre vos mains. 

Consignes d 'utilisation 

Google est fler de travaillcr en partcnariat avcc dcs bibliotht^ucs ii la numdrisaiion dcs ouvragcs apparicnani au domaine public ci dc les rcndrc 
ainsi accessibles h tous. Ces livres sont en effet la ptopri€t€ de tons et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
D s'agit toutefois d'un projet coflteux. Par cons6^uent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources in^puisables, nous avons pris les 
dispositions n&essaires afin de prdvenir les dventuels abus auxqucls pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes tecliniques relatives aux rcqufitcs automatisdcs. 
Nous vous demandons dgalement de: 

+ Ne pas utiliser lesfichiers & des fins commerciales Nous avons congu le programme Google Reclierclie de Livres ^ I'usage des particulicrs. 
Nous vous demandons done d'utiliser uniquement ces flcliiers ^ des fins personnelles. lis ne sauraient en effet Stre employes dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas proc^der & des requites automatisees N'cnvoycz aucune requite automatisfe quelle qu'elle soit au syst^me Google. Si vous cffcctuez 
des reclierclies concemant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractferes ou tout autre domaine ndcessitant dc disposer 
d'importantes quantitds de texte, n'lidsitez pas ^ nous contacter Nous encourageons pour la realisation dc cc type dc travaux I'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serious lieureux de vous Stre utile. 

+ Ne pas supprimerV attribution Le flligrane Google contenu dans cliaque flcliier est indispensable pour informer les intemautes de notrc projet 
et leur permettre d'accMer h davantage de documents par Tinterm^diaire du Programme Google Rccherclie de Livres. Ne le supprimcz en 
aucun cas. 

+ Rester dans la Ugaliti Quelle que soit I'utilisation que vous comptez faire des flcliiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilitd dc 
veiller h respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public amdricain, n'en dMuisez pas pour autant qu'il en va de m£me dans 
les autres pays. La dur& legale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays ^ I'autre. Nous ne sommes done pas en mesure de rdpertorier 
les ouvrages dont I'utilisation est autorisfe et ceux dont elle ne Test pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afflcher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifle que celui-ci pent Stre utilise de quelque fa§on que ce soit dans le monde entier. La condamnation h laquelle vous 
vous cxposcricz en cas dc violation dcs droits d'auteur peut £tre s6vtre. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et Facets ^ un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le fran9ais, Google souhaite 
contribuer h promouvoir la diversity culturelle gr§ce ^ Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres pcrmet 
aux intemautes de d&ouvrir le patrimoine littdraire mondial, tout en aidant les auteurs et les dditeurs ^ dlargir Icur public. Vous pouvez effectuer 
dcs rccherches en ligne dans le texte integral de cet ouvrage ^ radresse fhttp: //books .google. com| 



M^MOIRES 



L'ACADEMIE DE VAUCLUSE. 



DEUXieME SfiRIE. 
TOME I. — ANNEE 1901. 




AVIGNON 

FRANCOIS SEGUIN, IMPRIMEUR-6DITEUR 

II, roe Bouquerle, 11 

190 1 



'13 
1 b ^ 
. v/ 3 ^ ^ 






ACADfiMlE DE VAUCLUSE 



FONDEE LE 20 JUILLET 1801. 



Presidents d'honneur : MM. Mordon et Sagnier. 

BUREAU POUR LWNNEE igoi, 

PnKsideni MM. Laval. 

Vicc-preshicjits J 

( CHOHAIT. 

SecreLiire general Labanoe. 

IDe Fauguer. 
Pellat. 
Belladen. 

secretaire Meritan. 

Tresorier Bonnecaze. 

Bibliothecaire Chatelet. 



MEMBRES HONORAIRES. 

MM. 

L'Archeveql'e d' Avignon. 

Le General commandant la 'Mf division militaire. 
Lc Prefet de Vauclusc. 
Lc Maire de la villc d'Avignon. 

Bavle. G.. I- sous-bibliothecairc aii Musec-Calvet, a Avignon. 
Fabre, *, docteur cs sciences, a Serignan. 
FuzET (Mgr), *, archeveque de Rouen. 
GuiLLAU.ME, G. O. ^, sculpteur, a Rome. 

Jl'lllvn, Camille, *, O. I., professeur a TUniversite de Bordeaux. 
Lastevrie (Comte Robert de), O.I. «, membre de I'lnstitut, ^ 
Paris. 

Mistral, Frederic, O. *, a Maillane. 



IV I.ISTK l)i:S MKMIUUCS 



MEMBRES TITULAIRES AYAXT PERPKTl'K LEl'R COTISATION' : 

MM. Chohaut, Alfred, docteur en mcdccine, hienpileur de I'Aca- 
demie, a Avig^non (5 avril 1889). 
Eysseric, Joseph, artiste peintre, a Carpentras(i"'" mars iRc^S). 
L^Epixe (Marquis Raymond de), a Avignon (i3 avril 1H9C)). 



MKMBRES TITULAIRES. 

MM, 

Abric, Maurice, negociant, a Avignon (r'semestre i883). 

Aepiiant, O. *, docteur en medecine, a Avignon (\" juin i8cp). 

Anselme (D'), a Avignon (G Janvier i8()8). 

Arnaud, notaire, a Aries (1886). 

Arnaud, notaire, d Barcelonnette (6 juin i885). 

Arxaud de Fabre, docteur en medecine, a Avignon (i883). 

Aurouze (Abbe), professeur, a Avignon (2 decembrc 1897). 

AuTRAN^ pasteur de la religion reformee, tx Avignon (2 avril 1887). 

Azemar, docteur en medecine, a Avignon (2 decembre 1897). 

Bayol, dessinateur a la chelTerie du 7* genie, ix Avignon (2 de- 
cembre 1897). 

Belladex, Louis, artiste peintre, d Avignon (2 decembre 1897). 

Biret, A., ferronnier d'art, a Avignon (1882). 

BoNXECAZE, chef de bureau a la Societe generale, A Avignon 

(16 avril 1896). 
BoxxEFiLLE (Abbe), supdTieur. du Petit Seminaire d'Avignon 

(II novembrc 1897). 
BoxxET, Julien, ancien conseiller de prefecture, a Avignon (1882). 
BoxNET, Leon, batonnier de Tordredes avocats, a Avignon (i883). 
BoxxET, Victor, docteur en medecine, a Oppede (6 fevrier \ikfo), 
BouRGEs, Gabriel, O L, professeur dc dessin au Lycec d'Avignon 

(1882). 
BouRGES, Michel, medecin de la marine, a Madagascar {V fevrier 

1900). 
Broelemaxx, Henry, banquicr, a Paris (11 octobrc ujx)). 
BrucjUier-Roi'kk, au Pt>nt-Saint-Ksprit (H Janvier 1S87). 



IMi LA SOCIETE V 

MxM. 
Brl:x, Pierre, supplcant du juge de paix, a EI-Miliah (G Janvier 

1887). 
Brunkl, Leon, a Avignon (2 avril 1887). 
Caillol, Henri, notaire, a Marseille (5 avril i8(p). 
Caheau, Edmond, publiciste, a Avignon (6 Janvier i8()8). 
Carre, docteur en medecine, a Avignon (1882). 
Cassix, Paul, docteur en medecine, a Avignon (1882). 
Caucanas, ing(^nieur du canal de Pierrelatte, a Orange (7 fevrier 

i885). 
Chaxsroi'x, a., pharmacien, a Beaucaire(i3 octobre 1888). 
CiiASSAXO (Abbe), pnjfesseur au Petit Seminaire cJ'Avignon 

(r' ttvrier 1895). 
CuATKLKT. Casimir, employe a la Prefecture, a Avignon (9 no- 

vembre 1899). 
Clavel (Abbe), a Gordes (r^ juin kjck)). 

Clkmicxt (Abbe), ancien aumonierdu Lycee, a Avignon (8 Jan- 
vier 1887). 
CussAC (Abbe), vicaire genc^ral, a Avignon (11 novembre 180)7). 
Darexk DE Lacrozi: (Frederic de), a Avignon ((3 decembrc 19CX)). 
Dacvkrgxk, avoue, a Avignon (2 juin i8()8). 
Delalv, Alfred, ingcnieur a la G"' P.-L.-M., a Avignon (4 juillet 

i8()i). 
Delei'ze, avocat, ct Avignon (188G). 
Delmas, Jacques, Q I., professeur hon. au Lycee de Marseille 

(25 octobre i8<)()). 
Devdier, Marc, notaire, a Gucuron (i8(j()). 
Dlcommi'x, Andre, (jlectricien, a Avignon (7 juin 1895). 
Ducos, O. *, ancien depute de Vaucluse(i882). 
Du Lavrexs (Baron Guillaume), a Avignon (i3 avril i8<)()). 
DrRAXD, ancien professeur, a Bonnieux (i883). 
DuRAXD (Abbe), doyen honoraire, professeur au Petit Seminaire 

de Beaucaire (4 Janvier i8(S9). 
DiRHESsox, docteur en medecine, a Avignon (4 juin i8(/')). 
Ksperaxdiei'. Kmile, (> L *, capitaine professeur a I'Ecole 

militaire d^ Saint-Maixent (G septembre 1895). 
Fauciier (Paul de), a Bollene (i(S82). 
Falchier, notaire, a Orani^e (5 juillet i8<kO. 
FrcjiAL'x, O. ^'?, licut. -colonel d'artillerie territoriale, a Avignon 

(18SG). 
FujREx r, ancien president du Tribunal de commerce, a Avignon 

(I I novembre 1897). 



yi LISTE DES MEMBRES 

MM.' 

Fri'ctus (Abb6), cure dc Crillon (7 mars 1901). 

Frutiere (Mgr), pr^lat de la maison de Sa Saintete, a Nimes 

4 Janvier i8()5). 
Gap, Lucien, instituteur, i\ Villars (Vaucluse) (1882). 
Genin, Joseph, *, officier principal d'administ. en retraite, a Avi- 
gnon (i" decembre iScfj). 
Gefun-Ricard (Vicomte de), A., d Marseille (i883). 
Gleizal, Albert, ingenieur civil, ^ Privas (5 juillet i8(jr»). 
GoNDRAX, avocat, di Avignon (i3 avril 189c)). 
Goi'BET, Henri, avocat, a Avignon (i3 avril 1899). 
GouDAREAU, Jules, a Saint-Gervasy (Gard) (3 decembre icxjf)). 
GouELL, *, medecin en chef de rh6pital militaire d' Avignon 

(3 mars 1898). 
Graillv (De), inspecteur principal du Credit foncier, a Paris 

(7 juin 1895). 
Graxet, Lconce, proprietaire., a Roquemaure (1882). 
Gregoire, instituteur, a Bedoin (1893). 
Grimaud (Abb6), (> A., directeur de Tlnstitut des sourds-mucts, a 

Montfavet (2 juin 1890). 
Grimaud (Abb6 Augustin), cure de Sorgues (10 Janvier 1901). 
Griolet, *, sous-intendant militaire, a Epinal (6 septcmbre 1895). 
Grivolas. Pierre, !•» directeur dc TEcole des Beaux-Arts, a 

Avignon (1882). 
GiTENDE (M"^ Blanche), a Cavaillon (4 juin 1887). 
GuERiN, Claude, professeur a TEcole normale, a Avignon 

(i5 novembre 1891). 
GuERiN, Joseph, proprietaire, a Bonnieux (2 juillet 189(3). 
GuiBERT, avoue, a Avignon (i883). 

JoLEAL'D, *, sous-intendant militaire, a Avignon (8 novembre KjtX)). 
Labaxde, L.-H., I-j conservateur du Musee-Calvet, a Avignon 

(7 mars 1891). 
Larche, i> A., docteur en medecine, a Avignon (i883). 
Laroche, Henri, *, chef de bureau honoraire au Ministere dc 

rinterieur, a Avignon (i" f(!jvrier igoo). 
Lassalle, capitaine tresoricr au 7*" genie, a Avignon (2 juillet 

i89r)). 
Lauront, proprietaire, a Avignon (5 fevrier 1887). 
Laval, Victorin, I. *, medecin major de r'' classe au 7'' genie, a 

Avignon (1882). 
Le Gras, a Avignon (2 juin 1898). 



nn KA socii:tk vil 

MM. 

Li::vi:z()L' (Abbe), cure dj la Barthekisse (ii novembre ift<j7). 

LiMASSirr, docteur en droit, a Avifj^non (i(S82). 

Marciiani), (' I., inspecleur dacademie, a Avignon (4 Janvier 

rScp). 
Makmoitox, procureur dj la Republique, a Riom(? avril K) >:)). 
Mautix, proprietaire a Thouzon (Le Th()r)(i8K')). 
Mal'mkt, Remy, lepidopteriste. a Avignon (6 decembre iok)). 
Mnrrui: (xVIgr), prclat de la maison de Sa Saintete, a Rome 

{2[) avril i8()3). 
MkIvSsonnikr, Paul, ancien notaire, a Avignon (:> juillet iScp). 
Mi-iurrAN (Abbe Jules), a Avignon (3 f(^vrier i(S()<S). 
Mi:L:N[i:K(Mgr), eveque d'Evreux (8 juillet i8()7). 
MiciiKL, Fernand (Antony Rkal tils), a Orange(4 Janvier i8(p). 
MiciiKL. Louis, V A., O. M. A., directeur de la Socic^te generale et 

president du Tribunal de commerce, a Avignon (10 novembre 

i8<)8). 
Michkl-Bechkt, docteur en medecine, a Avignon (7 juin i8()5). 
xMoRDox, F., ancien tresorier-payeur general, a Angouleme 

(2 avril 1887). 
MoL'uuAL, *, chef du genie, a Avignon (3 mai ujx)). 
Morzix (Alexis), < I., receveur municipal, a Avignon. (1882). 
Xaoikt, Gustave, ancien president du Tribudal de commerce, a 

Avignon (2 juin iHijH). 
NoLRHV, Marcel, a Avignon (7 decembre i8<|(). 
Paiax. Auguste, negociant,a Avignon (1882). 
1\\MAHT), (). *, ^^ I., docteur en medecine, c\ Avignon (1882). 
Paxsikr. docteur en medecine, a Avignon (3 fevrier i8()8). 
Parrockl, Pierre. (> I., docteur en droit, substitut du procureur 

de la Republique, a Marseille (5 avril i8<p). 
Pkllat, Kdmond, O. *, inspecteur general honoraireau Ministere 

de rinterieur et ancien president de la Socic^te gcrologique de 

France, a Saint-Ktienne-du-Gres (ii.-du-Rh.) (2 juillet i8()'')). 
Pkrairl:, Maxime, industriel, a Sorgues (2 juin i8<)8). 
I^KRXoi). Jules, negociant, a Avignon (1882). 
Pkrrix, instituteur, a Avignon (5 Janvier i8(j2). 
Prottox, Pierre, fabricant de meubles, a Avignon (i883). 
Pn:L, Louis, entomologiste. a Avignon (S Janvier \^y)). 
Ravxoi.t, anc. greftier du Tribunal, a Avignon (1" i'evrier iq.x)). 
Ri:al', Leon, publiciste, a Avignon (7 decembre i8(ji)). 
REoLix(.\bbe), C L, archivistediocesain.aAvignon(7ievrier 188?). 
Ripf:rt. professcur de musique. a .\vignon (2 decembre 1897). 



VIU LISTE UES MKMBRES 

MM. 

RocMETix (M"*), a Arpaillarg-ucs (Gard) (i i novembre 1897). 
RouLs. inspecteur-adjoint d(^ forets, a Carcassonne (5 avril iSgS). 
RoussET, Antonin, inspecteur dcs forets en retraitc a L'lslc-sur- 

Sorgue (3 mai 190)). 
RouviEKE, avoue, a Avignon (3i mars 1898). 
RouviERE, pharmacien, a Avignon (i883). 
Roux, notaire, aCavaillon (1882). 

Roux, R(bmy, docteur en medccine, a Avignon (8 juillet 1897). 
Sage (Abbe), cure d'Aubignan (9 novembre i8cj^j). 
Sagxier, docteur en droit, a Avignon (1882). 
Saixt-Martin, Jean, avocat, a Avignon ((Kseptembre i8cp). 
Savixien (Frere), inspecteur dcs Freres dcs Ecoles chretiennes, d 

Avignon (1886). 
Sevxes (Jules de), proprietaire, a Saint-Didier (1882). 
Tardieu, *, docteur en medecine, a Aries (i3 octobre 1888). 
Terris (De), notaire, a Avignon (1882). 
Thomas, Joseph, negociant, a Avignon (i883). 
TouRTET,0 A., architectedepartemental,c\ Avignon (2fevrier 1897). 
Tracol, notaire, a Avignon (2 juin i8()8'. 
Trouillet (Abbc', curedu Thor(3 mai 190);. 
Vagxeur, industriel, a Avignon (r'' juin iScfj], 
Valabregue, Roger, avocat, a Avignon (i" mars i8()()). 
Valayer, Louis, proprietaire, a Avignon ^1882). 
Valextix, () A., architecte, a Avignon (1882). 
Valla (Abbe , Q A., cure-doyen de Villeneuve-lez- Avignon 17 de- 

cembre 189.}). 
Vallextix, juge au tribunal de Montelimar (i883). 
Vallp:xtix, Roger, () A., receveur des domaines, a Saint-Peray 

(5 novembre 1887), 
Verdet, Ernest, * negociant, a Avignon (1882). 
Verdet, Gabriel, *, nc^gociant, (i Avignon (i883;. 
Verdet, Marcel, negociant, a Avignon (i883;. 
Verxet, Lucien, <'' I., statuaire, a Avignon Gjuin i885). 
ViLLARET (De), «, chef d'etat-major de la 3(r division militaire, a 

Avignon (2 mars i8()9). 
VioxxET, Charles, <) A., professcur a TEcole dcs Beaux-Arts, a 

Avignon (9 novembre 1899). 
VissAC (Dc\ directeur du Credit foncier pour le departcment de 

Vauclusc, a Avignon (iH octobre i8(p . 
Xavier de Forj<viKRi:s .R. P. . au monastcre de Frigolet (i" Ic- 

vricr iHo^^. 



bE LA SOGlliTt: IX 



MEMBRKS ASSOCIES. 



MM. 
Arbacd, Paul, bibliophile, a Aix. 
Artozoul, avoue, a Lyon. 
AuBKRT, juge de paix, a Chcnerailles Greuse). 
AuGuioT, docteur en medecine, a Lvon. 
Avox, Emiie, proprietairc, d Avignon. 

Blanc, Lton, instituteur en retraite, a Serviers-Labaume ,Gard\ 
BouDiN (Abb6), cure d'Aumessas (Card). 
BoLTLAY (Abb6), professeurde Faculte, a Lille. 

CUAMBRE DE COMMERCE d'Avignon. 

CuRESTLvx, ancien mairc, a Sault. 

Delacour, Theodore, a Paris. 

Delorme, sculpteur, a Uzes. 

Destaxdau, pasteur, a Mouries B.-du-Rh.). 

Fillet (Abb(^), cure archipretre de Grignan. 

Garcix, (> A., ancien greftier du tribunal, a Apt. 

GuiGXARD DE BuTTEViLLE, ^ Ghouzv (Loir-ct-Cher). 

HoxoRAT, Bastide, a Digne. 

Lemaire, controleurdes manufactures de tabac, a Toulouse. 

Maxivet, Paul, C A., juge de paix, a Bollene. 

Marietox, Paul, chancelier du Felibrige, a Paris. 

MiixTz, Eugene, *, mcmbre de Tlnstitut, conservateur a TFcole 
dcs Beaux-Arts, a Paris. 

Reguis, docteur en medecine, a Villeneuve-lez-Avignon. 

Rexcurel, conseiller de prc^iecture, a Avignon. 

REVXAUD,Gustave,directeurdescontributionsdirectes,a Aurillac. 

Sallustiex (Fr(!)re). directeur des Ecoles chretiennes, a Uzes. 

Saurel. Ferdinand, C I-. chanoine titulaire, a Montpellier. 

Sauve, Fernand, a Apt. 

Vavssieres, conservateur du Musee d'histoire naturelle, a Mar- 
seille. 

Verax, architecte, a Aries, 



X MEMBKES COKRKSIMA'DANTS DE LA SOCIETE 



MbJMimtJS C()RIU::SP()XD. L\TS. 

MM. 

AuLTS (Dumcsnil d';, docteur en medccinc, a Abbeville. 

Bacourt (Comte Fourier de\ a Paris. 

Barthelemy (De\ A., '^ , membre de Tlnstitut, a Paris. 

Beauregard, *, pn»fesseurau Museum, a Paris. 

BerluoPerussis (I)e\ a Aix. 

Blancard, ic , archiviste des Bouchcs-du-Rhone, a Marseille. 

BoiSLisLE (l)e\ *, membre de Tlnstitut, ^ Paris. 

Bourgoint-Lagrange, ancien sous-prefet, i\ Bordeaux. 

(LvzALis DE FoxDoucE, fi^eolog-ue, a Montpellier. 

CiiARVET, Leon, C I- inspecteur de Tenseif^nement des arts du 

dessin ct des musees, a Paris. 

DuHAMEL, I., archiviste departemental de Vaucluse, a Avignon. 

Gaudry, Albert, *, membre de Tlnstitut, a Paris. 

GossE, .D' H.-J.), professeur, a Geneve. 

Gl'illaume (Abbe), archiviste des Hautes-Alpes, a Gap. 

Janet, Charles, ingenieur des manufactures, a Beauvais. 

Lacroix, *, archiviste de la Drome, a Valence. 

Lapierre, anc. archiviste et bibliothec. de la ville, a Toulouse. 

Laugier, conservateur des medailles au Musee de Marseille. 

Lecomte, adjoint au genie, a Commercy. 

Leexhard, geologue, a Montpellier. 

Lextheric. * , ingenieur, a \imes. 

Letiiirry. entomologiste, a Lille. 

LiEUTAiTD, Victor, a Volonne (Basses-Alpes). 

LocARD, a Lyon. 

LouHET, ancien magistrat, a Carpentras. 

Mas, professeur, a M(^ntpellier. 

MoRTiLLET (Adrien De\ A., a Paris. 

NicoT, pharmacien, a I\iris. 

Saixt-Vexaxt (De), inspecteur des forets, ^ Nevers. 
Testu, professeur d'anatomie, ^ Lyon. 

ViLLEEossE (Heron de\ *, conservateur au Musee du Louvre, 

membre de I'lnstitut, a Paris. 

YuxG, professeur a I'Universite de Geneve. 



SOCIETES CORRESPONDAXTES 



XI 



SOCIETES AVEC LESQUELLES L'AcADEMIE EClIANCiE SES MeMOIRES, 



Alpes (Basses-) — Socicte scientilique et littcraire des 

Basses-Alpcs, a Dif^^ne. 

Alpes (ILiiites-). ... — Socicte d'etudcs des Hautcs-AIpes, ^ 

Gap. 

Alpcs-Maritiynes. ... — Socicte des lettres, sciences ct arts des 

AIpes-Maritimes, a Nice. 

Aiide — Socicte des arts et sciences de Carcas- 
sonne. 

Bouches-dii-Wwne . . '. — Academic des sciences, arts et belles- 
lettres d'Aix. 
Revue historique de Provence. 
Socicte d'horticLilture et de botanique 

de Marseille. 
Societe de statistiquc de Marseille. 

Calvados — Society d'archeoloji^ie pour la conser- 
vation des monuments historiques, a 
Caen. 

Charente , . — Societe archeolog-ique et historique de 

la Charente, a Angouleme. 

Constanline — Societe archeologique du departement 

de Constantine. 

Correze — Societe des lettres, sciences et arts de 

la Correze, a Tulle. 

Coie-d'Or — Academic des sciences, arts et belles- 
lettres de Dijon. 
Commission departementale des anti- 
quites de la Cote-d'Or, a Dijon. 

Douts — Academic des sciences, belles-lettres ct 

arts de Besan(;r)n. 

Drome — Societe departcoientale d'archeologie et 

de statistiquc de la Drome, a Valence. 
Bulletin d'histoire ecclesiastique des 
dioceses de Valence, Gap, Grenoble 
et \'iviers. a R(jmans. 



XII 



ff t 



SOCIETES CURRHSl'OXDAyTES 



Gani — Socicite scientilique et litterairc d'Alais. 

Societc d'etude des sciences naturellcs, 

a Ximes. 
Academic du Gard, a Nimes. 
(Somite de Tart Chretien, a Nimes. 
Gjronne (llaute-j, . . — Academic des sciences, inscriptions ct 

belles-lettres de Toulouse. 
Societe archeologique du Midi de la 
France, a Toulouse. 
Gironde — Academic nationale des sciences, belles- 
lettres et arts de Bordeaux. 
Societe archeologique de Bordeaux. 

lUraiilt — Societe archeologique, scientilique et 

litteraire de Beziers. 
Acad<^mie des sciences et lettres de 

Montpellier. 
Societe archeolo^ique de Montpellier. 
Societe lang-uedocienne de geographic, 

a Montpellier. 
Societe pour letude des langues roma- 
nces, a Montpellier. 

Iscre — Academic delphinale, a Grenoble. 

Societe de statistique de I'lsere, a Gre- 
noble. 

Lnire — La Diana, a Montbrison. 

Loiret — Societe historique et archeologique de 

rOrleanais, a Orleans. 

Li>l-el-Garonnc — Societe d'agriculture, sciences et arts 

d'Agcn. 
Meiirthe'Ct-Mosclle . . . -- Academic de Stanislas, a Xancy. 

Societe d'archeologie lorraincaXancy. 

Sord ~ (]ommission historique du departement 

du Xord, a Lille. 

Pjs-dc-CjLiis -- Societe des antiquaires de la Morinie. 

a Saint-Omer. 

Puy-de-Dnmc — Societe des Amis dc TUniversite de 

Clermond-Ferrand 
Pyrenees (Basscs-j. . . - Societe des sciences, lettres et arts de 

Pau. 
Pyrenees-Orientjies. . — Societe agricolc. scientilique et litterairc 

des Pvrcnees-Orientales. a Perpignan. 



Rhone - Academic des sciences, belles-lettres et 

arts de Lvon. 
Bibliotheque de TUniversite de Lyon. 
Bulletin historique du diocese deLyon. 
Societe linneenne de Lvon. 
Societe litteraire, historique et archeo- 
lo^ique de Lyon. 

Saone-et'Loire — Societeeduennedes lettres, sciences et 

arts, a Autun. 
Societe des sciences naturelles de Saone- 
et-Loire, a Chalon-sur-Saone. 

Savoie — Societe savoisienne d'histoire et d'ar- 

cheologie, a Chambery. 
Savoie (Haute-). ... — Societe florimontane de la Ilaute- 

Savoie, a Annecy. 

Seine — Ministere de Tlnstruction publique et 

des Heaux-Arts : Archives du ser- 
vice des Monuments historiques. — 
Comite des travaux historiques et 
scientifiques. 
Bibliotheque de TUniversite de Paris. 
Societe nationale des antiquaires de 
France. 

Somme — Societe des antiquaires de Picardie, c\ 

Amiens. 

Tarn — Societe des sciences, belles-lettres el 

arts du Tarn, a Albi. 
Tarn-el-Garonne. ... — Societe archeolofjique du Tarn-et-Ga- 

ronne, a Montauban. 

Wir — Academic du Var, a Toulon. 

Societe d'etudes scientifiques et archeo- 
logiques de Draguignan. 

\*ienne f Haute-) — Societe des Amis des sciences et arts 

Rochechouart. 
Alsace-Lorraine. ... — Academic de Metz. 

Societe pour la conservation des monu- 
ments historiques. a Strasbourg. 



Etats-VnisdWmerique. — American Museum of natural history. 

a New-York. 
The Missouri botanical garden. 



^W SOCIETES COI<r<r:SPONDANTES 

» 

Ilalie — Accademia di conferenze storico-giuri- 

diche di Roma. 

Siicdc — Bibliothcquc de TUniversit^ royale 

d'Upsal. 
Suisse — Socicte neuchateloise dc geographic, a 

Ncuchatel. 




Les Troubles et Emeutes d'Avignon 



I (02- i6r^(). 



La longuc scrie de troubles qui, commencec au mois de 
deccmbre i6f>2, se tcrminait a peine en Tannee i(>5tj, a jete dans 
les alTaires avignonaises une telle perturbation que notre histoire 
locale en a garde le plus triste souvenir. A les considerer par leur 
cote ext^rieur et par les manifestations violentes qui en marque- 
rent les diverses (Stapes, on serait tented de les appeler la Revolu- 
tion d'Avignon, si le mot n'etait un peu gros pour le resultat qui 
fut mince. Les meurtres et les incendies, les pillages et les barri- 
cades se succcderent, en eflet, presque sans interruption, au 
moins pendant les premieres annees, et ce qu'on a appele d'un 
mot pittoresque « la peche en eau trouble », c'est-a-dire le triom- 
phe des rancunes, des inimities, des ambitions personnelles, put 
s'exercertout a son aise.Mais le resultat linal nousparait presque 
imperceptible. Les revendications legitimes du peuple ne furent 
qu'ci dcmi satisfaites, les reformes a peine ebauchees, et aujour- 
d'hui on se demande ce que la ville et les habitants d'Avignon 
ont retire de bien-etre, de progres, de civilisation, de tous ces bou- 
leversements meurtriers. Peut-etre, apres tout, nos peres se con- 
tcnterent-ils de ce qu'ils obtinrent, et nous aurions mauvaise 
grace a nous montrer plus exigeants et plus difticiles. 

L'histoire de la lutte entre les Pessuirjux et les Pevoulins, c'est- 
a-dire entre la noblesse et le peuple, a jburni pendant longtemps 
la matiere de nombreux ecrits. On en a copie, recopie le recit, 
lequel s'est trouvc en butte aux amplifications des uns et des 
autres. 

II n'en a pas ete toujours ainsi. L'auteur d'un manuscrit, com- 
pos<^ vers le commencement du XVIII" siecle, se plaint que 
« rhistoire des revolutions i\ Avignon ait ete longtemps embrouil- 
l(ic; on nc la pouvait reconstituer par les temoignages. Une tra- 
dition populaire, toujours confuse, toujours arbitraire, toujours 



2 M]£mOTREJ^ 

incertaine, augmente et epaissit les ten^bres, et quand les vieil- 
lards les plus raisonnables ont racont6 ce que leur m6moire leur 
Iburnit, on sail qu apres le milieu du siecle passe, il y a eu des 
troubles d Avignon, et c'est tout (i). » 

Cette confusion avait plusieurs causes, mais une des princi- 
pales, sinon la principale, etait le melange qui s'operait insensi- 
blement dans les souvenirs, entre divers episodes appartenant a 
diflereotes periodes des troubles avignonais. La lutte des pessu- 
gauxet des pevoulins n'en est qu'un Episode. Ellefut suivie des 
bouleversements de 1662-1664, qui laiss6rent euxaussi leurs traces 
dans les traditions. On comprend qu'apres quelques ann^es, les 
« vieillards les plus raisonnables » aient attribue tel fait d telle 
6poque, tandisqu'il appartenait a telle autre, avec d'autant plus 
de facility que Ton ne sut jamais exactement si une revolution 
etait finie quand I'autre commen9ait. 

Aujourd'hui, nous sommes un peu plus renseign^s. Les t^moi- 
gnages ccrits contemporains, les pieces des diverses procedures 
institutes contre les auteurs des troubles, forment un ensemble 
documentaire precieux, qui permet de rectifier certains faits et de 
retablir certains autres d leur place chronologique. Le but de ce 
travail serait parfaitement atteint si, dans la mesure de son impor- 
tance, il avait pu y contribuer pour la plus faible part. II se divisera 
done, comme naturellement en deux parties inegales : 

L Les Sources. 
IL Les Faits. 



(i^i Biblioth6que du mus^e Galvet, ms. n' iSia, preface. 



' 1 



1>E L ACADExMIE DE VAUGLUSE 



I. 



LES SOURCES. 

Elles sont a peu pres toutes manuscrites. Si I'on excepte un ou 
deux chapitres de Touvrage de Charpenne (i), ouvrage malheu- 
reusement trop d6pourvu de critique, qui suit d peu pr6s 
les recits qui nous sont parvenus, sans les controler suffi- 
samment, et quelques articles parus dans VEcho de Vaucliise 
des 4, 11,22 juillet et 8 aout 1841, sous le titre : Sedition des 
Pivoulins et des Pessegaux, les documents sont tous manus- 
crits. Mais ils sont loin d'avoir tous la meme valeur. Les 
uns sont contemporains des faits qu'ils racontent. D'autres ont 
ete composes bien des annees apr6s. Quelques-uns sont de sim- 
ples copies, et certains paraissent etre des documents originaux. 
Nous dressons ici, en un tableau abreg6, leur liste complete, telle 
que nous la connaissons, en essayant de fournir quelques indica- 
tions sur chacun d'eux. 

' I. Pieces originales et documents contemporains. 

I. Gesta mei primiceriatus tarn primi quam secundi, de annis 
1644-1646, 1 655-1 660, par Henri des Laurens (2), est un element 
tr6s pr6cieux d'informations pour certains Episodes des troubles, 
et pour les affaires de TUniversit^ et des colleges a cette epoque. 

n. Factum de Mgr Laurens Cursi, vice-legat dWvignon (3). Cette 
pi^ce qui ne nous est arrivee qu'en copie, est un expose tr6s 
d6taill6, pas toujours tres impartial, des ev6nements auxu" 
fut m^le le vice-16gat. Est-ce vraiment un m \r^ 
fierailpr^s du pape la conduite de son 1 .^ 
ment un relev6 minutieux des faits et gcsles dsi l.c*i. 

(i) Histoire des riunions temporaires d' Avignon et du Comtat-Venaissin d la France, 
Paris, Calman-L^vy, 1886, t. I, p. iSetsuiv. 
(1} Ms. 24^* fol. 2. 
(a) Ms. a394, fol. IQ9. 



/ 



4 MEMOIRE^ 

que la premiere hypoth^se soil la plus probable, le factum etant 
muet sur tout ce qui a prec6d6 les troubles, et commencjant seu- 
lement en I'an iG5o, c'est-^-dire k la veille de la deputation du 
marquis de Villefranche a Rome. Bijn qu'on y parle du vice- 
legat a la troisieme personne, sa main s'y reconnait, et le 
soin que prend Tauteur de faire I'eloge de son gouvernement 
et de sa stricte ob^issance aux ordres de Rome, ne permet guere 
de chercher ailleurs son nom. II faut ajouter que la copie qui 
nous est parvenue de ce document fournille de fautes et d'erreurs 
de scribe. 

III. Les archives cies families de Cambis, qui renferment entre 
autres chbses ce qui suit (i) : 

1. « Roole de ce que Ton a desrobe dans ma maison au temps 
du pillage, volerie et incendie de la ville d'Avignon, le jour de 
saint Bruno, sixiesme octobre i653 ». (Xeparait pas de la main de 
M. de Servi6res.) 

2. « Inventaire des ruines qui sont est6 faites dans la maison 
de M. de Servieres ». (Annote de la main de M. de Servi^res et 
corrige par lui, probablement vers la fm de sa vie.) L'inventaire 
est fait etage par etage. 

3. « Roole des meubles qui estoient dans la maison du temps 
qu'on la pillat. » (Annote et corrig6 par M. de Servieres.) 

4. « Roole du desordr^ et du laresin (sic) que Ton a fait au saca- 
gement de nostre maison d'Avignon, le 6 octobre. » En deux 
exemplaires ; parait etre Tinventaire sommaire dresse par M. Ser- 
vieres, au lendemain du desastre, qui la intitule au dos du 
deuxieme exemplaire : « Roole en gros de ce qu'on nous a prins », 
et ajoute: « Le proces-verbal dit unepartie. Le verbal n'a point 
estei fait ^ mon instance, mais du tisc. » 

5. Fragment d'un proces-verbal d'audition de temoins, portant 
unecroixtraceede la main dudeposant. (EcritparM.de Servieres.) 

6. Expertise des ruines, suivie de la declaration de Texpert. 

7. Cahier de procedure : « En la cause du fisc apostolique de 
la legation d'Avignon, d'office en crime de demolition de maison 
avec larrecin, et autres cas, desquels aux actes contre les delin- 
quants et coulpablesdesdits crimes. » (Copie abregee du suivant.) 

8. « V.n la cause du fisc apostolique de la legation d'Avignon, 
jointe la plainte et querelle de hault et puissant seigneur, Messire 

-^i) Ms. 3357, fol. 25 cl siiiv. » 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE D 

Jean-F'ran^ois de Cambis, seigneur de Servi6res et Fargues, gen- 
tilhomme ordinaire de la chambre du Roy contre les autheurs, 
fauteurs, consilliateurs, complices et coulpables semblablement 
quelconques des seditions, pillements et saccagements de la mai- 
son dudit seigneur querellant. » Sign6 au bas de chaque page 
« Anfossi». 
y. « Relation du pilliage de ma maison ». 

10. « Conseil de M. Guyon. » 

11. « Xel processo danni pat it i.., per gti incendii, furti, rubba- 
metiti sequiti. » (Recueil des proccs Servieres, Saint-Roman, Cas- 
tellet, de la Rousselle. de la Faleche, Raymond, Palis, Crivelli, 
Bremond). 

12. « Accord de mon frere. » Arrangement survenu entre M. de 
Servieres et M. de Montillet, touchant les habits appartenant a ce 
dernier et brules dans I'incendie derh6tel de Servieres, et quit- 
tances d(^tinitives. 

IV. Les Ordonnances, reglements des vice-ligais Cursi, de Ma- 
rinis, Franciotti, Conti etLascaris (i). 

\ , Qui^Xqu^s pieces des procedures criminelles contre le baron de 
Crillon et ses complices, qui presentent un interet general. Entre 
autres : 

1. L'acte d accusation dresse contre Crillon, dont un resume 
assez complet nous est fourni par un cahier qui fait partie de la 
liasse de Cambis, ci-dessus mentionnee. M. de Servieres, qui a 
intitule i pcu pres toutes les pieces du proces, n'a point mis de 
titre a celui-ci : « EtD, dicente quod bencadvertat veritatem dicere...)) 
Fin : « . . . Ideo super premissis veritatem dicat, » C'est evidemment une 
copie prise sur I'original transmis d'Avignon a Rome (2). 

2. La reponse de Crillon a Tacte de Taccusation, intitulee par 
AL de Servieres : Escript de M, de Crillon : « Le procureur, pour 
ct au nom de M. Louis de Hcrt(^n de Crillon... » Fin : « ... demeura 
a garder ladicte maison. avecque d'autres amis dudict baron et a 
la fortilier et s'y arrestcrcnt deux ou trois jours » (3). 

3. La reponse de Crillon lui-meme a I'interrogatoire qu'on lui 
lit subir dans la tour de None, oil il s'etait constitue prisonnier, 



! r Mns. n" 844, 24:<"j. 

2, Ms. '<:<b7, ful. 121. 
i.3, Idem, ful. i4L». 



6 MEMOIRES 

le 25 fevrier iGSy. Elle est redigee en italien : « Su li 25 febraio 
i65y, etc; (i) » 

VI. Manifeste de M. de Crillon siir les dissensions, Dans cette 
piece, I'ancien viguier de la ville d'Avignon explique sa conduite 
et ses diverses demarches a Toccasion des troubles (2). 

VII. Regisi?'e des deliberations miinicipales , aux archives de la 
ville d'Avignon. 

2. Recits. 

Tous les recits des ev6nements dont Avignon fut le theatre de 
i65o a i66o, forment cinq groupes tr6s caract6ris6s de manuscrits 
et que distinguent les premieres lignes de leur texte. Nous 
essayerons d'en dresser ici le tableau. 

Groupe A, 

Le premier et le plus important de tous est VHistoire Junesie 
d'une sedition inouie arrivee dans Avignon le jour de saint Jean- 
Baptiste, et la suite d'icelle, L'auteur est Henri des Laurens, audi- 
teur de rote, primicier de TUniversitc^ d'Avignon et contemporain 
des evenements (ms! i5i i, fol. 3o). 

II commence ainsi :« Faut scjavoir que la ville d'Avignon, se 
trouvant endebt^e d'environ quatre cens mille escus, etc., » et il 
est encore represents dans la Biblioth^que du musee Calvet par 
les manuscrits suivants : 

1. Sedition dans Avignon en I'annee i653 et suivantes (i5n, 

fol.6i). 

2. Sedition d Avignon entre les Pessdgaux et les Peuvolins (2476, 
fol. 95), et Sedition dans Avignon en i652 (2476, fol. i52, copie du 
XLV siecle). 

3. Ilistoire de la sedition arrivee a Avignon lejour de saint Jean- 
Baptisle en 1654 (2781, fol. 3). Celui-ci parait etre un abrege plut6t 
qu'une copie de VHistoire funeste : « La ville d'Avignon endettSe 
de quatre cent mille ecus », etc. (XVIII* siecle). 

4. Une copie fragmentaire du manuscrit de des Laurens, mais 



:i) Ms. 3357. fol. 114. 

'2 Ms. 2804, fol. 77. M. Pr<ivot, imprimeur A Avignon, en prepare une edition dans 
bd collection de documents incdits de Thisioire d'Avignon. 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 7 

avec les citations latines de ce dernier (2819, fol. 38, XVIIP siecle). 

5. HiMoire Junesie d'une sMition arrivee dans Avignon, copie de 
la relation de des Laurens (2481, fol. 209). 

6. On peut joindre k ce groupe, bien qu'il paraisse s'en distin- 
guer par plus d'un trait, I'^crit intitule Relation des troubles d'Avi- 
gnon (ms. 2482, fol. i), qui represente ^^ peu de choses pr^s le texte 
de des Laurens, mais entoure de traits d'esprit et de formules de 
rhetorique. « Si Ton n avoit autant de t6moignages que nous en 
avons )) etc. 

Groupe B. 

Le document le plus important de ce groupe parait etre le 
manuscrit qui provient 6galement de la famille des Laurens, mais 
qui semble devoir etre attribu^^ JerOme des Laurens. II a pour 
titre : BrieJ narre de ce qui s'est passe d Avignon depuis I'an i65o, 
la oil Vy a des choses inopinees (i), et est caract^rise par la phrase : 
<c Le pronostique de tous ces malheurs fut une grande tempeste et 
tonerre... » (ms. 2481, fol. 199). 

Le Briej narre de ce qui s'est passe dans la ville d Avignon, depuis 
Van i65o jusques en i'annee i655, d'apres le livre de raison de 
M, 1 1 ierosme des Laurens (ms, 23()i, fol. i), ainsi que le Brief narre 
dece qui s'est passe dans Avignon, depuis I'an i65ojusqu'en /66^(ms. 
i5i I, fol. i), sont les deux principaux reprc^sentants de ce manus- 
crit, mais lui paraissent post6rieurs de quelquesannees, et appar- 
tiennentprobablementau commencement du XVIIP siecle. II faut 
y ajouter le manuscrit intituled : Sedition arrivee dans Avignon, le 
24 juin 1 653, ou Ton trouve la trace de deux mains difTc^rentes 
(ms. 2394, fol. 112). 

Groupe C. 

II ne parait pas que le manuscrit, type de ce groupe, soit ante- 
rieur aux premieres annees du XVIII*' siecle. II est dit en elTet : 
« Les revolutions que nous envisageons et cclles qui sont la 
matierc de ce petit ouvrage sont celles qui arriverent dans le siecle 
passe, depuis Tan i(352 jusqu'en i665... (2) » On sent deja le travail 
de rcidaction qui s'opere. Ce ne sont plus des souvenirs donncs au 

h) Unc main ctranr,rdTe a ajoutci : « Par M. Henri des Laurens. » 11 y a tout lieu de 
croirc, d'aprtis rindication iournie par Ic manuscrit suivani ,23i)i,, qu'il b'atfit de 
JerOmc des Laurens. 

(a) Ms. i5i3, foL I, preface. 



8 MEMOIRES 

fll de la plume, dans la spontaneitc^ de la m^moire et sans grand 
souci du beau langage ; c'est le travail, ramplilication d'un auteur 
venu bien apres les evenements. II met une preface, il allonge et 
d^roule sa phrase : « La jalousie du gouvernement, source ordi- 
naire des malheurs qui desolent les Etats, fut la cause d'une 
partie de ceux que nous allons decrire... (i) » A ce groupe appar- 

tiennent : 

1. Histoire des revolutions dWvifrnon, contenant ce qui s*est passe 
de plus remarquable dans cette ville depuis Van i652 jusqu'en i665 
(2808, fol. 20, XVIIP sicjcle). Ce dernier manuscrit, paut-etre rt^digc 
par Q^mmin (2), est la copie de la pi6ce suivante. 

2. Histoire,.. (comme ci-dessus) (ms. 2787, fol. 22). On la 
attribue a Tevssier, auditeur de rote, et auteur de V Histoire de la 
ville dWvignon (3). A I'examen cependant, on peut en douter. 

3. La copie de cette premiere redaction, qui a trouv(^ place dans 
le recueil du marquis de Cambis-Vellcron (n" CIII, p. 475) (4), qui 
se tait sur Tauteur possible du manuscrit (ms. 2791, fol. i). 

4. Une deuxieme redaction du manuscrit precedent, et attribue 
cgalement, mais sans plus de motifs, a Teyssier. Elle porte pour 
titre : Histoire de la ville dWvif^non, tome III, livre vr. Cette 
seconde redaction a (^it corrigee, en marge et dans le texte, par une 
main 6trangere, mais qui parait, d apres I'ecriture, d assez peu 
posterieure a la premiere (ms. 2788). 

3. La copie de cette deuxieme redaction, sans les surcharges et 
cr)rrections du manuscrit precedent (ms. 2792, fol. 1). 

II faut remarquer cependant que les textes attribues a Teyssier 
presentent de leg^res variantes avec le ms. i5i2. Ce n'est done 
pas une copie a proprement parler, mais un travail d'abrc^viation 
fait sur un theme donne. II suftira, pour sen convaincre, de 
comparer ces deux passages : 

i"" Ms. i5i2, fol. 5. 

i'i) Commin. ne en 1746. accrit entre auires choscs -. Mhrwires pour servir a I'his- 
toire des revolutions J'. Xvii^non, suivis Jes pestjs, fjmims ei inonJjlioHS gui ont affligi 
cette ville depuis i226jusqu'en tfito..., ouvra^'"e rcsle manuscrit. — II manque ii I'au- 
teur un peu de critique et beaucoup d'impariialitd*. 

f3' Thomas Teyssier, ne en 1707 el mnrt en 178:^ fut primicier de IT'niversite, audi- 
teur de role, et ecrivit sous le voile de I'anonyme : Histoire des sourer jitts pontijes 
qui out siei^e A Avii^non Avij^^non, Aubert, 1774 . — Barjavel croit qu'il a dcv'n VHis- 
toirc de la ville d'Avis^non et du comte Venaissin ce qui n'est pas exact, Teyssier 
ayant seulement eludie I'hisioire d'Avignon , et dit que son livre ne fut pas 
imprimt', A cause de la resistance du pouvnir papal aux idces de naticmalitt^ dans 
nos contrees. Cf. Barjavel, Uictiannjire historiKpu'... du dJp.irU'fUjnl de Wiuclusj. t. II, 

p. 4^0. 

4 Catalof^ue rjisonftii des principjux m inuscrils du cahin:t de M. Joseph-Louis^ 
Dominique dc CJtmtis, marquis de Velleron, p. 475. ^Avig-non, Chambjau, 1770., 



HE L^ACADEMIE DE VAUCLUSK () 

MSi 2'j8(:) : « L'envie de gouverncr, source ordinaire des 
malheurs qui desolcnt les Etats, fut la cause d\ine partie de ccux 
qui vont nous occuper. » — Ms. i5r2 : « La jalousie du gouverne- 
ment, source ordinaire des malheurs qui desr»lcnt les Etats, fut la 
cause d'une partie de ceux que nous allons decrire. » 

Ms. 2786 :« Les mutinsindomptables jusque-la se radoucirent... 
et confus de leur emportenient, ils se retirerent dans leurs mai- 
sons oil ils ne penserent qu'a vivreen paix. « — Ms. i5i2 : « Les 
mutins, ces seditieux indomptables se radoucirent... et confus de 
leur emportement, ils se retirerent dans leurs maisons, ou ils ne 
penserent qu'a vivre en paix : tel le peuple, que les flots d'une 
mer agitee represeqtent parfajtem^nt, » 

(Jroupc Dt 

Tous les manuscrits qui composent ce quatrieme groupe, sont 
du XVIIP siecle au plus tot et sont caracterises par les premiers 
mots de leur texte : « Le 4 decembre, sur Theure de midy,- fut 
esmije une sedition du peuple contre les Italiens... » 

Les deux repr^sentants de ce groupe sont intitules: liccit des 
ti'oiibles arrives dans Avi^^non, enire les Pessu^aux et les Pevoulins, 
c'est-d-dire entre la noblesse et le peuple, en I'annee i653. II est 
aSvSez facile de voir a leur style que I'auteur ecrit quelque temps 
apres les evcnements, mais aussi qu'il travaille sur des sources de 
premiere main. La simplicite, la precision de son rccit, ne per- 
mettent pas de voirenlui un amplilicateur ou un rheteur, mais 
bien un retlet et un echo (idele des temoins contemporains. (Mss. 
2819, fol. 38, et 3357, fnl. i5.) 

A ce quatrieme groupe se rattache le manuscrit intitule : Trouble 
ou rerolte arrives le iS juin i65y, entre les Pessej^rjux et les Pevolins, 
c'est'^i'dire entre la noblesse et le peuple. La copie est du XIX" siecle, 
mais I'original doit (^tre contemporain des deux manuscrits pre- 
cedents. II en dilTere, il est vrai, par ses premiers mots; mais la 
trameest identiqueet la derniere phrase : « Voila la lin de I'emeute 
des Pessegaux et des Pevolins », se retrouve dans les deux autres. 
(Ms. 2827, fol. 261.) 

Groupe E. 

Deux manuscrits forment encore seuls cette derniere categoric. 
lis < »nt pour titre : La relation veritable des derniers troubles qui sont 
arrives dans Aviyjion, suivant rinivrime, sous Mirr Francintti, vice- 



10 MEMOIRES 

l^gat^ et commencent ainsi : « Les Etats comme les corps ont leurs 
maladies et leurs sympt6mes...» Mais a Tinverse de tousles textes 
dont nous venonsde parler, ils n embrassent qu'une p^riode rela- 
tivement restreinte des troubles avignonais, Taffaire de M. de 
Saint-Roman, et laissent de cut6 tout ce qui concerne la vice-lega- 
tion de Cursi et de Marinis, pour fmir vers 1 epoque du depart de 
Mgr Franciotti (Ms. 2062, fol. i23, et 2819, fol. 148). La maniere 
ampoulee et prc^cieuse dont le recit des faits est conduit, ne per- 
met gu6re de voir la un temoignage contemporain, mais bien un 
travail post^rieur aux evenements de plusieurs ann6es, et Toeuvre 
d'un historien qui pouvait, tout a son aise, envelopper de rhe- 
torique une serie de faits qui 6taient d<L*jd le passed pour lui (i). 

Ainsi, les sources manuscrites ne manquent pas; mais leur 
valeur est loin d'etre egale. Entrons maintenant dans Texamen 
des faits, et essayons de decouvrir sous leur succession la vie 
intime et publiquede la ville d'Avignon pendant ces dix annees 
de troubles. 



i^ Nous sigrnalerons dgalement, pour m^moire seulemeni, Ic yfimoire des brute- 
ments de maisons et guerres civiles dans Avignon en i65o-i653 (Ms. 2804, fol. 49'. R6cit 
ires abreg^ des 6v6nements, il leur est de beaucoup posterieur. 



DE L'aCADE.MIE OE VAUCLISE II 



II. 



LES FAITS. 



En Tan i65o, la bonne ville d'Avignon avait environ quatrecent 
mille ecus de dettes. Les impOts s'^taient multipliers avec les 
creanciers, et par suite d'une situation economique, dont I'his- 
toire locale offre d'ailleurs d'autres exemples, les charges fiscales 
pesaient surtout sur les artisans, ouvriers ou petits marchands, 
qui composaient alors pr6s des deux tiers de la population avi- 
gnonaise. Pour comble d'infortune, depuis environ une dizaine 
d'annees, on exigeait aux portes de la ville le paiement d'une 
taxe sur les marchandises de soie. La jalousie du commerce lyon- 
nais, auquel nos tafTetassiers, d^videurs, mouliniers, teinturiers, 
faisaient une s^rieuse concurrence, avait essayed de ruiner par ce 
moyen une industrie trop prospere a son gre. Les matieres pre- 
mieres du travail des Avignonais, ainsi frappees d'un droit eleve, 
les exigences des commis royaux, qui fouillaient et brutalisaient 
aux portes de la ville tout individu soupc^onne d'introduire en ville 
quelque pi6ce de soie, et les difticultes sans cesse grandissantes 
pour les commer9ants d'Avignon, incapables des lors de lutter 
avec la concurrence de Lyon, avaient porte Texaspc^ration du peu- 
ple au plus haut point. II suffit de parcourir les m^moires ou les 
Merits du temps, pour juger de Timpopularite de la « douane de 
Lyon » aupr^s des habitants d'une ville, qui en srJulTrait chaque 
jours dans ses intc^rets. 

Le peuple murmura d abord sourdement, puis parla plus haut 
et demanda aux consuls de s'employcr activement pour obtenir 
le retrait des commis royaux des portes de la ville. Les consuls 
essayerent d'apaiser le mecontentement populaire, en promettant 
d'informer Sa Saintetc^ de ce qui se passait. 

lis firent meme davantage. Par d(iliberation du 26 novcmbre 
i63o, le conscil de ville dc^puta au pape Innocent X un des 
consuls, M. Gaspard de Tulles de Villefranchc, en ambassade 



12 MlhMOIRES 

extraordinaire (i). Le vice-legat Laurent Cursi, qui gouvernait 
depuis 1644 Ics Etats pontificaux, lit d'abord quclques difticultc^s 
et essaya d'arreter le dc^part du depute dc la ville (2). Mais les 
consuls ayant declare que Villefranchc voyagerait a leurs frais, et 
que son ambassade laisserait intactes les finances de la ville, 
Cursi s'inclina et Tambassadeur de la ville put partir pour Rome. 
Le pape, informc de la situation, se laissa facilement convaincre 
que la presence des commis royaux constituait un empi^tement 
manifeste sur sa juridiction. Villefranchc prit soin d'ajouter d'ail- 
leurs, et suivant les instructions recjues, que la ville d' Avignon, 
meme sous la domination des rois de France, avait et6 exempte 
de ces sortes dc droits qui ruinaient le commerce de ses habitants. 

L ambassade reussit'a souhait. Villefranche revint porteurd'un 
ordre papal, suivant lequel tous les commis royaux avaient a se 
retirer des portes de la ville et devaient etre relegu6s sur la terrc 
royale, suivant Torganisation primitive. 

L'ordonnance du pape recjut son execution, mais elle eut un 
elTet que n'avait prevu ni Villefranche, ni les consuls, ni le peu- 
ple. Les commis, avant de se retirer, firent au roi et aux cours 
souveraines du royaume, un rapport detains de ce qui s'6tait 
passe ; et quelque temps apres, les consuls recevaient un arret 
rcvoquant les privileges de la ville, et assimilant, sous le rapport 
des peages, Avignon et le Comtat a une terre etrang^re. On en 
vint a reclamer 25 sols pour une salm^e de ble, et le reste en 
proportion : « En ftic^on que si, avant Texpulsion des commis, 
payoient un escu avcc la faveur des privileges du Roy, depuis 
qu'ils ont estes chasses. en payoient deux (3). » 

Evidemment le remade etait pire que le mal. Les habitants 
d'Avignon le comprirent, et apres avoir interesse le pape ^ leur 
premier malheur, ils resolurent d'exposer au roi leur nouvelle in- 
fortune, M. de Villefranche fut choisi une seconde fois commc 

1 Re^^isire des deliberations municipales, aux Archives de la ville d'Avigrnon, 
I. XXVn, ful. fx). I/election de Villefranche se til • par loutes ballotes de rapproba- 
live, nulle de la ne^'-alive ». 

2 Factum dc Mi^r Laurens Cursi Ms. '2'Mj4, UA. i2<j . Le vicc-lc>'at represenie Ville- 
franche comme un esprit brouillon. Mais il ne faut pas oublier que \cfactutn est une 
juslitication de Cursi, ct par consequent une accusation contre ses ennemis. 

:< Ms. 23y4, fol. \'S'i. — En vertu des privile^»-es accordes par les rois de France A 
la ville d'Avif,'non, et rcnouveles par Louis XIV, les habitants d'Avignon. qui fai- 
saicnt entrer ou soriir de I'i'tat d'Avignon et du Comtat du ble, de la farine ou 
toule autre donree. acquittaient les dnnts suivant le tarifetabli pour les commcr- 
i;anis franvais. L'aboliiion du privile^^e eut p(>ur resuliat dc porter uu double Icb 
peages, les clrangcrs payoni deux fois plus que les naiionaux. 



bK L^\CADEMIE DE VAUCLUSt-: l^ 

ambassadeur de la ville et d6put6 a la cour. 11 etait sp6cialement 
charge de repr^senter au roi la fidelite constante de la ville 
d'Avighon, de lui rappeler les preuves qu'elle en avail autrefois 
donn6es, et de le supplier de vouloir bien, en modifiant les nou- 
veaux tarifs, donner aux Avignonais un temoignage nouveau 
de la bonte et de la protection dont les rois ses pred^cesseurs 
les avaient toujours entour6s. 

L'61oquence de Villefranche fut longue a produire son effet. 
Apr6s plus d'un an, il rapporta de la cour un ordre batard, des- 
tine ii satisfaire tout le monde, et qui nc satisfit personne (i). Les 
nouveaux tarifs seraient modifiers, a la condition que les commis 
royaux seraient remis aux portes qu'ils occupaient. Seulement, 
par egard aux droits de Sa Saintetci, ils ne devaient rien faire 
sans des instructions du vice-l^gat ; et le pape lui-meme direc- 
tement, ou par intermediaire, r^glerait ce qui serait franc de 
droits, ce qui serait soumisala taxe, et dansquelles proportions. 

La premiere impression que produisit cet arret nouveau fut assez 
favorable. Dans le moment, les Avignonais ne virent que la con- 
cession des privileges, Tabolition des mesures de rigueur, et ne 
ref\(^chirent pas a la difficulte que le rappel des commis royaux 
allait de nouveau faire naitre. Pour les rappeler sur la terre papale, 
il fallait un ordre, au moins Tassentiment du pape, et sans cela 
Cursi se refusait a tolerer la presence de ceux qu'on lui avait fait 
vigoureusement chasser quelques mois auparavant. iMais le peu- 
ple (itait presse, et il le fit bien voir. Apr6s avoir inutilement 
envoy6 au vice-legat les consuls, qui suppli^rent Cursi de ct^der 
et de rappeler les commis royaux, et ne recjurent de lui qu'une 
response Evasive, le peuple se reunit sur la place, devant la mai- 
son de ville, ou Ton venait de sonner leconseil. Le motif appa- 
rent etait unerumeur qui courait par la ville et qui prenait de la 
consistance. Les receveurs des gabellcs, Amat et Bellevue, avaient, 
disait-on, fait instance pres du roi pour donner aux commis 



(0 Le vice-ldgat Cursi, dans son factum (io\, i32), prdsente le r^sultat de rambas- 
sade de Villefranche sous un tout autre jour. Selon lui, le deputed d'Avignon n'obtint 
qu*un arr6t, plus prejudiciable que le premier et portant atteinle A la juridiction 
eccl^siastique. Defense fut faite de le publier et m^me d'en parler. Tous les autres 
t(imoinsconiemporains,et nolammcnt du Laurens, attribuent d Tambassade le succ6s 
ri^kLtif'dont nous parlons, D'ailleurs, Taffaire ne parut pas finir de sitot. En 1654, et le 
10 mars, le conseil de ville nomme un ddput<i J.-B. Pons & Ja place de Pierre Imo- 
nier, envoy<i A la cour pour la manuteniion des privileges do la ville et qui avait 
refuse de partir. On stipula qu'Imonier rendrail I'argent deja re9u pour son voyage, 
[RegL%tre des dkib^rations municipaUs, t. XX VII, fol. ifV).^ 



t4 MKMoIRKS 

royaux les m^mes droits qu'avant bur expulsion. D6jd, quelqueS 
jours auparavant, les deux personnages incrimin^s avaient fait 
imprimer et afticher sur les murs de la ville une protestation 
contre le bruit qui commen^ait a se repandre (i). Cela avait paru 
d'abord sufllre, maisau jour ou Ton etait arrive (4d6cembre i652), 
on paraissait vouloir exigcr davantage. 

Cursi, voyant que le tumulte grandissait et redoutant unc 
emeute, fit demandera la garnison cinquante soldats pour ren- 
forcer la garde ordinaire du palais, compos^e de Suisses, et qui 
ne paraissait pas oiTrir de sul'tisantes garanties. Le peuple 
accueillit les soldats pardes injures, a coups de pierre les mit en 
fuite, en d^sarma quelques-uns, et poursuivit les autres A la 
caserne du fort Saint-Martin, qui ^tait au-dessus du palais du vice- 
16gat (2). La foule, arrivee l(x, demolit le mur que Ton avait recons- 
truit a la hate, apres I'incendie du mois d'aout de rann6e i63o(3), 
et encloua deux pieces de canon, apr6s avoir force trois ou quatre 
soldats qui 6taient en sentinelle, ^ s'enfuir au plus vite et a se r6fu- 

(i) « Nous soussign6s, procureurs gfen(iraux des gabelles i sel de Dauphin^, 
Provence, douane de Valence, declarons A Messieurs les consuls d' Avignon, et en 
leur personne A toute la ville, que depuis que N. S. P. le Pape a declared ne veuloir 
souflfrir qu'il y eut des commis aux ports du Rh6ne, ni aux portes de la ville, pour 
verifier si les sujets du roi avoient bien ou mal acquitt^ la douane, comme il nous 
avoit 6t6 permis par Nos Seigneurs les vice-16gats, nous n'avons eu et n*avons 
aucune volont^ de les faire r^tablir, ni jamais fait aucune instance pour cela devant 
aucun tribunal et que nous ne pr^^tcndons en faire aucune pour le r^tablissement 
desdits commis. Fait A Avi^nion, le 29 novembre i652. » Signi : Amat, Bellevue. 

^2) Le factum dc Cursi dit ires expres^ement que le peuple ce jour-lA n'^tait pas 
arme, et que c'est sculement h coups de pierres qu'il se battit contre les soldats pon- 
tilicaux, « estant ce peuple assemble depourveu de toute autre sorte d'armes. » — 
Nous pensons que Cursi peut 6ire cru. Le peuple n'^tait pas venu avec Tintention 
de se battre, mais il craignait que la troupe arm(^e, qui d^bouchait sur la place, ne 
Vint avec I'ordre d'emprisonner les plus ardents. D'ailleurs, si Cursi n*a pas pris 
cette resolution, il serait excessif de lui en etre trop reconnaissant. t Cette resolution 
de les faire emprisonner auroit este prise par le vice-16gat contre beaucoup de cc 
peuple, s'il I'eust peu faire avec la force de la soldatesque, si elle eust est6 suffisante...> 
(Loc. cit., fol. i33.) 

(3) t Le pronostique de tous ces malheurs fut une grande tempeste et tonerre, qui 
tomba le jour et feste de saint Jean ddcolie, au mois d'aoust i65o, lequel brOla le fort 
de Saint-Martin sur la roche des Doms, tua tous les soldats qui y estoient dedans, 
et emporta les pierres et les restes du fort par toute la ville, ayant des quartiers de 
pierre jet6 sur les toits des maisons, et sans le grand palais, qui est k I'opposite, ces 
ddbris et volements de pierre auroient ruind toute la ville. 9 {Brief narre de ce quis'est 
passi dans la ville d'Avignon depuis I'an i65oJusgues en I'annee i6S5, ms. 2801.) 

Cf. R6cit veritable du foudre du del tombi dans la ville d'Avignon, qui a enlevi VigUSt 
Saint Martin avec un fort et autres iglises et plusieurs bastiments appartenafis aux 
plus grands de ladite ville : Et les parlicularitei^ oii sont d'escript les estranges^et funes^ 
ires ruyms et ravages causis par cet espouvanlable embrasement (Paris, MDCXXXXX, 
public de nouveau par M. Pr^vot, & Avignon, en iqoo). 



hE lVcademie de vAiv.LrsK r5 

gier dans I'dglise des Doms, en invoquant le droit d'asile. Le peuple 
ne s'arr^ta malheureusement pas 1^. Apres ce succ^s facile sur 
quelques mousquetaireselTrayebs, il allajusqu'aux maisonsd'Amat 
et Bellevue, lespilla du haut en bas, et les abandonna A peu pr6s 
saccag^es. 

Pendant ce temps, les consuls essayaient d'arracher au vice- 
16gat Tautorisation r6clam6e pour les commis royaux. Mais ils 
n'y pouvaient parvenir. Vers la fin du jour cependant, Cursi tr6s 
inquiet de la tournure grave qu'avaient subitement prise les 6v6- 
nements, redoutant pour la nuit de plus facheux desordres, essaya 
de satisfaire son peuple sans mecontenter son souverain. 
II fit permettre aux commis d'exercer leurs fonctions dans TEtat 
eccl^siastique, mais en s'en tenant rigoureusement a la lettre des 
concordats et conventions pass^es entre Sa Saintete et le roi de 
France. 

Cette decision apaisa le peuple, qui bientOt se dispersa. Le 
d6cret de Cursi etait cependant bien vague ; mais la foule parut 
s'en contenter, sans trop savoircequ'il signifiait. Quand on s'aper- 
(jut de son insuffisance, le cardinal legat avait ete inform^ par le 
vice-legatdetout ce qui s'etait pass6,etlui avait permisded61ivrer 
aux commis Tautorisation de reprendre pour un an, dans I'Etat 
eccl6siastique, la poursuite des fraudeurs sur les gabelles royales. 
i^e peuple avait satisfaction. Mais, au fond, le r^sultat de son sou- 
lavement avait 6t6 ^ peu pres nul, et les choses se trouvaient, pro- 
visoirement du moins, dans le m6me 6tat qu'auparavant. 

Tel fut le premier Episode des troubles avignonais. II formait la 
pr6face de toute la suite des mouvements populaires, et le com- 
mencement de Tagitation qui n'abandonna plus qu'a de rares 
intervalles la ville et les habitants d' Avignon. 

Les mois qui suivirent jusqu'^ reflection des consuls (23 juin 
i653) furent cependant paisibles. Mais le calme n'etait qu'^ la 
surface. Deux ordonnances de Cursi montrent bien d'ailleurs que 
les passions populaires 6taient seulement assoupies. L'une, en 
date du 2 f6vrier i653, d6fendait sous des peines tr6s s6v6res de 
porter des armes ou de se masquer. La seconde, de la m^me 
6poque, ordonnait aux habitants de mettre de la lumi^re aux 
fon6tres de leur maison, sit6t que de nuit ils entendraient du 
bruit pr6s de leurs demeures (i). 

(t) Recueil des prindpaux rcglemenis faits par les Eminentissimes cardinaux legats 
(Avignon, Michel Chastel), mss. 844. fol. 171 ; 2422, fol. 65. -- D^jA, le 23 septembre 
1647, Mgr Gursi avait d<ifendu par ordonnance speciale dc porter « bafonnettes, poi- 



i() >\r:.Muiui:s 

Pendant cette pcriodc d'une paix loute relative, les divisions 
dcs partis, que TalTaire des priviljt»-js de la ville avait d(^ja 
accusees, prircnt un nouvcau caract jrede haine. Lcpeuple accusait 
les nobles, et surtout certains d'entre eux, dont nous aurons a 
reparler, d'avoir procure I'echec de Tambassade de Villefranche, 
d'avoir commis de graves malversations dans Tadministration 
des alTaires de la ville, et n'etant pas de sa nature dispose a faire 
les distinctions necessaires, les enveloppait tous dans Ic meme 
soup^on et les appelait Pessuirju ou Pessc^raux, par allusion a 
leur conduite supposee. De leur cote, Ijs nobles ne se genaient 
guere pour montrer le mepris dans lequel ils tenaient tous les 
partisans du peuple, qu'ils d(3signaient S(Uisle nom suflisamment 
expressif de /Vro////;7.v. Bientot, le peuple se mit a porter des 
signesexterieurs, brins de paille ou de I'oin au chapeau, et la ville 
se trouva partagee en deux iractions, qui, chacune de son cote, 
essaya de se faire de nombreux et de puissants partisans. 

Les nobles se gloriliaient de I'appui que leur apportait le car- 
din il Bichi, evequc de (^arpentras, le protege de Mazarin et du 
cardinal Antoine Barberini, personnage tout puissant par ses 
deux patrons a la cour de France, et aupr^s dupape par ses intri- 
gues. Mais, de leur cote, les pevoulins se prevalaient du nom de 
Louis de Berton, baron de Crillon, colonel de Tartillerie de Sa 
Saintete, viguier de la ville d'Avignon, gentllhomme de la 
chambrc du roi, aupres duquel il etait sur de trouver de Taide et 
une efficace protection. Ainsi, Thistoire des troubles d'Avignon 
se caracterisni*. p<>ur la posterite par deux noms qui etaient deja 
deux symboles. Dans quelque temps, on ne se declarers plus 
pour ou contre le peuple, mais pour M. de Crillon ou contre Mgr 
le cardinal. 

L'influence preponderante que M. le viguier prenait chaque 
jour aupres du peuple decida le conseil de ville ci accueillir et A 
examiner les demandes qui lui etaient soumises. Elles se borne- 



gnards, stilels, pistolcts do p(tchc et couteaux Ca ^'•aine. * '■ious peine de a<X) d'cus pour 
ceux qui aumnt de quoi payer, dnnt les deux tiers appariiendront au fisc de Sa 
Saintete et Tautre tiers au dcnonciateur qui .sera tenu secret; et celui qui n 'aura pas 
de qucii payer sera expose au colligr, et banni ensuite pour cinq ans. La mCme u^» 
donnance faisait defense aux maitres cc^uleTiers, lourbisseurs, marchands et autres, 
de for^'-er des armes, en faiFc ni vendre... en maniere quelconque. Ki si a la date de">a 
publication de la presenle ord»»nnance,ils en ont dans leur boutique, de s'en d^faire 
dans la quinzainc. Plus tard, le vice-legat Colonna ira plus loin et defcndra sous 
peine de lamortde porter les pistolels et stylets ^5 octobre i6C4> Cf. recueil dcs or- 
4onnances des vicc-lt^gats, ms. 2432, fol. 55 ; recueil de Lomellini, p. i5o. 



OK L ACADlOMIi: DIC VAI'CLISK .V^ 7 

rent d'abord a deux points essentiels : la reddition dcs comptcs 
des administrations prc^cedentes et I'election d'un quatri^me 
consul, pris dans les rangs du pcuple. Le conseil delibera de 
demander a Sa Saintcte d'ordonncr la reddition dcs comptes, de 
faire examiner la question du quatriemc consul et, pour aller au 
plus presse, de contracter un emprunt de cent mille livres pour en 
acheter du ble et du vin, destines a etre distribues aux indig-ents, 

De son cote, s'il essayait de prevenir les troubles par ses ordon- 
nances, Cursi favorisait le commerce avignonais, en reglemen- 
tant, d'une maniere conformc aux interets generaux, la fabrica- 
tion des etofles de soie, et s'employait a faire elire comme depute 
a la cour pour traiter la question des tarifs, M. de Labaud de 
Travaillans, qui put mener a bien la mission qui lui etait confiee. 

Tout etait done pour le mieux, et Tallaire qui avait contribue 
le plus a diviser les Avignonais etant terminee, il semblait que 
toutes choses devaient demeurer ainsi dans le calme. Mais, en 
Avignon comme en France, les revolutions ne finissent jamais 
comme dies ont commence, dans le memc sens et pour lememe 
but. Ladouanede Lyon, les commis, les tarifs, vont passer au 
second plan, et la lutte entre pessugaux ct pevoulins devenir le 
mobile et le motif de tous les execs qui se commettront. 

On arriva done ainsi, tant bicn que mal, au mois dc juin de Tan- 
nee i653. Le 23, devait avoir lieu I'election des consuls ; mais, bien 
avant cette date, les intrigues s'ctaient donnc carricrc. Les nobles 
voulaient a tout prix faire elire Ic marquis dc La Garde, extre- 
mement odieux aux pev(iulins, qui de leur cote pretendaient 
imposer un certain (]hasteuil, dont les pessugaux ne voulaient 
meme pas entendre parler. II fallut toute la finesse italienne de 
Cursi, aidee du P. Dufour, inquisiteur, pour amener les deux 
candidats a rcnonccr a Icurs pretentions. Mais, ni les uns ni les 
autres ne renoncaicnt a Icurs qucrcllcs ct ne sc tcnaient pour 
battus. Les pevoulins pcrsistaicnt dans leur idee d'un quatrieme 
crmsul, artisan, ouvricr ou marchand de sole, et les nobles 
n entendaicnt pas passjr au pcuple cette fantaisic. Ccux-ci, 
avaient pour cux- Bichi. Tcvcqiu dc Carpcntras, ct ceux-la, 
s'autorisaicnt dc la protection non dissimulcc du vicc-I^\gat. Vn 
grand nombre d'ctrangcrs, appclcs sans doute par les deux par-: 
lis pour renlnrcer leur tnaipc, ciaicnt cntrcs pcu a pcu dans la 
ville. Parmi eux, les gens dc gucrrc ou les profcssionnels de 
Temcute ne manquaient pas, tous dcguiscs en paysans ou labou- 
reurs. Vaincmjnt Cursi publia un edit defendant dc laisscr pene- 



trer dans la ville aucun etrangcr. Au lendemain de Telection, la 
ville sera encore pleine d'individus dc toute provenance, qu'il 
faudra expulser. 

Le cardinal Bichi vint aussi, appele par Castcllet, consul sor- 
tant, pour honorer rejection de sa presence et pour etre plus 
a port6e des evenements, 11 dcscendit d'abord en Thotel de Las- 
sion-Pagadour (i), « au bout de la Grande-Fusterie ». Mais, 
apres quelques jours, se voyant trop eloigne du theatre ou ses 
amis devaient j(juer un rule, il alia loger chez M. de Caumont, 
pres de la maison de ville {'2). 

Malgre les ordres du vice-legat, les deux partis elevaient des 
barricades. Quelques incartades des gens du cardinal, auxquels 
malheureusement s'etaient meles deux ou trois nobles, La Rous- 
selle, Folard, les Issarts, donnerent prctexte au peuple de se 
fortifier dans ses quartiers. Les rues des Infirmieres, de la Carre- 
terie, la Fusterie, la Bonneterie, le Change, la place Saint-Didier 
furent barres. Les consuls, de leur cote, avaient entoure la mai- 
son de ville de nombreuses defenses. Malgrc! le refus du colonel 
de Tartillerie, ils firent sortir le canon de la maison de ville et 
placerent une autre pi^ce d'artillerie vers la « petite place ». Pour 
comble de precautions, Castellet, pYemier consul, fit placer des 
barricades aux trois rues, par lesquelles on pouvait par\'enir a la 
maison de ville (3). Une seule avenue restait done libre, mais elle 
6tait sous le canon de la maison de ville. 

Malgre tous ces pr^paratifs, ou peut-etre meme A cause d'eux, 
reflection consulaire se fit paisiblement. Gaspard de Seytres, sei- 
gneur dePiedvert, J(^seph Rousseau, Symphorien Michelet furent 
61us consuls, Laurent Barbier assesseur, et M. de Fogasse de la 
Roy^re succcida a M. de Crillon dans la charge de viguier. Vers 
la fin de la journee, tout paraissait fini dans le plus grand calme, 
lorsqu'un incident, grotesque en soi, vint donner aux evenements 
un caractere sanglant, qu'ils n avaient pas eu jusque-la. 

Le lendemain de la Saint-Jean, les barricades tomberent, et les 



(!) Cette maison appartenait A la femme d'llenri des Laurens, primicier de TUni- 
versitd, qui en percevait 70 6cus par an. cuistoire funcste... ms. i5ii, fol. 34 et66). 

(2) L'doquence du P. Dufour parait dans cette circonstance avoir subi un s^rieux 
echec. Cursi I'avait employe cl persuader au cardinal de s'absteniV de paraitre A Avi- 
gnon. On voit que Bichi 6tait plus difficile a convaincrc que La Garde. — Les t^moins 
contemporains, entre autres des Laurens, parlent tous des deux domiciles de Bichi. 
Cf. Ilistoirefuncste, fol. 10, et Factum <ic Mgr Laurens Cursi, fol. 40. 

(3) t L'une t la rue qui reg-arde le palais en y allant, I'autre qui vise vers la petite 
petite place et enfin t la traverse joignante. >» [Histoirefuncste, ms. i5ii}. 



DK j/acadi':mif, DE VACCLUSL - iM 

consuls firent sortir de la ville les etrangers que M. de Castellet 
y avait appel^s. Quelques laquais, profitant de ce que Tacces des 
rues Carreterie et des Infirmi^res 6tait devenu libre, les parcou- 
rent en injuriant les p6voulins, et en tirant par bravades force 
coups de pistolets. Une dame de haut parage, soup^onnee de 
favoriser la noblesse et d'avoir beaucoup d amitie pour le cardinal 
Bichi, le chef inconteste de la faction des pessugaux, eut la ma- 
lencontreuse idee de crier de sa maison qu'il fallait chiitier le peu- 
ple et apprendre son devoir a la canaille. C en fut assez. Le mot 
fut entendu, colport^, et pendant ce temps, une foule qui grossis- 
sait a chaque instant, se mit a la poursuite des laquais (i). Ceux- 
ci se jeterent dans la maison de Paul de Cambis, baron de Bran- 
tes, seigneur de la Faleche, Cairanne, Velleron et autres places, 
qui demeurait tout a c6t6 du couvent de Sainte-Ursule, sur la 
paroisse de Saint-Genies (2). Les portes furent precipitamment 
ferm^es derri^re eux ; mais elles furent abattues par les emeutiers. 
Les fenetres furent arrach^es, et au milieu de la rue, des meubles 
pr6cieux on fit un feu, dont on prit des tisons pour les jeter 
dans la maison. BientOt celle-ci ne fut plus qu'un brasier. Pendant 
ce temps, les laquais, auteurs de tout le mal, avaient pu s'^chap- 
perpar les toits, et M. de la P'aleche avait pris le mdme chemin. 
Le vice-ldgat et I'archev^que vinrent essayer de calmer le peuple. 
lis durent y renoncer et abandonnerent la maison a son malheu- 
reux sort. Avant de Tincendier, on la pilla du haut en bas, et ii 
suffit de parcourir le cahierde la procedure du fisc apostolique, 
compose lors du proces des emeutiers, pour voir que les voleurs 
n'eurent rien ^ envier aux incendiaires. 

La constatation des degats ne fut faite offlciellement qu'au mois 
de Janvier i65G par I'auditeur et lieutenant-general Exuperantius 
Raphaelis, accompagne de Messire Francois Veyrier, docteur ts 
droits, et de AL l^oumereK grefticr au palais apostolique (3). La 
maison ctait dans un ctat lamentable (4). 

1 1 ' Du Laurens parte do 4.<wj«) personnel. Co chifTre sc rapporte probablement h. la 
foule qui brOla la maison de la Kalechc. 

• 2} Paul de Cambis, eiait ne le 2 aoot i5<)<3et avait 6l6 baptisti le mCme jour, d la 
paroisse Saint-Genies. Le parrain avait tite Paul de Mistral et Catherine de Gandieuse, 
8a marraine. 11 epousa Gabrielle de Rodulf de Saint-Paulet et mourut A 84 ans. II 
fut cnterr^i A Notre-Dame des Doms, derrid^re le mat ire autel. Le 25 novembre iG5o, 
il lit une fondalion d la paroisse de Saint-Genies ms. :<4o5, fol. i et223;. 

I En U cause Jti /isc jpoMoliquc J J la legation d'Avii^non, joint a la plainie et quc- 
vcHe dc haul et puissant sjti^neur messire Paul dc Cambis, baron de firantes, la Falitche, 
Cairanne, Velleron et autres places, contre les coupables et complices generalement quel- 
conques des crimes de seditions, perturbation de repos public, incendies, pillements, sac- 
cagements de la maison dudit querellant ms. 3405, fol. 246 et suiv. 
2^ « Stato pill che cattivo. » 'Ibidem). 



2() mi:moiri:s 

L'inventaireproduit par M. de laFalcche, et dont I'exactitude fut 
certifK^e par temoins, indique suffisamment que lacolcrepopulaire 
ful,ce jour-la, melangcc en proportions notables d'clcmentsmoins 
nobles, ct que les pillards purent ecumer a leur aise les richesses 
que renfermait la maison incendiee (i). Deux tapisseries en cuir 
dore, six garnitures de lit en damas, les couvertures, comme les 
joyaux de M""" de la Faleche, parmi lesquels une chaine d'or 
queluiavait donnec le cardinal AntoineBarberini, une «enseigne » 
de diamants, trois grands tours de « collier », ses bagues, erne- 
raudes, disparurent ainsi que tout le linge. Dans le cabinet de 
de M. de la Faleche, il y avait 4,(kx> livres de la commune de Cai- 
ranne, 4(X") livres que lui avait payees Jean Fauque, de Puyme- 
ras, (.Vx") ecus de la baronnie de Hrantes, le prix de 376 salmees de 
ble qu*il avait vendues au moisde mai precedent, a raison de 22 
livres la salmec, et 5,(kx) livres en monnaie du roi qu'il avait re- 
tirees, quelque temps auparavant, de Al. de Crousnilhon, seigneur 
de Saint-Paulet. Toutes ccs sommes disparurent. 

On ne s'arreta pas la, et on emporta tous les ustensiles de la 
cuisine, les meubles des chambres et une grande quantite de ble, 
d'avoine, d'htiile, de farine et de bois (2). 

Ce n'est guere qu'en iGx), que le cardinal Chigi, alors legat, 
ordonna de remboursera M. de la Faleche la modique sommc 
de 3,Scx)ecus. M. de Piellat, tresorier de la legation, fut charged de 
les prendre sur les 24,a.x3 ecus, en monnaie romaine, qu'il avait 
entre les mains, et qui etait destinee a indemniserles proprietaires 
des maisons brulees pendant les troubles (3). 

L'emeute avait eclate, d'apreJ> M. de la Faleche lui-meme, entre 
dix et onze heures du matin : vers midi, la maison etait en rui- 
nes. C'etait un commencement, et le peuple qui venait de se faire 

(iV Le 17 avril 1659, Francois Vergrnc, doctcur cs lois, depose de visu de Texistence 
des richesses, de leur pertc, de Tinccndie de la maison. — Le mOme jour, Georges 
Ferracci, sur le mfeme sujel. — Jean Vorg-icr a vu une f^rande quantite d'ecus d'or et 
de doubles. — Charles de Bruliers tOmoiiarnc de Tcxistencc d'unc grande quantity de 
denicrs. — Barthc^lemy Gourlier et Sebastien Fourmelier font des dispositions analo- 
fSfues et divers temoins assurcnt que « ledict seif^^ncur estnit personne bien arg-entee 
et riche » (Ibidem}. — Le monastcre de Sainte-Ursule s'ctait ctabli, en iG:^7, dans une 
maison ayant appartenu au roi Rene et .siiucc dan< la rue Herculc actuelle, alors ap- 
pelee rue de Sainte-Claire. Cf. Achard, Dicliotnuiirc hist()n\]uc de^s rues ct pljces publi- 
gues dela vilU d'Avignon Avigrnon, Scfruin, i857, p. K< . 

[1) Cf. « Roole des meubles qui ont csie pris ches Madame d'Cirssan » tms. 3404. 
fol. 261}. 

(3) Ordonnances pour le remboursemcnt des bruslemens, datce du T' Janvier 1659. de 
Rome, au palais de Monle-Cavallo. L'extrait, collationnd' sur le rep-istre original, est 
du I" juillet 1660 (ms. 3405, fol. 263). 



DE L .v:ai)i':.\ui: m-: vaixluse 21 

la main, sc precipita vers la maison de M. de la Rousselle, qui 
6tait proche des Rccollets. Les griefs populaires contra lui parais- 
sent graves. On Taccusait d'etre alle, les jours precedents, par la 
villa injurier le peuple. Et ce jour-la meme, il etait aupr<^s du car- 
dinal Bichi, quand Thotel dj la Faleche fut brCil^. I.e cardinal, 
apprenant que Temeute etait victorieuse, lui ordonna d'aller s'in- 
former de ce qui se passait. II monta a cheval, et suivi saulement 
a quelque distance de trois ou quatre laquais, poussa vers la mai- 
son de M. de Crillon, devant laquelle une foule immense c^tait 
reunie. II fut entoure, et sans la vitessedeson cheval, il eCit ete 
tue. On lui tira deux coups de fusil, auxquels il repondit en de- 
chargeant ses pistolets sur la foule. (]et incident eut une conse- 
quence dtisastreuse pour lui. Les emeutiers, qui etaient d6yd en 
route pour aller bruler la maison deM.de Servieres ( Jean-Fran- 
(;ois de Cambis), s'aviscrent qu'il valait mieux bruler la maison 
de M. de la R(jusselle. lis s'y rendirent, demandant la tetc du 
marquis, lequel etait retourne pres du cardinal et y avait trouv6 
Al. de Crillon et quelques autres, qui s'employaient de leur mieux 
il persuader a I'liminence de Carpentras de sortir de la ville. Ella 
ne fut pas trop difticilc a convaincre, et solidement encadre de 
troupes a cheval, son carrosse gagna rapidement la campagne. 

Pendant ce temps, la maison du marquis etait livree au pillage. 
Les portes que Ton avait fermees furent abattues, les gonds en 
furent arraches, les vitres des fenetres furent brisees, et les meu- 
bles, reunis en un immense bucher, brulerent au milieu dela rue. 
Ici encore. Tor et Targent monnayedisparurent, et les degats s'ele- 
verent a 1(),(jkx) ecus de meubles brules d'apres des Laurens, et 
d apres rinventairedresse par\L de la Rousselle lui-mcme, le total 
des partes subies atteignait ick),()(X) livres, non compris les meu- 
bles du marquis de Marignan, son cousin, qui les avait laisses 
chcz lui. Parmi les emeutiers. quelques-uns furent reconnus, et, 
entre autres, Antoine, cordonnier, lils d'une servante de AL de 
Crillon, qui. Tepee nue a la main, criait : « Pillons et brulons tout. 
Viva (h'illiin, vive le peuple I » (i) 

L action intentee par la Rousselle contre les auteurs et les com- 
plices de I'incendie et du pillage de sa maison, comment^a le i'2 

'. I Dcrp«»siii(»n dc (ilaiiJc Teste, qui a su la inaison « brCi^lcr ct les hardcs disper- 
sccs dans la vac ». Jcan-Antnjnc dc Vi;^'..rj dcpi)>a sur le memo sujel, dans le memo 
sjns. Le [< juin H',.-;. I<.aphajl Rncque, lemni^'-ne, Jc visu. de I'cxisience des ohjels 
brulJs en la maison du marquis, ei le Icndcmain, 4 juin, Daniel Ejoccs > , prCtre, 
sur I'eNi-lcnce de meubles el objels piecicux. ^.Ms 'Sy:r~, 1'<'1. i'4^> 



22 MEMOIRES 

Janvier i656, par sa declaration et Tinvitation adressee i Taudi- 
teur et lieutenant-general de venir la voir. Elle fut trouvee, gar- 
dant seulement de son ancienne splendeur quatre murs noircis. 
Plus d'un an apres, le 2 juin iGSy, la Rousselle fit une nouvelle 
instance et fournit I'inventaire des « pillemens, saccagements et 
bruslemens », et Ic tit certifier par t^moins. II est probable que le 
remboursement des degats s'opera en m6me temps pour lui que 
pour les autres victimes des 6meutes. Mais nous n'avons pu trou- 
ver Tordonnance le concernant. 

Quand Thotel de la Rousselle fut complctement pill6, la foule 
pensa de nouveau a I'hotel de Servieres. Madame de Servieres, sa 
soeur, ses enfantsetaientdans la maison. Seul M. de Servieres 6tait 
retenu pres du cardinal Barberini, alors a la Tour-d'Aigues. Ce 
pauvre h6tel de Servieres, qui devait trois mois plus tard ^tre brule 
et pill6 du haut en bas, echappa cette fois-ci a la fureur du peuple. 
A peine la femme et les enfants de xM. de Cambis etaient sortis 
par les fenetres qui donnaient sur la rue des Lices (i), et s'etaient 
refugi^s soit chez les dames de Sainte-Marie, soit au Noviciat des 
Jesuites, tandis qu'on jetait par les memes fenetres les meubles 
les plus precieux dans la cour de Thotel (2), que le vice-16gat et 
Tarchevequearrivaient, et aid^s par xM. de Crillon, parvenaient a 
d(^tourner le peuple, qui se dispersa peu a peu. 

Tel fut le premier episode des troubles avignonais. lis devaient 
renaitre bientot et les incendies recommencer avec les pillages. 
Jusqu'au mois d'octobre cependant, la ville fut a peu pres calme* 
et si les pevoulins continu^rent a porter ostensiblement ^ leur 
chapeau les brins de paille ou de foin qui servaient d les recon- 
naitre, Tordre ne fut pas trouble. 

C'est a ce moment que se placent les demonstrations exterieu- 
res du culte ordonnees par I'archevc^que. Huit jours apres la Saint- 
Jean, on fit une grande procession, que suivirent plus de dix 
mille personnes et a laquelle on porta la relique de la vraie Croix 
des Gelestins, et on donna la benediction au coin de toutes les 
rues. Xon contente de cela, la ville fit un voeu solennel d fautel de 
saint Dominique. Tous les corps y firent leur ofTrande et la ville 
promit un cierge de 12 livres a la chapelle. L'archev^que offrit de 



1 « lis so sauvtirent avccque des eschelles par les fenCtres dans les maisons de 
n<)s vc»isins.» — Cette maison occupaitremplacement de rh6tel,qui appartient actuel- 



I lemc^nt a M. Krncst Verdct. 

I 



-> « II en fut dcsrobe ou perdu une grande panic. ^ RcUtion du pUliAgc de wm 
miison : ms. 255;, l«»l. i-}4 ct suiv. 



DE l'agad^Lmie DE vaucluse 23 

son cote unc lampe d'argent de cent ecus, et promettait cent au- 
tres ecus pour Tentretenir. Cursi promit de doter quinze fiUes 
pauvres et de donner trente ecus a chacune. 

Mais le cardinal Bichi nc s'endormait pas. Intrigant et ambi- 
tieux, il fit manx'uvrera Rome, et ses agents surent menerraf- 
faire si secretement que, vers le 6 octobre, le vice-16gat Cursi 
recevait un brefdu pape Innocent X, le rappelant, et instituant a 
sa place Mgr de Marinis, archeveque d'Avignon, de I'ordre des 
Freres Precheurs. L'eveque de Carpentras pensait-il briser le 
peuple en lui enlevant son soutien, ou comptait-il avoir en la per- 
sonnedu vice-legat un instrument plus docile? Croyait-il obte- 
nir de lui, pour la noblesse qui Tavait suivi a son depart d'Avi- 
gnon et s etait etablie dans les villages voisins, attendant Tissue 
de FalTaire, des compensations suffisantes? Toujours est-il que le 
peuple vit dans cette mesure la main de son ennemi mortel, et la 
suite de Thistoire montre qu'il ne fit pas une trop grosse erreur. 

A vrai dire, cependant, le premier accuse ne fut pas Teveque de 
Carpentras, mais bien le cardinal Antoine Barberini, dont x\I. de 
Serv'ieres etait lamietleserviteur. Et c'est pourquoi, a la premiere 
nouvelle du rappel de Cursi, la maison qui avait 6t6 ^pargnee 
trois mois auparcwant, fut destinee au pillage. Un mot imprudent 
et un coup d epee donne dans un moment d'impatience, fournirent 
le pretexte attendu. 

LeG octobre iG53, M. deCastellet, ancien consul, se promenant 
avec quelques-uns de ses amis sur le pont du Rhone, rencontra 
un tailleur portant Tinsigne des pevoulins, qui revenait de ^'ille- 
ncuve et rentrait a Avignon. II lui demanda, par maniere de plai- 
santerie. s'il ne serait pas bien aise d'-accompagner le Icndemain 
son vice-legat; aquoi lepevoulin repondit qu'il «aimait beaucoup 
Mgr Cursi et qu'il serait toujours trcs heureux de le servirw. 
Les laquais de M. de Castellet le frapperent alors de coups dc 
plats d'epce, et le poursuivirent jusqu'a la porte du RhOne. 
Quelques passants, temoins du fait, accompagnerent le malheu- 
reux tailleur, et leurs cris ameuterent bientot le peuple. Sans trop 
d'abord savoir ce qui s'etait pass(^, on crut que M. de Castellet 
avait voulu tuer un pevoulin, puis on se dit que le depart du vice- 
legat serait le signal de reprcsailles, enfin que les nobles allaient 
rentrer et opprimer davantage le peuple prive de son protecteur. 
De proche en proche, I'emeutc gagnc, et bientAt la maison de M. de 
(Castellet. situec en face le grand palais, est entouree d'une foule 
furicuse. Kile est mise a sac, les portes sont enfoncees et les gonds 



mf-:moires 



arrach^s (i). Le feu y est mis, et tandis qu'elle acheve dc se 
consumer, les emeutiers sedirigent vers la maison de Servieres, 
dont le tour est enlin venu (2). 

C'est sur ce pillage memorable que M. de Servieres lui-meme 



nous renseignera. 



Jean-Franc;ois dc (]ambis, seiLrneur de Servieres, etait alors un 
des plus grands personnaires de la noblesse avignonaise. Fils de 
Richard-Jrjseph de (]ambis, seigneur de Servieres, el d'Isabelle 
de Baroncelli, il avait epouse, en i(323, Isabelle de Rousset, lille 
de Jean de Rousset, seigneur de Fargues et de Saint-Montanl, 
plus tard religieux sous le nom de frcre Jean-Georges de Sainte- 
Madeleine, et de Cirace de Ferrier. II semble que cet c^clat et cette 
fortune, loin de lui concilier les bonnes graces du peuple, aient 
contribue pour une bonne part a lui en attirer les col6res (3). Aux 
environs de \(o[\ il y avait dans Avignon et parmi les p6vouIins 
une sourde irritation contre les Cambis. D'oii venait-elle ? Etait- 
clledue seulement a I'origine italienne de la famille, les de Cambis 
6tant seulement a Avignon depuis Tan 1450 (4) et ayant conserve 



'I' L'instance faitc par M. Je Castcllet, tant on son nom qu'en cclui de sa femme, 
pour la verification des dc^rai*^, csi du 5 mai u\^-j. Le i5 mai, dcclaraiion des experts. 
Le i8 mai, les dd^^Mts soni ain>i cvalucs : 

Kran«;«>is d'Anime, mcnuisier, visite la maisnn et esiimc les dc^'als, pour sa partie, 
& 678 livrcs. — Reinaud (jcrsicn. sculptcur, a :^.Si livre^ 20 sols. — Drag-on, ma^on, ^ 
97 livrcs. — Laurent Burlier, pjinire, a 81 livres. Le « fattore di canali », a 100 livres. 

Le 28 mai, M. de Caslellet produit Tinventaire, qui s'el^ve d i,.*^jo livres. 

Les principaux temoins furcni: (Claude Teste, qui dilque le jour dc la Saint-Bruno, 
la rue devant la maison de Castcllet eiait plcine de meubles brises. — Jean Atcn- 
bois et Nicola^ Lcypolle. sur IVxistence dc^ mcuhles dans la maison trois ou quatre 
jours avant le pilla^v. — Flora S(»ntre lemol^'-ne qu'il y avail bjaucoup de livres et 
de manuscrits. — (Je.ssiere dit av(»ir fail pour 23 livres de rc^paraiion ; Doubrac, 
pour 'M't livrcs io(^ s. ; Jacques Planche, pour n5, et Jean Desbrout, vitrier, pour 
a6 livres. 

(2; « Kn la maison de Scrviere, parmy eux exlrOmement odieux,parce qu'A Paris 
traita avec fori peu de lidelilc la cau^e dc Icurs privileyes. * Fjidufn Jc M^r Laurens 
Cursi, ms. 2i<.M, fi»l. 145. 

'< Plu>ieur.s tois depute dc la \illo,et n<»tammcnten u'^o, aupres du pape. Arrctti 
di la poi to Saint-Lazare par ordre du vice-lc^'^at, il parvint peu apr<^s <i aller A Rome. 
En 1647. la villc ne lui avail pas encore rcmbour.se les frais de son v(»yag'e. Sur son 
instance, en dale du 2'j avril dc celie anncc, i\ runanimit(i moins si)t voix, le 
conseil permit a Scrvi(>res dc fournir ses comptes el lui promit dc les faire examiner. 
L'objet de sa deputation, qu'il parta^.'-ea avcc M. de Fog-asse de la Roy^re, etait 
d'exposer au pape le contlil qui s'ciait elcve entre le vice-leg^at et les consuls, ceux- 
ci ayant porie ccriaines ordonnanccs <1 propos de la peste, et le vice-leffat de son 
coi^ ayant vu dans ce fait un empictemenl sur sa juridiction. Cf. ms. X<^f). fol. 85.^ 

• 4^ * Nostre maison est en etat depuis deux ccns et trois ans. que Messieurs de 
Cambis >e rciirC?rcnt dc Florance en Avignon. Ms. 3357, fol. 3v».' — Pilhon-Curt, 



DE l'aCADiLmIE DE VAL'CLUSE . 25» 

un penchant qui ne fut pas toujours secret pour les personnes, 
les choses et les moeurs administratives de leur pays natal ? Peut- 
6tre. Mais il y avait a ces inimities dcs causes plus prochaines (i). 
En Tan 1643, M. de Servieres fut depute de la ville d'Avignon vers 
le* roi Louis XIV, age de quatre ans et demi, auquel Louis XIII 
mourant venait de leguer le fardcau si lourd de factions naissantes 
a dissiper, de ressources financijres a trouver, et d'un Mazarin 
a supporter. La regente avait pris le pouvoir depuis trois mois d 
peine, quand les consuls d'Avignon envoyerent a la cour M. de 
Ser\iercs, qu'ils chargclirent den rapportcr des lettres patentes, 
non seulement confirmant les anciens privileges, mais les ampli- 
liant encore autant qu'il plairait a Sa Majeste (2). Tout alia d'abord 
pour le mieux, et les quelques lettres, qui nous restent de la 
correspondance qui s'etablit alors entre les consuls et I'ambassa- 
deur, sont a cet egard fort interessantes (3). Mais il fallut bientOt 
dechanter. Malgre la recommandation que le cardinal Bichi fit 
parvenir a Mazarin pour M. de Servieres, qui d'ailleurs la lui avait 
demandee (4), Tambassade Unit par echouer. Apres avoir esperci 

Ilistoire Jc Li nolUcssc J'Aviy:non cl Jit ComLit, art. Cambi, rapporie k Tan 1448 Tarri- 
v6e A Avifrnon dc Luc Cambi, fut,'ilil' do Florence devant la hainc dcs Gibelins 
p(»ur les Guelfes. 

I En 1640 et le 23 juin, Jean-Franv'ois de Cainbis, Charles de Cambis, seig-neur 
de Montillet, Barihelemy de Cambis el Louis son frere, furent poursuivis au crimi- 
nel, pour avoir trouble ce jour-K^i I'eleciion des consuls. lis adress^rent au vice-l<^^at 
Sforza une supplique de g^rdce. La sentence les condanina d verser entre les mains 
du tresorier de la lej^'-ation la somme de six mille livres. Douze jours aprc»s, le 
r* octobre 1G41, I'amendc eiait compleiemcni payee et la ^nace accordc'C. [Ms. 3357, 
fol. -J.) 

ri) Cf. Instructions ct mjmoitds Joftn<^s J M. Jj Servieres, Jcfute par la villc J'Avi- 
f^non vers /j rov Ijjuis \/\' h2urcus:m:nt yi>:nAnt pour la conjirmation dcs privileges. 
^Ms. 3356. fol. lo.^ 

{3- Le 16 seplembrc ir.43. lettre des consuls en reponse ci celle de M. de Servieres 
en date du 3, annon^^ant « I'esiat de voire bonne sante que nf)us cherissons par 
dessus toutes choses. Nous en snmmcs ravys, et esperons que le zele que vous avez 
toujours tdmoi^'-ne p«»ur vostre patrie, vous servira de m<»tii' pour user de dilig-ence 
en I'expedilion de nos aflaires. etc. « Ms. 3350, inl. 117. — Le 23 sepiembre, autre 
lettre des mOmes consuls, le lelicilani de se< premieres demarches. « Vos commen- 
ccmcns sont sy heureux que n«»us ne pouvnns qu'aitendre Icn issues pareilles ; ce 
qui nous promet que nos habitants en recevront non .seulement confirmation de 
leurs privilef,^cs, mais enc<»re ampliation el enchcrisscmjnt de ce qui a este obtenu 
par le pass^. % Ms. 335r). fol. ii«j. .1 m. Jc' Servieres. amhassaJ,:ur pour la rill J JMr/- 
^fton vers Sa Majcstc, a la ruj Jjs nfjttslCn/ants. a rcnseii^tic Jj la vilU de Xancy. a 
Paris. 

4 « ... J'escrls la cy-j.iinte, en v<»tre taveur, a M )nsei^'-neur le cardinal Mazarin, 
duquel vous pourrez av<»ir bcsnin pnur v<»tre favorable et promple expt^dition, et 
i'adres>e ce pacquet a M. le (Irand Pricur de Marmouiier. qui fait mes attaires I'l 
Pari:>. pour vous le CMn>,i^'ner. «• Daico de « SaiiU-.Michel in l)(».sco, proche Bolo- 
R-ne, le 26 aousi 1643. » ,Ms. 335h, fol. ii5.. 



DO MtMOIRLS 

obtenir un accr(»isscment de privileges, rambassadeur fut trop 
heureux de rcmporter des audiences du premier ministre ct de la 
reine regente un rescrit portant confirmation pure et simple de ce 
qui existait autrefois (I). Encore lesordonnances royales restcrent- 
elles lettre morte au moins en partie, et la foraine ou douane de 
Lyon continua-t-elle a etre exigee aux portes de la ville. Ce n'ctait 
pas, d'ailleurs, au moment ou le premier ministre avait le plus 
basoin d argent, oil les recettes des gabelles ^taient depensees 
trois ans ^ I'avance et n'avaient ete avancees par les fermicrs 
qu'^ un taux ruineux, qu'il allait tarir gaiement cette source de 
benefices. II est fort possible qu'a Avignon, surtout dans le milieu 
alors plus ^loigne des alTaires publiques et plus ignorant de la 
maniere dont les choses s'etaient passees, on ait rendu M. de Ser- 
vi^res responsable de I'^chec pratique de son ambassade, qu'on Tait 
accuse d'avoirjoud double jeu, etd'avoir, pourcomplaire auMaza- 
rin besogneux, employe son credit a ce que lesordonnances royales 
n'eussent jamais qu'unevaleurfictive. U etaitenelTet Thomme-lige, 
le serviteur devoue du cardinal Antoine Barberini, lequel allait 
devenir le protege officiel et Tami de Mazarin, qui devait le sou- 
tenircontre le pape'lui-meme, poursuivant en lui le neveu de son 
predecesseur Urbain Vlll. Le Ills de M. de Ser\'i6res, Richard- 
Joseph de Cambis, seigneur de Fargues, communement appele 
M. de Fargues, etait, aux environs de iG53, le mandataire et 
comme Tintendant general de la maison du cardinal Antoine 
Barberini (2). Or, Barberini etait le plus ferme soutien de Bichi, 
ev^que de Carpentras, lequel etait le plus av(^re defenseur et 
protagoniste des pessugaux. De 1^, et par un systeme de rico- 
chets, dont rhistoire politique prescnte de nombreux et mc^mo- 
rables exemples, c\ faire supporter a M. de Servieres tout le poids 
de la colere du peuple, il n'y avait qu'un pas, et les evenements 
marchaient trop vite pour que \\m mit longtemps a le franchir. 

(i) Lellre des consuls a M. de Servieres, oQ Ton voit quelque desenchantement, 
en date du 14 octobre 1G4K. « Quel soin^que nous ayons prins pour faire assembler 
le conseil pour deliberer sur le faict de vostre lellre, il nous a et(i impossible, sy 
bien que en ayant confere en assemblee de Messieurs du clerge el de I'Universile, 
tous g^neralemcnt ont loue vos S(>inf,^s el dilij.'-enccs, et plainct le malheur qui 
accompag-ne les aflaires de ceste ville... Cependant nous vous prions tous affectueu- 
sement, app(»rtant vos soins ordinaires, d'obtenir la confirmation desdiis privil<!jges, 
conformement d la concession faicte par Louis le Juste...* (Ms. 3XS6, fol. 133. — 
L'ordonnance royale est daiee du 26 octobre et sij^mee Lomenie ; celle de la reine 
rt^^a^nte pone la date du 3o du mOme mois. IhUcm. fol. 141 et 142 . — Les frai^ de 
Ictlrcs ei de leur expedili(»n N'cleverent a kj.) pisiules. {ItiJcm, fol. 143.) 

(2; Cf. ms. 33y[, ful. 8. 



DE L ACADEMIK DE VAUCIA'SE I'] 

M. de Servieres lui-m6me ne dissimule pas qu'on I'avait desservi 
aupres du peuple avignonais et qu'on avait calomnie ses inten- 
tions. « Mes ennemys et envieux, di t-il ( i ), estans marrits de la bonne 
intelligence qu'il y avoit entre M. de Perussis et moy, et voyans 
que les uns et les autres avions quelque creance parmi les hon- 
nestes gens de nostre ville, ne pouvant nous sc^parer de ceste 
affection... Ton se resolut a faire des inventions pour nous dis- 
cr6diter m^me parmy le peuple, et a ces fins Ton commencja a 
leur faire accroire que j'etois d'accord avec M. de Villargelle pour 
la douane et la foraine contre la ville, quoyque j'eusse agi si 
fidellement en ces affaires pour Tadvantage de la ville contre le 
sleur de Villargelle, quUl se plaignoit partout de moy, et en fa^on 
du despuis il n'a plus est6 mon amy. » 

Ces bruits circulaient done dej^, lorsque, au mois de de- 
cembre i652, M. de Servieres accompagna le cardinal Barbe- 
rini a la cour de France. A peine etaient-ils en route, que les 
troubles occasionnes par la foraine (iclaterent. M. de Labaud fut 
envoyii pour en obtenir le retrait, « lequel je fus visiter des aussi- 
tost et luy offrir i le servir, tant pour le public que pour son par- 
ticulier, et luy continua mes visites par plusieurs fois. » Pendant 
ce temps, en Avignon, on s'impatientait quelque peu. Les diffl- 
ficultesde toutesorte, que M. de Labaud rencontrait a chaque pas, 
retardaient la solution de I'affaire, tandisque la cite avignonaise 
retentissait des belles indignations pcvoulines contre M. de Servie- 
res, qui emp^chait tout par le credit du cardinal Antoine alors 
tout puissant. « On en informoit les honnestes gens et nos meil- 
leurs amys, et apr^s jusques aux artisans et menu peuple, et 
dans les cabarets, les jours de festes, on avoit des gens apost(^s 
pour lesentretenir de semblables inventions (2). » 

En vain, M. de Labaud essaya-t-il de detromper les consuls et le 
peuple. Si les premiers parurcnt ajouter foi aux renseignements 
qui leur parvenaient de Paris, et re(;urent Servieres avec honneur 
^ son retour, le second nevoulut rien comprendre ni rien enten- 
dre. Les malentendus, melees aux ignorances t6tues et aux cupidi- 



(1) Relation du pillage de ma maison .'de la main de M. de Servieres, ms. 3357, 
fol. 144.) — II s'agit probablement ici de Fran(;ois de Perussis, baron de Barles, 
seig-neur de Montdevergues, gouvcrneiir pour Sa Majest<i des ch&teau et tour de 
Villeneuve d' Avignon, maitre des ports et passages, ponts et peages du Rh6ne en 
Provence et en Languedoc. 11 devaii Otre viguier en i658 et sera d6put6 par la ville 
vers le roi en 1665-1667. Son fils epousera plus tard Marguerite dc (^ambis. 

,•-' Relation du piUage de ma maison, m^. 3357, fol, 145. 



tes en appetit, aboutirent au pillag-e de Thotel de Servieres, qui 
forme lepisode peut-ctre Ic plus important dcs troubles de 1653. 

Apres avoir pille la maison de M. de (^astellet, qui etait situee 
en face le grand palais, Ics emeutiers en voulurent demolir une 
autre, qui appartenait egalement a Tancien consul. Par bonhcur, 
un beau-frere de M. de (]astellct se trouva par la et en empecha le 
pillage. La maison de M. de Perussis Ics retint un moment; 
mais M. de Saint-Martin, son parent, pan'int a les detourner. « Kt 
ajoute M. de Serviorcs. non sans melancolie, commc ils se virent 
cmpesches decela(i), les mesmes resolurent d aller a la mienne, 
comme fort recommandee pour estre pillce; aussi ne fust-elle 
secourue de pcrsonne. » 

L'hotel de Servieres etait situe sur la paroisse Saint-Agricol, 
touchant les dames de Sainte-Marie et le college d'Annecy. Une de 
des facades regardait la rue des Lices, aujourd'hui rue Calade ou 
Jr)S3ph-Vernet, et Tautre, la rue appclee aujourd'hui du College- 
d'Annecy. 

La maison etait heureusement vide de ses habitants. Apres les 
troubles de juin, M. de Servieres etait venu de la Tour-dWigues, 
ou il avait suivi le cardinal Barberini a son retour de Paris, et i) 
avait fait sortir de la ville et conduit a Sorgues sa famille, le 5 
du mois de juillet. 

Danste livrederaison de M. de Servieres, on trouve, a la date du 
6 octobre, les lignes suivantes: « Je note que, leO de ce mois, vers 
les 7 heures du soir, le peuple commen^ra a entoncer les portes de 
ma maison et pilla tous les meubles ; et apres Ton emporta et 
brisa toutes les portes et fenestres, comblarrent le puits, em- 
porter (^/c) tous les fers. Et entin, comme Ton vouloit commen- 
cer a la desmolir, apres y avoir vole durant i5 heures, Ton fust 
contraint de faire murer les portes, le tout sans aulcun subject. 
Nous en verrons cequ'il en adviendra pour les reparations. Nous 
voyons par la ringratitude des peuples, Tayant toujours servi si 
lidellement(2). » Et ailleurs : « Nous avions jete, le jour de la Saint- 
Jean et endautres rencontres, denos meubles en quantite dans le 



(i" II y cut ccpendant une maison pillec, apparicnani d M. dc Castcllel et situde 
rue Doriie. Le cahicr de la procedure : Ac'/// J.Tnni pjtili ... indiquc qiie. le 4 mars 
i6b-j, Mclchiorde Gallcan, IVere de M. de Caslellel, produisil devant I'auditeur fri^Jne- 
ral un inventairc des hardes et meubles qui lui oni eie voles chez son frere, dans sa 
maison, rue Doree, et eslime la perie a f'1,177 lixres el s s<>ls. -- Hernardine, femme 
de Raymond Bonaud, et Jean (iarcin dcposeni, le mars lO";, de I'exisience de< 
objcts vol(5s ou brQlc-s. 

X Ms. 3357, fol. 3cj, 



1M-: 1. ACADKMIK Di: VArCLTi^J-: 2() 

grand college par Ics fenestres. CepeupleTayant seu,fut presenter 
lemouton ^laportedudit college ct les menac^a deles brusler si ne 
donnent ce qu'ils avoient a nous. On leur livra tout, commegens 
elTrayes, et il faut noter que, dans noslre maison, il y a quarante 
membres tous meubles. Aussi if>heures de suite, ils ont charie 
de nostres meubles, comme une chose donnee au pillage et per- 
mise. » Et pour terminer : « I/on n'a pas laisse un clou ni une 
cheville de bois. Si les Crovates et les Suedois avoient passe dans 
cette maison dix ans de suite, il n'y pouroit pas avoir tant demal... 
Enfin, nous n^ivons plus rien et sommes a la rue (i). » 

M. de Servieres a-t-il exagere? A premiere vue, on serait tente 
de le croire; mais, a consulter les pieces officielles, inventaires ou 
procedure criminelle, on est fcjrce de convenir qu'il a seulement 
exprime la verite exacte et cruclle. Ce fut vraiment un pillage 
memorable et que les temperaments violents et feroces des ^meu- 
tiers d'alors (itaient seuls capables de mener a bonne fin. Tous 
les meubles furent brules ou emportes, tout le linge vol6. Les 
appartements devastes, les vitres brisees, les portes et les fenetres 
enfoncees, puis murees pour (!jviter qu'on ne jetat des tisons dans 
les salles, les gonds des portes ct les fers arraches, tordus ou bri- 
sks, forment un ensemble de ruines, qui ne s'est rencontre peut- 
etre nulle part dans les pillages dont Avignon fut, pendant ces quel- 
ques mois, le theatre. Depuis les six « garnitures de lit pourl'hi- 
ver », en passant par les i( linseuls » de chambre, jusqu'aux nap- 
pes de « nostre table », tout le linge disparut. Des caisses pleines 
de filures de « chanvre, de lin et de filoselle » furent ^ventrc^es et 
leur contenu fut la part de butin des femmes des emeutiers. Dans 
la chambre de M""" de Montmirail, tout fut egalement pill^. Un 
cabinet denoyer, « oil ladite dame tenoit millepetites galanteries », 
ainsi que « les deux grands coiTres, ou estoient colets, moucheoirs 
dc col, bout de manches a dentelles, comme d'ailleurs la grande 
caisse en nover », ou il v avait du velours roui»:e cramoisi d'une 
jupe pour faire douze chaises, furent saccages. 



I A la fin d'un exemplairc dc VinvjnLiirc somm.iird Jcs ruims ct Ji'i^Jts, M. do 
ServicTcs ucrii encore : -t La luric do cc pcuplc c-st«»il si j^^rande, qu'ils firont Hois feux 
dans la basse-c<>ur dc la maison, ci bruslani touics les pciiics pijccs... qui y re>- 
loicni, lis rcmplircni Ic pulls des mauvai^ mcuhlos, puis aprcs le rompircnt et le 
ra>erenl ei jeticrcnl les pierres dedans pour Ic combier. Us «')nt aussi arrachd les de- 
j^rcs <Je la Irur qui sic vouloicnl abattrc, pour ecraser ccste pauvre maison. Dieu 
soil benny do tout. Les portes et I'enesires ont este murees par la charitc de quelque 
bonne ame. II n'y a personne qui aye este <i de-ojc que nou^. par Ic sentiment de 
tuus Ics ^'•ens dc bien. •» .W'^. X^r-;. UA. 41. 



!^() MKMn:i<i:i; 

Dans la grande chambre de Madame de Servi^res, on brisa et 
on vida les deux armoires fermant a clef, qui renfermaient quan- 
tity « de vieilles serrures, pannes et gons de la maison », et deux 
grands cofTres ou elle avait plac(^ ses « colets, moucheoirs de col 
qu'on lui avoit apporte de Paris », ainsi que le « cabinet de bois 
de noyer, garni de satin vert, avec des rubans couleur de feu, ou 
laditedame mettoit ses bagues, bijoux et galanteries... » Les meu- 
bles une fois vides, on s'occupa de les briser et de les voler ou de 
les bruler a leur tour. La salle basse contenait de grandes tapis- 
series en cuir dore, dix-sept « chaires garnies de mouquette, six 
placets, deux grands bans pour servir de lit de repos et deux car- 
reaux de cuir dor(^, un dressoir, une table noyer, un tableau de 
Notre-Dame avec son cadre, et un tableau du roy avec une 
douzaine de dames romaines. » Tout disparut. 

La cuisine elle-meme fut trouvee bonne a piller et les « deux 
tables, les deux pastieres, le moulin a bluter la farine, une paire 
de chaines avec son cumasclc et garnitures du feu », comme 
« les chaudrons, bassines, poeles, chandeliers de laiton » de la 
depense, furent emportes. 

Les « dix-huit grandes chaires, les six placets, la table carr6e et 
ronde (probablement les deux tables, une carr^e et une ronde), un 
grand tapis de Rhodes, qui se trouvaient dans la salle haute, les 
deux lits, les deux coffres bahuts de Tantichambre, la tapisserie 
de cuir dore, les dix-huit chaires, les six placets canevas, le grand 
lit noyer de la grande chambre », I'ameublement dela chambre de 
Madame de Montmirail qui se composait entre autres choses de 
deux douzaines de « chaires garnies d'ecarlate et de velours de 
laine, d'une tapisserie de Roan (Rouen), de quelques tableaux de 
peu de valeur, d\\n lit de bois et d'une tapisserie de cuir dor6 », 
tout fut consciencieusement pille ou brise. 

On n'epargna pas davantage le « petit cabinet pr6s de la 
grande chambre », oil il y avait « une petite biblioth^que, quantity 
de verres, petits tableaux, deux cabinets d'Allemagne, une table 
et son tapis », et on monta piller jusqu'au grenier, ou de grandes 
caisses contenaient « du lilet tout prest a faire la toile » et des pro- 
visions en abondance : « six ey mines de sel, quelque peu de 
seigle, du son, huit saumces de bled, deux farinieres de bois, dans 
lesquelles il y avoit au moins trois saumees de farine, etc. » 

Puis on vint a la basse-cour, au milieu de laquelle on fit un 
feu dc tous les debris des meubles que Ton precipitait par les 
fenetres, au puits que Ton comblaet dont on d^molit la margelle, 



a la remise du carrossc dont on sortit les harnais et des roues hors 
d'usage pour les emporter, au grenier a foin dont on prit la paille 
et le foin, et au poulailler oil de nombreuses poules et force cha- 
pons s'engraissaient pour la table et furent partagees ce jour-la 
entre les divers cmeutiers ; [et pour finir, les ecuries furent videes 
ct le fumier en fut emporte. C'est a cc moment que se place 
Tcpisode raconte plus haut par M. dc Servieres lui-m6me. 
Quelques meublcs et non des moins precieux avaient trouv^ 
asile dans le grand college, des le moisde juin precedent. La foule 
le sut et alia battre la grande porte du college jusqu'a ce qu'on 
les lui eut livres. U est vsuperflu de dire quel sort les attendait. 
De rhotel dc Servieres il ne' restait rien et une partie de la garde- 
robe de M. de Montillet (Charles-Philippe de Cambis), fr6re de 
M. de Servieres, perit dans les flammes ou fut egalement pill^e. 
Un accord intcrvint entre les deux fr6res : Jean-Francois devait 
payer a Charles-Philippe 120 escus, payables en trois fois. Le 
premier versement fut elTcctue, le i3 juin 1661, en « grosse 
monnoye ». Les deux autrcs devaient s'eflectuer lors du rembour- 
sement que la ville s't^tait engageea operer entre les mains des 
victimes des troubles. Enfin, le 3() juin i663, M. de xMontillet 
donna quittance definitive de tout ce qui lui etait du (i). La ville, 
de son c6t^, s'etait exc^cutee et avait rembourse ^ M. de Servieres 
les sommes rc^clamecs. 

Pendant ce temps, que faisait le vice-legat? Etait-ce negligence 
et d(^sinteressement de toutes les suites que comportait cette 
afTaire, devcint partir le lendemain ? Toujours est-il qu'il ne 
parut que vers la fin, « n*y estant point alle (ajoutc non sans 
amertume M. de Servieres) durant les quinze heures de pillage, 
mais lorsque tout fut achev6. » M. de Ser\'i6res n'aimait pas 
Cursi, a cause de ce que les pessugaux appelaient scs faiblcsses 
pourle peuple; desormais il avait a lui reprocher une nonchalance 
dcsastreuse etpeut-etre une secrete complaisance pf)ur les auteurs 
de son malheur. 

Le vice-16gat, qui tenait seulement par une fiction a I'adminis- 
tration d'Avignon depuis le bref de rappel, avait d'ailleurs les 
bras lies : et Mgr de Marinis ne pouvait agir tant que Tancien 
vice-legat n'etait pas parti. Ni Tun ni Tautre n'etait done suffisam- 



(0 Ms. Hl-^r?, fol. i52 et suiv. — CIcs documenis sunt c«4-alcment si^^ncs de Laure de 
Cambis, qui avait cpousc, en nVjH. Ant<.>inc do Lnpis. seigneur de Montmirai'. O.i a 
vu plu<; haut que ayn mobilier pcr->(»nnel n'avait pas etc cpartrnc. Les I2*» ejus 
Ucvaieni C*lre pariayrc'^ entre elle et son frJr^', M. de MMiitillei. 



S'J Mi:Mnli<i:S 



ment libre do scs mouvements, et de peur dc se gener, ils 
s^abstinrent (i). L'hotel de Serviercs put bruler tout ^ son aise. 
I.e total des dcgats ou ruines dc la maison ellc-meme s'^leva a 
6,Gi3 livres, les meubles brulcs a 2,2i(X) livres, les portes et les 
fenetres brisces a i(k) ecus et 40 sols (2), et les vols a 20,8cx) livres. 

Deux mois apres environ, la procedure s'ouvrit. Le mercredi 
3 decembre, I'auditeur general Exuperantius Raphaelis, accom- 
pagn(b d'un notaire et de deux temoins (3), se rendit, sur la rt^qui- 
sitionde Tavocat liscal, a la maisr)n de M'"" d'Kscarron, et constata 
que quelques meubles pilles deux mois auparavant, A ThOtel 
voisin de Servieres, y avaient ete rapportes, « ne sachant laditc 
dame dire precisement par qui ». C'citait surtout des bois de 
chaises bris(^es, des debris de portes, deux bans garnis de mo- 
quette, quelques pieces de tapisserie de cuir dore en tres mau- 
vais etat, quatre tableaux « rompus», le bois de trois ou quatre 
lits en noyer. M"'" d'Escarron deposa en outre que ces meubles 
avaient bien appartenu a la maisr)n de Servieres (4). 

Huit jours apres, commenc;a Taudition des temoins. Le mardi, 
9 decembre, par devant Tauditeur general en personne, parut 
Laurent Gardet, valet des consuls, natifde Nonayes en Vivarais, 
habitant Avignon depuis 39ans et cige de 54 ans ou environ, qui 



(1) M. de Servieres, dans le recueil qu'il fit do divers t^moignages, a consign^ le 
suivanl : Un homme du peuple allanl prcvonir le vicc-lcgat que la maissn allait etre 
brulde, entrant dans le petit palais, rencontra dans rantichambre de la salle du 
conseil M. Fran(;(>is Louancy. qui Tinjuria et lui dit :« Coquin, dc quoy vous meslcs- 
vous > II apparlient bicn A v<»us Aaller inicrrompre I'assemblc'e qui se faict lA-dedans ; 
souvenez-vous que vous la paieres. » lj\isscmhU'c tlHait compos^e du vice-l6gat, de 
I'archev^que et de M. de Crillon. 'Ms. :<357, fol. 49.) 

(2) « Je soussigne, maitre expert jure de rannec 1O57, m'e^tant achemin^ A la maison 
de M. de Servieres, j'ay cstime touies les reparatir>ns qui doivent 6tre faites pour ce 
qui regarde ma vacation, les ayant esiimcc^ toutcs en parliculier, et par posites^ 
j'atteste qu'elles montent, scion Dieu et conscience, cent soixante-neuf escus et qua- 
rante sols, et cette estime a ete faito ce 4 may 1057. lieittjuJ. » 

M. de Servieres ajoute lui-meme, au has d'un exemplaire de I'inventaire des meu- 
bles, qu'il ne comprend pas dans son enumeration : 

r Les dc^penses extraordinaires qu'il a faites. lui et sa fcmme, etant reste i Sorgues 
deux ans et demi, et ayant en outre pris une maison a Avi«/non pour faire etudier 
ses tils et servir par ses domesiiqucs ; 

2" Ni cclles qu'il a faite.s depuis un an et denii qu'il est de retour a Avignon, y 
ayant pris maison, I'autre ctant inhabitable ; 

y Ni que, si elle eiit etc habitable, en c.is qu'il n'y put demeurer, il auratt pu 
« I'arrantjr quatre ou cinq cens livres .. ; 

4" Ni un voyage: qu'il fit A Romj. pour allcr se plaindre de la ruine et du pillage. 
« y ayant demeurj siv mois ot faict une depcnse considcM'able. » 

(3J Louis Caihelle, menuisier, et Ani.iie Catelany, praticijn. 

(4) fin /.? cause Ju Jisc... (m>. X^r-, fol. 57 cl suiv.). 



I)K i/aCAOKMIK I)K VALCl.L'Si:^ 33 

dit avoir vu que la maison de Servi^res 6tait bien meubl(^e, parce 
qu'il y avait souvent fr^quent^, et il donne la description des 
salles et des meubles qui s'y trouvaient. 

Le lundi, 22 decembre, comparait Pierre Guillon, maitre chi- 
rurgien, habitant d' Avignon, age de 43 ans, qui depose que, pas- 
sant proche et devant la maison des Dames Augustines quelques 
jours avant le pillage, il vit, « vers 2 heures de Tapres-midy, 
Isabeau la gouvernante sur la grande porte de la rue, du cote 
ci-dessus d^signe », et lui demanda siM. de Senieres, sa femme 
et ses enfants etaient do retour. La gouvernante repondit que 
non. Et s'entretenant avcc elle, il entra et vit les salles richement 
meublees. 

Le vendredi, 2 mai 1654, comparaissent Louis Catelle, menui- 
sier, xiatif de Saint-Benoit en Velay, age de 28 ans environ, habi- 
tant Avignon, qui declare que la maison « estoit bien meublec et 
adjustee;), et Charlotte de Chaine, femme de Laurent Gardet, 
native de Graveson en Provence, ancienne servante -^ I'hotel de 
Servieres, oil elle s'est mariee avcc Gardet et avant encore la 
confiance de ses anciens maitres, puisqu'elle a pu conserver les 
clefs de la maison, coflres, cabinets, dressoirs. Elle fait la meme 
di^claration. 

Le3() mai 1657, Raphael, dit Lamothe, depose avoir vu beau- 
coup de richesses, et le meme jour, Jean Astier, chanoine, et 
Isabellc Astier font la meme deposition. 

Le 19 juin 16^7, Jean de Baroncelli declare avoir re^u, le 3 r)ct(j- 
bre i653, de M. de Servieres, alors d Sorgues, une lettre qui le 
priait d'obtenir du vice-legat qu'il laissat sortir les hardes et les 
meubles, que leur propri^taire avait fait prendre chez les Jesuites, 
Les P. Pilot (Jean-Baptiste, Georges et Michel), en fournissent 
rattestation(i). 

A c6t6 de ces temoignagcs dates, un grand nombre qui ne le 
sont pas, et dont M. de Servieres dcrivit lui-m6me la teneur, figu- 
rent dans le cahier de la procedure. En voici les plus interes- 
sants (2). 

« Jehan Bergier, diet la Barthe, tisseran, m'a diet que maistre 
Francois avoit prins un mastelas, une couverte et le portraict de 
mon p(ire. 

« Jehan Prevost, proche le logis de Rome, avoit prins le miroir 
garny d'argent, un grand livre et un lict verd. 



1 Ms. :<357, fo!. i3'J0l sLii.. 

2 Idem. fol. 45 el suiv, 

3 



^4 MKMOIRKS 

<f Maistre Mege, molinier, portoit un plein sac d'hardes. 
a Le cadet Montlouis, vig-neron, rue des Porchers, portoit un 
plein sac de grain... 

« Blanche Jamotte, femme du sieurAndiol, niaquignon, rue de 
•lti"Col6mbe; ma diet que Est^ve Taxi, diet la Taillole, avoit prins 
du lilet de chanvre, d'estaing, et la couverte du berceau, et que 
Pierre Marinier et lui avoient eu mon lict guigolin ; que Jehan 
Simon, son voysin. talTctaire, avoit eu deux tonneaux; que Geor- 
ges Jourdan avoit une micnne pcyrolle et aultres bisognes... 
« Ladicte Jamotte diet qu'un nomme Louys, fils d'un valet de 
M. de Gondy, rompoit mes chaises; que Francois Grange, talTe- 
taire, mist en pieces un portraict. 

« Marguerite Bissonne... a vu prendre a Barbantan le bois de 
lict. Elle a veu que la femme de Fran(;ois Combe prenoit un bar- 
mehau plein de sel. 

« Le sire Ciergue, diet Sargeant la Sablonniere, a TAigue-ar- 
dent, diet que I'Empereur, passamentier vers les Infirmieres, 
faisoit sortir les meubles du college pour les enlever et les 
emporter. 

« La femme de Marthre Gabriel diet que celle qui accomode 
les bas, proche Saint-Disdier, avoit charrie toute la nuict. 

« Le petit jehan, a la maison de M. le chanoine Savin, rue de 
TEaudevie, avoit de ma tapisserie de cuir dore qui lui servoit de 
dessus de lict... » 

Encore tout ceci n*etait-il que le plus mince du butin. Les meu- 
bles precieux, I'argenterie, les bijoux, qui n'avaient pu 6tre enleves 
a temps et conduits en lieu sur, disparurent et on ne les revit 
jamais (i). 

Le chatiment des coupables se fit longtemps attendre. Les 
meneurs etaient probablement les memesqui, le5 novembre i655, 
bruleront la maison de Saint-Roman, Jean-Antoinc Lichi^re, 
Beraut, La Rose, Chandelier, la Grave et autres professionnels 
des memes execs. La procedure, commencee le 5 decembre i653, 
dura jusqu'en iGSy et ne se termina m^mepas cette ann^e-la. La 
remise de I'inventaire, sur invitation adressee a M. de Servi^res, 
:n'est que du i3 Janvier i656. La raison de ces longueurs, ind<i- 



r Ce qui donnerait A penscr que Targfenterie et les bijoux purent etre soustraiis 
quelque temps auparavant auvsort qui les attendait, c'est qu'ils ne figurent nulle part 
dans les inventaires ou roles des ddgais. M. de Servi^res, si meticuleux, qui ajoute 
aprCjs une longue liste d'objets brisks ou voles : « J'ay oublie les quatre tableaux qui 
^stoieftldans les quadrcs des chemin^es *>, n'eOt pas manque d'en faire lerelevj^. 



hv: i/acadk.nui-: dk vaicc^isk 3.^ 

pendamment du flegme italien qui presidait a Tadmiinistration de 
la justice, est sans doute dans la n6cessit6 ou Ton se trouva, apr6s 
les pillages des hotels de Saint-Roman, Palis, Crivelli, etc., de 
joindre les affaires similaires et d'etablir pour elles une seule pro- 
cedure. Le paiement de I'indemnitd accord^e a Servieres se fit 
seulement en 1661 pour une partie, en 1662 et le i*"" mai i663 pour 
le restant. Encore le malheureux de Cambis n*6tait-il pas tr6s sur 
des finances de la ville papale, puisqu'il ne s'engagea a payer A 
M. de Montillel, son fr^re, les degats causes chez lui d ses meu- 
bles et vetements, qu'au prorata des sommes versees par la vilie. 
L'ordonnance de « Targent pour les bruslemens » est dat^e du 
12 novembre 1(3(10, et est redigee en faveur de M. Frangois dc 
Cambis, baron de Brantes (i). 



* 



Le lendemain de ces evenements, le vice-legat (^ursi prit le chc- 
min de Rome. II s embarqua sur le Rh6ne, d 9 heures du soir, et 
se fit suivre d'un autre bateau portant quelques mousquetaires 
armes. Bien lui en prit. A la hauteur d'Aramon, il fut assailli d 
coups de mousquet, par des gens embusqu^s sur la rive. Quels 
etaient-ils et pourquoi tiraient-ils? Quelle main les avait arm^s ? 
Autant de questions sur lesquelles nous en sommes r^duits aux 
conjectures. Mais il ne faut peut-^tre pas se hater de voir la une 
embuscade preparee par lesennemis de Cursi. II est possible que, 
en cette circonstance, il ait eu affaire A quelques brigands, quel- 
ques detrousseurs ripuaires, les routes par eau et par terre n'(^- 
tant rien moins que siires ^ cette epoque. Quoi qu'il en soit, per- 
sunne ne fut touche, les bons mousquets qui suivaient Cursi 
ayant eu facilement raison des agresseurs. 

Ce jour-la meme, Mgrde Marinis, archeveque d'Avignon, pre* 
nait le gouvernement de la vice-legation. II a laisse dans nos 
annales le souvenir d'un homme doux, mais faible, picux et bdnin, 
plus uccupe d'oraisons ou d'etudes que de politique. II m6rite 
mieux que cette aureole incolore et fiottante, et si par un de ces 
soubresauts dc la politique pontificale, que provoquaient ^ loisir 
les intrigues, la gerancc de sa vice-legation n'avait pas 6i6 inter- 
rompue, il fut pan'enu a pacifier les esprits, a ramener les nobles 
et d apaiser le peuple. A ce moment, toute Thistoire int6rieure dc 

I Ms. 3357, fol. i5o. 



'X) . MKMOIKKS 



Ui ville et du Comtat est domineepar deux figures bien dilTerentes. 
aussi opposees que possible Tunc ^ I'autre. A Carpentras, un eve- 
que ambitieux, intrigant, vivant pour la politique et se mainte- 
nant grace a elle: grand seigneur fastueux, ancien comprotecteur 
du royaume de France a Rome, par. la grace de Louis XIII et des 
neveuxd'Urbain VIII, les cardinaux Barberini, il etait admirable- 
rhent placed, pour apaiser, pour reunir, pour adoucir, pour jouer 
Je role le plus beau, le plus eleve, le plus lecond(i). Kn etait-il 
capable, DU bien, inferieur a une tache aussi belle et trop preoc- 
cupe de ses interets personnels pour les compromettre pour le 
Ijien dp la paix, ne pouvait-il que parader dans sa pourpre, batir 
dcs palais et les habiter?-' (]eci ou ccla, il n'importe. Mais jaloux 
d'une autorite dont les derniers evenements etaient loin dJavoir 
augmente le prestige, il eut pu Temployer plus utilement qu a 
entretenir la discorde. a nourrir les ressentiinents et a calomnier 
a Rome ceux qui tentaient de neutraliser son inlluence. Sans lui* 
les nobles, quelque legitime quefut leurquerelle, peut-etre memo 
parce qu'on sctait porte contre eux a d'inqualitiables exces, 
seraient rentres a Avignon, non pas vaincus, ni vainqueurs, car 
il eii.t pu empecher toute jutte et par consequent toute victoire ou 
toute defaite. xMais il couvrait de son nom leur exil volontaire, 
les a.busait par les promesses de revanche et perpetuaitun conllit, 
ou ce quji y avait de plus precieux dans une cite, la paix, (itait 
s.acrifiee a ce qu'il y a de plus meprisable, la politique. 

Pres de lui se dressait une autre figure, qui formait avec lui le 
plus heureux des contrastes. Mgr de Marinis (2) apportait a sa 
charge nouvelle un grand amour de la paix, et ce melange de fer- 
mete etde douceur, de prudence et denergie, que les evenements 
reclamaientimperieusement de qui etait appele a les dinger. Sans 
ambition personnelle et n'acceptant les necessites de la politique 
que comme ua mal inevitable, delivre par consequent de ce qui 
aurait pii paralyser son action, il n'eut qu\in but : la paix. Moins 



r Uichi avait etc transfcrde du petit ev(^ch(i d'Isola, en Calabie, a Carpentras, en 
l63o, et .crec .cardinal le 28 novembre i633. Son passage h. Carpentras a laisse plus 
d'une trace. 11 Ht faire des embellisscments ^ sa cathedrale et construis.it un nouvel 
evGche, devenu depuis le Palais de justice. * 

•2 No en \Sj3 a (ifenes, Dominique de Marinis t^iait entr^^ dans I'ordre des Fj-«^res 
Preclicurs. U fut prieur de la Mincrvo a Rome et, nomme ti TarchevOche d'Avi|trnon 
en ih4'j, fit son entree dans "^a ville (ipiscopale leii juillct 1G49. Les chateaux de 
Barbcntane el de Graveson furent repares par ses soins, et A sa mort (20 juin 16G9 
il laissa tous ses biens au Mont-de-piet6 6tabli in Avignon depuis r&x). II fut cnse- 
veli dans sa cath<^dralc N.-D. des Doms, ou on peul encnrc aujourd'hui lire son 
(ipitaphe. 



PK L\\CAnK.MIt: DE VAUCLUSE Jj 

hautain et moins drape dans sa dignite que leveque de Carpen- 
tras, il n'eut au premier instant que de tres vagues synnpathies' 
populaires, et fut favorise des la premiere heure de Tanimosite 
' du cardinal Bichi. Le peuple, en elTet, croyait tout perdre, s'il 
perdait (]ursi, et le cardinal qui connaissait ce que cachait d'ener- 
gie Texterieur placide de de Marinis, prcvoyait que le nouveau 
vice-legat nc lui permettrait pas d'cterniser le conflit. Rome 
n'avait pas d'ailleurs sans dessein choisi Tarcheveque, esp/sraiit 
irouver en lui I'homme qui continuerait sa politique d'attermoie- 
ments, de demi-me^ures. d'interminables negociations. Si Bichi 
ne fut pas trompe dans ses craintes, le pape le fut dans ses previ- - 
sions. 

A peine nomme, Mgr de Marinis jugea qu'il lui fallait faire les 
premiers pas vers la reconciliation. Use rendita Carpentras, vit le 
cardinal et plaidapres de lui la causedela paix.Malheureusement 
elle etait perdiie d'avance. IVichx le rec^ut froidement, et a toutes 
ses prieres, opposa les ordres qu'il avait, disait-il, pour mettre le 
peuple a la raison. L'archeveque ne se tint pas pour battu. Le 
cardinal pretendait avoir des urdres, il fallait savoir lesquels. 
M. d'Alphonse fut done depute par le vice-legat aupres de Sa 
SaintetcS avec mission de raconter Thistoire des troubles d'Avi- 
gnr)n et de rappr)rter de Rome des instructions precises. L'arn- 
bas<;adeur revint sans ordres et transmit seulement au vice-lc^gat 
le desir du pape que tout fut oublie, que les nobles revinsserit 
dans la villeet que les choses fussent remisesen leurtrain primitif. 
II fallut bien se contenter de ces vagues instructions, et Marinis, 
qui avait fait le premier pas, se decida encore a faire le second. 

11 retourna a Carpentras, revit le cardinal et la noblesse qui for- 
mait sacour, et n'obtint absolument rien. Les nobles lui repre- 
senterent que leur vie n'etait pas en surete a Avignon (les evene- 
ments du () octobre ne permettaient pas de traiter cette crainte de 
t(»ul a fait chimerique), et que d'ailleurs leur dignite leur defendait 
d'y retourner, avant d'avoir recu des pevoulins les satisfactions 
convenables. Le vice-legat dut revenircomme il etait alle, sans 
Tombre d'une csperance de paix. 

Les demarches aupres des nobles ne Tempechaient pas de 
porter des reglements severes, pour prcvenir tout mouvement 
populaire. Par une serie diordonnances, il defendit de s'appeler 
pcssugaux et pevoulins, de porter au chapeau ou au vetement des 
signes distinctifs, de s'attroupcr dans les rues, et interdit aux 
cabarctijrs dj recevnir personne. apres neuf heures du soir, dans 
leurs ctablissements. 



38 MKMOIRES 

Le peuplc le laissa faire. Mais, certain de ne p^s avoir en lui 
un ennemi de parti-pris, il presenta au conseil ses revendications. 
Elles avaient principalement pour objet les impots que Ton per- 
cevait sur la farine, qui ^taient de 5 sols par quintal pour les meu- 
niers et de 17 sols pour les boulangers. Au flanc du rocher des 
Doms quelques moulins a vent levaient vers le ciel leurs grands 
bras ti demi-ruin^s. Le peuple demanda qu'on les reparat au plus 
tot. II exigea que M, Henrici, secretaire de la ville, fut destitue (I), 
peut-6tre parce qu'on eut a lui reprocher de graves malver- 
sations, mais surtout parce qu'il avait rec^u cette charge de son 
p6re, qui lui-meme Tavait re^u du sien, alors ^que de droit^ 
die 6tait Elective et annuelle, et non herdditaire et pcrpc^tuelle (2). 
II rdclama la suppression des capitaines des portes, devenus 
inutiles, et une verification plus frequente des poids et mesures, 
dont plusieurs avaient et6 reconnus faux (3). 

Le conseil examina toutes ces demandes, et quelques jours 
apres, TimpOt sur la farine fut reduit a deux sols par quintal, les 
moulins tournerent joyeusement au mistral, les maitres de police 
verifi6rent quelques poids douteux, mais les capitaines resterent 
aux portes et M. Henrici demeura secretaire de la ville. 

Le 8 novembre i653, il alia plus loin encore et presenta au 
conseil de ville une requete contenant douze chefs de reclama- 
tions. La disgrace d'Henrici figure toujours au nombre des prin- 
cipales exigences populaires, mais a cette revendication s'en 
ajoutaient beaucoup d'autres. On demandait qu'on fit rechercher 
et, s'il le fallait, que Ton refit les livres, malicieusement egar^s, 
qui contenaient la gestion financiere des elus depuis cinquante ans ; 



(il • Xota qu'en la maison de ville on poursuit fort pour oster M. Henrici de sa 
charge de secretaire, disant qu'on ne peut estre perp^tuel en icelle, en suite de la 
rubrique de nostre statut : De non continuandis muneribus ... L'on I'accuse 
d'avoir esgard les papiers des archives pour s'en prevaloir, d'avoir usurp(i les crc- 
mens des rivieres et garrigues, d'avoir extorque diverses sommes de deniers soubs 
pr(itexte de la ville et en avoir faict son usage propre, de s'cstre faict payer six ou 
sept mille escus de capital, apr<^s les avoir cedes d d'autres particuliers, qui les onl 
aussi exiges de la ville du temps de la peste, d'avoir cachd les legats et testaments 
faicts en faveur de la ville, etc. » Henri des Laurens, Gcsia mci primiceriatus, tarn 
primi quam secundi de annis 1644-1646, iG55-i66o : ms. 2484, fol. 84. 

(2^ L'office de secretaire de la ville paraissait 6tre dans la famille d'Henrici depuis 
I'annce i52o, ^poque A laquelle. devenu vacant par la mort dc Pierre Aliberti, il fut 
confdrd A Girard Henrici, qui le 10 juin i532 le r6signa en faveur de son fils Honorc 
Henrici. f Ibidem, fol. 85.' 

(^) Les vice-legats avaient cependant porie plus d'unc ordonnancc pour remedier 
k cette situation. Cf. Criies par ordrc du vicc-lci^ai pour ij vcrijic.itiftn des pnU$ ct 
mesures. T6?5-iftro : ms. 2824. fol. n.;. 



r>K l/acadkmii: dk vaucluse 3q 

que Ton iiDmrnat un homme non suspect pour les verifier; que 
rclection des consuls ne se fit plus par tirage au sort, mais 
par election et votes (i); que Ton permit au pcuple d'avoir un 
quatrieme consul ; que Ton reduisit le nombre et le chifTre des 
pensions scr\'ies par la villc; que les d^putc^s du clerg^ et de 
ITniversite au conseil public ne fussent plus perp^tuels, mais 
nr»mmes chaque annexe ; que I'aflaire des gabelles fut definitivement 
reglee. et enlin que Ton achetat du ble. Aces demandes, le conseil 
repondit qu'on ferait refaire trois livrcs de comptes : le premier 
contenant 1 etat des pensions et charges ordinaires de la ville, le 
second le reliquat des sommes, le troisieme preisentant T^tat des 
paiements elTectues, conformement A la deliberation du conseil 
de Tan i(-)3(^. Mais il refusa de modifier le mode de nomination 
des consuls, avant d'en avoir regu I'ordre de Rome, et ajouta que 
pour ce qui regardait le quatrieme consul, « il a este trouvei bon 
de n'y toucher rien, attendu que cela choque le statut de ceste 
ville et buUes de N. S. P. le pape. » La nomination des deputes 
du clerge et de fUniversite ne regarde pas le conseil : c'est 
devant ces deux corps, qui nomment eux-memes leurs d(^legues, 
que les auteurs de la requete pourront formuler leurs reclama- 
tions. Kniin, quant aux gabelles et aux achats de ble, le conseil y 
a dcja pourvu (2). 

Deux mois apres, le 12 Janvier 1(04. le conseil decida, la recolte 
du vin ayant etc « fort petite »> en i(o3, de permettre I'entree de 
quelques tonncaux de vin pour le soulagement des pauvrcs, et 
donna pouvoir aux consuls et deputes du clerge et de f Tniversite 
de faire entrer. par telles personnes qu'ils adviserrint, jusques a la 
quantit(^ de fKX) tonneaux de vin et plus grande quantite, s'ils le 
jugent necessaire, pour la provision de ladite ville, en payant le 
droit d'entrce en raison de cinq sols le barral (3). 

Pendant ce temps, de Marinis continuait ses demarches en 
faveur de la paix, et tout en negr)ciant avec Bichi, il informait le 
pape de ce qui se passait a Avignon. Trois fois, M. d'Alphonse, 
en qualite d'ambassadeur, lit le voyage de Rome, mais deux fois 
il n'en rapporta que f expression inefticace des encouragements 
du pape pour la paix. A son troisieme voyage, et au moment oil 
il se disposait a revenir a Avignon, il miAirut. On lui lit de belles 

(t) CA\ OrJrc ct t\'i:lcmeni i'Lihly pour Ij crcjdnn dc Messieurs les consuls ct jsscs- 
scurs... futur ciitcr tcs hrij^-ucs et prjli\iues, les^fuels ont cause par le passe teaucoup Je 
Jeicoitt parmy lea ciOn-ens. i« dcccmbre i^Vj.S. (Ms. 2S27, lol. i>'j7.) 

(♦J) h'eyjslre Jes Jeliherjlintis tnunia'pales. t. XXVII. 1V»1. iSi el '•uiv. 

{:*) /hi J., \n\. \ij:<. 



40 MEMOIRES 

fun6railles, d T^glise des Chartreux, aux Thermes de Diocletien, 
et sur le mausol6e qu'on lui elcva, on grava une pompeuse ^pi- 
taphe. 

Un moment le r^sultat de ces diverses deputations parut etre 
nul ou ti peu pr^s. Mais Bichi, en demandant le rappel de Cursi, 
avait^ pr6par6 les verges dont il devait 6tre battu. D'autre part, 
rinsistance de Mgr de Marinis a informer le pape (et Ton devinc 
•dans. quel sens) de la tournure que gardaient les ev(l*nements, 
inquieta Innocent X. L'ancien vice-16gat, de son c(')tcl\ cmployait 
les loisirs que lui avaient crec les intrigues de I'^veque de Car- 
pentras, ti montrer que seul Bichi etait un obstacle a la paix, et 
que, lui disparu, peu a peu les malentendus se dissipcraient avec 
les coleres. Enlln, le i8 avril 1654, le pape signa le bref rappelant 
^ Rome r^veque de Carpentras, et A travers Tironie line du vieux 
pontife, Bichi put se rendre compte qu'on attendait de lui, dans 
son obeissance, une promptitude qui en doublerait leprix (i). Le 
bref, contresignedu cardinal Assollini, I^gat, fut intime a T^veque 
par le vice-l^gat, et peu de jours apres Bichi prenait le chemin de 
Rome. C'(^tait pour les pessugaux un coup mortcK et pour la 
fortune de Bichi... le commencement de la tin. 

Malheureusement et par une fidelity desastreuse a sa politique 
d'^quilibre, Innocent X bientot apres remplac;ait Mgr de Marinis 
i la t^te de la l(igation. Son gouvernement avait dur^ exactement 
sept mois; au moment oil, le cardinal Bichi (^cart(^, il pouvait plus 
librement agir pour le bien de la paix, un autre lui succd^dait ! 

Agostino PYanciotti, de Lucques, archeveque de Trebizonde et 
neveu du cardinal de ce nom, arriva le 4 juin i654 dans Avi- 
gnon (2). Le 23 du m6me mois, devait avoir lieu 1 election des 
consuls. Le peuple, tenace dans sa haine des Cambis, voulait ecar- 

^i) DiUctoJilio nostro, tituli Sjttctje S.iNn.iii carJinjli Bichio nuncupjio. Dilecte fiU. 
salutem et apostolicam benedictionem, De publici boni et f,TaYissimarum rerum 
rationibus consulturi prudentiam tuam, cupimus te quam celerriine Romam petcre ; 
id Domini et negotii urgcns necessitas, et ca qua tecum libentcr agimus, paterna 
nobis charitas suadet, qua tuae pietatis et diffniiatis est. ac nostris et apostolicis 
mandatis obedienlia lacit, ut conslantcr arbitremur le muncris lui pariibusac nostra 
de tc fiducia in hac re non defecturum. sed omni pr(>r>us mora sublata. iter sus- 
cepturum, ea plane alacritate qua probilaiis ct culius in nos tui mcrita cumulentur; 
quod ut ciiius et facilius pr(>ficias, apo^inlicam benedictionem libi imperiimur. 
Datum Romae. apud Sanciam Mariam majnrcm,sub annulopiscaiori^, die iH* aprili.s 
16^4. pontiHcatus nostri anno X". Card. Assolinus. » 

2 Le bref de provision de la vice-legalion en sa favour est du ii mai 1654 et date 
de Saint-Martin, « nullis dioeccsis provinciae romana^ ». 11 fut cnrc^'istre au parlemenl 
de Provence, le 6 octobre de la m6mc annde, et lu le 5 juin au palais apostolique, 
« in mAgno raccllo ejusctcm *. Ms. iT'**. fol. 2. 



DK i.'academie ni-: vai:(;i.i*sk |f 

ter du consulat M. dc Oambis de Lajj^njs, parcc qu'il avail insulle 
a quelquc femme de paysan ; mais le vicc-lc^at etait decide a favn= 
riser la liberie de 1 elecliun, el il prit les mesures necessalre*^. t^ulj^ 
il parcourut la moilie de la ville a chevcU, p(Hir s'assurei* de Texe- 
culion de ses ordres. L'election se lil reguliere el pacilique. M. 
Louis de Cambis de I.agnes ful elu consul, avcc Fran(;ois Roussel 
et Jean Alhenosy, Fran(;()is Barlhelemy assesseur: el M. des 
Achards de la Beaume remplac^a M. de 1^'n^-asse dans la charge de 
viguier. 

II faul croire que cette derniere elecliun surlt»ul dcplut soiive- 
raincment aux pevoulins, qui dcsiraienl la viguerie pour Crillon, 
auquel on subsliluait un parlisan avere de la noblesse. On 
murmura dans les cabarels, el un savelier plus audacieux 
arbora, un malin, sur la porle de sa boulique les armes de 
Crillon : d'or a trois cotlkes d'azur, el ecrivil comme explicalion : 
Vox pnpiili, vox Dei. Le vice-legal le sul, til saisir le malheureux 
savelier el lui lil donner Teslrapade. C elail une illegalile el comme 
" une provocalion. Car, un ciloyen d'Avignon, lul-il un savelier, ne 
pouvait cilre condamne :\ une peine aftliclive, sans un proces prea- 
lable el dans les formes; ce n'esl cerles pas de Marinis qui eul 
agi ainsi. 

Quoi qu'il en soil, le peuple pril pcur et, s'if n'abdiqua pas ses 
haines, il s'abslinl prudemment d'en parler Irop haul. Le mr)is 
suivanl, Franciolli se resolut a aller a (^arpenlras, oil Tancienne 
cour du cardinal Bichi, lidele a sa memoire, boudail loujours la 
cile papale. La. il ful harangue el complimenle par les nobles 
avignonais. qui prolilerenl de I'occasion pour lui exposer leurs 
doleances. Sans dislinguer ce qu'il pouvail y av(»ir de fonde dans 
leurs plainles et ce qui n'elail qu'un execs de susceptibilite elTa- 
rouchee, le vice-legal, en guise de reponse, leur raconla un apolo- 
gue. II s'elait produit, disail-il, autrefois a Perouse, un fail sem- 
blable au leur. Les nobles perugins s'elaienl un jour volonlaire- 
ment exiles de la ville. On les avail laisse laire. el apres avoir erre 
pendant vingl ans dans les campagnes, ils etaienl revenus de leur 
exil, sans avoir oblenu aucune satisfaction. Dans son lac(»nisme 
brutal, cette petite harangue en disait long. Mais les nobles comp- 
taient loujours sur Bichi, qui devait etre arrive a R(jme et qui 
allait plaider leur cause aupres du papj : ils ne revinrent pas. 

De retour a Avignon, le vice-legal, qui comprenait qu'il etait alle 
Irop loin dans Taventure du savelier et qui ne desirait nullement 
s'aliener le peuple, lit une nouvclle illegalile. dirigee cette fois 



.|-:> .\u:nk)Iuks 

contre les nobles. Lc premier consul, de Cambis, prenant occa- 
sion dc ce que Ic conseil de villc avail ordonne qu'on verifierait 
les poids et les mcsures, se rendit, accompagne d'un ')U{xe, au 
prenier a sel. pour faire Tinspection des mesurcs dont on se 
servait. Le vice-lefraU I'apprit, et sans autre lormalite, pretex- 
tant qu'une telle demarche etait une atteinte portee a sa juridic- 
tion, mit les deux magistrats aux arrets. Le pretexte etait futile, 
car les C(»nsuls etaient les ju^^es legitimes de la police; mais le 
peuple, qui, un an auparavant, s'etait porte aux pires exc(l\s a 
propos d'une parole imprudente de M. de Castellet, ne lit enten- 
dre aucune protestation. Indepcndamment de la personnalite du 
premier consul qui Iuh etait fort peu sympathique, les arrets 
n etaient que le pendant symetrique de I'estrapade. 

Franciotti, a partir de ce moment, se revcia un tres habile 
administrateur. I/ag"itation presque incessante des mois de juin 
a decembre iC)b3 avait porte au commerce un coup dont il ne se 
relevait pas. Avignon n'etait pas une ville sure, et on ne s'y hasar- 
dait guere. Pour augmenter le tralic pres de disparaitre, le vice- 
legat supprima les gabelles et lixa au i5 Janvier i(o? le commen- 
cement des entrees en franchise complete. Puis, pour indemiiiser 
la ville des pertes que ces mesures ne manqueraient pas de lui 
occasionner, il lit remettre Timpot sur la farine, les vins, la 
viande, le foin, tel qu'il existait autrefois. C)n paya de nouveau 
cinq sols par quintal de fcirine; mais le peuple, qui put vendre 
plus facilement et acheter a bon marche, y trouva son compte et 
ne se plaignit pas. Kn meme temps, comme le commerce deman- 
dait de plus grands debouches et pour attirer a Avignrm de plus 
nombreux traliquants, Franci«>tti lit publier qu'il y aurait deux 
march(^s par semaine, le mercredi et le samedi, et quatre foires 
par an, le 25 fevrier, lei] mai, le r'^' juillet et le 8 decembre, cha- 
cune devait durer huit jours, et le temps que le commerce ne 
prenait pas devait etre employe atoutes sortesderejouissances(i). 

Sur ces entrefaites, le 28 janvijjr i(o5, on apprit en Avignon la 
nouvelle de la mort du pape Inn<»cent X. ( )n lit aux (^>rdeliers de 
superbes funerailles, un jesuite y prononc;a Toraison funebre du 



(i; .Mais, ajoiiic un manu'scril : «• (\- pr-ijcl nc iVuclitia pas bcaucoiip. et l»aij> Ic-s 
avanta<4^cs que cotte ville p4)sscde, lant de sa situation que de scs caux adniirables 
p«>ur le.s leinture.s. lui devenani inutiles par la malice des Lyonois, loujours atieniifs a 
djtruire nns manufactures par Ics droits exhorbitans qu'ils font imposer "^ur ce qui 
cci >ori. et ayani le malheur d'avuir un maiirc qui nc tait pa^ respecter scs armcs. »' 
(Ms. •J4^-J. fol. 47.^ 



o 



DI-: L ACADKMIE DE VALCLUSt: 4 > 

defunt. Le vice-legat y vint en personne, landis que I'ar- 
chev^que, a cause de la presence de Franciotti, s'abstint d'y 
paraitre. Un incident caracteristique se produisit a la fin de la 
ceremonie. La populace, qui avait pu penetrerdans Teglise, ren- 
versa le mausolec, s'empara des flambeaux ct des chandeliers 
d argent, dechira pour les cmporter les franges dV)r et d'argent 
des draperies. Au- t(^moignage des auteurs contemporains, il eut 
fallu tout faire garder par des soldats ou des suisscs. 

Apart cet incident, du surtout a quelques pillards isoles, la 
physionomie de la ville reprenait peu a peu sa placidite accou- 
tumee, ce qui n'empechait nullement les haincs ct les rancunes 
de faire silencieusement leur chemin. L'ancien viguier, M. de 
Crillon, poursuivait M. Henrici, secretaire de la ville, dont le 
pcuple avait demande vainement la revocation. II lui intenta un 
proces en justice, I'accusant de malversati<^ns, produisit des 
prcuves et dcmanda au conseil sa suspension provisoire (i). Le 
conseil s*inclina, nomma Raymond, nntaire, secretaire par inte- 
rim. II n'en fallait pas tant pour faire a Crillon une aureole aux" 
yeuxdu peuple. II en devint Tidole, on Tappela pere du peuple 
et protecteur, tandis que les nc^bles, prenant occasion de ces hom- 
mages, le regardaient comme le pire des factieux et le rendaient 
responsable de tous les excesqui s etaient commis. 

Le 23 juin de cette annee, s'etait faite Telection des cr)nsuls. Fr. 
de Grenouillas de Saint-Martin succeda aM. des Achards de la 
Baume dans leviguierat, Joseph de Merles de Beauchamp, Jerome 
Crivel, Thomas Savin furent elus consuls, et Pierre Dalbene 
assesseur. Un mois apres, le 2() juillet, le conseil deputa a 
Alexandre VII (Chigi), qui avait succede au mois d'avril prece- 
dent a Innocent X, MM. Vivet de Monclus et Henri de Suarez, 
charges de presenter au nr)uveau pontile les hommages de sa 



(0 • J'«^y opine au c<ni.scil qu'il Ic I'alloit •»iiyr dans scs dclcncos. » Des I,aiircns. f^esij 
met primiceriatiis... ms. 24H4, fol. S4 v.) 11 ajoulc (f«>l. 8r) : « Noia quo les consuls 
ayant eux seuls. sans participation du cler^e ni dc rrniversiie, procOdc a unc pnni- 
sion de secretaire pendant Ic pr(»ces dc M. Ilenrici. moy comme piimicicr ay laict 
inscrer dans le livre des conclusions, etc. » 

I^ reg-isire des deliberations municipalcs (t. XX VII) presentc, transcrite tout au 
long", une des reclamations qui furent adre.ssees au conseil dc ville contre Ilenrici. 
I! s'agit ti peu prCrs uniquemeni de sommes detournees, dc pieces comptahles ega- 
rees, el elle se terminc par la dcmanJe d'un autre secrciaire. qui soit hommc de 
bien et amovible au plaisir des consuN et du co^^leiI. Dc plus, on exi^'-c qu'il ne rcste 
pas en place plus de deux ou iroi^ ans. Dtlihjration du jeudi 'j sepiembre H'>5.=« . — 
Mais Henrici sc delcndit avec \i;,'^ueur. On peut \oirdans le memo rogi'-irc (fol. •j'.»4\ 
la requele presentee en s(»n nom par d'llonoiaii, -^on procurcui. 



\ 



-I 



I AiKMOIRkt^ 



bonne ville d'Avig-nnn. lis rcc;urent, le premier roo ct le second 
'4(X) ecus d'or d'ltalie, et ils p< )rlerent xx) ecus au pape c< imme pre-- 
I'iiiel* dori de ^efe slijet*^; 

11 semblait que lere des incondies el p^illaijes lut- decidement 
close, et pendant ce calme relatif, en m^me tjmps qiie le com-- 
mcrce essayait de i*evi\ re, les lettres et 1 jsarts se prirent i\ esperer, 
a leur tour, des jours meilleurs. Aviirnnn n'etait plus tout a fait 
depuis quelques annees la patrie intellectuelle des lettres et des 
artistes. Scs ec(.>Ics autrefois llorissantes avaient subi le contre- 
coup de la perturbation appnrtee aux alTaires publiques et parais- 
saient dechoir.- Les classes de droit ct dj belles-lettres etaient de- 
scrtes, et par la ne^^li<^»'encede ceux qui devaient les t»*ouverner les 
colle^^es particuliers perdaienttous les j( airs de leur reputation. 
Le college de Savoie n echappait pas a la decadence genc^ralc ; les 
regies donnees autrefois par le cardinal de Hrogny n etaient plus 
(>bserv(^es, et la voie etait ouverte aux pretentions de rL'niversitc 
de Montpellier( I). A ce moment Henri des Laurens etait pour la 
seconde fois primicier de I'Universite. II s'attaqua resolument aux 
abus, sollicita et obtint leconcours de la princesse de Savoie, re- 
gente du college (2). Deson cote, Tarcheveque de Marinis fondait, 

(i Lc colle^'-e dc Savoie, sous le v( cable de saint Nicolas, appclc c<»llc;4'e d'Annccy. 
ct plus ordinairement ^Tand coUc^'e, avait etc fonde, le !»:< juillei 14124' P^i' '^ cardinal 
Jean de Brogny. Le fcmdaicur avail pose au maintien a Avif,'-nun de retablissemeni. 
Certaines conditions concernant le nombre des ecoliers, les maiicres de renseiji"ne- 
ment, etc., et speciHaitque si elles n'etaieni pa.s accomplies. le coljj^^'e serait iransfc'it^ 
Cl Monipellicr. Le parlement de Lan^'uedoc etait prie de lavoriscr ce translert. L'au- 
leur d'une notice sur les colle^'-es d'Annecy et du R<»ure qui parait ecrireau WW sie- 
cle, dit que des biens donnes par le cardinal de Broj^'iiy. 11 ne restait plus que la 
mjiison, en n'y comprenani pas cependani Te^^-lise el le \ieux « basiiment y joint, 
ayani este donnes par le pape Martin cinquiesuK'... Tout le resiani des biens dudict 
I'ondatcur. donnes pour la londation. ayanl este alionnes par la ne^rli^'^ence et mal- 
versation des rccteurs et escoliers. Les biens rentes, dent le colle^'C jouy mainte- 
nant, provienncnt des donnatils faicts par les papes Martin cinquiesme et Kuj^ene 
quatriesme, pour la tondation dudict colle;^v.') ' Ms. 'jof'o, iol. 42.'.- On peut \oirdan.s 
la m6inc piece que les troubles d'Avi^'-non ne lirent que consonimer la ruine du errand 
colle^rc, ct que dejci du temps d'l'rbain VIH. pour purer a une irremediable deca- 
dence, il avail fallu Tunir. ainsi que celui du « Roure ->, au colljire Uj I'ntpji^^mJa 
JiJc, a Rome, et leurdonner des re;,'ies ires seveies. 

'2' «< Monsieur le primicier. J'ay esie bien aise de v< ir par \oirc letire du i:> du 
passe, la bonne intention que temoi;.,'ne rrnixersiie d"A\i.L;non pour le retablissement 
du y'rand collei^-e de Savoye. Son Altesse royale. Monsieur mon tils et m»»i. en 
laisons de pressans oi'lices a Rome, et il sera ties a piopi.s que rTniversiie en 
lasse aussi quelque instance de son c«)ic et qu'elle pr<»CLn"e que Mess. Ics echevins 
d'Avi^Mion se joi^^^neni a elle, puisque ledii reiahlis>cmeni re;,'arde le bien de la 
\ille. aussy bien que celui de ITniNursile. Je \oiis prie d'estre bun a^seure que Ton 
n'oubliera rien icy pour ce dessein, el que ie nepei^iray point d'occasion pour \ous 
lesmoi:,--ner m<»n esiimo. comme esianl bien \ eritaMenr.ni. M«'n>-iv'ur le primicier. 
\dtre bien bonne amie. (."hresiienne. De Ri\«»lin, le i'.< aou-.t Kcr. i> '^Ms. jj.s**. — 
M. des Laurens ecri\ii encore au premier president de Chambery. 



ni-: L ACADKMIK HK VAICLL'SI': 4.-> 

le T) octobre Ho,^, deux chaires nouvellesa rL'nivcrsitc, une dc 
Iheologic et une de philosophic, ct il en assura I'entretien, sous la 
condition qu'elles seraicnt toutes djux conlices a des religieux de 
sonordre(i).— Lesnu^isd etc et d'automne sc pass jrcnt don j dans 
ce travail combine du vice-legat, du primicier et de I'archeveque. 
Depuis pres de deuxans. les incendiaires et les pillards so rcpo- 
saient, impunis, de leurs exploits, quand une occasion se pre- 
sentade les renouveler. 

Le vcndredi r* novembre U\^^. devatit le monastere de Sainte- 
(31aire, « sur le coin du Inurnier », M'. de (]onceyl, seigneur de 
Saint-Roman, rencontra M. d'iMitremont de Riberc, notoirement 
ami des pevoulins, accompag*ne de M. de Joannis. Si Ton en croit 
un rccit contemporain, voici ce qui se passa. 

Saint-Roman, ret^-ardant tixement dl^ntremont, lu.i dit en tirant 
lepce : « Kst-ce a moi que vous voulez disputer le haut du pav6? » 
D'l^ntremont elTraye, mit de son cote 1 epee a la main. Al. de Joan- 
nis essaya de s'interposer, se pla^'a au-devant de son ami, Tempe- 
cha de laire usaire de son epee; mais Saint-Roman, protUant du 
desavanta^e de la situation de son adversaire, lui porta deux 
terribles coups de pointe au bas-ventre. Joannis, voyant d'Kntre- 
mont IVappe, s'ecarta pour lui permettre de se defendre, mais le 
san^ qui s echappait de sablessure Tavait alTaibli. L epee echappa 
a ses mains. Saint-Roman s'en saisit et la brisa sur son g-enou (2). 

BientOt le bruit de cequi venait de se passer se repandit dans 
la ville. Joannis avait recueilli chez lui le blesse, et en tres peu dc 
temps la maison lut pleine des amis d'Entremont. MM. de Crillon, 
Amat, de Salvador, de Louancy et beaucoup d'autres venaient 
s'informer de Taventure, pendant que des quartiers populaires des 
groupes se formaient et venaient eux aussi aux nouvelles. Quand 
le peuple connut les details de lalTaire, se souvenant que d'Entre- 
mont avait tou jours pris son parti et qu'il etait un des rares nobles 
qui n'avaient pas suivi le cardinal Bichi a Carpentras, il crut que 

(i) «^ Cj C) ociobre ihrr, M. rarchevcsqiio a cede ci nosHc rniversite ct a moy, 
comme primicier d'iccllc, la sommc dc millc cscus, in(»n<)yc dc ruy, pour dotation 
d'unc refrcncc cii la faculit- dc thcoln^-'ic, a ^a nomination tant que vivra, et puis ^ la 
nomination dc notrc collcirc pcrp^t <•><-* He ct ad viiam dc ccluy qui en sera pcairvcu. » 
- On rcmarqucra que djs Laurens ne parlc pas ici dc la chairc dc philosophic ni dcs 
conditions pusees par Marinis. — L'acie deliniiil' est du ]3 novembre if>5G. L'arf,»'ent 
dc\aii ctr ■ crmlic aux C^hariroux dc Villenv.uvc, pour Ic ^^\rdcr en dep">t jusqu'a cc 
qu'il lut clTcctivemcnl emrl">^'- '''--'•^-^ nui r rim ice ri.it us, m>. 24S4, I'.il. 85 el 87 v".) 

('2) C'csi ain^i que Ic ms. •J8i<.j raconlc la scene. A-t-il dramatize un incident que 
d'auircs temoins meniionnent seulemeni > Pcut-eirc ; mais tous les tcmoi^nia^'-cs 
s'accordcnt surlc fond ct sur la brusque aliaquc dc Saint-Roman. 



4("» WKMurkKS 

c ctaitcontrelui que le coup d epee de Saint-Roman etait dirigc. 
La foule grossissait rapidcment devant Thotel de Joannis, crianl 
qu'on lui livmt Saint-Roman, qui venait d'assassiner undo ses 
protecteurs. 

EUe fit plus et par une aberration que Ton pament difficilement 
a s'expliquer aujourd'hui, croyant,que Joannis, en se mettant de- 
vant d'Kntremont, avait voulu paralyser sa defense, elle r^clama la 
tete de I'infortune cnmpagnon du blesse. A ce moment, les amis 
d'Entremont, parmi lesquels etait Joannis, entendant les cris de la 
foule, descendirent dans la rue et demanderent la cause de ces vo- 
cif(^rati(>ns. On leur repondit que le peuple voulait se venger sur 
Joannis. qui avait empechc d'Entremont de se d(^fendre. Vaine- 
ment tenterent-ils de desabuser le peuple, et on ne sait comment 
cette aventureeut fini pour Joannis, si, a ce moment le proprc 
fr^re de Saint-Roman, qui ignorait absolumcnt tout ce qui venait 
d'arriver, n'^tait vcnu voir, lui aussi, la cause du rassemblement po- 
pulaire. II fut \itereconnu, cntoure. ctil allait etreecharpe, quand 
M. de Pouillant, qui etait par la, le tirant par la main, le fit preci- 
pitamment rcntrer dans la maison et ferma rapidement la porte. 
Fidele a sa tactique, le peuple commenc^ait a la d^molir, et I'aurait 
certairiement abattue, si Tauditeur general et Cartier, I'avocat fis- 
cal, n'^taient survenus al'instant, pour recevoir la declaration du 
bless(^. On supplia Tauditeur de sauver le malheureux Saint- 
Roman. 11 y reussit par une ruse. Le prenant par la main, il le fit 
monter dans son propre carrossj et dit hautement devant le peu- 
ple qu'il le conduisait au palais, pour les informations. Puis, apres 
Tavoir mis en surete, il revint aupres d'Entremont. Mais il etait 
dit que I'appareilde la justice seraittroublejusqu'aubout. A peine 
Tauditeur general etait-il de retour pres du blesse, que Ton apprit 
que Saint-Roman etait en liberte et qu'on Tavait aper(;u sur le 
pont du Rhone allant en Languedoc. De nouveau, le peuple furieux 
reclama Joannis. Celui-ci, blotti dans le cabinet d'Entremont, se 
vit sur le point d'etre enlevc de vive force. 

C'est alors que le vicc-legat fit enlin son apparition. On Talla 
querir a la promenade, Tarcheveque* vint i\ son tour et a eux 
deux, on ne sait precisemcnt par quel moyen, ils parvinrent a 
ecarter le peuple. Mgr de Marinis prit avec lui Joannis, le mit 
dans son carrosse et Temmena au palais, oil il etait en surete. 

Celane faisait pas Tafi'aire dcs meneurs. Aussi, vers le soir, 
purent-ils rassembler quelque peuple a la place Pie, et Texciter 
i\ bruler la maison de Saint-Roman avec trente autres qu'ils d6si- 



I)K L ACADKMU-: DK VArCLlSK 47 

gn^rent. Mais, soil que leurs troupes ne fusscnt pas suftisammcnt 
entrainces, soit qu'ils ne Ics scntissentpas assez fortes ni capables 
dc mettre immediatemcnt leurdessein ^ execution, cm en resta la. 
Pendant ce temps, le vice-legat ordonna a M. de Oillon, que 
dcvait accompagner MM. Amat et Alassilian, de dispenser tout 
attroupement a la place Pie ct dans les rues avoisinantes. L'an- 
cicn viguier n'eut pasbesoin de faire appel a la force. A la pre- 
miere sommation, les groupes se fondirent, la foule se dispersa. 
Mais les meneurs, quelques heures -apres, parvinrent a rallier 
leurs gens. Kn homme averti, 1^'ranciotti avait pris de scrieuses 
precautions et avait notamment fait garder la maison de Saint- 
Roman par trente soldats, que devait commander le gouverneur. 
La mesure s'imposait. Autour de la maison de Saint-Roman, 
cxcitee par Lichiere, la Grave et autres professionnels du meme 
genre, la foule s'ameutait, criant et s'exasperant elle-meme. 
C'etait les memes pillards qui avaient deux ans auparavant mis i\ 
sac rhotel de Servieres et se preparaient a renouveler leurs 
. exploits. Le gouverneur, enferme avec ses trente mousquetaires 
dans la maison, croyant ne pouvoir tenir longtemps contre la 
furcur populaire, abandonna la position et sen revint avec sa 
troupe. A peine le dernier de ses gens avait-il franchi le scuil de 
rhotel de Saint-Roman que les emeutiers se precipiterent, arra- 
cherent les portes et les fenetres, le pillerent et allumerent dans 
les appartemcnts un incendie qui devait tout consumer. 

(dependant, le g(tuverneur et ses mousquetaires avaient ren- 
crmtre pr(}s de I'eglise Saint-Symphorien et devant la maison de 
AL dWlphonse, ALM. de Crillon, de Louancy et d'autres, qui 
vcnaient i\ son secours et le pricrent de rctourner. Mais, arrive 
devant le monastere de Sainte-(]atherinc, sur la pri<^re de Crillon, 
il fit fairc halte a ses hommes, tandis que seuls, Crillon, Louancy, 
le capitaine de la cavalerie et quelques mousquets s'avangaient 
au-devant de la foule et essayaient de lui parler. On tira sur cux : 
une balle « frisa >> la tete de AL de Crillon et AL de Louancy 
regut quelques grenailles a la jambe. Le Perc du pciiplc se retira, 
voulant eviter relTusion du sang, ou peut-etre ne pouvant esperer 
avec ses quelques gens mettre a la rais4»n une foule aussi com- 
pacte et aussi decidee. La maison de Saint-Roman brula tout 
enliere. 

Le vice-legat pria alors les consuls de \enir conferer avec lui ; 
mais le premier etait au lit malade, le troisieme etait aux champs, 
dont pourtant il revint le lendcmain. Seul, AL Crivel. deuxiemc 
consul, 6tait dans Avignon. 



,\H • MK.MOIUKS 

II fut rcsolu de placxM' au (^han^e un corps de troupes, dont 
chaqiic paroisse foiirnirait les elements et qu*il y aurait un capi- 
taine par paroissc sous le commandement dc M. de Crillon, qui 
I'ut nomme capitaine des paroisses Saint-Genies et la Principalc. 
Le Change etait a ce moment xromme un point strat6gique, qu'il 
fallait occuper a tout prix. Le bruit avait en elTet couru que Ton 
devait aller piller les boutiques de la rue des Orfevres. L'informa- 
tion etait prcmaturee, mais non fantaisiste. 

Lc vice-legat tit plus encorj. 11 avait ecritpux consuls des vilks 
principales du Comtat de venir a Avignon et d'y amencr le plus 
grand nombre possible de soldats. Les villesde Cavaillon, Vaison, 
L'lsle. B(.»nnieux, Bollene, Pernes fournirent environ douze cents 
hommes. (^arpcntras f(>urnit a elle seule un corps de troupes, que 
commandait AL de Gabriel'is. Le tout ensemble formait un corps 
d'environ G.o.x) hommes, dont le commandement fut conlie a 
M. de Galc^an-Gadagne, lieutenant general des armees du roi en 
Catalogne, qui se trouvait alors a Avignon. L'organisation de 
ces forces prit la journee du samedi ; mais, le soir venu, M. cje 
Gadagne pouvait assurer la defense de la ville. 

Le pillage de la maison de Saint-Roman extant acheve, les d^meu- 
tiers allerenta celle de M. de Joannis, rue de la Croix, qui etait 
vouee au feu ainsi que sept autres de la meme rue. Crillon 
Tapprit, parvint a les en ecarter, et les suivant jusqu'a la maison 
de Pierre de (]ambis, doyen de Saint-Pierre, il fut encore assez 
heureux pour la sauver. De la. la foule se dirigea vers la demeure 
du greflier et notaire criminel Hellon. Avec quelques-uns de ses 
gc*ns. Oil Ion reussit encore a disperser les emeutiers. Ceux-ci 
crierent qu'il fallait bruler la maison I^ilis, pres Saint-Didier, ou 
habitait AL de la Baume. lis y coururent et esperant cette fois 
encore pouvoir sauver la demeure menacee, AL de Oillon les y 
suivit avec sa troupe. Mais, a ce moment, quatre de ses princi- 
paux lieutenants, qui commandaient la milice br)urgeoise, ayant 
appris que leur maison etait egalement menacee, abandonnerent 
M, de (>rill<»n, pour organiser la defense de leurs habitations. lis 
parvinrent a les preserver, aides par un corps de troupes que 
commandait AL (]oquepant ; mais, pendant ce temps, Thotel de 
la Baume etait pille et brule en partie (i). 

I Lcb piincipaux icmoins fuivnt : Picric Roisy, qui Jcp«».sa Ic ij a\nl, Jc jiuJiiu 
publico, qu'il cxisiait unc grande inimitie cnirc M. dc Crillon ci lc*< requcrants, cl 
qu'il y avait dans la maison unc trc^ ji^nandc quaniilc dc richcsscs. — Henri Fernei, 
ductcur cs lois ; Ix'uis Tc^tc, Lntii> Suincnc. Charles Taruf, qui icmoigndTcnt sur lc 



l)E L ACADEMIK DL: VAL'CLl'Sh: J') 

On le trouva, lors dc la visile judiciaire et inspection des lieux, 
le i3 Janvier i6?6, manquant de portes et de fenetres, et portant 
encore visibles sur les murs et les meubles les traces de I'in- 
cendie. L'inventaire fourni par Antoine Palis et sa mere s'elevaa 
4,()58 livres, et celui de son frere Louis a i ,^75 ecus. lis sont tous 
deux du iHavril 1(07. 

La facilite avec laquelle les (imeutiers avaient pu incendier et 
dcivaliser la maison Palis, leur pcrsuada qu'ils auraient le memc 
succes dans les boutiques des Orlevres, et ils se dirigerent vers le 
Change. Arrives la, les troupes de M. de Crillon les accueillirent a 
coups demousquetet leurbarrerent le passage. Deconcertcis, mais 
non d^courages, ilsse jeterentsur la maison du notaire Bremond, 
qui se trouva sur leur chemin, et Tabandonnerent apres I'avoir 
pill6e, mais ils ne paraissent pas y avoir mis le feu. Puis, enhardis 
de nouveau, ils voulurent revenir aux Orlevres par la « rue qui 
conduisait a celle dc Saint-Pierre »; mais les mousquetaires de 
M. deCrillon firent encore courageusement leurdevoir, et Temeute 
recula. Ellle se dedommagea, en brulant et pillant la maison de 
M. Crivel, « docteur es lois » (i ). L'infortunc proprietaire accusera 
plus tard M. de Crillon d avoir favorise Tincendie de sa demeure, 
a cause de Tinimitie qui existait entre Tancien viguier et lui. 
Cette imputation tigurera au proces intent(^ a M. de Crillon et de 
ses complices, Quoi qu'il en soit, les dcgAts s'eleverent a i i,(kk) li- 
vres, consistant surtout en meubles briscs, brules ou voles (2). 

La journc^e de samedi fut tranquille, et grace aux troupes de 
M. deGalean et au corps de milice de M. de Crillon, la nuit que 
Ton redoutait se passa paisiblement. Mais Ic dimanche fut mis a 
pn>tit par Jean Antoine, Lichiere, la Rose, qui allcrent de portc en 
porte, le pistolet a la main, essayer de refaire leurs bandes, quel- 
que peu desorganisees par I'attitude resolue des troupes. De son 
cote, le vice-legat envoya les huissiers prier chaque chef de 
maison de mnnter au palais. La, it lit prcler scrment dc lideliteet 

inCMTie sujcl. — IMerrc Rcynaiid a vii unc f^Tande foule brulant la maison et la pillant ; 
I'Y. Marlel aussi. — Jacques HcinarJi, marchand, depose avoir vendu une frraiidc 
quantile dc u>\\c au rcquerant. avant les incendies, qui lui a etc payee compianl. 
.Vc'//« Jjnni pjtili...: n\>. X-^r;, tnl. nr. 

1 I^'s autcurs contenip<»rains rapportent en efiet a celle nuit memorable du 5 au 
6 novembre F»cr. 1j pilia^^v de la maiN(»n de (>rivel. 

{'J Les principaux temoins appeles I'urent Jean Kymeiiier, docteur es lois: Fran- 
*;<>is M<inta«^ut. Paule Haitiles, Jns-j-l-'i-. licnriquez, J.-an-Heinard Hadelle. maitrc 
Jean Mrjcarde, t«mrneur ; Jean Ariaud. preirc et chanoine. qui t«»us iJmoi<rnerent 
Je risu de I'exi^tence de riche^ses et meubles precieux a\ant I'incendie. XcUi d.mni 
F^titi, ms. 3:^57. 

A 



4 



^<) MKMOIRES 

6crire les noms dc chacun siir un registre de controle par Tavocat 
general et Tarchiviste. 

M. de Massilian, commandant la paroisse Saint-Symphoricn, 
fut bient6t inform6 des allces et venues dcs meneurs. II en r6f6ra 
au vice-l^gat, qui ordonna a quelqu'un de ses gens de se rendre a 
la place des Grands-Carmcs, ou Ton disait que se dessinait un 
commencement d'emeute. Mais les groupes qui s'y etaient formes 
s'^taient rendus a la place Pie. La, il se passait une scene extraor- 
dinaire. L emeute avait choisi des deputes et elle les envoya chez 
M. de Crillon, auquel il fut represented qu'avant de pc^rir par la 
main du bourreau, Lichiere, La Rose et les autres etaient d^cid6s 
^ mettre lefeu par toute la ville, et qu'ils lepre^venaient que, s'il 
n'obtenait la grace pour eux et I'amnistie pour tout ce qui s'cbtait 
passe, ils viendraient chez lui et mettraient sa maison a sac. 
Crillon leur repondit qu'il ne les redoutait guere, et que non 
seulementil ne demanderait pas leur grace, mais qu'il allait im- 
mediatement, en qualite de commandant des deux paroisses, ras- 
sembler le plus de troupes qu'il pouvait et faire tirer sur eux, 
si le vice-legat le lui ordonnait. Sur cette reponse categorique, les 
deputes du peuple seretirerent, tandis que Crillon faisait avertir 
Franciotti, lui demandait vingt mousquetaires etelevait des bar- 
ricades autourde sa maison. Le vice-legat envoya les troupes de- 
mandees et ordonna a chaque chef de paroisse de mettre son 
monde sous les armes et d'attendre ses ordres. Puis, par une reso- 
lution aussi courageuse qu'habile, il se d^cida a faire la visite de 
la ville et d'en parcourir les quartiers les plus favorables a Temeute. 
Precede des suisses armes de mousquets, et suivi de MM. de Ga- 
lean, de xMontanegre, de quantity de gentilshommes, de bour- 
geois, de marchands, tousbien armes, de 3c)0 mousquetaires du 
Comtat et de la compagnie des gendarmes de Sa Saintete, il par- 
courut la Fusterie, vint a la maison dc ville, puis au Change. Les 
troupes de chaque paroisse, c'est-cVdire de Sainte-Madeleine, de 
Saint-Agricol, de Saint-Genies et de la Principale, se tenaient sur 
son passage, a chacune de ces places, en bon ordre et bien armes. 
Ensuite, par la place Pie, oil il vit les corps de troupes de Saint- 
Pierre, il alia a Saint-Symphorien, dont la milicc etait campee dans 
le cimetiere, parcourut les Infirmieres et la Carreterie, et fmit sa 
visite par la paroisse de Saint-Didier. 

Le lundi 8 novembre, le vice-legat, averti du lieu ou se cachaient 
Jean Antoine, Lichiere, Beraut, la Rose, la Grave, Jean Chan- 
delier et les autres meneurs, fit promettre a ceuxqui les livreraient 



1)K l'aCADEMIE I)E VAIICLI'SK ?I 



cinquante pistoles pour chacun. — A dix heures du matin, Jean 
Antoine fut pris. Conduit aux prisons du palais, son proces fut 
instruit rapidement, et vers quatre heures il fut pcndu, puis ecar- 
teI6, et ses membres furent places aux portcs des maisons bru- 
l(^esoupillees. Le lendemain, mardi, le vicc-l(^gat apprit que Li- 
chi6re se cachait dans une maison pres les Penitents gris. II 
ordonna a M. Coquepant de prendre quelques soldats de Valrdas 
et de Taller saisir. On ledecouvrit derriere un tas de fagots, oil il 
s'etait blotti apres avoir essayc de s'echapper. II etait blesse a mort, 
les soldats ayant tire sur lui, quand ils le virent s'enfuir. Neanmoins 
on lui fit son proems et il fut pendu vers les cinq heures du soir. 

Cette double execution parut-elle suflisante ? Le lendemain de 
la mort de Lichi^re, les consuls prierent le vice-l^gat d'accorder 
une amnistie entierepour tous les pillards, ti I'exception de Jean le 
Chandelier, Beraut, la Rose et la Grave, ti la condition que touset 
les meubles ou objets voles seraient restituc^s. La restitution devait 
se faire sous les trois jours. L'amnistie dansces formes fut publi^e 
le lendemain mercredi, lonovcmbre. Mais, des le mardi, le vice- 
legat fut averti que Jean le Chandelier se trouvait a Lagnes ou d 
risle. Le juge de I'lsle, sur I'ordre de Franciotti, lefit saisir et con- 
duire a Avignon, ou il fut incarcere, puis pendu le i" juin i656. La 
Rose fut pris le meme jour et immediatement execute. Beraut et 
la Grave furent pris. Tun dans le couvent des P^res Cordeliers, et 
Tautre dans lachapelle des Penitents blancs, ou ils s'etaient refu- 
gies ; quelques heures apres ils etaient pendus haut et court. 

Les jours suivants, par Tentremise des confesseurs et par d'au- 
tres moyens secrets, la restitution des vols s'opera sans interrup- 
tion. Quelques pillards jeterent dans les sorgucs ce qu'ils avaient 
dcTobe, et le troisi6me consul, M. Savin, fut occupe pendant trois 
jours A en faire retirer les meubles v(')les qu'on y avait precipitcs. 

L'emeute du 5^ novembre etait terminec. Mais il restait ti en 
pr6venir le retour. Franciotti publia plusieurs ordonnances 
defendant de sappclcr des noms des partis; il interdit de repro- 
cher aux parents et amis de ceux qui avaient cte executes Tin- 
famie de leurs proches, ct meme de s'entretenir de ce qui s etait 
passe, sous peine de 3(X) ecus d'amende. 

A ce moment, survint un desastre veritable pour le bien de la 
paix. Mgr Franciotti fut remplace par Mgr Nicolas Conti (i). 

(0 € Je note que le 23 deccmbrc n')bf>, M. I'abbc Conti arriva A vVvig-non pour 
nostre vice-legat, et il nous fit tous entrcr dans la villc le -j Janvier 1G57. II fit sortir 
d* Avignon M. de Crillon quelques jours apres, et Ton nous a dit de faire nos que- 
rclles par les voies de la justice, s<;avoir M. de la Faleschc, de Castellet, de Ser\i6re8 
de S. Roman, La Baulme. » Ms. 3358, fol. 352.; 



T^'2 MEMOIRHS 



l^'sprit delicat et d'aristocratique tournurc, il etait, dcs avanl son 
arrivee, completemcnt acquis a la faction des pessugaux, et il le 
lit bientot voir. II arriva a Avi^mon, avant qu'on n'y cut appris 
son depart de Rome, et a peine installe, il ordonna a M. de 
Crillon de sortir de la ville(i). Le malentendu, involontaire ou 
volontaire, qui devait servir de base a Taccusation contre Tancicn 
viguier, produisait done son premier efTet, sous Tautorite du vice- 
legat, qui ne prit meme pas la peine de faire un proces a M. de 
(]rilIon, avant de Texiler. 

Les nobles, reprenant courage, revinrent alors a Avignon et 
entrainerentle vice-legat a ouvrir, au mepris de I'amnistie publiee 
par son predecesseur, des informations contre les perturbateurs. 
M'"*' de Crillon elle-meme ne fut pas a I'abri des poursuites de la 
noblesse. Conti lui ordonna de sortir de la ville, lui reprochant 
d avoir pcrmis des assemblees dans sa maison et d'avoir favorisd* 
les pevoulins. EUe alia a Montelimar retrouver son mari. La, 
M. de Crillon re^ut une citation c\ comparaitre devant le vice- 
legat en Avignon, pour y justilier sa conduite pendant les troubles. 
Mais au lieu de venir a Avignon, il prit le chemin de Rome. 
Tandis qu'il etait en route, les nobles poursuivaient leur revan- 

;'i) Les responses de Crillon A rintcrroofaloire qu'on lui fit subir dans la tour de 
None, donnent sur cet exil des d^itails tr<!js pr6cis. L'acte est redig-t^ en italien. En 
voici, en franyais, les principaux passa^res. Crillon repond : « Qu'il est en prison 
depuis une heure et demie et qu'il s'est lui-meme constitu(^ prisonnier, parce que 
Mg-r Conti, vicc-legat. arrive depuis sept jours cl Avignon, lui ordonna de sortir 
de la ville. Qu'il obeit promplemeni t\ cet ordre, et, pour mieux montrer son 
obeissance, pria par le moyen de tierces pcrsonnes, le vicc-legat de lui faire 
ouvrir les portes deux heures avant le jour... Qu'd'tant sorti de la ville, il 
s'cst retire sur les tcrres royales de France, A Montelimar, ou il apprit qu'on 
insiruisail son proces en cour d'Avignon... QuMl e^t alors imm(idiatement venu 
ti Rome, pour montrer son innocence.... Qu'il ignore pourquoi le vice-lt^gat 
lui a donne I'ordre de sortir. La veillc du jcjur ou il fut exile*, vers le soir, 
le vice-l<}gat lui avail envovt^ dire par le gouverneur des armes de S. S. d'aller 
le trouver dans la matinee, qu'il trouverait toujours, A- toute heure, la porte 
du Palais ouverte pour lui, et qu'il I'invitait a lui continuer les ser\'ices qu'il avail 
rendus aux anciens vice-legats... Qu'etant all(^ le matin trouver le vice-legal, 
ledit Mgr lui dit dans la conversation, qu'il avail trouve la ville d'Avignon desok^e 
ct toute sens dessus dessous {sotto soprj), qu'il voulail en faire un paradis lerresire, 
qu'il avail ordre de N. S. P. d'y mettre la paix. II lui dit encore qu'il voulail rappe- 
ler dans la ville les seigneurs qui en elaient partis el qii'il entendait qu'on s'em- 
brassdt. Et parce que Crillon ne rd'pondait rien, le vice-legal lui demanda pour- 
quoi il ne r<^pondail pas. Alors Crillon repondil qu'il ne convenail pas que de< 
seigneurs, qui depuis trois ans .elaient hor*; de la ville et avaient d(^clar<i qu'ils n'y 
rentreraient jamais tanl que Crillon n'en sortirait pas, fussent admis de nouveau 
sans que lui en sorttt... Le soir, on remit d M. de Crillon un 6crit portant en 
substance : « Monsieur de Crillon, je vous prie de vouloir vousabsenler de la ville 
jusqu'd nouvel ordre, vous el voire famille. » (Ms. 3357, fol. 114.) 



DE l\\cadkmie de vaucluse 53 

che. Henri de Suarez, qui avail ete depute au pape Alexandre VII 
I'annee preccdente, fut aceuse d'avoir ete I'ami des pevoulins et 
leur conseiller et obligd^de s'expatrier. A Rome, ou, a peine arrive, 
il avait donne caution de ib,(y(X) ccusdc ibi sistejiiio, M. de Crillon 
representa que les juges qu'on lui pouvait donner a Avignon 
n'nlTraient pas de suffisantes garanties d'impartialite, et que le 
pape seul, devant qui il portait son alTaire, pouvait la juger avec 
serenite. Alexandre VII y consentit, evoqua devant lui seul toute 
connaissance de Taccusation et de la defense, et ordonna par un 
bref que le vice-legat rec^ut le i" juillet, que toutes les pn^ce- 
dures concernant les* troubles seraient remises aux commissaires 
qu'il designait. 

II fallut en passer par la. Les procedures, a partir du 4 decem- 
bre i652, furent remises aux delegues de Sa Saintete etportees a 
Rome, ou on les examina.Mais, pour comble de malheur, la peste 
eclata en Italie, s'etendit particulierement dans le peuple de 
Rome et suspendit toutes les aflaires. Les pessugaux profiterent 
de ce delai pour poursuivre et tracasser ceux qu'on pouvait 
croire amis des pevoulins, et ceux surtout qui, autrefois, avaient 
mis la paille au chapcau. Or, ils etaient tr^s nombreux. Se voyant 
desormais a la merci d'une fantaisie du vice-legat, ils prirent le 
parti le plus sun et quitterent la ville. Les t^moignages contem- 
porains la representent comme presque deserte, quand se lit 
I'election consulaire, le 23 juin iTof). 

Cependant la peste prenant Un a Rome, M. de Crillon se cons- 
titua prisonnier dans la tour de None. Les commissaires designes 
I'interrogerent et le firent peu apres elargir. Mais, en somme, 
on d'tait toujours bien loin de la paix esperee. 

Mgr de Marinis, archeveque et ancien vice-legat, apparut de 
nouveau comme le mediateur pacifique. Voyant que les pessu- 
gaux se sen-aient du vice-legat pour exercer leurs represailles 
personnelles, et que nombre d'innocents etaient confondus avec 
les coupables, il prit le parti de faire le voyage de Rome et d'in- 
former le pape de la veritable situation de la ville et du Comtat. 
Quand il y arriva, Crillon citait deja en liberte et le cardinal Bichi 
mourant. Sa tache etait bien simplifiee. Quelques jours apres, le 
cardinal legat suspendit toute procedure en cours, toute poursuite 
contre les pevoulins qui etaient S()rtis de la ville, et ordonna au 
recteurde (]arpenlras (i) de recommencer celles qui avaient ete 
faites. 

I Cc'>ar Salvani. qu'AIcxandrc VU avail nomnic par bref du ir juin 1G57. Voir Ic 
prncc'i-Yerbal concernant cette sccondc instance ; « In causa vertcntc coram 



^^ MEMOIRES 

Ce flit le signal du retour et de la reunion. Ceux qui avaient fui 
devant les intentions peu d(^guis6es de Conti revinrent, et meme 
ceux qui 6taient allds a Rome pour se defendrc rentrerent bientOt 
d Avignon. Seul, Crillon ne se sentant-pas suffisamment lave.de 
Taccusation qu'on lui avait fait porter, refusa de rcvenir, demanda 
A ce que le recteur de Carpentras recommen^at la proci^dure le 
concernant, et obtint enfin une sentence d'absolution. Le pape 
lui 6crivit un bref, lui donnant les plus grands t^moignages de 
sa satisfaction pour sa conduite pendant les troubles. 

II revint au mois de juillet a Avignon, suivi bientOt de Mgr de 
Marinis, et Ton pense quel accueil le peuple leur (it a tous deux. 

Le vice-l(^gat Conti porta alors des ordonnances, dont TelTet 
dcvait etre d'empecher les combats singuliers que le ressouvenir 
des injures donn^es et revues n'allait pas manquer de susciter. 
Mais il le fit d'une maniere si extraordinaire, qu'il mecontenta 
tout le monde, les pessugaux les premiers. 11 rendit les peres res- 
ponsables des contraventions de leurs fils, sous peine de la prison 
et de fortes amendes (i). On rnurmura et Ton d(^puta a Rome 
M. des Issarts, qui devait obtenir la suppression de ces regle- 
ments abusifs. II revint porteur de Tordre de revocation des 
ordonnances. 

On arriva ainsi jusqu'a la fin de Tannce i658. La paix relative 
dont on jouit permit la fondation de TAcademie des emula- 
teurs, dont Conti fut le protccteur et I'ami. 

Au mois de Janvier 1659, il (^tait rappele k Rome. Le 23 du 
m6me mois, ^ 10 heures du soir, arrivait Mgr Gaspard Las- 
caris, des comtes de Vintimillc. Le lendemain, Conti partait 
a pied du palais et se rendait, accompagne de la noblesse, a la 
porte Saint-Lazare, ou un carosse Tattendait (2). 

Le 3o, Mgr Lascaris convoquait tous les nobles a son palais, les 



Iir*et R"" rectore comitatiis Venayssini, uti judice et commissario specialiter depu- 
tato, pro repetitione tcstium... » L'actc est date du 5 mars i658. (Ms. 3357. fol. 128.) 

(i)«Etcice que les p«!;res prennent plus de soin de reprimer les pernicieuses 
licences de leurs enfants i se porter A tels excc*s et crimes, et les tiennent mieux en 
crainte. par ordrc cxpr^s dc mondit Seigneur Eminentissime cardinal legat, il est 
declare cl c»rdonne par ce mesme diet, que les p<ires seront et demeureront respon- 
sables pour Icursdicis enfants, sera procC»d<^ contre eux de m^me que s'ils estoient 
eux m6mcs coupablcs ct complices et encouriront les mesmes peines. (Ms. 2o63, 
fol. 60.;— Cf. Recucil des principjux rcglemcnts f jits par les I'^m. cjrdinaux legais... 
p. 196 ; ms. 844 cl ms. 2432, fol. 118. — L'article ci-dessus sera renouveld en i663 par 
le vice-legal Colonna, mais peu apr<!js, le 25 octobre ifjTq, il I'abrogera ms. 2(»r)3, fol. 60V 
2 « El M. Conti, le vieux vice-legat, s'en e>t allc le matin, accompagne de la 
noblesse, et^mal voulu du peuple >. ^Ms. 2394, fol. 127 v.. 



DE i/aCADEMIE I)E VAL'CLUSE 55 

r^conciliait. Le i" f^vricr. ramnistie generale etait cri^e aux carre- 
fours ct places, et aflichee sur Ics murs de la ville (i). 

Le 23 du m^me mois, le vice-lcgat donnait un grand diner ^ 
toute la noblesse ; un grand bal le suivit, « oil tout le monde s'em- 
brassoit de la meilleure grace du monde », disent les auteurs 
contemporains. 

Restait la question des indemnites, que reclamaient les victimes 
des troubles. Le vice-legat Lascaris avait fait insurer dans la bulle 
d'amnistie les dispositions suivantes, qui concernaientlepaiement 
reclame : «... Et ace que ne reste personne, laquelle n'aye occa- 
sion d'etre satisfaite, et qu'unchacun puisse jouir agreablement 
de ce bonheur de la paix, faisons s<;avoir que pour les indemnisa- 
tions de ceux dont les maisons se trouvent avoir ete pillees et bru- 
lees, les ordres de Sa Saintete seront sur ce executes. » 

Quels etaient ces ordres ? On ne tarda pas a le savoir. Le vice- 
legat fit appeler les consuls et leur remit une lettre du cardinal 
Chigi, legat, contenant les ordres du pape, et leur recommandant 
de veiller a leur execution. Les consuls promirent de communiquer 
la lettre au conseil et de faire connaitre au vice-legat la delibe- 
ration qui en devait suivre la lecture. Sansdoute qu'ilsprevoyaient 
Taccueil qui serait fait aux instructions pontificales. II devait etre 
plus que reserve. La lettre du cardinal 16gat etait conc^ue en ces 
termes : 

a Sa Saintete, voulant pourvoiraux moyens d'obtenir la paix et 
la tranquillitc^ dans sa fidele ville, a creu devoir pourvoir a Tin- 
demnite deceux qui ont soulTert des pertes, par les incendies arri- 
ves dans les derniers troubles, et a cet eflet, elle veut qu'on impose 
une collete sur les maisons et les jardins qui se trouvent dans 
I'enceinte de la ville, jusqu'a vingt-quatre mille escus romains, 
laquelle somme sera repartie sur ceux qui ont souflcrt du dom- 
mage. AL Lascaris, vice-legat nomme, porte les ordres neces- 
saires. » 

C'etait, en somme, etablir un impot extraordinaire et qui avait 
le grave inconvenient de paraitre contraire a tous les privileges 
pour lesquels le peuple avait lutte. Etait-il d'ailleurs equitable de 
faire supporter aux particulierslepoids d'une dettc, que Tadminis- 
tration des vice-legats avait contribuc a contracter, en ne prenant 
pas les mesures suflisantes pour assurer la protection des per- 
sonncs et des biens ? Les consuls refuserent de donner leur 

(j; Of. m.s. 2432, Rcgicmcnis des vice-lci^jits, fol. 125. 



5G MliMOlRES 

concours a une telle mesure, et en attendant, le conseil deiputa ^ 
Rome M. de la Barthelasse, qui devait plaider aupres du papc mal 
informe la cause de-la ville et de ses intcirets. 

Le vice-legat, auquel Jes consuls communiquerent cctte delibe- 
ration, vit immediatement que tous ces tiraillements produiraient 
a Rome un eiTet desastreux, et que le pape lui en ferait porter la 
responsabilite. II crut parer a tout danger, en defendant a M. de 
la Barthelasse de partir et aux consuls de lui fournir Targent 
necessaire a son voyage, sous peine de 4,(Tx) ecus d'amende. Mais 
les consuls, qui ne desiraient pas voir se renouvcler I'aventure 
arriveea M. deServieres en 1641, avaient pris les devants. M. de 
la Barthelasse etait deja sur le chemin de Rome, muni par les 
consuls de Targent que reclameraient ses depenses d'ambassadeur 
extraordinaire. Ne pouvant punirle depute qui etait parti et n'osant 
frapper les consuls, Lascaris fit demander au secretaire du conseil 
une copiede la deliberation, avec les noms de tous les conseillers 
qui Tavaient approuvee.Le secretaire refusa delui fournir la copie 
demandee, avant d'en avoir referc aux consuls. Avertis de ce qui 
se passait, ceux-ci firent aupres du vice-legat une demarche collec- 
tive, lis lui representerent, avec force compliments sur son zele 
pour rhonneur du Saint-Siege et son obeissance aux ordres du 
pape, qu'une telle pretention etait contraire a la liberte des deli- 
berations, que jamais ses predecesseurs n'avaient pense a savoir 
ce qui se passait a I'hotel de ville, et que deferer a son desir serait 
porter atteinte aux privileges de la capitale des Etats de Sa Sain- 
tete, etc... 

La harangue, moderee dans la forme, mais tres energique dans 
le fond, produisit un eflct qu'on n'aurait pu esperer. Lascaris 
s'excusa de sa demarche sur son ignorance des prerogatives du 
conseil public, etant nouveau venu a Avignon, et renonga pure- 
ment et simplement a prendre connaissance de la delibc^ration et 
des noms des conseillers. 

Mais la querelle n'etait pas terminee pour cela. Le vice-lc^gat 
voulait tenir la main a ce que les ordres du pape fussent stricte- 
ment'executes, et punir ceux qui n'en pretendaient tenir aucun 
compte. Sur ces entrefaites, arri vale jour de I'election des consuls, 
et Lascaris n'ignorait pas que le conseil etait resolu a donner a 
cette operation lecaractere d'une manifestation contre la lettre du 
cardinal legat. Pour laprevenir, il lit defense au conseil d'elire 
pour consuls ALM. de la Barthelasse et de Saint-Martin. Cette 
enormite soulcva de longs murmures, ct les consuls, peut-ctre 



DE l'academie de vaucluse ^7 

pour couvrir le conseil dcvant le pcuplc, demanderent au vice- 
legat de redigeruneordonnance a cesujet, declarant qu'ils n'obei- 
raient qu'a un ordre ecrit. Lascaris la rcdigea seance tenante, 
mais en refusant d'en fairc connaitre les motifs. L'ordonnance fut 
lue en salle du conseil et, apres les reserves et protestations faites, 
au nom de la ville, par Tassesseur, MM. Balthasar deFog-assede la 
Batie, Pierre Borelli, Francois Gouget, furent elu-s consuls, et Jean 
Savin, assesseur. 

Mai.s la soumjssion du conseil a I'ordonnancc du vice-legat 
n'etait qu*£ipparente, et s'il parut cederpour le bien de la paix 
aux indiscretes exigences de Lascaris, il n'abandonnait pas la 
defense de ses interets. MM. de Goult et Ruli, Tun ancien 
consul et I'autre ex-assesseur, re;;urent Tordre de partir pour 
rendre compte au pape de leur conduite, de voyager rapide- 
ment et d'etre arrives a Rome au plus tard dans deux mois, 
sous peine de io,ckx) ecus d'amende pr)ur M. de Goult, de 6,(xx) 
pour M. Ruffi (I). En attendant, il mit sous sequestrc leurs biens 
et mcubles, et defendit aucune deliberation contraire a son ordon- 
nance (2). 

Malgre sarigueur, cet ordre ne reveilla pas les coleres; on se 
contenta de murmurer, de faire des placards et des chansons, que 
les consuls prirent la peine de desavouer (3). Pendant ce temps, la 
question des indemnitees n'avan9ait pas. Le vice-legat fit defendre 
aux tresoriers derien payer aux consuls. Enlln, pres d'un an apres, 
resolu d en linir, le conseil donna plein pouvoir aux nouveaux 
consuls, qui venaient d'cjtre elus et qui etaient MM. Gaspard de 
Fortia de Montr(^al, Nicolas Charles, Paul Roque (avec M. de 
Joanniscomme viguieret Francois Bartht^lemycomme assesseur), 



(i) MM.de Goult et Ruffi n'arrivcrcnt pas jusqu'd Rome. lis etaient dOencs, quand 
lis re<jurenl avis que le pape qui avait re(;u M. de la Rarihelasse, lequel les precedait, 
les dispensait du reste de leur voyayrc et se contenlait des raisons exposees par I'an- 
cien ambassadeur des consuls. 
{2) Voy. Reg. des deliberations mtmicipales. t. XX VII, fol. 45. 

l3) lascaris parait avoir plus particulieremeni servi de theme aux chansonniers de 
I'c^poque. On salt que, lors de la reunion temporaire du Comtat d la France en 
ir>62, il circula dans Avif^mon une chanscm sur I'air du VexilLx regis : Hymnus 
canLindus circa dominicim Passionis, quo tempore Avenio a Lascariana tirannide 
est liherata. Nous n'en citerons que ce couplet : 

Reaia cujus man! bus 

Rcstiluctur pretium 

Quo rcdimamur barbaris 

Cum rcdimamuritalis. 

(Ms. 2»ol4, fol. r4! w) 



58 MEMOIRES 

de negocicT un arrangement avec le vice-legat. II fut conclu sur 
les bases suivantes : 

I" Le vice-legat donnerait main-levee d la sequestration des ga- 
belles. Sans cette mesure, on ne savait ou prendre Targent des 
indemnites. 

T II serait eflectue un paiement immediat de i(i,(X)0 livres. 

3** Le restant du serait paye dans trois annces, en trois payes 
egales, mais sans interet. Le premier versement se ferait le 
I" mai i()()i. 

4" Enfin, laville s'engage en bonne et due forme a satisfaire 
ainsi les interesses. 

Ces quatre articles furent signes des consuls, de I'assesseur et 
de MM. de la Faleche, de la Rousselle, de Castelet, de Conceyl, 
de la Baume, Palis et Barthelemv Crivel. 

Ainsi tout fut termine. Les evenements, qu'ils venaient de tra- 
verser et ou certains d'entre eux avaient joue, a leur corps defen- 
dant, un role assez tragique, ne paraissent pas avoir outre mesure 
abrege la vie de quelques nobles. Un d'entre eux, M. de Ser- 
vidres, mourut a I'age de (p ans et sept mois, le i6 novem- 
bre 1689 (i). 

Les troubles d'Avignon avaient dure du 4 decembre i652 au 
23 fevrier 1(09. lis avaient, pendant ces six ans, paralyse le com- 
merce, ruinc les ecoles, entrave tout progres et toutbien. Quatre 
vice-legats avaient passe, deux d'entre eux au moins avaient ete 
les ouvriers courageuxde la paix publiquc. lis n'en furent qu'A 
demi recompenses et ne purent voir sous leur gouvernement 
s'accomplir le reve de leur sagesse. Un nouveau venu recueillit 
ce qu'ils avaient seme : Sic ros non vnbis mellijicatis apes ! 
Mgr de Marinis put assistcr au relevement de son peuple, que 
rien n'empechait plus. Bichi etait mort, les nobles et le peuple 
avaient abdique leurs coleres. Les meneurs avaient disparu. 
Louis XIV pouvait venir, on lui montrerait une ville paisible et 
laborieuse pour quelquc temps, refaisant au bruit de ses metiers 
sa richesse et sa gloire, et tiichant d'oublier les stupides haines 
du passe dans les activites du present et les espoirs legitimes 
d'un bel avenir. 

J. Mhuitax. 

{\) Note manuscrile de I'abbc de Servi^re*^, (ils de Jean-Fran(;<>is de Canibis (ms. 
3358, tnl. 35r)>. M"* de ScrviC^rcs etait morte a I'dfre de 77 ans sept mois, le 27 Jan- 
vier 1688. [IbU:, 



DE l'academie de vaucluse 5q 



III. 



DOCUMENTSWiT PIECES JUStlFICATIVES 



I. — COPIE DU FACTUM DE M(iR LaURENT CuRST, 

VICE-LEGAT d'AvIGNOX. 

La tranquilite d'Avignon, au temps de la vice-legation de Mgr Corsy isic\ fleurit jus- 
ques en Tannic i65o, que fut la sixiesme de son gouvernement, et les satisfactions 
rticiproques entre luy etce peuple causoii une douceur aux coinmandemensde Mgr 
Corsy, qui correspondoit A Tobeyssance de ce peuple, en fayon que la justice estoit 
en grande estime. 

En I'annee i65o. estant esleu consul Villefranche, finit la commune paix de cette 
cit<i, parce que ledit Villefranche, touch<i de certains respects privcs, aima plut6st 
satisfaire aux propres passions que d't^viter les dangereux ev6nemens prdjudiciables 
A la patrie, laquelle en aprds a soufTert les flammes dont ledit Villefranche alluma la 
premiere etincelle. Enfin, au commancement de sa charge, pousse de la chaleur de 
sa chol^re, se presenta au vice-16gat, luy faisant instance de vouloir oster les commis 
des fermiers de la douarte du Roy, establis sur les ports du Rhosne en la jurisdiction 
du Pape, pour espier les contreventions qui se commeitoient au prc^judice de la 
douane du Roy. allc^guant certaines suppr)sitions plus apparentcs que fondles, A 
s^avoir que le poste desdicts commis, si proches de la porte de la ville, empeschoit 
le commerce d'icelle. Monseigneur lui respondit et aux autres consulz, scs collogues, 
qu*il ne pouvoit priver lesdits commis de ces postes A eux conc(^des et confirmt^s, 
sans en avoir premierement receu ordre du pape, duquel immediatcment depcndoit 
cette affaire de consequence et si importante. Et d'autant plus leur donna cette nega- 
tive, ayant conneu I'interieur de la proposition, qui proccdoit de ce que Villefranche 
ddsiroit telles nouvcautes, en hayne des fermiers de la douane du Roy, amis de 
Crillon, entre lesquels et luy y avoit inimiti(^ capitalle, et encore parce que les con- 
jonctures lors prtisentes, entre les cours de Rome et de Paris qui n'alloient pas trop 
de conserve, ne le permettoient pas ; outre le danger inevitable qu'il prevoioit en pou- 
voir arriver d la ville. 

Villefranche et les autres consulz, n'estant point appaiscs par cette response, s'en 
all^rent. Aprtjs, pour tenter de nouveau la volontc de Monseigneur, ils y retournerent, 
accompagnes de quelques nobles. Mais leur mesme entreprise frivole demeura pa- 
reillement sans eflfet, leur ayant estc dc nouveau refusce par Monseigneur, avec tou- 
tefois cette condition dc mander homme exprt>s au pape et au/ cardinal l<igat pour 
en recevoir leurs ordrcs. Les consulz repliqucrent d'estre rcsolus de s'aller prosterner 
aux pieds du pape, pour en obtenir la grace, puisqu'ils ne la pouvaient pas obtenir 
de luy. Monseigneur leur distqu'il n*empeschoil point leur voyage, pourveu que ce 
fusti leurs propres despens ; mais s'ils pretendaient que ce fust despens du public, 
cela ne pouvoit estre, obstant la bulle dc hnno rei^imine, outre que encores d ce re- 
pugnaient les ordres ecrits que leur furcnt exhibcscn une letlre du cardinal It^gat, 
lesquels ordres ne leur permettoient pas d'allor a Rome pour les affaires du commun, 
aux despens d'iceluy, si premi(!;remeni n'intervcnoit la volontc du pape ou la sienne. 



Go MEMOIRH^ 

Les consulz s*estanl retires dans Icur obstinalion d'alter A Rome aux despens du 
public, oblig-Oirenl Monseiyrneur a leur fairc inhiber de parlir en cette forme, lis 
souffrirent cet acle de justice avec beaucoup d'ai^n'eur, en temoi^-nant plus que d'une 
ordinaire chol<^re et encor hors de I'ordinaire persev^rans dans leur opinion, retour- 
nirenta Monseijrneur le lendemain matin, luy faisant S(;avoir qu'ils voulaient expe- 
dier au pape, aux despens de leur bourse. Celte resolution ne leur estant pas em- 
peji;chee, envoyerent ci Rome VilletVanche, environ le mois dc may iG5i ; oil estant et 
introduit qu'il fust ii I'audience du pape, luy exposa son ambassade t(>uchant les 
commis. Mais parcc qu'il list la relation tout autremcnt qu'elle n'estoit, et avec arti- 
fice, taisant les circonslanccs qui comme il est en apres ensuivy pouvoient porter 
tr(:js grand prejudice aux Aveni(mes. la proposition en fut abro^ee par le pape, et luy 
conceda la grace demandee. Monsei^neur ne manqua pas d'en escrire au cardinal 
Ijgrat et luy representer le mal que telle invention pouvoit apporter, et' particuliere- 
ment pour raison de I'inth'est du Roy, les fermiers de la douane ayant protests: i 
S. M. de vouloir rabbais de leur fermes d dixaine de milliers d'escuz, lors et quand 
leurs commis ne pourroient exercer leur charye sur Ic port accoustume du cotO des 
lerres du pape. 

Villefranche revint de Rome, triomphania raison de cette i;racQ, laquelle sembloit 
un proffit acquis et fut la perte de la cit^i. Presenta, d'abord qu'il futarrivt^, lesordres 
du pape, portant d'oster les commis du port controverse ; auxquels ordres, sans au- 
tre replique, fut obey, en fa^on que luy et ses adherens s'en alloient par la ville, se 
glorifians d'avoir obtenu leur intention. 

Arrivee que fut I'avant veille de S.Jean du mois de juin iG5r, finitla charge consu- 
laire de Villefranche, et, suivant la coutume futesleu pt)ur son successeur Monteiller 
^Montillet^ et ses coll^nrues. Peu de temps apres, courust un bruit que M" les consulz 
avoient re^eu du grand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoit 
que le Roy, pour avoir les consulz procure la remotion des commis du port du 
Rhosne, avoit revocque et aboly tous les privilt^ges que ses antecesseurs avoient 
accordes aux Avignonois, et par lui confirmees. 

Une des exemptions conct^dees aux Avignonois etr)it qu'eux sortans du royaumc 
bleds, vulgairement appek^s annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans- 
porter dans I'Estat eccld'siastique, payeroient les gabelles comme sujets du Roy ; 
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroient, 
en semblables cas de transportations, a payer les droits non plus comme nationaux 
mais comme strangers, s^avoir le double ; en fa^on que si. avant Texpulsion des 
commis, payoient un escu avec la faveur des privil(^ges du Roy, depuis qu'ils ont 
este chassis en payoient deux. 

Les citoyens commenccTent a gouster aigrement le fruit du caprice de Villefranche 
et pesans I'utile passe avec le dommage present, souspiroient la perte des privileges 
si profitables et des plus favorablcs que le Roy eust jamais concMes ; par ainsy 
dans laconfiance qu'ils avoient d'estre remis, assembltljrent le conseil, ou fut conclu 
que Villefranche, qui estoit alle au pape, seroit encore mande au Roy pour tacher 
d'etre reintegre. 

Villefranche estant arriv6 A la cour du Rov. il v demeura un an avec trc?s grande 
despense de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre 
mortifie, non seulcment en n'obtenant pas la pretendue grdce du Roy, mais encore 
pour avoir Sa Majeste publie un nouveau arrest sous des conditions plus prt^judi- 
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la jurisdiction ecclesiastique, en 
fa<;on que le vice-kgat ne permit point que tel ordre du Roy fust publie dans la ville, 
ny en aucun lieu de son estat, et fist en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce 
p<}riode fort peu honorable, la fonction dc Villefranche finit. 

Cependant sortit de son consulat Montillet, auquel succeda Castellet, hrimme cogneu 
dans I'exercice de cette charge, d'un esprit seditieux. lequel voyant que I'augmant des 
gabelles passoit sans cnntredict en usage, pour laisser encore luy A la posteritc quel- 



bK l'acadkmif de vauclusk 6i 

que mcmoire de sa mauvaise inclination, ensemblement le second el tiers consulz, 
fist instance A M^^r de rappeler les commis ct les remettre dans leur premier poste, et 
dans leurexercice accouslume. Mf^r mesprisant la t(^merit<^ de sa dcmande, r^pondit 
qu'il ne pouvoii pas revoquer ceite ^race et ce qui s'en esloit ensuivy de I'ordre 
d'icelle poursuivie et obtenue du Pape par les consulz leurs antecesseurs, leur re- 
prochant leur inconstancc, puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prtivaloir 
de cetle fifrAce en lout temps. Celtc response suflit alors pour les fairc retirer, mais 
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur lefr>^*rcle ne les list rougir. 

Uevint Castellet avec les autres consulz, A faire les mesmes instances t\ Monsei- 
pneur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la g-rdce de- 
mandee. La response de Monseigneur fut qu'il ne pouvoit les i^ratifier autrement 
que d'en donner compte au pape pour en s<;av<»ir la vohmtc. Cette response ne plai- 
sant pas aux consulz, s'en retourn^rent mecontens. 

Castelet estant toujours plus obstine, dans peu de jours apres retourna A Mgr le 
vice-le^at luy faire la mesme demande, ci laquelle Monseif^neur ne voulust point en- 
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, cntra dans un discours plus ardent 
que de coutume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir 
le pcuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surcharg-e de I'augmant des ga- 
belles du Roy ; rcpliqua Monseif,'neur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant 
qu'il en auroil bientnst des ncmvcUes de Rome, avec esperance de quelque tempe- 
rament. E]t ainsy les consulz se retirerent. 

Trois ou quaire jours apres, et arrive que fut le jour et feste de Sainte Barbe, 4' du 
mois de decembre el un peu devant I'heure du disner, courul un bruit qu'en la mai- 
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet el les autres consulz, suivis 
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardtireni pas d'aller au palais apostolique 
pour avoir audience de Monsei^neur, lequel en permit I'enlree seulement aux consulz 
et A leur suite des nobles, A I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de- 
meura dans la place devant le palais. 

Arrives que furent les consulz devant le vice-legal, feignans, par leur visage troubld 
et leur voix entrecoupp<ie, d'estre pleins d'amertume -ce qui n'estoit pourtant pas 
dans leur cccur. commenc^rent i cxaggerer. que le pcuple estoit sur le point de faire 
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme 
A present espc^rance de le pouvoir contenir ; ct qu'il avoit dessein d'envahir la mai- 
son de ville, les menai^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis 
n'estoient remis A leur poste accouslume et A leur premier exercice. Et cependant 
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps 
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser, mais par effect contraire les 
ff)me*nloient A continucr le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur 
dans le S()Up(;(>n, pourroit obtenir ceste grace. — Appcrt par le proems envoye A Rome. 
Cette iM'lonnie fut plusieurs fois rciteree en ce temps la par les nobles, lesquels 
apr^s revenani vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple esloit toujours 
plus obstinc dans ses demandes et que la trouppe peu A peu s'agrossissoit. 

Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoit pa^ penelre que le peuple eust ete seduitpar les 
consulz et par lours partisans A faire ce tumulte, et croyant veritablement que c'estoit 
une arrogance populaire, laquelle, comme facile A naistre, ainsy legerement s'eva- 
nouii, pria Mgr le nonce Coursiny ,'5ic et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces 
nobles, de procurer que cette trouppe assemblee se retirast : mais tout expedient estant 
vainet les personnes sans efticace, Monseigneur sepre.sentaA ce peuple assembl(^,par 
une gallerie du palais, pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel 
inexorable, ^on Industrie demeura sans fruict 01 ne luy put persuader de se retirer. 

Mgr ayant experimcntc Tobstination de ce peuple, voulant faire plus grande dili- 
gence, se J.isposa de dc>condro A la place ci alleguer en face a ceux qui faisoient 
ce bruit les rai^ons qui les pouvoient appaiser. Mais les consulz et les nobles, crai- 
gnAns que Mgr no dccouvrisi Tabus de la trame qu'ils avoient faite pour seduire ce 
monde avec de certaines prieres feintes qui estoient des violences, I'empesch^rent 



6o MEMOIRE^ 

Les consulz s'estant retires dans leur obstination d'allerA Rome aux despens du 
public, obligCjrent iMonseij^mcur a leur faire inhiber de partir en cette forme. lis 
souffrirent cet acte de justice avec beaucoup d'aigreur, en temoignant plus que d'une 
ordinaire chol^re ct encor hors de I'ordinaire persev^rans dans leur opinion, retour- 
ntirent A Monsei^neur le lendemain matin, luy faisant syavoir qu'ils voulaient expe- 
dier au pape, aux despens de leur bourse. Cette resolution ne leur estant pas em- 
peschee, envoy<^rent ii Rome Villefranche, environ le mois de may i65i ; ou estant et 
introduit qu'il fust ^ Taudience du pape, luy exposa son ambassade touchant les 
commis. Mais parce qu'il fist la relation tout autrement qu'elle n'estoit, et avec arti- 
fice, taisant les circonstanccs qui comme il est en aprcis ensuivy pouvoient porter 
trc^s grrand prejudice aux Aveniones. la proposition en fut abrof^ee par le pape, et luy 
conceda la grAce demandee. Monseigneuf ne manqua pas d'en escrirc au cardinal 
l^^gat et luy representer le mal que telle invention pouvoit apporter, ef particuliere- 
ment pour raison de I'intirest du Roy, les fermiers de la douane ayant protests a 
S. iM. devouloir rabbais de lour fermes i\ dixaine de milliers d'escuz, lors et quand 
leurs commis nepourroient exercer leur charge sur le port accoustume du cote des 
terres du pape. 

Villefranche revint de Rome, triomphant t raison de cette grace, laquelle sembloit 
un proffit acquis et fut la perte dela citc^. Presenta, d'abord qu'il futarriv6, lesordres 
du pape, portant d'oster les commis du port controversy ; auxquels ordres, sans au- 
tre r(^plique, fut obey, en fa^ron que luy et ses adherens s'en alloient par la ville, se 
glorifians d'avoir obtenu leur intention. 

Arrivee que fut I'avant veille de S.Jean du mois de juin i65i, finitla charge consu- 
laire de Villefranche, et, suivant la coutume fut esleu pour son successeur Monteiller 
(Montillet) et ses collogues. Peu de temps apr6s, courustun bruit que M" les consulz 
avoient re9eu du grand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoii 
que le Roy, pour avoir les consulz procurd la remotion des commis du port du 
Rhosne, avoit revocqut^ et aboly tous les privileges que ses antecesseurs avoient 
accordes aux Avignonois, et par lui confirm^s. 

Une des exemptions concedees aux Avignonois etoit qu'eux sortans du royaume 
bleds, vulgairement appel^s annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans- 
porter dans I'Estat eccl6siastique, payeroient ]es gabelles comme sujets du Roy ; 
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroient, 
en semblables cas de transportations, A payer les droits non plus comme nationaux 
mais comme Strangers, sc^avoir le double ; en fa^on que si, avant I'expulsion des 
commis, payoient un escu avec la faveur des privileges du Roy, depuis qu'ils ont 
este chassis en payoient deux. 

Les citoyens commencerent c\ gouster aigrement le fruit du caprice de Villefranche 
et pesans I'utile pass^ avec le dommage present, souspimient la perte des privileges 
si profitables et des plus favorables que le Roy eust jamais concedes ; par ainsy 
dans la confiance qu'ils avoient d'estre remis, assembierent le conseil, ou fut conclu 
que Villefranche, qui estoit alle au pape, seroit encore mande au Roy pour tacher 
d'etre rc'integre. 

Villefranche estant arrive d la cour du Roy, il y demeura un an avec tr^s grande 
despense de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre 
mortifie, non seulcment en n'obtenant pas la pretendue grace du Roy, mais encore 
pour avoir Sa Majeste public un nouveau arrest sous des conditions plus prejudi- 
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la jurisdiction ecclesiastique, en 
fa^on que le vice-l^gat ne permit point que tel ordre du Roy fustpublie dans la ville, 
ny en aucun lieu de son estat, et fist en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce 
pcTiode fort peu honorable, la fonction de Villefranche finit. 

Cependant sortit de son consulat Montillet, auquel succeda Castellet, homme cogneu 
dans I'exercice de cette charge, d'un esprit seditieux, lequel voyant que I'augmant des 
gabelles passoit sans cnntredict en usage, pour laisser encore luy a la postcritc quel- 



bK l/aCADKMIK DE VAUCLrSK (n 

que memoire de sa mauvaisc inclination, ensemblement le second et tiers consuiz, 
fist instance A M^r de rappeler les commis ct les remetire dans leur premier poste, el 
dans leur exercice accoustume. Mfj-r mesprisant la temerite de sa demande, repondit 
qu'il ne pouvoil pas revoquer cette grace el ce qui s'en cstoit ensuivy de Tordre 
d'icelle poursuivie el obienue du Pape par les consuiz leurs anlccesseurs, leur re- 
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoient par plusieurs fois jure de se prevaloir 
de cette griice en tout temps, (^ette resp(»nsc suflii alors pour les faire retirer, mais 
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur legjrele ne les fist rougir. 

Revint Caslellet avec les autres consuiz, d faire les mesmes instances in Monsei- 
gneur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la grdce de- 
mandec. La response de Monscigneur fut qu'il ne pouvoil les gralifier autrement 
que d'en donner compte au pape pour en s«;avoir la volonte. Cette response ne plai- 
sant pas aux consuiz, s'en retourn^rent mecontens. 

Caslelet eslant toujours plus obstine, dans peu de jours apres retourna A Mgr le 
vice-ltigat luy faire la mesme demande, a laquelle Monseigneur ne voulust point en- 
tendre, el Caslelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent 
que de couiume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus relenir 
le peuple A faire quclque desf)rdre, se voyant ainsi surcharge de I'augmant des ga- 
belles du Roy ; rcpliqua Monseigneur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant 
qu'il en auroil bicnlosl des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe- 
rament. Et ainsv les consuiz se retirerent. 

Trois ou quatre jours aprcs, et arrive que fut le jour el fesle de Sainte Barbe, 4' du 
mois de decembre et un peu devant Theure du disner, courut un bruit qu'en la mai- 
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Caslelet el les autres consuiz, suivis 
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tarderent pas d'aller au palais aposU)lique 
pour avoir audience de Monseigneur, lequel en permit I'enlree seulement aux consuiz 
et A leur suite des nobles, a I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de- 
meura dans la place devant le palais. 

Arrives que furent les consuiz devant le vice-legal, feignans, par leur visage trouble 
ct leur voix entrecouppee, d'estre pleins d'amertume 'ce qui n'estoit pourtant pas 
dans leur coeur commencc'rent d exaggcrcr, que le peuple estoit sur le point de faire 
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n*y ayant pas mesme 
A present esp^irance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit dessein d'envahir la mai- 
son de ville, les mena^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis 
n'esl(nent remis A leur poste accoustume et A leur premier exercice. Et cependant 
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps 
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser, mais par effect contrairc les 
fome'ntoient A continuer le tumulie, luy disans que tenant ainsi Monseigneur 
dans le soup(;on, pourroit r)blenir ccslc grace. — Appert par le proces envoyei Rr)me. 

Cette fclonnie fut plusieurs fois rciterce en ce temps la par les nobles, lesquels 
aprc's revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours 
plus obstine dans ses demandes et que la trouppe peu d peu s'agrossissoit. 

Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoiipaspenetrc que le peuple eust eie seduitpar les 
consuiz et par Icurs partisans A faire ce lumulle, el croyant veritablement que c'esloit 
une arrogance populaire, laquelle, comme facile <i naistre, ainsy legdTement s'eva- 
nouil. pria Mgr le nonce Coursiny /'5iC' et Tauditeur Cappellety, comme aussi de ces 
nobles, de procurer que cette tn)uppc assemblee se retirast : mais tout expedient estanl 
vain et les personnes sans cfficace, Monseigneur se presenta A ce peuple assemble, par 
une gallerie du palais. pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un nalurel 
inexorable, son industrie dcmeura sans fruici et ne luy put persuader dc se retirer. 

Mgr ayani expirimonic Tobslination de ce pouple, voulant faire plus grande dili- 
gence, se Jisposa de dc^cendrc a la place et alleguer en face a ceux qui faisoieni 
ce bruit les raisons qui les pouvoient appaiser. Mais les Consuiz et les nobles, crai- 
gndns que Mgr ne decouvrist Tabus de la irame qu'ils avoient faile pour seduire ce 
monde avec dc certaincs prieres feinies qui estoienl des violences, Tempesch^rent 



1 



Les consul/ s'cslani retires dans Icurohstmaii'in j'allcri Rumc au\ despens dii 
public obligiroin M^nsci^'ncur ii leur faire inhiber de parlir en celle forme, lis 
souffrirentcet acte de justice avec heaucoiip d'ai^reur, en lemolKoan' plus que d'une 
'irdinajre chul^re el enc<ir h'lrs de I'orJinaire persevL^rans dans leur opinion, relour- 
nireni a MonseiRneur le lendeninin matin. Iiiy faisant sgavoir qu"ils vouiaient cxpe- 

peschec, envovi-rcnl a Rome Villefranche, environ li: mnis de may iG^: : ou estanl el 
introduit qu'il fust a I'audicrce du pape, luy expos a son aiiibassade loucliant tes 
eommis, .Mais parce qu"i1 list In relation tout auiremen^ qu'elle n'esloii, el avec arli- 
fice, taisanl !es ciro>nsianees qui comme j] esl en apres ensuivy pouvoion I porter 
IrOs ^'rand prejudice au\ Aveniones, la proposition en fui abro^^ee par le pape, ei luy 
conceda la prSce demandee. Munsei^ineur ne manqiia pas d'en escriro au cardinal 
U'g-al et luy represenler le mal que telle invenliim pouvnit apporter, et" paniculiere- 
menl pourraison de rintirestdti Roy, les fenniers di la douane ayani prolesle a 
S. M. Jevouloir rabhaisde leurfrirrijes a dixaincde milliers d'eseuz, lors el quand 
leurs eommis ne pi'urroient exercer leur charge sur le port aceouslumil- du cole des 

\illerranche revinldu Rome, IriomphaniA raison de cetle Krace, laquelle sembloii 
un profni acquis el fui la perte de ta citi. Priisenia, d'abnrd qu'il ful arrivd. les iirdres 

irc rLplique. ful libey. en I'avi'n que luy el ses adherens s'en alloienl par la ville. se 
t.'li'riiians d'avoir nbienu leurinleniion. 

.\rrLVL^e que ful I'avant veille de S. Jean du mois de juin [tJJ;, linit la charge consu- 
liii: L- de Villefranche, el, suivanl la coulume ful esleu puur son successeur .Monleiller 
iM"[iiillet; etseseolli^fues. Peu de lemps apres, cooruslun bruit que M" Ics consuU 
av'ikni reijeu du prand Conseil de Paris un arresi imprime, la teneur duquel esloit 
qLie le Roy, pour avoir les c<msuli procure la remolirin des ci>mmis du port du 
Uhosne, avoii revocquri el aboly tous les privilSfjes que ses aniecesscurs av<iieni 
accnrdcs aux Avignonois. el par Uii ciinfirmes. 

Vne Jes exempiions concfidees aux Avifrnonnis eloit qu'eus sorlans du royaume 
bled-, vulgairemenl appeli^s annone, ou auires divcrses marchandises, pour les irans- 
porier dans TEslal ecelCsiastique. payeroient Jes (tabelles comme sujeis du Roy ; 
d'liieques, en vertu de ladile abiililion. les fcrmiers de la douane les coniraindroient. 
en semblables cas de transportations, a payer les droits non plus comme nalionaux 
majs comme 6tran(jers, si;avoir le double ; en fai;"n que si. avanl re\pulswn des 
eommis, payoient un escu avec la faveur des privileges du Roy. depuis qu'ils ont 
est:- chassis en payoient deux. 

Le> ciloyens commenciSrent a gousler aigremenl le fruil du caprice de Villefranche 
et rc-.ans Tulile passe avec le dommase preseni, souspiroieni la perte des privileges 
si rrolilables el de.s plus favorables que le Roy eusl jamais conciSdcs ; par ainsy 
dans laconfiance qu'ils avoieni d'esire remis. assemblireni le conseil. ou fut conciu 
quf Villefranche, qui esloil alliJ au pape. scroll encore mandiJ au Roy pourtacher 
d'eir.-' reinliJgri;-. 

Viilr^franchceslani arriviia la cour du Roy, i1 y demeiira un an avec Ir^s grande 
de-pense de la ville. eicumme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'esire 
mortifie, o<m seulemenicn n'obieuanl pas la prOlendue grace du Roy, mais encore 
pour avoir Sa .\lajeste publiij un nouveau arrtst sous des conditions plus prejudi- 
ciables qu'au premier ; parce qu'il offensoii la jurisdiction ecclesiaslique, en 
favon que le vice-liJi^-al ne permit point que lel ordre du Roy fusi public- dans la ville. 
ny tn aucun lieu de son cslat. el list en sorte qu'il ne s'en parla iriesmc pas. Avec ce 
piiii-Je fori peu honorable, la fonclion do Villefranche finit. 

Cererdanlsorlildesonconsuiai.Monlillel. auquelsuccedaCaslellel.hommeco'^neu 
dans Texerticc decelle charge, d'un esprit. seditieux. lequel voyanl que I'augmanl des 
Kabellcs possnit sans eonircdiet en usage, pour laisser encore luy a la po-JlLTile quel- 



1)K L\\(:AnHMIK DE VAUCLUSi: 6i 

que memoire de sa mauvaisc inclination, ensemblemenl le second el tiers consulz, 
fist instance a Mgr de rappeler les commis et les remettre dans leur premier poste. et 
dans leurexercicc accoustume. Mf^^r mesprisant la temerite do sa demande, r<^pondit 
qu'il ne pouvoit pas rcvoquer cette f^race et ce qui s*en estoit ensuivy de I'ordre 
d'icelle poursuii'ie ct obienue du Pape par les consulz Icurs aniecesseurs, leur re- 
prochant leur inconstance. puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prt^valoir 
de cette fifrace en tout temps. (]ette response .suflit alors pour les faire retirer, mais 
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur lefr«l-rete ne les fist rougrir. 

Revint Castellet avec les autres consulz, a faire les mesmes instances A Monsei- 
frncur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la grAce de- 
mandee. La response de Monscig-neur fut qu'il ne pouvoit les ^^-ratifier autrement 
que d'en donner compte au pape pour en S(;avr)ir la volonte. Cette response ne plai- 
sant pas aux consulz, s'en retourn^rent mecontens. 

Castelet estant toujours plus obstin(^, dans peu de jours apres retourna <i xMgr le 
vice-legrai Uiy faire la mesme demande, a laquelle Monsei^^neur ne voulust point en- 
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent 
que de coutume. se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir 
le pcuple A faire quolque desordre, se voyant ainsi surcharge de Taugmant des ga- 
bclles du Roy ; repliqua Mr)nseif,'-neur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant 
qu'il en auroit bientost des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe- 
rament. Et ainsy les consulz se retirerent. 

Trois ou quatre jours apres. et arriv(} que fiit le jour et feste de Sainte Barbe, 4* du 
mois de decembre et un peu devant I'heure du disner, courut un bruit qu'en la mai- 
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet el les autres consulz, suivis 
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardereni pas d'aller au palais apost/)lique 
pour avoir audience de MonseijLrneur, lequel en permit I'entree seulement aux consulz 
el A leur suite des nobles, a I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de- 
meura dans la place devant le palais. 

Arriv(is que furent les consulz devant le vice-lc^g-at, feignans, par leur visage trouble 
et leur voix entrecouppt^e, d'estre pleins d'amertume (ce qui n'estoit pourtant pas 
dans leur cruur commencement d exagj^^ercr, que le peuple estoit sur le point de faire 
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme 
a prd^sent esp6rance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit dessein d'envahir la mai- 
son de ville, les menac^ans de s'en prendre A leur pcrsonnes, si enfin les commis 
n'estoient remis A leur poste accoustum6 et A leur premier exercice. Et cependant 
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps 
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser. mais par effect contraire les 
fome'ntoient A continuer le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur 
dans lo soup<;on, pourroit obtenir ceste grace. — Apperl par le proces envoy<^A Rome. 

Cette iijlonnie fut plusieurs fois rciterce en ce temps la par les nobles, lesquels 
aprdjs revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours 
plus obstine dans scs demandes et que la trouppe peu A peu s'agrossissoit. 

Mais le vicc-lcgat, qui encor n'avoit pas penctre que le peuple eust etc seduit par les 
consulz ct par leurs partisans a faire ce tumulte, et croyant veritablement que c'estoit 
une arrogance populaire, laquelle, comme facile d naistre, ainsy legOrement s'eva- 
nouit, pria Mgr le nonce Coursiny .'.sic*; et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces 
nobles, de procurer que cette trouppe assembl^e se retirast : mais tout expedient estant 
vain et les personnes sans efficace, Monseigneur se presenta A ce peuple assemble, par 
une gallerie du palais, pourle faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel 
inexorable, son industrie demcura sans fruict el ne luy put persuader de se retirer. 

Mgr ayant experimonie i'obstination de cc peuple, voulant faire plus grande dili- 
gence, se Jisposa de de^cendre a la place el alleguer en face a ceux qui faisoieni 
ce bruit les raisons qui les pouvoient appaiser. Mais les Consulz el les nobles, crai- 
gnins que Mgr ne decouvrisi Tabus de la irame qu'ils avoient faite pour seduire ce 
monde avec de certaines prijiires fcintes qui estoient des violences, rempescherent 



1 



Les consuiz si'estanl lelirC-s dans Icur iibsLiiialUm d'oller i Rome aux despens du 
public, obIiH'';rcnt Miinseit;neiir a li;ur faiio inhibtr de parlir en felle fnrme, lis 
souffrirenl eel acl<; do jusiici; avec beaucDup d'aipeur, en Wmoiwiianl plus que d'une 
ordinaire eholiire et encr burn de I'urdiiiairc per^ov^rans dans luiir opinion, reliiur- 
n jrent a .Monseiffneur le Icndemoin mnlin, lity faisant sijaviir qu'ils vnulaient expc-- 
dier au pape, aux dcsptns de leur bourse. Ceite ril-sdluliim nc Icur eslanl pas em- 
peschije. envijyJrenl H lirmie Villefranche, unvirc.n 1« mois de may if>?[ : nii eslanl el 
iniroduil qu'il fusi A J-auJience du pape, luy expusa .-.on ambassade inuchanl les 
commis. Mais paree qu'il list la relalion li>ul amremon"! qu'elle n'esidit, el avec aiii- 
(ice, laisanlles circtinsianccs qui comme il esl en apriis ensuivy pouvoienl piirler 
irfis grand prejudice aux Aveninnes. la pmrnisiiion en fui abniyee par le pape, el luy 
cnnceda la frrScc demandiie, Mimsei-neuf ne manqua pas d"cn escrirc au cardinal 
1 jgal el luy repri!senier le raal que lellc invenlion pDUvnii apporlcr, ef particuliere- 
menl pnur raison de Tinliresi du Kny, les lermiers d^ la di.uanc ayani prmesli d 
S. M. dc ViHiloir rahbaisde leurfernjes iidi\ainede milliers d'eseuz, lors el quand 
leurs ornimis ne pourrfiienl exercer leur char^'e sur le piirt actfuslume du ccile des 
lerrcs du pape. » 

Villefranche revinl de Rome, Iriomphant & raison de celle (,-rdce, laquelle stmbioil 
uii proflil acquis el fuila periedela citi. PrL-scnta. d'abord qu'il fm arrive, les ordres 
du pape, poriant d'osier les commis du purl cmtniversii ; auxquels ordrcs. sans au- 
Ire rOplique, fut i.bey, en fai;"n que luy el ses adhiirens s'en allr.ienl par la ville. .-e 
b'lorilians d'avoir nhienu leurinlenlicm. 

Arrivie que fut I'avant vellle de S. Jean du mnis de juin ir>5[, linil !a charge consu- 
laire de Villefranche, et, suivanl la coutume ful esleu pi>ur son successeur -Mt.nteiller 
i.Monlilletlelsesci'llii^'ues. Peu de lemps apris, couruslun bruii que M" les consulz 
avoitnl re?eu du [fraud Conseil de Paris un arrest imprime, la leneur duquel esti.it 
que le Roy, pour avuir les consulz procure la remolion des commis du port du 
Hho^ne, avoit reviicquii el aboly lous les priviliiffes que ses antiicesseurs avuienl 
actordi'S aux Aviffnonois, et par lui conlirmes. 

L'ne des exemptions eoncKlses auy Avignonois tiioli qu'eux sortans du niyaumc 
bleds,vulgairement appelfis annone, ou autres diversesmarchandises, prmrlcs trans- 
porter dans I'Eslal ecdfisiasiique, payeroient Jes gabelles comme sujeis du Roy ; 
Jrincques, en veriu de ladiie abi)liUon, les fermiers de la dnuane les on train droient, 
tn -^Linblables cas de Iranspiiriaiiiins, a payer les droits min plus cumme naiionaux 
mai-. Cdmine etrangers, si;avoir le double; en fai;on que si, avant TeNpulsiun des 
commis, payoient un escu avec la faveur des prlvil^fjcs du Roy, depuis qu'ils out 
e,-.ii: chassis en payoient deux. 

Los ciloyens commencirent a gouster aig-rement le fruil du caprice de Villefranche 
et pi-sans I'utile passC' avec le dominage presenl. snuspirnlent la perte des privileges 
si profltables el des plus favorables que le Roy cust iamais cnncid^s ; par ainsy 
dan- laconfiance qu'ils avoienl d'estre remis, assemblSreni le conseil, ou ful conclu 
quL' Villefranche. qui esloil alle au pape. seroit encore mande au Roy pourtachcr 

Villefranche eslanl arrives la cour du Roy. 11 y demeura un an avec iri^s grande 
dc-r^'nsc de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre 
moriifii. non seulementen n"obtenanl pas la prelendue jrracedu Roy, mais encore 
pour awiir Sa Majesle publie un nouveau arrest sous des conditions plus prejudi- 
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la juiisdiclion ecclesiastique. en 
fas-nqiic le vice-loh-al ne permit puinl que lel ordre du Roy fusl publie dans la ville. 
iiy (.11 aucun lieu de son esiai. et list en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce 
po[ i. de fort peu honorable, la fonciion de Villefranche finil. 

Ct-peiidant sorlil de snn consulat .\UmlilIel, auquel succeda Castellel. hommeco^fneu 
dans I'exercicc de ceiie charye. d'un esprit sediiicux, leqticl voyant que rau?manl des 
Kabcllep passoit san> ontredict en usatre. pour lai-ser encore luy a la posierile quel- 



que mcmoirc de sa mauvaisc inclination, ensemblcmeni Ic second et tiers consulz, 
fist instance A M|^r de rappeler Ics commis ct Ics remeltre dans leur premier poste, et 
dans leurexercice accousiume. Mf,^r mesprisant la t<>mcntc de sa demandc, rc^pondit 
qu'il ne p(»uv(iii pas revoqiier cette ^race et ce qui s'en estoit ensuivy de Tordre 
d'icelle poursuivie ct obtenue du Pape par les consulz Icurs antecesscurs, leur re- 
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prevaloir 
de cette prace en tout temps. (3ette response suftit alors pnur les faire retirer, mais 
pourtant n'empescha pas que le reproche dc leur le^»-vL'rcte ne les list roug-ir. 

Revint Castellet avec les autres consulz, <1 faire les mesmes instances A Monsei- 
prncur, adjoustanl que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la frrdce de- 
mandec. La response de Monseij,'-neur fut qu'il ne pouvr)it les f^ratifier autrement 
que d'en donner compie au pape pour en s^avoir la volonte. (^etle resprinsc ne plai- 
sant pas aux consulz. s'en retourn^rent mecontens. 

Castelet estant loujours plus obstine, dans peu de jours apres rett)urna i Mgrr le 
vice-le^at luy faire la mesme demande, A laquclle Monsei^meur ne voulust point en- 
tendre, et Castelet, passionnc plus que jamais, enlra dans un discours plus ardent 
que de couiume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir 
le pcuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surchar^je de I'augmant des ga- 
bcllcs du Roy ; repliqua Monsei^meur, que le pcuple ne se fachat point, Tasseurant 
qu'il en auroit bicntost des nouvelles de Rr)me, avec espc*rance de quelque tempe- 
rament. Et ainsy les consulz se retirerent. 

Trois ou quairc jours apres, et arrive que fut le jour et feste de Sainte Barbe, 4* du 
mois de decembre et un peu devant Theure du disner, courut un bruit qu'en la mai- 
son de ville s'asscmbloit beaucoup de monde. Castelet ct les autres consulz, suivis 
d'aucuns nobles ct de tout ce monde, ne tarderent pas d'aller au palais aposLoliquc 
pour avoir audience dc Monsei^^neur, lequel en permit I'entree seulement aux consulz 
et A leur suite des nobles, A I'exclusion dc cette truuppe de pcuple, qui cependant de- 
meura dans la place devant le palais. 

Arrives que furent les consulz devant le vice-leyrat, feignans, par leur visage trouble 
et leur voix entrccoupp^e, d'estre pleins d*amertume ce qui n'estoit pourtant pas 
dans leur coeur commenc^rent A exag^rcrer, que le peuple estoit sur le point de faire 
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jr)urs passes, n'y ayant pas mesme 
A pri^sent esperancc de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit desscin d'envahir la mai- 
son dc ville, les menai^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis 
n'estoient remis A leur poste accoustume et A leur premier cxercice. Et cependant 
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps 
all«>ient vers cc peuple, feignans de Ic voulnir appaiser. mais par effect contraire les 
fome'ntoient A continuer le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur 
dans le soupyon, pourroit obtenir cestc grace. — Apperi par le proctjs envoy<^ A Rome. 

C^etie fclcmnic fut plusieurs fois rciteree en ce temps la par Ics nobles, lesquels 
aprc's revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours 
plus obstine dans ses demandes ct que la trouppe peu A peu s'agrossissoit. 

Mais le vicc-lcgat, qui encor n'avoit paspenetrc que le peuple eust etc seduitpar les 
Consulz et par Icurs partisans A faire ce tumulte, ct croyant veriiablement que c'estoit 
une arrogance pnpulaire, laquclle, comme facile A naistre, ainsy legerement s'eva- 
nuuit, pria Mgr le nonce Coursiny -5ic- et I'auditeur Cappellety. comme aussi de ces 
nobles, de procurer que cette trouppe as.semblee se reiirast : mais tout expedient estant 
vain ct les personnes sans efticace, Mr)nseigneur se prescnta A ce peuple assemble, par 
une gallerie du palais, pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel 
inex')rable. son indusirie dcmcura sans fruict el ne luy put persuader de se retirer. 

Mgr ayant expjrimcnte robsiinati(»n de ce pcuple, voulani faire plus grande dili- 
gence, se J.ispo'^a de de^cendre A la place el alleguer en face a ceux qui faisoiem 
ce bruit les raisims qui les pouvoient appaiser. Mais les corjsulz et les nobles, crai- 
gndns que Mgr nc decouvri»;t Tabus de la trame qu'ils avoient faite pour seduire cc 
monde avec de certaines prieres feintes qui estoient des violences, I'empeschcjrent 



bo .Mi:M0iRt::5 

Les consulz s'esUmt retires dans leur obstination d'allcr A Rome aux despens du 
public, oblip^'orcnt Monsci^'nciir a leur fairc inhibcr de parlir en cette f«>rme. lis 
souffrirent eel acte de justice avcc bcaucoup d'ai^ncur, en lemoi^'-nant plus que d\ine 
ordinaire cholcire et encor hors do I'drdinairc pcr^everans dans leur opinion, reiour- 
ncM'ent a Monseifrneur le lendemain malin. luy faisani s(;avoir qu'ils voulaicnt expe- 
dier au pape, aux despens de leur bourse. Cette resolution ne leur estant pas em- 
pcschec. envoy<>rcnt in Rome Villcfranchc, environ le mois dc may i65i : oil estanl et 
introduit qu'il fust A I'audience du pape, luy exposa son ambassade touchanl Ics 
commis. Mais parce qu'il tist la relation tout autremcnt qu'elle n*estoit, et avec arti- 
fice, taisant les circi>nsianccs qui comme il est en apres ensuivy pouvoient porter 
IrOs ffrand prejudice aux Aveniones. la proposition en fut abro^ee par le pape, et luy 
conceda la ^Tcice demandee. Monsei«z"neur ne manqua pas d'en escrire au cardinal 
Ij^ai et luy rcpresenier le mal que telle invention pouvoit apportcr, ef particuliere- 
ment pour raison dc rinti;rcsi du Roy, les fermiers de la douane ayant protest^i il 
S. M. dc vouloir rabbais de leur lernjcs A dixaine do milliers d'escuz, lors et quand 
Icurs commis ne p(»urn)ienl exercer leur char«,''e sur le port accoustume du cote dcs 
terres du pape. 

Villefranchc revint de Rome, triomphant ix raison de cette ^"-race, laquellc sembloit 
un proffit acquis et fut la perte de la cite. Presenta, d'abord qu'il fut arrive, lesordres 
du pape, portant d'osier les commis du port controverse ; auxquels ordres, sans au- 
tre rc^plique, fut obey, en fav'on que luy et ses adherens s'en alloienl par la ville. se 
glorifians d'avoir obtenu leur intention. 

Arrivee que fut I'avant veille do S.Jean du mois de juin i(>5i, finilla charge consu- 
laire de Villefranchc, et, suivant lacoutume futesleu pour son successeur .Mf>nteiller 
uMontillet et ses collL';,'ues. Peu de temps apres. courust un bruit que M" les consulz 
avoient re(;eu du ^rand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoit 
que le Roy, pour avoir les consulz procure la remotion des commis du port du 
Rhosne, avoit revocquti et aboly tons les privile/^^es que ses antecesseurs avoient 
acc(.»rdes aux Avis'non(»is. et par lui confirmes. 

I'nc des exempti<ms concedjes aux Avi^^nonois etoit qu*cux sortans du royaume 
bleds, vulgairement appeles annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans- 
porter dans I'Estat ecclesiastique, payeroient les gabelles comme sujets du Roy : 
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroicnt, 
en '^emblables cas de transportations, A payer les dn>its non plus comme nationaux 
mais comme t^tran^jrcrs. sv'avoir le double; en fa^on que si, avant I'expulsion des 
commis, payoient un escu avec la faveur des privil<^ges du Roy. depuis qu'ils ont 
este chasses en payoient deux. 

Les citoyens commencerent a f,n)ustcr aigrement le fruit du caprice de Villefranchc 
et pesans I'utile passe avec le domma^re present, souspiroient la perte des privileg-cs 
si profitables et des plus favorables que le Rr)y eust jamais conc(^des ; par ainsy 
dans lacontiance qu'ils avoient d'estre remis, assemblerent le conseil. ou fut conclu 
que Villefranchc, qui estoit alle au pape, seroit encore mandd au Roy pourtachcr 
d'etre rointt>f^re. 

Viliefranche estant arrive A la cour du Roy. il y demeura un an avec tr«::s ^^randc 
despense de la ville. el comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre 
mortitie, non seulement en n'obtenant pas la prelendue j^race du Roy, mais encore 
pour avoir Sa Majeste public un nouveau arrest sous des conditions plus pr(^judi- 
ciables qu'au premier : parce qu'il ofTensoii la jurisdiction ecclesiastique. en 
fa<;()n que le vice-letrat ne permit point que tcl ordre du R<»y fust public dans la ville, 
ny en aucun lieu de son cstat. et fist en sorie qu'il ne s'en parla mcsme pas. Avec ce 
periode fort peu honnrable, la fonction de Villefranchc linil. 

Cependant sortilde sonconsulat Moniillet, auquel succedaCaslellet, hommecogrneu 
dans Texercice de cette charj^'c, d'un esprit seditieux, lequel voyant que I'ausrmant des 
Kabellcs passoit sans contredict en usa^e. pour laisser enc(»re luy a la posterite quel- 



hK lAvcAnKMir: de vaucluse 6i 

que mcmoire dc sa mauvaise inclination, ensemblemenl Ic second et tiers consulz, 
fist instance ii M^r dc rappelcr les commis el Ics remeltre dans leur premier pnste, et 
dans leurexercice accoustume. Mfrr mesprisant la tcmiirite de sa demande. r^pondit 
qu'il ne pouvoit pas revoquer cctte ^n^ace et ce qui s'cn cstoit ensuivy de I'ordre 
d'icelle poursuivie et obtenue du Pape par les consulz leurs anteccsseurs, leur re- 
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoicnt parplusieurs fois jure de se prevaloir 
de cette priice en tr)ut lemps. Cctte response sufiil alors pour les faire retirer, mais 
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur le^erete ne le^ list rouf,nr. 

Revint Castellet avec les autres consulz, ci faire les mesmes instances A Monsei- 
fjncur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la ^rdce de- 
mandee. La response de Monseigneur fut qu'il ne pouvoit les fcratifier autrement 
que d*en donner compte au pape pour en S(;avoir la volonte. Celie response ne plai- 
sant pas aux consulz, s'en retournC-rent mecontens. 

Castelet estant loujours plus obstine, dans peu dc jours apres retourna A Mgr le 
vice-legrat luy faire la mesme demande, a laquelle Monseigneur ne voulusl point en- 
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent 
que de coutume, se faisant entendre que pour Tadvenir il ne pourroit plus retenir 
le peuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surchar^^ti de Taugmant des ga- 
belles du Roy ; rcpliqua Monscigneur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant 
qu'il en auroit bientost des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe- 
rament. Et ainsy les consulz se retirerent. 

Trois ou quatre jours apres, et arrivti que fut le jour et fcsie de Sainte Harbe, 4* du 
mois de decembre el un peu devant I'heure du disner, courut un bruit qu'en la mai- 
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet et les autres consulz, suivis 
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardtirent pas d'aller au palais apostoliquc 
pour avoir audience dc Monseigneur, Icquel en permit rentree seulement aux consulz 
et A leur suite des nobles, A I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de- 
meura dans la place devant le palais. 

Arrives que furent les consulz devant le vice-l<igat, feignans, par leur visage trouble 
el leur voix entrecouppt^e, d'estre pleins d'amertume ice qui n'cstoit pourtant pas 
dans leur ccvuri commenc<^rent A exaggiirer, que le peuple estoit sur le point de faire 
quelque scandale qu'ils avoient dcsja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme 
d present esperance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit desscin d'envahir la mai- 
.son dc ville, les mena^ans de s'en prendre a leur personnes, si enfin les commis 
n'estoient rcmis ti leur poste accoustume et A leur premier exercice. Et cependant 
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps 
alloient vers cc peuple, feignans de le vouloir appai^er. mais par effect contrairc les 
fomentoient d continuer le tumulie, luy disans que tenant ainsi Monseigneur 
dans lo soupv'^n, pourroit obtenir ceste grace. — Appert par le proces envoyt^A Rome. 
Cette fcUmnie fut plusieurs f«)is reiterec en cc temps la par les nobles, lesquels 
aprd'S revenant vers Monseigneur luy foisuieni entendre que le peuple cstoit loujours 
plus obstine dans ses demandcs et que la trouppe peu a peu s'agrossissoit. 

Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoit pas penetrc que le peuple eust ele seduit par les 
Consulz et par leurs partisans ^ faire ce tumuUe, et croyant veriiablement que c'esloit 
une arrogance populaire, laquelle. comme facile ci naistre, ainsy legC^rement s'eva- 
nouil, pria Mgr le nonce Coursiny ;5/c et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces 
nobles, de procurer que cetle trouppe assemblcc se retirast : mais tout expedient estant 
vainei les personnes sans cfficace, Monscigneur se presentad ce peuple assemble, par 
une gallerie du palais, pour le faire dcsister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel 
inexorable, son industrie dcmjura sans fruict ei ne luy put per-^uader dc se retirer. 

.Mgr a yam experimcntc Tobsiination dc cc peuple, voulant faire plus grande dili- 
gence, se Jisposa dc dcsccnJro a la place cl alleguer en face a ccux qui faisoicnt 
cc bruit les raisnns qui les pnuvoient appai>cr. Mais Ic*^ consulz cl les nobles, crai- 
gtiilns que Mgi ne dccou\risi I'abu^ de la irame qu'ils avoicnl faitc pour scduire cc 
rrtonde avec dc certaincs prieres fcintcs qui estoient des violences, rempeschi^rcnt 



(Vi MEMOIUKS 

d'y aller ; bien que luy de propos dd'libcrti par plusieurs et diverses fois entreprit d*y 
aller. 

Monseigr' s'advisa cependant que la porle du palais. fj-ardd'e seulement par les Suis- 
ses, demandoiten ces conjonctures uneplus forte g-arde, etpour cet effect ordonnaau 
maistre de camp Seru^fui d'y faire conduire jusques ii cinquante soldatz de la g-ar- 
nison, tant pour la deffense du palais que de la Cour ; or. ce pendant que ces soldatz 
vcnoient A la garde du palais en suitte de I'ordre, furent surpris par ce pcuple assem- 
ble et, n'estant pas assez forts pour se defTendre» demeurirent dessous et furent d6- 
sarm<is et mesmes aucun d'iceux furent bless<>s A coups de pierres, estant ce peuple 
assemble depourvcu de touie autre sorte d'armes, et cela arrlva de la peur qu'il cut 
quecessoldats n'ous^^enl (»rdrc de Ic prendre et Temprisonner. 

Cetie rt^solution de les fairc emprisonner auroit este prise par le vice-l^gat contre 
beaucoup de ce peuple, s*fl I^usi peu faire avec la force de la soldatesque, si elle 
eust este suftisante : mais en un g-ouvemement sans force, les commandemens de- 
meurent inutiles et ne peuvent sortir leur effet. 

Doutant le peuple que du fortde Saint-Martin, qui estaii-dessusdu palais, ne peusl 
descendre quelque escadre de soldats pour les rcprimer, s'y eo alla^uni, et ayantdd- 
mantelti la muraille bastie d sec, A cause que la vieille muraille abattuepar le feu de 
la poudre allumC* par le foudre qui estoit lombj cctte ann^e, n'avoit encor c&l^ re- 
mise sur pied, entra dedans et mirent en fuitte trois ou quatre soldats qui y estotiAt 
en sentinelle, et ciprim cncloucTcnt deux pieces de canon qui estoient lA d^montis. — 
Appert au proc<!?s mandt^ A Rome. 

Cependant la nuict s'advan^oit, et les soldats destines pour la garde du palais, qui 
s'estoient mis en fuitte cau^ice par le peuple, ne comparoissoient plus, et ces nobles 
qui estoient dans la chambre du vice-legat le pressoient vivement A se rdsoudre i 
accorder cette grAce au peuple, avec protestation que dans Tobscuritd de la nuicl 
se pouYoit soup^onner et encore croire que ce peuple mutind licentieusement 
courriroit la ville et forceroit les boutiques des marchands et maisons des nobles. 

Le vice-16gat, faisant rciflexion t tantet telles instances r<^it<ir6es, pensa d'inventer un 
moyen par lequel, sans desob(^yraux ordres du pape, pourroit appaiser ce peuple. II 
fist done un ddcret, par lequel il permettoit aux commis du Roy d'exdcuter le 
pareatis dans TEstat eccl(isiastique, suivant les concordats et non autrement. 

Ce d(icret public*, les consulz s'en retourn^rent satisfaits et avec tr^s grande facility 
ils firent retirer ces populaircs de devant le palais. Ce tumulte violent estant appais* 
avec industrie si facile, forma un soup^on qui fut vc^ritable, que cela avoit este con- 
cert^ entrc les consul/, et leurs adherens pour I'obliger A conceder cette grAce. laquelle 
accordee en cette manicrc demandoit en substance explication, y ayant beaucoup, de 
chefz dans les concordats entre le pape el le Roy, et le dccret provisionnel fait par le 
vicc-lcgat .se pouvoit expliqucr diversemeni. 

Les consulz. voyans qu'ils estoient la cause de Tinconvenient arrive, non preveu» 
voulans d^guiscr leur propre faute avec une demonstration affectee du z6le commun, 
comme si ce qui s'estoil passj eusi esie contre leur gre, et sous couleur d'en estre 
marris, donntirent conte dc tout au cardinal Icgat, et pareillement. Mgr en escrivil 
sans pourtant faire demonstration de chastiment, laissant leschoses en balance pour 
ne contrevenir aux ordres qu'il avoit du pape de ne rcsoudre aucune mati^re grave 
du gouvernement et qui demandast une application d'estude, avant que d'en avoir 
ses ordres. De U\ en peu de jours, il manda A Rome le proces informatif, fait contre 
ceux qui en pcurent estrc accusc.s, et par lettre cxposa au cardinal l(igat, que sans 
ordre priicis il ne vouloii ricn innover dans les troubles prcisents et portant lui de- 
mander provision, tant pour prendre ces cxpcJiens nccessaires contre les delinquans 
processes, que pour pourveoir sur la pretension des consulz i faire revenir les com- 
mis, s'estant pris garde les consulz et le peuple que le ddcret fait ce jour lA, 4' de d6- 
cembre, n*estoit d'aucune valeur et ne leur profiiloit en rien. 

Le cardinal fist re^ponce a la relation qu'il en eust de Mgr de la teneur suivantCr 
s^avoir qu*il luy donnoit ordre et pouvoir de conceder aux commis un indull que 



bE l'academie de vaucllise h3 

fust la mesme chose que de les remestre ; et que pour un an, dans I'Estat du Pape, 
pourroient poursuivre ceuxqui frauderoicnt les ^'■abcllcs du Roy ; ce qu'estant sceu 
par la cit<i dissippa tous les ennuys dont elle fut a^rit^e par le dommage qu'elle 
soufFruit, consol<}e dans I'esptirance du profit qu'en pouvoit rcsulter, et quand au 
chastiment des delinquans il nc vim aucun ordre, et par ainsy dcmeuriircnt impunis, 
ayant Mg:r en semblable cas son authority restreinte. 

Tous les diffOrens passt^s estoient en silence, quand il se souleva et courut un bruit 
sourd par la cilte, que les consulz et les nobles Icurs partysans avoient suborne les 
populairesa commettre le tumulte qui arriva le jour de Sainte Darbe. Ceilev^tefas- 
choit extraordinairemeni les consulz, parcequ*elle leur apprenoit que les cctursn'oni 
point de coup £\ soulTrir plus ^rand que celuy d'une conscience coulpable, et affin 
que ce bruit deshonneste pour eux n'ticcreust et so dissipast, et pour fciire voir qu'ils 
n'avoient aucuncment coniribueavec le peuple et couvrir leurs fautcs sous des pr<i- 
lextes col ores. repr<^sent6rent A Mgr qu'il y avoii dans la ville beaucoup de 
vagabonds, et partant luy demand^rcnt de pouvoir faire une perquisition ^6n<irale 
pour les recognoistre, affin qu'ils n'eussent A naistre si le^'crement des tumultes, et 
que cela pourroit facilement et agrt^ablemenl r^ussir, semblables gens estant 
dis(raits et eloiffn^^s, et qu'A cet exemple les populaircs natifs auroient peur et se 
retiendroient. 

Cette requesie sembla a M^t devoir estre exccutec, d'autant plus qu'autrefois elle 
avoit este pratiqud-e, tendant A la paix commune, bien que pallice des finesses de 
ceux qui la demandoient. Les consulz commenc^rent la visile ensemblemcnt avec 
beaucoup de nobles, et pour leur conservation et encore pour I'honneur de cette 
fonction, le vicc-lcjrat leuraccorda quelques mousquetaires de laj^arnison. 

Les consulz, visitans ainsy les maisons du peuple, mena»;oient ces ^ens-la et leur 
faisoient s^avoir de la part de Mgr que c'cstoit de son ordre et que si jamais il leur 
arrivoit dc semblables fautes qu'ils avoient commises par le pass6, troublans le repos 
de la citle, ils encouriroient les peines et rigueurs de la justice que leur d^m^riie re- 
quereroit ; et en outre les consulz, pour monstrer qu'ils avoient une aversion contre le 
peuple, el pour osier le soup<;on respandu dejA par toute la citle de leur subornation, 
maltrait^rent beaucoup de ce peuple, et de ceux encore qui estoient en plus grande 
eslime parmy eux. 

La citt<^ jouit d'un repos sans interruption durant Tespace de trois mois, et cepen- 
dani fut appel<S A Rome Villefranche autheur des machines pass^es ; et suivanl les 
ordres A luy presents, il partil promptement et s'y en alia. 

Dans un mois aprtjs fut fait semblable commandement A Perussy, lequel temporisa 
son voyage et n'y obeist pas, appuyant sa dcsobcyssance sur la protection du cardi- 
nal Bichy, qu'un sien fr^re sert actuellement. 

Le cardinal done picquc, parcc que son Eminence se trouva en Avignon lorsqu'on 
fist ce commandement A Perussy, promit de le proteger, et pousse d'autant plus de 
la hayne qu'il nourrissoii contre Mgr, A cause qu'A sa pri^re il n'avoit voulu absoudre 
un notaire d'un crime de faussete t^vidente, sans avoir 6gard aux respcct^^ publics 
de la justice, laquelle ne pouvoit souffrir I'impunite de ce faussaire, pour ne laisscr 
un exemple si detestable aux autres de cette profession, et parce qu'il soup(;c)nnoit, — 
en quelque fa(;on que la resolution et les ordres fus.scnt vcnus immediatement du 
vice-ltigat, — que le vice-legal eust est<> participant en la rem(»tion d'un domestique de 
son Eminence du rectorial de Carpcntras, comme aussy d'un autre sien domestique 
du gouvernement d'Entrechaux et finalement A I'occasion de I'achapt de Serignan du- 
quel son Eminence demeuraexclu ; joignant avec les autres passions Ic sentiment 
de ce commandement.il augmenta sa chol^re et commen^;a A^tramcr tous les in- 
conv^nients qui peu A peu onl accablc la cittc d'Avignon. 

Le cardinal parla A quelques nobles de sa faction, imprimant dans lours esprits 
qu'il ne fall(»it du lout point soiiflfrir cette coustume d'ostre appoles A Rome, et qu'A 
son temps ils en dcvoicnt avoir quelque ressenliment ; qu'autrement tous prouve- 
roient ^sic pour eprouveroient) la mesme peine aux occurences, leur assurant que ce 



^q MEMOIRKS 

n'estoil qifunc singulitljro invention du vice-lcfrat, ei leur promettant son assistance, 
et de prendre part it leur cause. En aprc;s, entre eux fut conclu de mander un ambas- 
sadeura Rome contre le vice-legat, mais la deliberation plus ineurement consid^r<ie 
ne fut accomplie. 

Les nobles, echauffes d'une si ^rande affection, laiss6rent emporter leurs volont<^s 
^ I'arbitre du cardinal, d'oCi s'ensuivit qu'ils se retir<^rent du palais et ne le frequen- 
terent plus. Bien que MffT ne manquast du tout point et fist son possible ^ leur t6- 
moigncr des resscntimens d'amour et d'csiime, le fuyoient* quand nnesme ils ne 
pouvoient pas eviier son rencontre dans les lues. Le mauvais talent du cardinal 
ptissa bien plus avant. faisant dire ci Crillf)n, un des premiers barons du Contat, gCi- 
neral de Tartillerie du Pape et vi^aiier d'Avi-rnon, par Castclet et La Garde, qu'il 
cusl a declarer s'il se vouloit declarer du party du vice-legat et se jettcr A celuy de 
son Eminence. Cette proposition fut faite en la presence d'Amat et d'autres sujets 
qualifies, lesquels promirent de le tesmoi^'-ner en cas de besoing ; mais la prudence 
de Crillon endoctrinee de la lidelite luy en dicta la response et dit qu'il estuit sujet 
du pape et b(m amy et serviteurdu cardinal comme aussy de Mg-r, s'estonnant beau- 
coup de cette demande non attenduc, ne vse pouvant imagincr que dans I'Estat ec- 
clesiastique il y deust avoir autre parly sur pied que celui du Souvcrain Pontife. 
auquel il protestoit de vouloir demeurer. Ce lidC^le vas.sal du S. Siiigc a toujours per- 
severe, sans d<^generer de .ses ancestres qui y ont estd toujours est6' fidtileset ob^ys- 
sans. Castelet et I^ Garde prenans en mauvaise part cette responce, fascines de rage, 
avec un visage hostile, le mena<;<^rent que s'il voyoit estre adherent au cardinal, il 
6prouveroit reflet de sa choR're et que son authorit*^ et puissance avoient des bras 
asses forts pour le perdre et toutts ses volonies ; Crillon demeura ferme dans sa re- 
solution, et Castelet et la Garde ayant rapporte le tout au cardinal, son Eminence 
s'echauffa davantage contre le baron et se resolut de le perdre. 

Mais en ces entrefaitcs, les nobles du party du cardinal se servoient de toute sorte 
d'invention pour disposer h leurs volontc^s le maniement de la maison de ville, et 
s'occuperent A m^diter la creation d*un nouveau consul, qui se devoit faire dans 
deux mois, le jour de I'avant feste de S. Jean de juin, et ne trouvc*rent aucun sujet plus 
propre a suivre leur passion que la Garde, qui estoit ouvertement ennemy de Mgr, 
comme I'estoit aussy son fr<ire I'evesquc de Cavaillon, lequel pour negotier a I'en- 
contre de luy s'csioit transporle d Rome aux dc'pens du public, contre les expresses 
inhibitions a luy failes par Mgr. Cetic pratique avoit si bien commcncti de s'esta- 
blir que, s'il n'y eust eu de la resistance, peut estre la machine auroit reu.ssy. 

Pour asseurerla ligne du cardinal, en cas des rumeurs qui auroient peu arriver 
en la future election des consulz, les Issards etjavon. tous deux chevaliers de Malte 
sujets hazardcux et n(»n moins fascheux que sediiicux , s'en alloieni par la ville, et 
avec eux certains autres de meme genie, faisant passer parole entre les populaires, 
que ceux qui auroient intelligence avec le cardinal et ses partisans gaigneroient de 
I'argentct protection, et sentient toujours deffendus contre quiconque entreprendroil 
de lesfaschor. Dc cola appcri par 1j projes envoye a Rome. 

Mais ce peuple, qui avoit vergo^^ne et se ressenioit dans le co.*ur un remords dela 
faute commise le jourdeSainte Barbe, lorsqu'il futseduitpar les nobles, etseressuu- 
venant de I'atTront qu'il avoit soulTert au temps de la visile, irrit<^ de la double Irahi- 
son. nr)n sculement refusa de so ranger du party du cardinal et des nobles, mais 
encore advcrlii Mgr des embusches qu'on preparoit contre luy et la nouvelle subor- 
nation conientoit vS/c. your qu'on lentoitj envers le peuple pour commettre de sem- 
blables desordres. 

(Jes advis et accusations populaires estoient rapportes ii Mgr en grand secret, parce 
que les populaires craignoieni d'cstre nuiliraiies de la noblesse ; ne restoient pas 
pourtant de protester leur fnv obligee a leur prince, avec promesse de la luy tesmoi- 
gner en toutes sortes d'occasion^. Le vice-legal les remcrcia. les exhortant de luy re- 
mettre en son pouvoir ceux qui les fomenloient. 
Les nobles, qui avoient este accuses par les populaires, en ayant eu advis, enflam- 



DE l'aCADEMIE DK VAUCLl'SI:: i\b 

mds d'une chol6re enragde, se vantoientde vouloir laver leurs mains dans leur sang 
et de paver les rues des testes de leurs enfans et ks donner A manger aux chiens, 
el vomissant plusieurs autres outrages qui ne pouvoicnt estre soufFerts par les popu- jj 

laires que trcjs am^rement, firent ecarler les subornateurs ; et ceux qui s'estoient 
monstr6 bons vassaulx et avoient tesmoigne de tenir Ic party juste sous I'authoritc* du 
vice-legat, les mena(;oient mortellement et les mesprisoiententre autres « pallis » .noia 
que pallis en italien veut dire fol , leur faij>ant des actions conformes aux noms 
qu'ils portent, e^Lagnes qui avec des actions non moins legeres les mocquoit, vou- 
.lans Tun et I'autre par des actions viles et blasmables plutost rassasier leur anti- 
pathic en injuriant le vulgaire que de se comporter avec modestie, A laquelle la can- 
deur [grandeur] de leur naissance les obligeoit. 

Par celles et plusieurs autres occasions justes, et particuliCirement pour avoir plu- 
sieurs de ces nobles usurpe les rentes du public dans le maniement de la maison 
* de ville, les coeurs des populaires estoient ulceres d'une playc incurable el animcs 
contre leurs advcrsaires, en fa^on que la garnison de cette playe onvenim^e esioit 
plutost A desirer qu'd csptl*rer. 

Ainsy la hayne morlelle rticiproqucmcnt entrc eux allumcc alloit coniinuellement 
augmentant, et d'autant plus s'approchant la nouvelle election des consulz, Ic peu- 
ple ne pouvoit soufTrir le S()up(;on qu'il avoit de la promotion de La Garde en cetlc 
charge. 

Le cardinal s'estoit transports expressement en Avignon pour .praiiquer le total 
establissement du consulat en la personne de La Garde, lequel esioit ennemy in- 
diffc^rent de Mgr et du peuple; mais Mgr. pour maintenir le repos qu'infailliblement 
on auroit perdu si cet homme odieux A lout le peuple eust est(^ C'leu consul, irailia 
par moyen du p^re Dufour, inquisiteur de la legation d'Avignon, affin que La Garde 
renon^ast A la pretension consulaire. Ce p6re en une telle occasion lesmoigna la va- 
leurde son talent, et t^teignit par son addresse cetle flammequi ne passa plus avant. 
C^dant La Garde A ses conseils, en se satislaisanl de refuser la charge ambitionnee 
et faisant reflexion A I'affronl qu'il pouvoit reccvoir en ne robtenant pas, n'cstant pas 
d'une famille pour parvenir H cette prerogative consulaire, pria le vice-legat qu'il 
Texemptast des charges publiques de la cite, ce qu'il obtint facilement, el le reus- 
sissement de ce refus appaisa les esprits cfTarouchcs des populaires qui en curenl 
grand plaisir. 

A peine cette difference du peuple fut appaisee, qu'il survini une nouvelle contro- 
verse de la part des nobles. Ces nobles, enclins aux rumeurs, prindrent occasion en 
disant que le peuple vouloii proclamer pour consul Chaslcuil, leur ennemy el du 
cardinal. Mais le vice-lc-gat, vigilant A donner satisfaction A un chacun, le persuada 
d'abandonner cclle pensee du consulat. Et si bien Chaslcuil avoit les conditions 
requises pour prclendre A cette charge, neantmoins, A la supplication de Mgr, se 
demist de loute pretensirm. 

Les consulz et leurs partisans, non encore contens et accousiumcs et familiers au 
bruit, cherchoient par loute sorte de moyens I'occasion pour s'en ra«;sasier, et re- 
tournans A Mgr avec des inventions pleincs de malice, luy demanderent que, le jour 
de Telection du nouveau consul, lour fust pcrmis de faire gardcr la maison de ville 
non seulement par les cinquante hommes a choisir, comme est de cousiume, d'une 
des paroisses de la cite, mais encore des autres sept jusqu'au nombre de cent. Mgr, 
ayant pour vain et impertinent ce nouveau motif, leur rc^pondii que telle pensee 
cstoitpropre il susciterdcs bruiis et non d apporter la quietude au public, laquelle, 
en si peu dc temps, lant et tant de fois avoit souffert naufragc. et partant qu'ils eus- 
sent A faire comme de coustume sans chercher autre nouvoaute. L'(»bsiinaiion des 
consulz ne cedoit point A la raison, et quand elle manquoii d'un coste la sousleni>it 
d'un autre. Et Mgr ne leur eut pas plutost repondu qu'iN rcpliquercnt intrepidemenl 
et avec impatience que le peuple est(»it leur ennemy jure, et que ils se vouloient pre- 
cautionner le mieux qu'il leur seroit possible. Le vice-legal leur redist qu'il leur 
attestoit le contraire, et qu'asseuremenl le peuple nc feroil point de bruit si I'on ' - ' 






,\ • 



()(j MKM<HUI:S 

n'inovait rien de ce qu'cstoitaccoulumti defaire; mais enfin,puisqu'ils s'estoient foi- 
mis ceite crainte dans leurs esprits, qu'il feroit ^'■arder la maison de ville par la gar- 
nison italienne, et encor pour leur plus firrande satisfaction leur promit de les faire 
assister par la soldatesque du Contal, leur offrit pour leur plus ^rande asscurance 
le palais apostolic pour s'asscmbler et le leur ofTrit libre, promettant d'en sortir pen- 
dant qu'ils seroient assembles, et que, s'ils ne vouloient le palais apostolic, il leur 
proposa le palais de Tarchcvesque ou bicn Ic convent des Recollects de Montfavet 
proche la ville et dependant d'eux. 

Tous ces partys proposd's par Mgr furent rejcttd's par eux, el refusdrent encor le 
sentiment de I'archevesque. lequcl taschoit de leur persuader de s'assembler dans le 
palais apostolic. Enfin ils se retirerent avec la mesme voIont6 et plus ferme inclin6e 
A I'inquietude de la^cit(^. Avec tout ccla, le vice-lc^at, voyant que les consulz ai- 
moient le danfjer et couroient d la ruine, ne laissa jamais de compatir avec une tris 
grrande patience heur caprice trop corrompu, qu'il n'y avoit pas moyen de satisfaire 
par aucun expedient ndcessaire au bien public. Confiant d la valeur et A I'addresse 
de I'inquisiteur, et espt^rani le success de son employ comme il avoit fait envers La 
Garde, le chargeade faire de nouveau les mesmcs ofTres aux consulz ; et bien que 
ce p6re eust pris cet emphn' A c(t;ur et employe loutes ses forces pour le faire r6us- 
sir, neantmoins par I'opiniastretd de leurs volontcs ne put rien avancer. 

De telle perfidie. le soupgon conceu dans Pesprit de ces populaires s'augmenta et 
fut concleu que les consulz ayant refuse tanl ct tant de raisonnables partys, ils 
avoient infailliblement quelquc mauvaise et pernicieuse intention. Cette afTaire de 
I'inquisiteur n'appert point au proccz, parce qu'il ne I'a point voulu d(^poser en jus- 
tice, mais bien promit A Mgr et A Entremont, son parliculier amy, de I'attester par 
lettres quand il en .seroit dc besoin. 

Cependant le jour de S. Jean approchoit. auquel devoit proceder la furie des mal- 
heurs desjA prepares contre la cit6. et dans cet intervalle, on voyoit entrer dans la 
ville, plus qu'A I'ordinaire, des etrangers. Ceux qui estoient dd'goust^s du cardinal, 
et entr'autres Crillon, examinant le concours extraordinaire des estrangers, entr^rent 
en soupgon de leur personnes, et les voulurcnt asseurer avec quelques nombres de 
gens armc'S proprcs A leur deffonse. Ccla par\int aux oreillcs du vice-legal, lequel A 
son accoustumee prepara les antidotes pour e viler le venin des inconv^niens. II en- 
tremit fr^re Simon Corsy, capitaine de la garde des Suisscs de la legation, et le colo- 
nel de I'Eglise avec Castclet, autheur de ces pratiques. Afin de faire retirer tous ces 
estrangers, qui estoient entrcs dans la ville pour garder quelques maisons des 
nobles, entr'eux de ce fust estably un accord el fut prouvce I'introduction desdils 
Strangers, parce que ceux qui en avoient garny leurs maisons... 

En suiite de ce, le vice-legal fist publicr un t^dict qu'on ne peut aller par la ville en 
trouppe par dessus le nombre de quatre, ayant encore este prohibc qu'on ne don- 
neroit I'entrce A aucun cslranger, auquel [edit] on obeissoii, et I'apprehention des 
populaires avoit quelque peu de relache, laquelle fut bientot interrompue, parce 
que le peuple estant toujours en soupi^on se prist garde que bcaucoup d'estrangers 
entroient dans la ville, deguises en labourcurs de campagne, et la saison du temps 
leur donnoil I'occasion de la sorte. bicn qu'ils fusscnl des pens de guerre. 

Cependant il n'y avoit pas grand bruit ; mais tout A coup le peuple appr<ihendant 
d'etre surpris par de nouvellcs inventions, le jour dc I'avant-veille de S.Jean, barri- 
cada les rues, les foriitiant pour sa detTense, particuli^rcmcnt les habitants de la 
conlrce dicte la Carterie [Carrctcri<l*"j.se munircnt avec des armes plus considerables 
et de plus grandcs forces nalurelles ; en ra*;on qu'il sembloit que le sort eust 
assemble en ce earlier les courages plus farouches de la cit(}. 

Le cardinal arriva en Avignrm le dimanche au matin, bien que le p6re inquisiteur 
en vain eust employe tous ses soins et conscils pourle faire abstenir de cette arrivde, 
comme esiant un pronoslic trcs certain et trcs puissant des troubles qui devolenl 
arriver en Avign<m. 

Le cardinal esioit dans la maison de Lanon,oO le vice-16gat se transporta pour le 



Dt: L^ACADEMII-: DK VAUCI.USE 67 



visiter, et lA se discounit d'oster les causes qui auroient pu apporter des desordres 
dans la cit6, en cette prochaine fonction. promettant le cardinal que les nobles ses 
confi6d<^rds demeureroient avec son Eminence dans cette mSme maison et ne s*esloi- 
gneroient point d'elle, asseurant le vice-Ic^grat de leur modcstie et qu'il ordonneroit 
i ses lacquais de n'aller point par la ville lors de I'assemblee du conseil de la 
maison de ville, et puis comme pleige des actions de ses d^pendans aussy bien que 
pour rindemnite du bon gouvernement et pour I'asseurance de sa parole, offril au 
vice-ltigrat de vS^questrer sa personne dans la tour de Trouillas. iMgr, se confiant iH la 
parole du cardinal et la tenant inviolable et constante, promit de nouveau que le 
peuple se contiendroit dans son devoir et obeyssance, demeurant chacun dans son 
cartier. 

Ce discours donna sujet au cardinal d'offenser Grillon par paroles expresses, Tap- 
pelant particuli^rement brouillon, jurant de le vouloir perdre, reiterant fort souvent 
ces menaces contre luy, en pr<}sence de toute cette noblesse qui le courtisoit, du 
maistre de camp Seruguis (r), sergeant-major del'infanterie.et d*Ursini,capitaine des 
chevaux 16gers. 

Le vice-16gat done, se fiant A la parole donnt^e par le cardinal, envoya assert^ner 
[sic pour assurer) le peuple de ses asscurances par le capitaine Ursini et Terlet, par 
lesquels luy fist promettre qu'il ne luy seroit fail aucun tort, et fait dire d'abattre les 
barricades, comme deffensc qui ne luy seroit plus necessaire ; mais la promesse du 
cardinal commen(?oit d6]^ a pr(>variqueret son Eminence ne se pouvoit plus contenir 
dans les bornes de la foy qu'elle avoit donn<>e A Mgr et par luy signifiee au peuple ; 
mais, pour faire voir qu'il ne faisoit pas estime de Mgretle vouloit traitter A sa dispc- 
siiion, incita le marquis de la Rousselle ci courre la cittt^ A cheval, suivi de ses 
laquais avec des pistollets en main, et mena<;ant les populaires en paroles et par 
regards, leur tira quelques coups, dont quelque en fut bless<i. Foulard encor sortit 
de la maison oil estoit le cardinal ct, poussci du desir de desordres, assaillit un 
populaire et le pik^nant par le col le battit A grands coups de poing, Les Issarts 
suivant encor, A multiplier les actes du scandalc commence, menant apr(!5s lui beau- 
coup d'hommes, rodoit insolemment la cit6. 

Les inimiti^s ainsy triomphantes faisant retentir les injures et les menaces par 
tous les coins de la cite, jusques mesme dans le palais, par le jeune Caslelet et par 
Pt^russis, qui sevantcTcnt A vouloir irempcr leurs bras dans le sang des populaires, 
tout ordre de paix mis en confusion, tous les respects d'estime et d'amititi aban- 
donn^s, I'insolcnce des nobles et la defFense du peuple se rendoientde plus en plus 
licentieuses, parce que le peuple se voyant tromp(i remit sur pied les barricades, 
plus fortes que les premieres, et avec plus grande dcilib^ration d'hardiesse et pre- 
paration d*armes, se faisoit voir prest d sa deflVnse. 

I>evice-l<igat, voyant que les rumcurs s'augmentoient et menai^oient d'une tr^s mau- 
vaise issue, s'en alia par la cite, ordonnant aux populaires de ne se bouger de leurs 
postes, et que le lundy, veille de S. Jean, ils n'eussent k approcher la maison de 
ville, affin que sans bruit et sans soup^on on peust proceder A lelection des nou- 
veaux consulz. Mais le cardinal, le soir precedent le jour de rejection, au lieu de 
demeurer dans la maison de Larion, comme il avoit promis, se transporta dans une 
autre jointe d la maison de ville, pour donner aux siens, par le voisinage de sa per- 
sonne, plus grande chaleur contre le peuple et courage A ne le craindre point. Les 
nobles ses parlials, le matin destin«i pour le conseil, firent faire de nouvelles barri- 
cades, fermans tous les coins et recoins par oil on pouvoit passer cl la maison de 
ville, y ayant i la garde beaucoup de ces nobles, outre trois cent estrangcrs, entre 
lesquels il y avoit quantite d'huguenots. 

Les consulz, sans permission du colonel de I'ariillerie, firent meUre hors le canon 
de la maison de ville, lequelbien que remis par ordre du vice-ldgat pond aux consulz 
de Vive voix par le doyen de Saint-Pierre, fut de nouveau veu, expose. A tout 
moment on voyoit hausser les barricades d'alentour la maison de ville et Grillon, 



70 MEMOIRES 

qu'ils voyoient les plus obstines et qui pr^paroient les feux aux maisons de leurS 
ennemys, de se retirer, leur mettans en avant que des particuli^ires incendies quHls 
pr6tendoient de faire, se pouvoit suivre rincendie de toute la patrie. 

Le vice-I^gat s'afflif,^eoit, voyant ces incendiaires demeurer impunis de leurs inso- 
lence, se monstrans toujoursplus arrogans, ne pouvant se prevaloir de son authorit6 
dans cette in<ivitable n<icessi<^, faisait le mt^diateur, et oCi sa force et son authority 
manquoient pour les reprimer et chastier, au moins supplioit par pri^res et avec 
adresse pour les retenir. 

Toute cette fatigue dura toute la journ<^e. Enfin ce peuple fut gaign6 et appais<5, 
et chacun se retira dans sa maison. Le soir de ce malheureux jour invitoit chacun 
de se restaurer pour une fois, et Mgr avec tous ces Messieurs all6rent souppcr 
ensemble et mang^rent les mesmes viandes qui avoient estd apprest6es au disner 
de Mgr, lorsque ces bruits s'eveill6rent. 

Ces bruits estoient d6jA cesses, mais n«^antmoins on ne voyoit pas mettre & bas 
les armes par la ville, d'oii s'ensuivit que fut faitte une assembl6e, en laquelle inter- 
vinrent I'archevesque, le nonce, le vice-l<^gat, les consulz, le maistre de camp, le 
capitaine Ursini et M. de Saint-Martin, et se discourut que, puisqu'il n*y avoit plus 
rien A craindre, le peuple devoit dt^sarmer et abattre les barricades qu'il tenoit 
encor en estat, pour eviter les mauvais desseins de ceux qui s'en alloient par la 
cit6 esmouvoir les uns et les autres A discorde. 

Pour effectuer done les choses conclues, le nonce, le vice-l(§gat, les consulz et 
plusieurs nobles, suivis de la cavallerie et infanierie de la garnison, parcoururent la 
ville durant toute une matinee, et ne se retir^rent jusqu'A ce qu'ils virent enti6re- 
ment abattues les barricades et armes A bas, laissant le peuple satisfait et remis d 
la paix ; mais elle sembloit ne se pouvoir 6tablir, puisque d'un bruit en sortoit un 
autre. Et fut que dans la maison du marquis de la Rousselle, apr^s qu'elle fust 
brusl^e, quelques populaires y trouv(!;rent certaines grenades; lesquels,en parcou- 
rant la cit(i, les faisoient voir A tout le monde, en d^testant la pens^e du marquis 
qui tenoit chez luy semblables instrumens, qui formoient dans les esprits des 
hommes une mauvaise conception dudit marquis. Parmy ces indiscr^tes courses, 
ces populaires rencontr6rent un noble, et I'estimans un des peu affectionn^s au 
pape et au vice-legat, un de leur troupe se destacha avec un Flamand, serviteur 
actuel de Mgr, et allant d luy, luy firent lever le chappeau et crier : Vive le prince, 
d'autant que dans ce mesme instant, il n'avoit de sa voix accompagn^ semblables 
exclamations pareux faites, et n'avoit pas applaudi A icelles ; et si bien toute cette 
troupe de gens ne fut pas punie pour cette licence tumultueuse, qui apportoit du 
trouble A lacit^. Le domestique du vice-li^gat, par le mesayse de la prison, souffrii 
seul la peine de la coulpe par eux unanimement commise. 

Dans le mesme jour, A I'insceu du vice-16gat, vint aux oreilles des consulzque Cas- 
lelet s'estoit appropri^ des clefs d'une porte de la ville, et estant Castelet tenu pour 
un homme porte A la discorde et au dommage d'icelle. de cet estat douteux de fid6- 
Iit6, les consulz se poi t^rent A faire renouveller les clefs de ladite porte, pour s'oster 
de I'espril toute sorte de soup(;()n et pour rendre stable le repos de la patrie. 

La paix et concorde d'Avignon reposoit, et les esprits rasseur^s jouissoient d'une 
paisible tranquillity, et I'archeveque, dans un rencontre si proportionn^ A son ddsir, 
lit faire une procession solennelle lo jour et feste de Saint Pierre, pour prier Dieu A 
protcger ce peuple et A le d^livrer de toute autre disgrace imminente. Cette devote 
demonstration fut accomplie, touch^e (>' d'une piete exemplaire. 

La quietude s'afTermissoit de jour en jour, et chacun racontoit I'histoire des choses 
passdes. Sembloit que la Falesche fut A compatir pour I'embrasement de sa maison; 
mais son fils etsa belle-fille de Brantes n'estoient point pleints. et on leur en impu- 
toit la cause. Tun pour avoir blessd d'un coup de pistolet certain populaire, et I'autre 
les avoir offense en paroles injurieuses ; mais pour le marquis de la Rousselle, on 
disoit qu'il estoit eslranger A son roy, et que dans les guerres entre le comte d'Alais 
el S. M. dans la Provence, il avoit bruslc et pilld plusieurs villages, desquels dom- 



DE L*AGADEM1E DE VAUCLUSE 7 1 

magfcs s*csioient resscntis beaucoup de gens du Contat, qui possi^doient des biensen 
COS cartiers el autres de ccttc province qui s'estoient retircis A Avignon, et par ainsy 
que c'estoit une digne r^icompense dc ses mefaits. 

Avec tout ce que le s6jour se passa paisiblementdans la ville, ndantmoins, la no- 
blesse affcclionnee au cardinal et qui s'estoit absentee de la ville, se faisoit entendre 
de vouloir altroupcr des gens du Contat pour insulter le peuplc, de quoy fut donn6 
advis A Rome par lettres. De lA, pour se pourveoir de rem6des ndcessaires contre 
les menaces des ennemis, le vice-lt^gat manda d tous le barons et vassaulx dese tenir 
prest pour le service du pape, en toutes les occasions qui pourroient arriver, et aux 
consulz et gouverneur des villes et villages du Contat, d*en bannir les estrangers et 
vagabonds, de prohiber les assemblages et de donner conte de leurs forces, affin de 
s^;avoir la quantite du monde propre h. mettre sous les armes, et en outre fait trans- 
ferer tous les soldatz de la garnison du Comtat dans la ville, pour augmenter ses 
deflenses, bien quo cct ordre fut plutost une diligence du vice-legat pour I'asseurance. 
qu'un moyen de restablissement d'icelle en ce gouvernement, le commandemenl 
duquel e.sl appuye d'un corps de milice si foible d'hommes et d'armes. 

De ce changemenl de soldals le cardinal en lit ses pleinteshaulement, et ces nobles 
en suitte se vanit>ient de surprendre quelques terres du Contat et de faire levee de 
gens contre le peuple. sc promettant encor d'affamer la citd pour venger leur exil. Le 
cardinal ne resit. it pas de les maintenir avec vigueur dans leurs d(ilib<irations. 
coopiirant avec force que plusieurs abandonnassent la cit6 pour la rendre d6peu- 
plee. mais son dcsir manqua ; parce que, lorsque quelqu'un pour luy complaire en 
sortoit, d'autres y revenoient par Tenlremise des nobles citoyens marchands et 
bf)urgeois, fidcles au pape, lesquels constituent le corps de la cit(S et ne parloient 
aucunement de sortir, mais seulement certains oisifs, qui pour comploire au cardi- 
nal, en sollicitoient les personnes rassises et modestes. 

Les influences qui ont travaille A Avignon ont cst6 les restes de celles qui ont ap- 
p<»rte du trouble aux autres partyes de la France, puisque dans ce si6cle Paris, 
Montpcllier, Bordeaux, Lyon. Aix et loute la Provence, ont souffert la r<ivolte de 
tous leurs peuples, mais les mauvais esprits, qui semoient la dissension dans Avi- 
gn(»n. par m»»yen de la divine piete ont esid* en peu de temps dissipds, et la ville a 
eviie le coup dc la lotaleruine qui la mena»;oit. 

Or, pendant que Tire reciproque des esprits populaires et des nobles sortis de la 
ville demeuroit en balance, I'archevesque, en consideration du vice-legat, ztil<is de 
les voir contrepjscs dans la Concorde, se transporta vers le cardinal, pour obtenir 
de luy quelque eflicace expedient pour Tentiere paix de la ville. Mais avec une 
briefve esperance s*en revint par deux fois. sans rapporler aucun fruict de ses oeu- 
vres. De Ici, s^achant qu*a la toule puissance divine toute puissance humaine c6de 
et que la seulemajeste divine est arbitre de la fortune, fit en sorte qu'on recourust a 
son aide par des f)raisrjns publiques el privees. Les consulz, par des actions extd- 
rieures s'appliquans A la devotion universelle, au nom de la ville tirent V(cu a 
saint Dominique de Poriano, qu'ils invoquerent pour leur intercesseur, de luy ofTrir 
tous les ans un ciergede Irente livres, ayans les consulz desjA commenced I'execution 
de leur promes.se, Les audileurs de rote, les juges de Saint-Pierre et les officiers des 
autres tribunaux lirent voeu de luy presenter aumosnes ; Tarchcvesque donna 
a rimage du mesme une lampe d'argent, pourdemeurer perpetuellement allumde, et 
le vice-legal doia huicl pauvres filles vierges et les habilla de drap blanc. 

La maje.sle divine refrenoit cependani la discorde de ces humeurs desordonnties, 
et dans les mois de juillet, aoQt et septembre, ne s'entendoient aucuns bruits dans la 
cite, on serolent que les nnbles de dehors, renconlrans parfois les populaires, les 
provoquoicnt par outrages, et le cardinal, pour leur d«)nner toujours courage et lier 
A son party, se promolti»il que dans imis mois il feroit rappeler A Rome le vice-legat- 
Le cinquiesme d'octobre n>51< a pre s disner, Alphonse, qui avoit esie mande A Rome 
par I'archevesque. p^Mir afl'aire" Je la n«)nciature extraordinaire au Roy tre> chrestien. 



70 MEMOIRES 

qu'ils voyoient Ics plus obstincs et qui pr^paroient les feux aux maisons dc leurS 
ennemys. de se retirer, leur meitans ea avant que des particuli^res incendies quHls 
pr^lcndoicnt de fairc. se pouvoit suivre I'incendic de louie la patrie. 

I^e vice-l<^8rat s'afflif,^e()it, voyani ces incendiaires demeurer impunis de leurs inso- 
lence, se monstrans toujoursplus arrograns, ne puuvant se prevaloir de son authority 
dans cette intivitable ncicessie, faisait le mcMiateur. et oil sa force et son authoritc 
manquoient pour les rcprimcr et chastier, au moins supplioit par pri^res et avec 
adresse pour les retenir. 

Toute cette fatigue dura toule la journ<ie. Enfin ce peuple fut gaign^ et appaisd, 
et chacun se retira dans sa maison. Le soir de ce malheureux jour invitoii chacun 
de se restaurer pour une fois, et Mgr avec tous ces Messieurs alldrent souppcr 
ensemble et mang-^rent les mesmes viandes qui avoient estd apprestdcs au disner 
de Mgr, lorsque ces bruits s'eveill<^rent. 

Ces bruits estoient d6jA cesses, mais neantmoins on ne voyoit pas metlre & bas 
les armes par la ville, d'ou s'ensuivit que fut faitte une assembl6e. en laquelle inter- 
vinrent I'archevesque, le nonce, le vice-lc-gat, les consulz, le maistre de camp, le 
capitaine Vrsini et M. de Saint-Martin, el se discourut que, puisqu'il n'y avoit plus 
rien d craindre, le peuple devoit desarmer et abattre les barricades qu'il tenoit 
encor en estat, pour (Svitcr les mauvais desseins de ceux qui s'en alloient par la 
cit6 esmouvoir les uns et les autres A discorde. 

Pour effectuer done les choses conclues, le nonce, le vice-l(^gat, les consulz et 
plusieurs nobles, suivis de la cavallerie et infanteric de la garnison, parcoururent la 
ville durant toute une matinde, ct ne sc retirt^rent jusqu'A ce qu'ils virenl enti^re- 
ment abattues les barricades et armes a bas, laissant le peuple satisfait et remis A 
la paix ; mais elle sembloit ne se pouvoir etablir. puisque d'un bruit en sorioit un 
autre. Et fut que dans la maison du marquis de la Rousselle, apr«^s qu'clle fust 
bruslt^e, quelques populaires y tr()uv(irent ccrtaincs grenades; lesquels, en parcou- 
rant la citd. les faisoient voir A tout le monde, en detestant la pens^e du marquis 
qui tenoit chez luy semblables instrumens, qui formoient dans les esprits des 
hommes une mauvaise conception dudit marquis. Parmy ces indiscrcjtes courses, 
ces populaires rencontr^rent un noble, et I'estimans un des peu affectionnes au 
pape et au vice-legat, un de leur troupe se destacha avec un Flamand, serviteur 
actuel de Mgr, et allant A luy, luy firent lever le chappeau et crier : Vive le prince, 
d*autant que dans ce mesme instant, 11 n'avoit de sa voix accompagnd semblables 
exclamations pareux faites, et n'avoit pas applaudi A icelles ; et si bicn toute cette 
troupe de gens ne fut pas punie pour cette licence tumultueuse, qui apportoit du 
trouble A la c'li^. Le domestique du vice-liigat, par le mdsayse dc la prison, souffrii 
seul la peine de la coulpe par eux unanimement commise. 

Dans le mesme jour, A I'insceu du vice-lcgat, vint auxorcilles des consulz que Cas- 
telet s'estoit appropriti des clefs d'unc porle de la ville, et estant Castelet tenu pour 
un homme porte A la discorde et au dommage d'icelle, de cet estat douteux de fid6- 
litd, les consulz se port<>rent a faire rcnouvellcr les clefs de ladite porte, pour s'oster 
de I'esprit toute sorte de soup«;()n et pour rendre stable le repos de la patrie. 

La paix et Concorde d'Avignon reposf)it. et les esprits rasseures jouiSvSoienl d'une 
paisible tranquillitt}, et I'archevCque, dans un rcnconire si proporiicmn^ A son ddsir, 
fit faire une procession solennelle lo jour et feste de Saint Pierre, pour prier Dieu i 
protcger ce pouplc et A le delivrcr dc toute autre disgrace immincnte. Cette devote 
demonstration fut accomplie, toucht^e i> d'une pielc exemplairc. 

La quietude s'afformissoit de jour en jour, et chacun racontoit I'histoire des choses 
passives. Sembloit que la Falesche fut A compatir pour I'embrasement de sa maison; 
mais son Ills etsa belle-fillc de Branics n'esioient point pleints, et on leur en impu- 
toit la cause, I'un pour avoir blcss^ d'un coup de pistc)let certain populaire, et I'autre 
les avoir (jrtcnse en paroles injurieuses ; mais pour le marquis de la Rousselle, on 
disoit qu'il estoit cstranger a son ruy, cl que dans les gucrres entre le comie d'Alais 
ci S. M. dans la Provence, il avoit bru^le cl pille plusieurs villages, desquels dom- 



t)E L*AGADEMIE DE VAUCLUSE 7 1 

mag'cs sVstoienl resscntis beaucoup deg-cns du Contat. qui poSvScidoient dcs biens en 
CCS carliers ct autres de celte province qui s'cstoient retires d Avignon, et par ainsy 
que c'esioitune digne recompense dc ses mefaits. 

Avec tout ce que le sejour se passa paisiblement dans la ville, nt^antmoins, la no- 
blesse aftectionnee au cardinal el qui s'estoii absentee de la ville, se faisoit entendre 
de vouloir attrouper dos^'-cns du Contat pour insulter le peuple, de quoy fut donn6 
advis a Rome par leltrcs. De lA, pour se pourveoir de rcm^des ndcessaires contre 
les menaces des ennemis.le vice-legat manda A tous le barons etvassaulx dese tenir 
prest pour le service du pape, en toutes les occasions qui pourroient arriver, et aux 
consulz el fjouverneur des villes et villa^^es du Contat, d'en bannir les estrangers et 
vagabonds, de prohiber les assembld-es et de donner conte de leurs forces, affin de 
s^avoir la quantite du monde propre A mettre sous les armes, et en outre fait trans- 
ferer tous les soldalz de la garnison du Comtat dans la ville, pour augmenter ses 
deffenses, bien que cet ordre ful plutost une diligence du vice-legat pour I'asseurance, 
qu'un moyen de restablissemenl d'icelle en ce gouvernemcnt, le commandement 
duquel est appuye d'un corps de milice si foible d'hommes el d'armcs. 

De ce changement de s(jldatsle cardinal en lit ses pleintes hautement, et ces nobles 
en suitte se vaniDient de surprendre quelques terres du Contat et dc faire levee de 
gens contre le peuple, se pmmettant encor d*afifamer la citti pour venger leur cxil. Le 
cardinal ne rcstoit pas de les maintenir avec vigueur dans leurs d(51ib<irations, 
cooptirant avec force que plusicurs abandonnassent la cite pour la rendre di^peu- 
plee, mais son desir manqua ; parce que, lorsque quelqu'un pour luy complaire en 
sortoit, d'autres y revenoient par Teniremise des nobles citoyens marchands et 
bourgeois, fidt^les au pape, lesquels constituent le corps dc la cite ct ne parloient 
aucunement de sortir, mais seulement certains oisifs, qui pour comploire au cardi- 
nal, en solliciloient les pers(mnes rassises et modcstes. 

Les influences qui ont travaille a Avignon ont cstii les restes de celles qui ont ap- 
portt^ du trouble aux aulres parlyes de la France, puisque dans cc si6cle Paris, 
Montpellier, Bordeaux, Lyi>n, Aix et toutc la Provence, ont soufTeri la rdvolte de 
tous leurs peuples, mais les mauvais esprils, qui semoient la dissension dans Avi- 
gnon, par moyen de la divine piciconi esie en peu de temps dissipes, et la ville a 
eviie le coup de la lotale ruine qui la mena^oit. 

Or, pendant que Tire reclproque dcs esprits populaires et des nobles soriis de la 
ville dcmeuroit en balance, I'archevesque. en C(.>nsideration du vice-legal, zeles de 
les voir contrepjses dans la Concorde, se iransporla vers le cardinal, pour obtcnir 
de luy quelque eflicace expedient p«)ur Tentiere paix de la ville. Mais avec une 
briefve esperance s'en revlnl par deux fois. sans rapporter aucun fruict de ses ceu- 
vres. Dc la, s^'achant qu'a la loute pui<sance divine louie puissance humaine ctide 
et que la seulemajeste divine est arbiire de la fortune, fit en sorte qu'on recourust a 
son aide par dcs oraisons publiques et privces. Les consulz. par dcs actions exie- 
rieures s'appliquans A la devotion uni\crseUe, au nom de la ville lirent vocu a 
saint D<»miniqucde Poriano, qu'ils invoqucrcnl pour leur intcrccsseur, dc luy ofl'rir 
tous les ans un ciergcdc trcnic livrc^,ayans les consulz dcsja commence Texecution 
de leur promesse. Les auditcurs de rote, les juges de Saini-Picrre et les oHiciers des 
aulres iribunaux firciil vteu de luy presenter aumosnes ; I'archevesque donna 
A rimage du mesmc une lampc d'ar;^cnt, pourdemeurer pcrpetucllcmeni allumec, et 
le vice-legal dota huict pauvres lilies vicrges el les habilla dc drap blanc. 

I-a majeste divine rcfrenoii ccpendani la discorde de ces humeurs desordonnecs, 
ct dans les mois de juillel, aoUt el scpicmbrc. ne s'enlendoient aucuns bruits dans la 
cite, ou seroient que les nobles de dehors, rencontrans parfois les populaires, les 
provoquoieni par outrages, el le cardinal, pour leur donner toujours courage et lier 
A son party.se promclloii que dans tmis m<»is il fcroil rappelera Ur>me le vice-legal' 
Le cinquiesme d'octobre nc:^ apres disncr, Alphonse, qui avoii esle mande A Rome 
par Tarchevesque. p<>ur alTairc^ de Ki nonciaiurc exiraorjjnaire au R<>v ires chrestien, 



/ 



2 MEMOIRES 



revint en Avignon portant dcs lettres de response A rarchevesque. Dans cet instant 
ne se peut pas si tost pdnt^trer le contenu desdittes lettrcs. 

Sur le commencement du soir, Crilltm alia trouver le v.-legat, et luy communiqua 
I'advis qu'il avolt eu comme Alphonsc portoit d rarchevesque des ordres qui le 
d^claroient vice-legrat d'Avi^-^non et son rappcl d Rome. Environ les Irois heures de 
nuict, rarchevesque alia trouver le vice-16^'at et luy dist qu'il avoit A luy dire une 
parole dans le cabinet. Le vicc-legatavcc un visajrc joycux luy respondit que ce seroit 
Iti oCi il commandoroit. Ainsy s'estans tons deux assis. rarchevesque commen^a k 
luy parler en ces termcs : « Monseigrneur, je vous porte unc bonne nouvelle et mau- 
vaise pour rrioy. Vous estes appellc A Rome, et je suis declare* voire successeur. — 
Chacun de nous, repliquale vice-l^{Lrai doit obeyr», et le pria instammcnt de luy faire 
S(;avoirquand il avoit A depuscrle commandement. Alors I'archevesque luy presenta 
une lettre du cardinal Icgat, contenant Tordre de se retourner A la cour, auquel ordre 
se monstra prompt; apr6s s'entretinrenl sur le moven de son depart, d'autant que les 
populaires ne le voulussent laisser partir. Comme dejA s't^loient fait entendre de le 
vouloir retenir, et qu'ils ne pretendoient point d'cstre abandonnds de luy dans les 
pr6sentes occurences, fut pcnse entr'eux d'apporter remade i cette repugnance, en 
leur donnant quelque satisfaction, comme de donner la liberie A un populaire parmy 
eux grandement chery, qui par ordre du vice-legat avoit est<iemprisonn6, el raflfaire 
fut conclueue de cette fa«;on. 

Public que fut le depart du Mgr, quasi tout le monde de la ville accourutau palais, 
et plusieurs disoient ouvertement qu'ils ne vouloient aucunement souflfrir sa retralle, 
parce que eslans privets de son ombre apprehendoient d'eslre perdus, et dans cette 
apprehension s'assembloicnl pour Tempe^chcr. 

Le vice-legal douta que cette grande rt^sistance populaire, interprdt^e sinistre- 
ment, eust pu induire I'cspril du pape et du Ic^gat ci croire que luy Veuat mendidepar 
un zclt> pretexte de ne partir point, el avec la passion du peuple, jouir du propre 
desir de demeurer dans la continuation de sa charge ; pour se d6velopper de cet 
empeschemenl, il recourul aux sujets les plus doux de la cite et auxquels le peuple 
avoit creance ; pour s'y entremeltre et porter le peuple d le laisser partir et obeyr aux 
commandemens de ses maistres, et que, ce faisant, luy tesmoigneroit rafifeciion qu'il 
luy porloit, el qu'en cette occasion la luy devoienl monstrer, pour luy aider €t non 
pour luy nuire. Enfin, ils reussirent dans leurs entreprises, et les populaires consen- 
tirent que le vicc-li3gat parlist, d'autant plus que quelqu'uns d'iceux luy priisentt^rent 
certains bons services, et luy pour les appaiser el affin qu'ils ne I'empeschassent de 
partir, les leur souscrils, el la neccssile dans laquelle il sc Irouvoit pour pouvoir 
obeyr au pape, I'auroil oblige A leur donner d'aulres satisfactions encor plus grandes. 

Plusieurs des nobles retires de la ville, pousst^s de rage, entreprenoienl mesme de 
mellre de la division entre la jurisdiction du pape et du Roy, sur le pont du Rhosne 
qui fait la separation de Villeneufve avec Avignom. LA, un jour du lundy, passant un 
populaire tailleur d'habits, qui reveuoit de la Chartreuse dudici Villeneufve oiJ se 
celebroii certaine feste, et ayant csie arresie par Casielel, il luy dil : « Eh bien! iras- 
tu accompagner ton Laurens Corsy? » L'autre respondit g^nereusemenl: « Non seule- 
mcnl j'iray, mais loute la ville. » Les nobles qui esloienl sur le pont avec Castelel, 
pousses de rage de cette response, se jettereni comme des. forcend'S sur ce pauvre 
miserable, el avec Ongles el poings lui gastcMent lout le visage. La Constance de 
Tassailli ne ceda point a la ra«-e des agre'^seurs ; mais, inirc'pidement, renforganl son 
courage : « Que encor il baiseroit la terrc sur laquelle le vice-legal marcheroit », ces 
nobles augmentanl leur barbarie par telle replique,estimani les coups de main l<^gtrre 
vengeance, voulurenl encor u<er du fer alfln d'en boire le sang. Commandans A un 
de leurs lacquays de le frapper, lequel, obeyssant A I'injusle commandement, luy 
ouvril les reins avec un revers d'espee. (>e miserable done, ainsy bless(5, s'en alia 
pre^senier A Mgr dans le palais, ou se rencontreient environ six cents personnes, 
nobles et populaires mesles, lesquels exagerans du profond de leur ceeur i'offensc 



DE l'academih dk VAUCLUst: 73 

que le peuplc avoit receu en un seul corps, commenv'oient A sc mouvoir de nouveau 
et se ressentans de ce premier coup de vengeance, s'emportoient desja £1 mettre le 
feu A quelques maisons de leurs ennemys. 

Le vice-ld^g-at, pour (iviter ce precipiteux effet et dans ICvS dernieres heures de son 
gouvernement, dosirant d'employer tout ce qu'il avoit de bon et d'utile pour ce 
peuple, commanda que les portes du palais fusscnt ferm^es et tout ce mondc arrests 
pour adoucir I'ardeur de leur choltjre et pour dcsrangcr les effects de cetie delibera- 
tion. Et cepcndant, le blcsse fut conduit secrettement A Tarchevesque comme nou- 
veau vice-l(^gat, pour former le proces contre les dt^linquans, lequel apres luy avoir 
promis de luy rendre justice, le fist reiirer. 

Celuy-cy se retiroit en sa maison, et monsirani sa chemise teinte de Sf)n propre 
sanff et sa blessure aux reins, enjoignoit A cettc espouvante la cause de son maltrail- 
temcnt et crioit venj^^eance contre Tautheur de cct ouira^'c tantcommun que sien. Le 
peuple ne se put contenir de n'avoir compassii-jn de son concitoyen, formant contre la 
hardiesse de la noblesse des pensecs ires jrrandes et dan;,'-ereuscs contre elle et, avant 
le depart de Mgrr, commen(;oient ill tenter d'estran^jes meft'ects. Laissant pour l<irs 
I'usage du feu. mist la main a des instrumens A gaster et rompre el accourans vers 
la maison de Gastelet. mirent par terre les portes, ddmantelerent partie des toicts et 
peut-^tre I'auroient abbattue, si Mgr Tarchevesque, le vice-le^^at ensemblemenl avec 
Crillon, Chasteuil et autres ne s'y fussent opposes et empesch^ I'envle qu'ils avoient 
de se vender. 

Mais ces populaires obeyrent volontairement a leur authorite, plus par une pure 
obeyssance que par crainle, leur authorite n'eslant pas appuyee des forces ne se 
pouvoient rendre imperieuses, el qui ne sv'ait qu*une justice desarm^e ressemble 4 
un foudre en peinture? Ainsy ne passant pas plus avant A leur ressentiment, sereti- 
rtrrent de lA, et pour satisfaire au project de leur rage, allerent A I'autre maison de 
Gastelet, A laquclle donnoient desja les premieres secoussespour la ruiner, si bientot 
les susnommds n'eussent estt^ au secours, les ayant fait rctirer apr^s un domma^»-e 
fort Icj^er, ayant mJhque A ces populaires la faveur du temps pour Taccomplisse- 
ment de leurs desseins. 

Les cocurs oflenses brusloient d'envie de se ven^jrer, et s'ils furent repousses de ces 
deux maisons, coururent A surprendre la maison de Perussis ; mais Tayde qu'y 
apporta promptement Crillon Tevita de cet assaut; et comme les torrens, trouvans de 
la resistance en une part bien reparee, se fondcnt dans une autre plus faible, se 
transporterent en la maisr^n de Serviere parmy eux extremement odieux, parce qu'A 
Paris, avec fr>rt pcu de fidelite, traitta la cause de leurs privile^res, ou se faiiyuerent 
tout autant que la maison donna matiere A leur fou^rue, laquelle termina avec fort 
pcu de domma^re, parce que Serviere en avoji osle ifius les meuble^, prevoyant de 
la haync du peuple un tel iiccident. et luy encore s'esioit mis en seureie. 

La nuict s'approchoit et invitoit larchevcsque et le vice-le^^at A se rctirer, comme 
lis firent. ayant lai>se les ordres opportuns pour evitcr de ncmveaux inconveniens. 

Cependant le vice-le^^'-at, bien qu'il pensast A snn depart, fasche de ce dernier 
exces, voulut que quelques-uns de ces fauleurs fu.ssent empri>^onncs pour donner 
une crainte cxemplaire aux autres de semhlable estoiYe. et la capture ordunnee aux 
serfrens epaules de plu^ieurs populaires en firent prisonniers environ une vintrtaine 
qui furent lais^cs la au chasiiment qu'en devoit faire le jugcment de I'archcvesque. 

Le mardy, le vice-le^^at vouloii deposer la charp-e pour s'enaller et en fit instance a 
I'archevesque, en presence des consulz : mais I'archevesque conlredii de publier le 
brcfetnia de vouloir pour alors .succeder au ;4"<»uvernement ainsy desordonne et em- 
brouille, sans premierement avoir dnnne compte aux patrons des nuuveaux desor- 
dres. Mais le vice-le^'-at protesta qu'il parliroit. bien qu'il n'eust desposc la charge, 
parce qu'il vouloii obeyr au pape ; neantm«»ins laissa I'archevesque d'autani plus 
fermcdans son opinion. Le< consulz, se prevalans de cetle occasion, red<»ubluient leurs 
prieres envcrs le vice-le;,^at, comme tout le rcsie de la vilie, a ne les abandonner 
point et vuuloir dcmeurer, ayant rex. lu do mander au pape aux deepens du public 



74 MtMOir<ES 

p »^r tibienir >a o'ntirmati..n. d^ni !e vic^-ljijal, combailu el vaincu de la volonte de 
lMU««, '^e lai*«-<.a jinp^iriera Jt^incurjr »u^ue<; a lar.i que la re*«r'*nse dc Rome fust ve- 
viie ; rrai-^ rarch^vc^quj. ayani p'i'' nouv^au x:"n>cii. chaiii^ea en brcf de propos. 
Apro-- JSrscr, rr.anJa dire au vice I;.;.'ai par le due de Villar^. qu'il esioii presi d'ubeyr 
au pare >an'* plj-- diiT.;rer, el que le mercrcdy suivani au maiin Y«>iiloii faire lire le 
bre:'. M_rr. ne Ve'-t'innani p<iini Ju chan^'jrn.^ni --i prompt de I'archevesque, lesmoi- 
;.T!a -a premiere prL«:r.pii:L:de a J-.-pi-^^-r sa char^-^j. Ce qui .s*cn'«uivit la matinee ^ ce 
dr-!:'^.ee, deiTieurant '.'arch jve-que en p •>>e<*-i> n de la prMlejrai:<»n el M^i^r dcposd*. 

M;:r derr.cur.'ii privativ^mcni di-*pM*.ani cependani le< aiTaires de >«»n depart, lors- 
qje le mr-me i««ur le inarqu's de Perault le vim ad\criir de la part de Tarchevesque 
n* jveau viece-lct.'-at. ra>--v.Lirani qu'il e« ur«»:t certain bruit ^uere bon pour sa per- 
<«'nr.e, e: partani iijtrj'»ii a p:»r-«> qu'il dev.ii ha-ter -">n depart p<»ur nc donner *k:- 
ca^i'-net ternp< au\ embu-chcs de >e-^ er!ne:ny>. lc>quel> >'in^'enii>ieni a faire des 
e:r.bu-cade> p'»ur Taiiraper >:: te:i»ient «»ccape> I'U-- le^ pa-'-^aj^es, par«»u il> pouvoicnt 
^'imaJ■:^e^ quil pa»er«'ii. 

M:.T e^i"it f.-rt ir.'ub'.c el dan-n un labyrinihe de d"Uieu^e> rsl>«ilutions sur son 
depart Eniin l\ approuva que dc prendre -"n che:n:n par cau. c'otoii une route 
m -in-* dan;jereu^e, ei p<«ur eel eiTeci ri-^i mettre en ««rdre deux balteaux. Tun grrand 
el I'auire mc indre, et piur laire appar^ir la vo]. .nte diver-HC de ce qu'il avoil eslably, 
ir.anJa dch<'r>de la cite, par des chemin^ feints, de> chevaux de voiture, quelques 
ca\a!lier*- et '^•■n carri»>>-e a «-ix. IVux heurc-^ avani la minuici. s'embarqua dans le 
petit baiteau. accompai.'^ne de quelque>-uns de >eN amis. s^avMir MM. de Raymond, 
Enirem'-nt. Kdix. la R'-que, la (jr.«ui:iere. dWuberi. Pie!at et de sa famille : Tescuyer 
el le "secretaire sur la j.'rande barque, entrc beaucnup d'autrcs de sa famille, y 
e^ii'ieni cnire< environ soixanie mou-»queiaires bien armes, p<»ur epauler Tautre 
batieaa. 

Mai^ la \iiri!ance des cnncmis fut >i irrande en I'exploraiion du depart de Mgr, 
qL"cIIe >urpa>^a i^uie la precauii<>n quil y a\oii app*>riee pou» >'a»eurer de leur 
trah:-ii»n. Avec ceiie c«»ni^n^'i^♦;ance qu'iU curent du depart de mondict seig^neur, 
raitendani le h*n.z de la pla^^e du Rhosne. di-iante deux lieuesd'Avii^^non, et la alien- 
dans ic> batieaux au pa>. a iimpu«\i^u >i.i\ircnt a la queue les balteaux et luy 
de<char:,'erent une >alve d'arqucbu>adc> ; a qu'»y fui couraj,'eusemeni respondu du 
'^".i^.d baiteau par la de»-char^ire des m«^u-quct^. el comme il arrive tnujoursque Dieu 
d_*Yv-r.d le- cause- iu-io. ceu\ de la >uiue d^, Mirr ne rcceureni aucun mal, el en 
djrrjurereni rr\«»ris deux "u tr-u^ d^> enn^mi-. Avec i^ui cela. san> moditier leur 
hardie>se et leur hayne. -'ha/ardereni de s'attacher aux ba:ti.-aux de M'.'^r. Mais son 
inclination n*e-iani poriee qu'a ^o^ -aUit et de cjux qui esioicnt avec luy, et non 
p<intau de>ordre, ordonna que le> inannier> rameroient a force de bras pours'eloi- 
^-ner de< as<ai!!an>. le<queN n'ayant pas Je si b^n bra< p»ur ramer nc le peureni 
>ui\re et fureni coiuraints de le- lai^-er. 

< »n douia que daMs la <uiiie du pa->a;.'-e du Rh.»-ne. il n'y eutquelque autre embus- 
cade de-ennv.ni:-. ver< Airde ou vraytneni aiT.eur-. el partani M:,'-rpri>l resolution de 
chariTjr -a rouic par un tleuve qui va au Lan;.ri3eJoc : et y :ai-ant le trajeci pendant 
la naici, au point du four -uixani fui irovive un \a:--au. qui chartreoii des mar- 
chandi-es \ers S. (li-le-. Ce vai^-eau tut trouxc i ut a pr« po> p«.ur la conduiie de 
M«r. el p"ur ce lut I"Ue -u-qise- en lialie ; e;le- pariie- e>iani d*acc«>rd,le patron du 
va:--eau lai--a >a chat^e et c« nJ.ui-ii Mjr ei les <ien-. II- navi^'^uerent lout le jour, 
et apres avoir pa--e la nuici en une s^ule h'>>ie:'.ene, le lendemain le vaisseau avec 
un vent favorable semi-ien mer. et paiceoue 1". 'Ccu'-te depart ne luy avt>it pas permis 
dj fa re provisi^»n de vi\re- ny de -e pour\^.i>ir »ie- autre- cho>cs necessaires pt»ur le 
\ -yaiTj. fa!lui enxoycr I'e-quif a\ec vjue'que- -narinier- a\ix Sainted-Maries pour en 
idi"-^ '.a pro\i^i..n. Cependatu le^a-ni- J, Me- p:i iieni c -r.^-e de luy else relourn^- 
r^ni en A\ ion, in. 

n^- le n:aiin. dan- le temp- qu^. 'e baii.au e>;<.;t al*c aiix Sa:nies-Maries, csluicni 
'.a ,.\p;r>.x- \int et une heu'e- dlui!:.. qii: -'^jt dan- c^lie .-a:-.>n environ deux heurc> 



DE L^ACADliMIE DE VAUCLUSE jS 

apr^s midy ne sc voyoit point retourncr, et ce rcuirdcmcnt commcn(;a ci Ics travailler 
tous, appr^hendans que les ennemis no reussent entretenu pour attcndre la nuict et 
puis venir donner sur les vaisseaux, ct pendant cettc perplexil(i lis Ic virent venir 
avec la provision. Apres fircnt voiles pendant deux heures seulemcnt de chemin, du- 
quel furenl contraints desister, parce que le vaisseau sc trouvant trop leger ne r<^us- 
sissoit pas bien ^ la navigation ; partant jetii^reni I'anchre et demeur«ircnt lA, a la 
discretion des ondcs jusqu'au jour. 

Avec I'ayde de quelques barques, qui avoient fait halle dansle mesme g-ouffre, ils 
se mirent d bord de terre, et ayant mieux adjusi(^ le vaisseau dans deux heures de 
soleil firent cent milles d'heureux voyage, et prireni port A la Cioutat. De lci,pour al- 
ler plus asseures, laissi^rent la mer et prirent le chemin par terre, et ainsy allans d 
cheval par des sentiers indirects, arrivcrent d Nycc, d'oCi cnirans dans I'ltalie, Mgr 
et les siens furent hors de tout le soup<;on qui les travailloit et appr<^hcndoit dans les 
terres de France. 

(Bibliolhcque du Musoc-Calvet, ms. 2394, fol. 129'. 



II- — Lettres echangees entre Henri des Laurens, primicier 

DE L'UnIVERSITE, ET LE PREMIER PRESIDENT DE Cll AMBER Y, a 
' L'OCGASION des affaires du (iRAND COLLEGE, 



I. Lettrc an premier president de Chambth'v, 

Monseigneur, 
Ayant pleu au coll<^gc de Mess" les docteur^ de I'Universitc d'Avign^m de m'eslire 
pr)ur leur chef etgouvcrneur, la premiere penscc que j'ai eu dans la charge, (;'a este 
pour la manutention et conservation de ses privilcjgcs et nommement pour Tobser- 
vance de la fondation du principal membre d'icelle, qui est le college qualifie du 
nom et tiltre de Savoyard, destine et fonde principalement pour les subjects natu- 
rals de Son Altesse Rc'alle. C'est le subject pour Icquel j'ay ose vous adresser la prc- 
sente, pour supplier Vostrc Grandeur A interposer vostre autr)ni6 et pouvoir dans 
ceste affaire, qui regarde le bien comun de I'estat que vous gouvernes,et joindre vos 
pri<>resen cour de Rome A cello de Madame Rcalle, A laquelle j'ay prins la hardiessc 
de lui en escrire pour obtenir de Sa Sainctelt^ la conlirmation des privileges des 
escoliers, dans cet estat et que la fondation qui les regarde soit pleincmeni observee 
ct remise en son premier lustre et splendeur. 11 I'y a M. Chardi, docteur de ceste 
Universite, lequel est instruict suffisamment dcsdits atTalrcs. pour y avoir vaque 
longtemps. C'est done. Monscigneur, ce que nous esperons de v«>stre favorable 
pouvoir et moy particulicjrement, qui me doneray Thonneur de me dire, 
Monscigneur, 

Vostre tres humble tres obeissantet trcs oblige serviteur. 

H. Di: Laikans, primicier de TUniversite d'Avignon 
et auditeur de la rote d'icelle ville^. 
D'Avignon, le \'S julie i655. 
A Monscigneur le premier pre^^ident de Chamberi. 

Bibl. du Musce-Calvet, ms. 2484. Gcsla mei primic2rLUus 
I Am prim I if nam secunJt, fol. 78. 



76 



MEMOIKES 



2. Letirc de Henri des Laurens a la princesse de Saroie. 

Madame, 
LTniversitc d'Avi^jnon, trcsobli^'-<>ea Vostre Scronissimc Altesse Rcale, s'estant de- 
puis lon^^temps jcitcc cntre Ics brasdc vostrc protection, dont clle en a rcs^enti Ics effcts. 
ose aujourd'huy demander la continuation de ces mesmes faveurs, affin qu'ellcpuissc 
plus facilemcnt tesmof,'-ner aux subjects naturels de Son Aliessc Reale, le z«i!e ct la 
passir)n qu'elle a de les senir dans la conservation de ses privil^ljnres, qui consistent 
particulitJicment en la manutention de la f(»ndalion du colleye, membre principal 
de laditte Universite, qui porte le nom et Ic tilire de vos naturels subjects, espiirant 
que par le nKfven de I'appuy ct protection de Sadittc Altesse, clle obtiendra facile- 
mcnt de Nostre Saint Pere le Tape TentC'rinement de sa requeste ly faisant cognois- 
tre, comme nous le souhaitons et desirons, principalement soubs le regne et empire 
du pape, si sainct, si juste, duquel tout le monde admire un si glorieux et parfaicl 
commencement. C'est de quoy vous supplie tres humblement ladicte Universite par 
la voix et la plume de celuy qui a receu I'honneur d'estre esleu son chef et gr)uvcr- 
neur d'icelle, et laquelle priera Dieu pour la f?randeur et prosperite de Son Altesse 
Realle, A laquelle joignant mes vcxiux, je me d^vray I'honneur et la gloire do me 
qualifier, 

Madame, 

Voire tres humble, tre.s obeis^ant et tr«!js oblige servitcur, 
Di: Laiuans, primicier de rUniversjte d'Avignon et auditeur 
de la rote d'icelle villc. 
D'Avignon, ce 14 juille lOrr. 

(Jl^idcm, fol. 80. 



3. Reponse du premier president de Cbambery, 



Monsieur, 
La digne election que le colle^-^e de^ docieurs de I'Universite d'Avignon a faicte de 
vo^tre personne pour leur chef et gouverneur, nc pouvoit pas cstrc ni plus juste, ni 
plus plausible A ceux qui connoissoient vos merites, desquels je fais une estime bien 
pariiculiere. Get K.stat la juge Ires avantageuse in son utilile, puisqu'en ce commen- 
cement vous luy donnes de prcuvcs bien snlides de V(»trc zele, par le soingque vous 
aves de metre la main en ce qui Tinlercsse en Taflaire du college dc Savoyc. fonde en 
vostre I'nivcrsile. La creation de ce pape, que nous pjnsons estre favorable ix la jus- 
tice de ccsle cause, m'invita. au temps de stm exaltation, de ressouvenir S. A. R. : <le 
quoy laquelle me commanda de faire dresser les memoire^ qui pourroieni servir en 
ceste alTaire. pnur en charger M. le comie Nomis, qui a e.ste envc»ye -^ Sa Sainctetc 
par la royalle maison de Savoye ; A I'instant j'y fis travallier et j'envoya a Sadictc 
A. R. les amples instructions sur ce subject el je commis en cour de Rome lenomme 
Charrot, dc Chamberi.qui a une parfaictc cognoissance de ces affaires et qui est bien 
coyncu en ce pays li, Icquel a commence de negoticr aiipres de M.le comte Nomis. 
Vostre depute de ITniversiie se pourroit joindre pour en ccmferer. En cc qui me 
regarde, je n'oublicray aucune des choses qui fain»nl au succes de ceste affaire el 
de vous tesmogner en toutes occasions que je suis de tout mon c«vur. 
Monsieur, 

Voire Ires humble et nbeyssant scrviteur. 

Chamberi. ce aoust lOrr. 

Ibidem, fol. 81. 



bE lAvcADEMii: 1)1-: vauclcsI: -^ 



III. — AcTE d'accusatiox du baron de Crillox. 



Et D. dicente quod bene advertat veritatem diccre, quia curia et fiscus pretendunt 
h. esse optime informaium de dd. factionibus pevolinae ct pezzegaus in civitate 
Avenionis introductis et excitalis, Quinimmo pretendunt quod h.esset caput et prin- 
cipalis dux et motor factionis pevt)linac, cujus de causa seditiones et discordiae actae 
fuerint, in dicta civitate Avegrnonis adversus publicam quietem et securitatem, et 
in damnum et prejudicium principis ac Sedis Apostolicae, ob tumultus sublevationis 
et cetus hominum armatorum quae in civitate vigebant ct ducebanlur respective, et 
presertim in maximum damnum et prejudicium nonnullorum nobilium et aliarum 
personarum,ejusdem civitatis incolarum, in devastationibus et expilliationibus pro- 
priarum domorum, inaliqua etiam parte combustarum, una cum mobilibus in eodem 
domo existentibus sive in parte, sivc in tolum ; qui tumultus, vseditiones et damna 
ascribitur h., tam per curiam quam fiscum et adherentes ex pluribus et diversis 
indiciis ac praesumptionibus, rcsultantibus tam ex primo processu informativo quam 
ex aliis impugnativis super premissis fabricatis, et ad Urbem a dicta civitate Ave- 
nionis transmissis, et signanter : 

1. Quia h. publico et palam reputabatur caput et protector factionis pevolinae 
adversus alteram factioncm pessegaus, ut quam plures deponunt testes de publica 
voce et fama. 

2. Quia mediante dicto populo, ad seditionem excitato, pretendebat h. habere et 
acquirere potestatem gubernandi et regendi dominium communem ad sui libitum, 
tam in electione consulum quam in aliis, ut duo testantur testes de publica voce et 
fama. 

3. Quiadictae factiones, ut facilius agnoscerentur, deffercbant signa : factio pevolina 
deferebat modo paleas, modo colares cavallenses, quae signa detulit quoque h., ut 
plures deponunt testes de visu, et alioquin asserunt quod h.met palam distribuebat 
aliis, et hoc habetur etiam in propria ejus confessione. 

4. Quia factio pevolina regebatur de ordine h., ut unus de publica voce et fama 
deponit, et ad ejus domum accedebant, ibiquc se congregabant ad peragenda ne- 
gocia et ad deliberandum quid occurebat circa dictam faclionem, ut pluries depo- 
nunt testes qui intervencrunt. 

5. Quia, dum h. per civitatem incedebat, habebat in comitatu alios de dicta fac- 
tione pevolina, ut plures testes de visu affirmant. 

6. Quia, dum aliqua oriebatur discordia inter aliquos de factione pevolina, illos 
sedare curabat, ut pluries deponunt testes, qui interfuerunt et alii de publica voce et 
fama. 

7. Quia sepe h. monebat eosdem de factione pevolina ut bene se gererent, quia 
bonum sperabat evcntum do eorum negotiis, eosdemquc monendo ut quando occur- 
rebat percutere illos de pessegaus, bene verberarunt, quia tantum ct idem erat sol- 
vendum pro compronenda dissidentia, ut aliqui deponunt testes. 

8. Quia dicto tempore seditionum plures fiebant choreae in eadem civitate per eosdem 
de factione pevolina, qui. junctis manibus, civitatem perambulabant, exarantes hoec vel 
similia verba : a Viva Grillon, Viva la pevolina, Forili pczzegauz » ; et una viceper- 
venerunt usque ad domum h., replicantes dicta verba : « Viva Grillon etc... » h.met 
presente.qui in signumapprobationis jussit potum illis dari. qui cum asportatus fue- 
rit et dum bibebant hie, proferebant verba, scilicet antequam biberent : « AllasanitA 
diGrillion » ; ut plures deponunt testes super dictis choreis etvocibus, et duo super 
potu praestito. 

9. Quia idem ser\*atum fuit inquadam caupona, ubi alii dc dicta factione pevolina 
biberunl ad sanitatem h.. imo faciebant aliis ut eodem modo biberent, ut quatuor 
testes visu deponunt; et habita de hoc notitia ab h., eisdem gratias egit. 



7^ 



MKMOIUKS 



It). Quia, cisdcm lemporibus scdit.onum, unus qui nuncupabatur h. inccdebat 

per civitatem, dcscribendo singulos qui volcbant esse sequaces in dicta factione pevo- 
lina, ut aliqui testes deponunt de visu. 

11. Quia h. met non solum reputabatur dux et protector factionis pevolinae, verum 
etiam pater et unus de dicta factione hoc publice dixit, occasione confabulationis 
cum h., ut unus deponit testis qui interfuit. 

12. Quia in clectioneconsulum iidemmet de factione pcvolina, quum jam ellectum 
recusabant servirc, audiendo ab h. quod crai ejus consanguineus, ilium acccptarese 
declaraverunt. 

i:<. Quia, in devastationihus et expillationibus domorum, inter alios intervenerunt 
Cabri^res, Bdrard et An^'les ; et isii precipuepraiicabant in domo h. illumque comi* 
labanturper civitatem, ut plures dcpossunt testes et dictus Angle,sius secrete cum 
h. loquebatur, ut unusde visu deponit. 

14. Quia, antcquam combusta fuisset domus domini de la Falesche, monita fuit 
quaedam famula a quodam domestico h. quod comburenda esset dicta domus, ut 
ipsamet famula deponit. 

• i5. Quia, post incendia domorum de Falesche et de Rosellis, h. tempore carnis- 
privii fecit quoddam convivium in ejus domo, nuncupata Rocana, ubi intervenerunt 
aliqui ex dictis incendiariis et expilliatoribus, et prelenditur id factum fuisse in lacti- 
liam mail patrali. 

lO. Quia h. quamplures convocavii personas. non solum extra civitatem Avenio- 
nis, verum etiam extra sialum Vcnaissinum, ut h.met fessus fuit et probatur per 
testes de Spiritu Bausani cum aliis sociis. qui recepti fuerunt per h. et consignati 
penes aliquos ex diciis incendiariis. 

17. Quia in incendiis el devaslationibus domorum Servi^res et San Roman, dum 
h. ad easdem domos accessisset et jussit ne aliquod mali fecerint. accesserunt et 
obtemperaverunt ; ex quo prelenditur quod dicii incendiarii ac devastatores obedicn- 
tiam, praestarent h.. tanquam eorum duci ac protcctori, ut dedictojussu et recessu, 
aliqui deponurU testes. 

18. Quia, in eisdemmet incendiis ac devaslati<")nibus domus D. de Castellet, clama- 
bant, haec vel similia verba profercndo : « Gras.siamo e robbamo, che Grillon ci 
detTendera : » el unus deponit, poslquam dcposiius a tormento torturae. 

nj. Quia Jo. Antonius el (^abrieres, duo ex principalibus delinquentibus in dictis 
incendiis ac devastationihus. quando eranl coniumaces curiae, ob aliquod prejudi- 
cium. lactitabantur et retinebanlur in domo h. 

20. Quia, post delicta patraia, el dum aliqui ex delinquentibus debitis poenis fue- 
rant ultimo supplicio tradiii, alii clamabant el maledicebant h., videntes se in per- 
dilione, ut unus deponit deauditu ab aliis qui sic maledicebant. 

ai. Quia nulla domus ex eis, qui eranl amici et benevoli h., fuit in aliqua parte nee 
minime devastata, nee damnilicaia, el licet h. ad aliquos ex dcversatis se contulerit 
ad efToctum impediendum, ul prelendii, nihilhominus creditur id fecisse, simulando 
auxilium prebere velle, scd poiiusad efToctum [>] mala aliena.ut duo testes de publica 
deponunt, el praescriim quia domini diclarum domorum combusiarum et expillatarum 
esscnt male aflecli et inimici cum h., ut dd. de la Baume, de Servieres, de Falesche, 
de S. Roman cl doctoris Crivclli ac notarii Bremondi, causis de quibus in processu. 

23. Quia h. post dicta incenJia. devastaliones ac expillaliones diclarum domorum, 
abiil a dicta civitate Avenionis el extra Staium. ci per dili^'-eniiasfactas, etperquirenda 
ejus persona, et edicla contra ipsum publicala et cmanata pro interpellatione et 
rcf^nmine, ut comparcre debcrel, minime comparare ausus fuit, sed in contumacia 
publicari et in banJo poni permillit. 

Ex quibus omnibus el singulis ac ex omnibus singulis aliis indiciis, presumptloni- 
bus, conjccturis et ex responsionibus h.met quoquomodo daiis, et in processu ac 
processibus respective existcniibus, curia et fiscus prelcndunt h. esse reum et cul- 
pabilem de omnibus gravissimis criminibus et exces>ibus, quarum unum sunt sedl- 
tiones, tumulius sublevationes excitaiiones ct comm(»liones in dicta civitate Avenio- 



t)K L^\CAI)l':MI^: dk VAUCLi^b^K 79 

nis, adversus publicam quietem et in damnum ac prcjudicium Sedis Aposiolicac ; alle- 
rum vero sunt incendia, devastationes factae, expillationes domorum particularium, de 
quibus facta fuit mentio supra, quibus incendiis et devastationibus ac cxpillationibus 
domorum curia et fiscus pretcndunt h. dolose causam dedissc ex inimicitiisexisten- 
tibus in processu, et in cisdem habere complicitatem et participationem, mediante 
auxilio et favore. ac facta esse eiiam praeccdentc favore et mandato, vel saltem ha- 
bere culpam latam, ex eo quod fuerit caput, protector et dux dictarum personarum ad 
dictos seditiones et tumultus coUectarum etconvocatarum. et sic incidisse pro dictis 
criminibus et excessibus in penas contenlas in sacris constitutionibus apostolicis, 
ac in aliis legribus ctbonimentis et dispositionibus, tam in jure canonico quam civili 
conientis. Ideo super premissis veritatem dicat. 

(Bibl. du Musce-Calvet, ms. 335?, fol. 121 V 



IV. — Justification de M. de Crileox. 

Le procureur pour et au nom de Mons' Louis de Berton, baron de Crillon... produit 
les articles sy basescriis contre le fisc el tous les autres aderans, qu'il demande estre 
fldmis A prouver... etc. 

Premidrement, il veut prouver, parlant vul^''aircment pour la plus claire intelli- 
gence des tesmoins. que la vt^ritii a cste et est que ledit sieur baron de Crillon est 
gentilhomme et cavalier de trOs belle qualite et bonne reputation, de bonnes et 
louables coustumes, et a coustume de pratiquer avecque des g-cns d'honneur de 
bonne renommee, qu'il n'a jamais eu aucune amitie ny pratique avecque de pcrsonnes 
seditieuses de mauvaise vie ou de mauvaise reputation, a est(} et est craignant Dieu 
et sa divine justice et humaine, a coustume de frequenter les epHscs, d se confesser 
el comunier une el plusieurs fois Tannee, et comme tel il a cte reputO tant en I'annec 
i652 jusques d la prescnte de tous ceux qui Pont connu... et pour tel Ic tiennent 
encore Icsdicts temoins... 

Item, que ledit sieur baron a toujours prontement, avecque toute fidelity et fran- 
chise, obei aux commandemens des vice-legats et autres ministrcs apostoliques qui 
ont est(ipour temps en Avignon, se temoignant en toutes sortes d'ocurenses veritable 
et fidelle subjet... 

Item, que ledict sieQr baron de Crillon esersoil en I'annee i653 la charge de viguier 
de notre S. Pere en la ville d' Avignon. 

Item, que Monseigneur Coursi. vice-lcgat en I'annee i653, ordonna audit baron 
qu'il se tint pr6t avecque scs gens el autres amis pour le service du prince, Icquej 
ordre luy fut donne par ledict seigneur pour les causes que dironl les temoins 
informcs. 

Item, que mondict seigneur Coursi onvoia a la maison dudict baron 100 mousqu«is 
dans une sicnne carosse, afin que lc^ susdicts gens pusj>enl allcrpour le service du 
prince en execution dudict ordre, comme mieux deposeront les tesmoins. 

Item, que le susdict baron, pour obvieraux desordres pour lors nOs en ladicte ville, 
fit faire des barricades par ladicte ville par le moien dc sondict monde el amis, 
comme dessus assembles et unis avecque les soldals de la garnison du prince A lui 
envoi<5s pour cet efl"et... auxquels soldals et gens ledict sieur baron faict prendre la 
paille pour signe qui les put distingucr enlre tous avecque les gens ennemis ct 
contraires audict vice-lc^gat. 

Item, aprtJS quelques jours, que le bruicl soubleve en la ville fut apaise, Monsei- 
gneur Coursi envoia reprendre les susdicts mousquds avcc sa mesme carosse et ledict 
baron congedia ses amis cstrangers assemble^. 

Item, que estant vice-legal Monsieur Eranchioiy, en I'annee iG55, ledict baron 
depute', capit(>ne de deux paroisses, savoir Saint-Genies et la Principale, ledict baron 



8() MEMOIRKS 

comme tel et par ordre esprtjs dudicl M. I'Y. avoit encore une companie de soldas A 
luy envoids... et prit tous les soins possibles pour remddier comme s'en suivit et en 
la mani^re que d(iposeront les tesmoins bas nommtJs. 

Item, que il n'y a jamais eu dans la maison dudict baron armes, sinon auxdictes 
occasions et d'ordre dcsdicts vice-lj^'-ats et luy estant Ci\pit6ne comme dessus... 

Item, que annoes i653, 54, ^5, dans Icsdictstumultes arrives en Avignon, ledict baron 
a fait lout son effort pour le empecher et a tousjours ob6i aux vice-Iegats, lesquels 
dans'lesdicls tumulles se sont tousjours servi de son moien, et ledict baron s'y est 
emploie tout de bon et sans fintise, ayant esposc^ en diverses ocasions sa propre vie 
et son bicn ; et, sans son ordre, tous auroicnt foulle aux pieds I'authorite des vice- 
l(^<,'ats, lesquels ont louo Ic service rendu par ledict baron. 

Item, que ledict sieur baron fut dcput(i par les consuls pour ouir les offrans des 
gabclles de I'annee 1G54 et fut aussi dispute pour acomoder un different entre les 
rubanticrs et les velotiers, et pour ce subject LichcTe et Jean Antoine et autres arti- 
sans alloient dans la maisof) dudict sieur baron, auquel temps lesdicts Lich^re et 
Antoine n'estoient point... accuses, comme mieux... 

Item, que le sieur baron n'a jamais eu aucune pratique ni conversation avec des 
sceld'rats et particulierement avec ceux qui ont este condamnes en la villed' Avignon, 
et si aucun des sUvSdits est alle dans la maison dudict baron, il luy est all<^ pour les 
causes susdites. estant des m^mes artisans. 

Item, que ledict sieur baron n'a jamais professe de porter inimitie ^ aucune per- 
sonne, ni s'est jamais declare chef ny protecteur ny fauteur d'aucune faction conire 
autre faction, mais seulement a pris les armes et les a faict prendre A ses amis pour 
la defense de I'authorite du prince... 

Item, que ledict sieur baron est personne quieste et de naturel paisible, n'est 
point vindicatif, ni grarde haine ou mauvaij>e volonte contre aucun, et bien qu'il 
aye eu different avecque certaine personne, ne^anmoins il s'est tout incontinent ajustci 
comme lepratiquent les gentilshommes de la mode de France et comme en use ledict 
baron, lequel pour celaest ayme... 

Item, que ledict sieur, baron n'a jamais recherche ni souhaitti le maniement de la 
maison commune de la ville d'Avignon, ni les chargres publiques d'icelle ; au con- 
traire a fait instance au vice-lcg-at pour n'estrc pas elu consul, etantde nature paisi- 
ble etqui cherche tant qu'il peut de vivre quie.^tement et sans facher... 

Item, que ledict sieur baron n'a jamais porie inimitie avecque Monsieur Pol de 
Cambis, seig^neur de la Falesche, et qu'il n'a eu autre different avecque luy que 
d'un proces, lequel ne passe pas la somme de cinq ou six jullies, annuellement 
pour une cense sur une tcrre du lieu de Vellcron, ctlc lils dudict sieur de la Falesche 
a fait alliance avecque belle-sieur dudict sieur baron et ont tousjours pratiqud et 
mang6 ensemble, et comme mieux... 

Item, que ledict sieur baron n'a point eu inimitie avecque M. Jean-Fran9ois de 
Cambis, .seig-neur de Scrvi<ires, cscple un different survcnu il y a vint ans, qui fut 
d'abord pacitie par le g-eneral des armes, et depuis ont toujours pratique par ensem- 
ble ; et la femme dudict sieur baron a tenu au baitesme un enfan dudict sieur de 
ServidTcs, comme aussi le fils aync dudict sieur baron a tenu au baptesme un enfan 
d'un autre pariiculier avecque une lille dudict sieur de Scrvieres. 

Item, que ledict sieur baron n'a jamais eu aucun dtibat ni inimitie avec Monsieur 
Frani^ois de Conseil, sei'^-neur de Saint-Roman, et ledict sieur baron preserva le 
cadet dudict sieur de Saint-Roman de la furye du peuple, comme mieux... 

Item, que ledict baron n'a jamais eu inimitie avecque M. Jean Bat. des Achars, 
sieur de la Haume.cl le fils de M. Ravmond I^allis. et si bien une fois ledict sieur baron 
reprit Louis Pallis parcequ'il lisoit un libelle diffamaloire contre le roy et la reine de 
France, neanmoins ledict baron et ledict s. de la Baumc, oncle dudict Pallis, ont eu 
tousjours bonne intelligence et continue de jouer ensemble comme auparavant dans 
le palais du vice-leg-at. 



nt: L^ACADEMn-: he val'ciask Si 

Item, que ledict sieur baron n'a jamais cu a dcmOlcr avecque Monsieur Barthc^- 
lemy Crivelli. a peine le connaissant, estant infcTicur A luy de naissancc, et il n'est 
pas possible que ledicl sieur baron sc s<^it desgoute parccque Ic cadet dudict sicur 
Crivelli ne le saluoit ; et le baron vit sans c<iremonie a la mode de France. 

Item, que depuis les derniers dcs«»rdres, le dimanchc suivant, Lichcrc ci autros 
voiantque ledict sieur baron semetoit en estat de ayder Monsieur I'Vanchintti, lequel 
faisoii venir du monde dehors pour avoir en sa puissance les coulpables, allerent A 
lamaison dudict sieur baron le menacer que s'il continuoit sa maison <eroit abattue, 
ce qui oblii,'-ea ledict sieur baron d'envoier i\ M^r, afin que sa maison fut ^^ardec, cl 
en eflfet Mgr envoia Cesi avecque 25 soldats italiens de la ^arnison, lequel dcmura 
d garder Uidicte maison avecque d'autrcs amis dudict baron ct a la fortifier, ct s'y 
arest^rent 2 ou 3 jours. 

Ont signe : 

R. P. Antoine Imonier. prelrc de la congrcj^-ation de I'Oratoirc du royaume do 
France. 

R. P. Guillaume Sylvestre. de Tordre des Peres Celeslins. 

R. P. Paul Pouchety. de I'ordre des Peres Minimes. 

Illuslrissime D. Franv*<MSde Grenouillas, seigneur dc Saint-Martin. 

Illustrissime Henri d'Alphonse. 

lUustrissime D. Anaslase de la Roque et N. N. X. N. N., noms et surntuns des au- 
tres tesmoins. 



Biblioth.du Musee-Calvet, ms. X^5-j, fol. 14 



< I. 



V. — BULLE D'aMNISTIE. 



Caspar Lascaris Castellar, des comtes de Viniimillc, abbe de I'abbaye de Saini- 
Pons, prothonotaire du S. Sic^ge apostolic du nombre des participant, refercndaire 
de Tune et I'autre signature de X. S. P. le Pape, et Tun de ses chambricrs d'h(»n- 
neur, vice-lt^gat ct gouverneur general en la cite et legation d'Avignon. et surinten- 
dant general des armes de Sa Sainctete en cet Estat. 

I-,c paternel amour, qui est ordinaire et essentiellement attache i\ Sa Sainctete, 
Tayant emporte sur les peines que les incendic^, larcins, pillemcnts, mcurlros el 
autres desordres arrives en cette ville d'Avignon, pouvoienl obligor sa justice d'or- 
donner aux delinquans et coulpables, qui mesme par une hainc, laquelle a tousjours 
paru irreconciliable et qui a continue depuis six annees cnticres ct davantagc cnlrc 
les habitants d'icelle, sans qu'aucun soin ait pu la faire cesser, avoii d'autani plus 
d«>nne lieu i\ les meriter. Ce Pe*re comniun. par Tentrcmise de Monseigneur I'l-Jmi- 
nentissime cardinal Chigi, son ncpvcu.legat en cclle cite et legalirtn. a voulu se 
servir de sa cli^mence pour establir le repos dans cette sicnne et lidclle \ille, en 
accordant une amnistie ct pardon general, lequel Sadite Eminence ayanl voulu qu'il 
n'eu St effect que du jour de sa publication, nous auroii ii ces tins remis de la faire 
faire A son temps, en nous honorant do cette vice-legation, dans le commencement 
de laquelle le bon Dieu nous ayant este si favorable, en beni^^ant noz soins, ^jue 
d'avoir fait embrasser par une reconciliation generale ceux que le leu ei le sang 
avoient fait ennemis, dans le temps auquel si bien il y avoit lieu d'esperer que la 
paix seroit facile A establir; neantmoins, dans Tinterieur, il y avoit plu< d'aiL;ieur 
que jamais et toutes les choses sembloient se disposer pour causer une plus grande 
disunion, ainsi que nous a estii trd's bien connu par les difficultez que nous a\<'ns 
treuvees, et lesquelles par moyen des bons ordres a nous donnez par SiiJitc Eminjnce 



8*2 MKMOlkKS 

nous avons siirmontcos. En suite de co, nou^^ avons cru pour plus grrand affermi^- 
sement dc ccltc paix et consolation gcncralc, nc devoir rctardcr plus lon«jrtcmps dc 
faire proceder A la publication de ladilc amnislie, r<^dit dc laquclle emane dc Tau- 
thoritt^ dc mondit Sei^mcur rKinincntissimc cardinal le^fat, ayant fait traduirc pour 
plus facile inteHif,'^cncc de lan^Hie ilalienne en laquellc se trouve conccu, en lani,''uc 
fran(;oisc, est dc la tencur cy-apres. 

« Flavie Chipi, prcslre cardinal de la Sainle RomainoKft-lise, du tiltre Saintc-Maric 
de Populo, surintcndant-general dc tout I'Ksiat ecclesiasliquc, et legal de la cite 
d'Avi^non, comte dc Venisse, et provinces adjacentes. » 

Kntre les prrands et plus pcnibles sr>insque N. S. P. le pape Alexandre VII, heurcu- 
scment scant, ail eu depui.s son heureux eslevement au Pontiticai, celuy en a esic vu. 
de voir le repos et quietude, cstablis dans sa fidelle et cherie cil6 d'Avi^non, pour 
lequel par noire entremise, et autrement par lout autre moyen, il n*a ccsse d'app«>rler 
toute dilif,''encc pour y parvenir. Kn fa(;on que (l)ieu g'rt\ce.' ne luy restant pour voir le 
lout bien estably. autre chose A faire que de se scrvir dc sa clemence et paterncl 
amour A I'endroil de ses sujets. 

Pour ces causes Nous, par ordre expres de sa dite Sainciete, publionsel faisons s^a- 
voir par ce pr<^senl nostre Edict. Tamnistie et pardon j^^eneral pour tous ceux lesqucl.s 
en la mesme cit(i d'Avi'^'-non, tant Nobles que Citoyens ou du Peuple, aux mouvemenl> 
passez arrives en icelle, se trouveront avoir delinque, conlribue, assiste, conscill^ ou 
iiutremenl comme que ce soil donne la main a la perturbation du repos public, aux 
incendies, larcins, et aulres rapines, mesmes aux meurtres arrivez pour ce sujet. 

Declarant sadiie Saintele par nous que d'liors en avani, ceux qui en la mesme 
ville et citi^, declarez ou non declarez deJinquants, ou qui que ce soil qui ait pour 
celaeste declare pour tel, ou banny par la justice, ou par crainte. des dclits commis 
en ces rencontres et occasions, se treuvent esire dehors I'Esiat d'Avignon ou Comte 
de Venisse, pourront librement en vertu de ceite Amnislie el pardrm ^--eneral, venir 
arrester, practiquer, aller et reiourner, tout dc mesme comme s'ils n'avoient jamais 
commis telsdelits. Les bannys neantmoins capitalemcnt et par sentence devront re- 
iourner el revenir dans six mois pour pouvoir jouir de reflet de cette grace. 

« N'entendons, avec tout cela que ceux qui revenans recevront cette grace, doivent 
ny puisscnt en vertu de ce pardon, reavoir les biens qui se treuvent avoir este con- 
fisquez, ou en quelle autre fa(;on que ce soil incorporez ti la Rdverende chambre. 
Voulans que le present Edict aye lieu du jour de la publication d'iceluy, et qu'il 
sorte son plein et entier cftet. Donne ci Rome le premier de Janvier, annee mil six 
ccns cinquante neuf. » 

F. Card. Cuioi. 

Et partant, a ce que personne n'en pretende cause d'ignorance, nous avons voulu ct 
ordonne la dite Amnislie et pardon general, et tout le conlenu aux presentes, eslrc 
publie i\ son de trompe et cry public, par tous les lieux et carrefours dc la prtl'sente 
ville, et copie d'icclle imprimee y eslre aftichee. 

Et«i ceque ne resle personne laquellc n'aye occasion d'estresatisfaite, et qu'un cha- 
cun puisse jouir agreablement de ce bnnheurdela p^iix, faisons syavoir que pour les 
indemnisations de ceux donl les maisons se treuvent avoir este bruldes et pillces, Ix^s 
ordres de Sa Sainciete seront sur ce executez. 

Exhortans comme nous cxhortons tous ct chacun les habitans de cette dite ville» 
tant Nobles Citoyens que Peuple d'icclle, el tous autrcs qu'il apparliendra, de se 
maintcnir dans la paix et union, de concourir et coniribuer A icelle, et de n'avoir 
qu'un mesme coeur, une mesme afleciiun et une mesme volont«i pour le service el 
obeissancc deiie A Sa Sainciete, el pour le bien public, 

Leur faisans sc^avoir que comme Sa Sainciete nc pourroit entendre la rupture de 
cette paix sans bcaucoup de douleur et rEminentissimc cardinal legal ne pourroit la 
soufl'rir san^ bcaucoup dc ressenlimcnl, nous scrons forcez d'en faire le chastimeni 



DE l'academie de vaucluse S 



o 



mcritoire qui sera severe et ri^oureiix. en punissant les infracteurs comme decheuz 
de la pr<l'scnte ft-racc et suivant la frrandeur de Icur faute, par toutes les peines que 
le droit ct la justice permettront, irremissiblemont et sans espoir d'aucun pardon ny 
grace. 

Di^clarants qu'il sera proci^J6 contre cux d'office ct avec la plus exacte inquisition. 
Donne en Aviynon au Palais Apostolic, ce premier jour du mois de fevrier, annt^e 
mil six-cens-cinquanie-neuf, 

G. Lascaris, vice-legate Veu. Gartikr, advoc.et proc. gen. 

Fi.oRLX, archiviste et secretaire jd'Eslat et de la R<^verendc Chambre. 

(Bibl. du Musee-Galvet, ms. 2432, fol. I25.} 




eanc 



de TAcademie. 



FROCFS-VERBXUX 



\ 



^ "^ 



• *. -^ A. 



DK L'ACADliMlE DE VAUCLUSE 85 

peler id quelle perte Thistoire de I'art, autanl que la science architecturale.a faito en 
sa personnc. L'Acad<imie de Vaucluse accueille par des applaudissements unanimes 
I'exprcssion des regrets, que son Secretaire-general a bien voulu formuler en son nom. 

M. le Tr^sorier rend ensuite compte de la situation financiere de TAcademie. II 
expose le budget de I'an passe et celui de I'annee prochaine. M. le President se fait I'in- 
lerprdte de tous, en le remerciant de sa gesiion et des soins qu*il apporte A maintenir 
r^quilibre de nos recettes et de nos depenses. MM.de Vissac, Joleaud, de Lacroze 
sont nomm<^s membres de la commis.sion de verification des comptes. 

M. I'abbe Mdritan dt)nne ensuite lecture d'une courle note sur le tenioignage de 
Petrarque et I'^ge du Dante. 11 resulte d'un passage de la correspr>ndancc de Petrar- 
que, gc^ni^ralement oublie ou inaper(;u de rimmense majority des dantisanls, que 
I'auteur de la Divine Conn(^die serait n^ en 11242 et non en i-2Gb, etserait mort vers i32i 
et A rage de 77 ou 78 ans et non A 50 ans. II ne faut pas oublier cependcint que le 
passage en question ne tranche pas d«^finitivement la question, A laquelle un jour pcut- 
6tre quelque membre de notrc Societii apportera le secours de son erudition. 

M. le President donne ensuite lecture d'une notice sur M. de Lagardette, cure d'Au- 
bignan. avant, pendant et apres la Revolution. Notre confrere, M. I'abbe Sage, qui en 
est I'auteur, donne en premier lieu un exposd de la situation sociale et economique 
d'Aubignan au moment de la Revolution. II ddcrit les mcturs et les personnages de 
la localite, et fait un tableau rapide de la vie populairc A cette epoque. Puis il trace, 
avec quelques details, la biographic dc son predecesseur, et racontc les diverse^^ cir- 
constanccs dans lesquelles il ful appelt^ i jouer un role. L'aflairc du serment civique, 
les Elections de delegues, lui fournissent la maticTc dc plus d'un episode interessant. 

A la tin de la seance, M. Grimaud est elu ci I'unanimite membre titulaire de I'Aca- 
demie. 

Annexe au proces-verbal du io Janvier 1901. 

Etat Jes rccettes et dcpcnscs de I'AcaJemie pendant Vannee lyoo. 

RECETTES. 

En caisse au i" Janvier 1900 

i39 cotisations a 12 fr. 10 

27 cotisations ii 6 fr - 

Subvention du Conseil municipal 

Subvention du Conseil genertil 

Vente de fascicules et de catalogues Esperandieu 

Interets du legs Dufo>se 

Participation de M. Sagnier d I'illustration des Memoires 



DEPENSES. 

Etrennes apparitcur et facteur) 

A M. Scguin, impression des Memoires ct convocations 

Appoinlements dc M. Binon 

A la Societ(3 des arts griphiques k Geneve, pour illustration des 

M<Jmoires 

A M. Rover, A Nancy, pour illustration des Memoires 

A M. Vionnet, gravcur, pour illustration des Memoires 

Prix Dufosst^: note du libraire Laffite, d Marseille 

Frais de C()nvocatit)n des membres de I'Academie 

Frais d'envoi des Memoires 

Erais de bureau et de correspondance de M. le Secretaire general. . 

Lover du local des reunion^ du lUnvau de rAcaJeinie 

Frais d'encai»ement et timbre: 



••s 



Soldc cn caisbc. 



12 


05 


I.G8I 


40 


162 


» 


200 


» 


loo 


u 


73 


» 


4^"=* 


« 


:^) 


> 


2.3(C 


45 


i5 


)) 


1 . 5:^5 


8(j 


70 


» 


(Yy 


40 


5r, 


05 




» 


4:^ 


B 


15 


» 


5H 


r.r^ 


-h 


1 5 


•2*f • 


n 


'•7 


l\, 


2.i7:'< 


r*. 


i3i 


85 



Seances de I'Academie. 



PROCES-VERBAUX. 



Jakvikr-Fevrier igor. 



Scjfice Jtt 10 jjinvier /<;n/. — Prcsidence dc M. Laval, president. 

Presents : MM. Laval, Bourf?-es, Chobaut, Labande, de Vissac, Avon. Laroche, 
Pansier, Alphant, Bonnecaze, de Lacrozc, Michel-Bcichet, Joleaud, Moural, abbe 
(jrimaud, Limassel et J. Meritan. 

Au commencement dela seance, M. le President, en une courte et aimable allocu- 
tion, presente :^ rAcadi}mie, qui lui en est infiniment reconnaissanlc, ses souhaits de 
nouvel an. 11 espere que, pour chacun des mcmbres de notre Societe, I'annee qui vient 
de s'c'uvrir f^-arde beaucoup de joies. et exprime le v(tu que nous n'ayons tous que 
des jours heureux A compter, A la fin de itj<n. 11 souhaite egalement A notre Acad^mie 
de vivre lnn<rtemps et de prosperer toujours, grace au devouement, au zOlc laborieux 
de chacun de nos collegucs. 

II an nonce ensuitc que par les soins obligeants et Tintermediairc efficace de M. 
de Lasieyrie, membre de I'lnstitut, le Minist<ire de I'instruction publique a attribue 
ii I'.Vcademie de Vaucluse une allocation de mille francs, exclusivement destin^e d 
couvrir les IVais de publication des dcssins deM. Alegre, sur les eglises romanes du 
(lard. L'Accidemie est heureuse de remercier M. de Lasteyric de son intervention, 
en lui deccrnant, ii I'unanimitd, sur la proposition du Bureau, le titre de mem- 
bre honoraire, et d'associer A ses remercicments son d<l'vou6 Secretaire general, qui a 
bicn voulu s'occuperaciivemcnt de cettc affaire. 

M. le President tail connaitre Ic nom dc quelqucs socieies departementales, simi- 
laircs dela notre, auxqucllcs a etc oHort. par une circulaire, I'echan^re de leurs me- 
moires avcc Ic hulleiin dc notre Academic, el qui ont accepte. 

11 pioposc cnMiitc de prelcver chaquc annee sur le montani des cotisations une 
sjimme de um francs, doiinee ii constituer un foods de caissc qui permeltra dcpouvoir 
peu a peu reunirla somme necessairca la reconnaissance d'utilite publique, que nous 
av(»ns toys i\ cieur d'oblenir. 

.M. le President fail ensuite part a r.Vcademie de la publication prochaine de la ta- 
ble des matiere.s des dix-neuf premiers volumes de n(»s memoires. Ce travail est aciuel- 
lemeni sous presse et paraiira dans un mois environ. 

I'St presenle commc membre titulaire : M. Tabbe Grimaud, cure de Sorgues, par 
M.M. de Lacr«>ze. SaiTnier et Requin. 

La parole e^i J(»nnee ensuite i\ M. le Secreiaire-preneral, qui lit un cMogc fundbre de 
Mile Pellechei et de M. lievoil. membres honoraires de notre Academic. La genero- 
site de .Mile Pellechet poiu" notre S«»cieieeut sut'ti d lui allirer les respectueuses sym- 
pathies >.ie t<»us. 11 s'y est ajoute son erudition, ses travaux remarquables sur les in- 
cunaMcs dcv hiblioth«Jques piibliquesde l''rance el de I'etranj^'or, el pour tous ceux 
qui r<ini approclue. le souvenir de son affabilite el de son empresseinenl A mettre au 
sersice de ceux qui le lui demandaieni, s<»n temps, sa science et son infatigable 
devouement. M. Revoil est Uop connu parmi nous, pour qu'il soit neccbsaire de rap- 



Dii i/acadkmie de vaugluse 85 

peler ici quelle perte Thistoirc de Tart, autant que la science architecturale,a faite en 
sapersonne. L'Academie de Vaucluse accucille pardes cipplaudissements unanimes 
I'expression des regrets, que son Secretaire-General a bien vduIu formuler en son nom. 

M. le Tresorier rend ensuite compie de la situation financiere de TAcademie. II 
expose le budget de Tan passe ct celui de Tannee prochaine. M. le President se fait I'in- 
terpreie de tous, en le remerciant de sa grestion et des soins qu'il apporie A maintenir 
Tiiquilibre de nos recettes et de nos depenses. MM.de Vissac, Joleaud, de Lacroze 
sont nomm^s membres de la commission de verificati<m des comptes. 

M. I'abbe Meritan donne ensuite lecture d'une courte note sur le temoiynage de 
Petrarque et I'ilge du Dante. 11 resulte d'un passage dc la corrcspondance de Ptlnrar- 
que, g(^n<iralement oubli6 ou inaper<;u de I'immense majoritd- des danti.sants, que 
Tauteur de la Divine Commie serait ne en 1242 et non en i2Gr, etsurait mort vers 1^21 
et A TAge de 77 ou 78 ans et non A 56 ans. 11 nc faut pas oublicr cependant que le 
passage en question ne tranche pas dv^finitivement la question, ii laquelle un jour peut- 
etre quelque membre de noire Soci(}te apportera Ic secours dc son erudition. 

M. le President donne ensuite lecture d'une notice sur M. de Lagardette, cure d'Au- 
bignan, avant, pendant et aprcs la Revolution. Notre confrere, M. I'abbc Sage, qui en 
est I'auteur, donne en premier lieu un expose de la situation sociale et <^conomique 
d'Aubignanau moment de la Revolution. II dt^crit les m(x.'urs et les personnages de 
la localite. et fait un tableau rapide de la vie populaire a celie epoque. Pui.s il trace, 
avec quelques details, la biographie de son predecesseur, et raconte les diverses cir- 
constances dans lesquelles il fut appele a jouer un role. L'alTaire du serment civique, 
les elections de delegues, lui fournissent la matitire de plus d'un episode interes^ant. 

A la fin de la seance. M. Grimaud est ^u a Tunanimite membre titulaire de I'Aca- 
demic. 

Annexe au proces-verbal du io Janvier 1901. 

hLU Jcs rccctics ct dcpcnscs dc VAcadcmic pendant Vanncc lyoo. 

RECETTES. 

En caisse au r* Janvier iqjxj 

i3o cotisations a 12 fr. 10 

27 cotisations A 6 fr - 

Subvention du Conseil municipal 

Subvention du Conseil gtineral 

Vente de fascicules et de catalogues Esperandieu 

Interets du legs Dufosse 

Participation de M. Sagnier a I'illustration des Memuires 



DEPENSES. 

Eirennes appariteur et facleur"* 

A M. Seguin, impression des Memoires et convocations 

Appointements de M. Binon 

A la Soci^te des arts griphiques A Gen<!jve. pour illustration des 

Memoires 

A M. Royer, d Nancy, pour illustration des Memoires 

A M. Vionnet, graveur, pour illustration des Memoires • 

Prix Dufosse: note du libraire Lafiite, A Marseille 

Frais de convocation des membres de rAcademie 

Erais d'cnvoi des Memoires 

Frais de bureau et de corre^^pr^nJance de M. le Secretaire genC-ral. . 

Lover du local des reunions du lUnvau de rAcadeinic 

Frais d'encaissemeni et timbre*^ : 



Solde en caisse. 



12 


o5 


1. 681 


40 


162 


>) 


200 


» 


I«J<» 


N 




9 


45 


» 


3u 


> 


2.3<.5 


45 


i5 


B 


1 . 535 


80 


7«-> 


P 


t-,6 


40 


50 


o5 


7 


» 


4:< 





i5 


w 


5H 


r.o 


:<«.» 


i5 


2« «» 


<i 


•■•7 


♦•,.. 


2.173 


Tiri 


— 


— 


i3i 


85 



86 MEMOIRES 



Projcl dc budget pour I'anncc kjOI. 

RECETTES. 

En caisse au i" Janvier 1901 i3i 8! 

8 cotisations ii 12 fr., solde dc n/«j 96 

i5o cotisations A 12 fr.. pour iyi>i 1.800 

m 

3o cotisations A 6 f r 180 

Subvention du Ministtrre ixtmi 

Subvention du Conscil general ior> 

Subvention du Conseil municipal 2f»r> 

Interets du legs Dufosse 45 

Vcnte des catalogues et fascicules 5o 



I • • 



DEFENSES. 

Etrennes 

Impression et illustration des Memoires 

Krais d'encaissement des cotisations et achat de timbres. 

Appointements de M. Binon 

Prix Dufosse 

Lover du local du Bureau 

Frais de convocations 

Frais d'envoi des Memoires 

Frais de bureau et de corrcspondance de M. le Secretaire-general. 

Frais de seance publique 

Reserve 



Solde en caisse. 



3.G02 


85 


i5 




2.8fX) 




f)0 




70 




45 




200 




i5 




60 




5o 




10(j 




100 




3.5i5 


V 


87 


8? 


3.G02 


85 



Avoir de rAcaJcmie de WiucWse au /" janvler if/or. 

En caisse i3i 85 

Livrct dc la Caisse d'epargne : 

Versements anterieurb. ...... 'J^>i 56 

3 cotisations perpetuees 45o > 

Capital de 45 fr. 3 "/• provenant du legs Dufosse i.5oo » 

Total :i.3^2 3i 



75 1 56 



Seance du ■; fevrier ifjor. — Prcsidcnce de M. Laval, president. 

Presents : MM. Laval, Avon.Limasset, Aurouzc, Joleaud, Labandc, Bourges, M«>ur- 
ral, de Vissac, de Villaret. Pellat, Laroche, Gf)uel]e. abbe Grimaud et Meritan. 

Le proctjs- verbal de laprecedente seance est lu el adopte. M. le President commu- 
nique i\ ses colleagues deux letires, I'une deM. dc Lastcyrie, remerciant I'Academie de 
I'avoir elu mcmbre h<morairc. On sail que, paries soins obligeants dc M. de Lastcyrie, 
une allocation do millo francs, de.siinee lout specialement a la publication des dcssinb 
de M. Alegre, a ete all<»uct.- a notre Socicrte. L'autre leitre concerne le prix Nobel, des- 



hli L'ACADKMIE Dl!: VAUCLL'SK Hj 

tini d r(icompenser le litterateur, potJte, dcrivain, philosophe, qui reuniraitla majorito 
des suffragres du monde savant. Repondant avec empressement ci I'invilation faite par 
TAcademie d'Aix par I'orgrane de son president, notre Academic a designed a I'unani- 
mite le poete Mistral. 

La parule est cnsuile donnee a M. Tabbe Grimaud pour sa communicatiun sur les 
causes des anomalies. Le devoue directeur de I'in^'titution des sourds-muets, bdgues 
et enfants anormaux, a bicn voulu dcHacher pour TAcademie quelqucs chapitres d'un 
ouvrajj^e qu'il prepare sur ce sujet. Apres avoir rappele qu'il y eut de tout temps des 
anormaux, il ram(^ne in I'heredite plus specialement la cause gren^rale des anomalies. 
Mais I'heredite elle-meme est commandee par des causes plus spciciales, plus preci- 
ses. Notre coll«^grue enum<ire successivement Talcoolisme, Tabus du tabac, I'intemp^- 
rance, les exc«^s, I'opium, la morphine. Tether. Ne pouvant cmbrasscr dans une sim- 
ple causerie Tetude de ces divers agrents de deyen^rescence physique, il donne un 
aper<;u g-en<^ral de ces causes, sc proposant d'en parler plus au long- dans Touvrage 
qui est actuellcmenl en preparation. 

M. le Pr<^sident remercie notre coll(^gue de son travail. 

La parole est donnee ensuite ci M. Mourral, qui communique A TAcad^mie, sous le 
titre D^ ci dc la en Avignon, une scrie de poesies ecrites avec goQi, et dans cette note 
humourisiique et gaie qui ajoute, bien loin qu'elle puisse rien en distraire, ii la va- 
leur artistique des vers. Ecrites d'abord pour un cercle intime, ces pieces charmantes 
n'etaient pas deslinees d voir le jour de si tot. Mais TAcademie est reconnaissante (i 
Tauteur de lui avoir permis de les goQter la premi<>re. l^% statue dc Crilion, Ic Conser- 
vatoire de musique, le Rhone en Avignon, le Mistral, et pour terminer, les vers vibrants 
sur le drapeau du 7' regiment du genie, ont permis a tous ses collegues, s'exp'rimant 
par leur President, de dire a.M. Mourral combien ils avaient etd charmes de sa lecture. 

La communication de M.Delmas sur Ic terrain aptien, confiee A Tobligeance de M. 
Labande, suscite vers la fin de la seance des observations de plusieurs de nos coll<i- 
gues, qui ne peuvent d'ailleurs les developper, Tauteur extant absent. 

L'ordre du jour etant epuisd, la st^ance est levee. 

Le Secretaire, l^ President, 

J. Meritan. D' L.wal. 



Volumes et Fascicules 

REgus PAR i;acadeaiie 

Pendant le /«-''' Irimcstre de I'annee ifjoi. 



I. — Envois du Miniature de rinstruction publique 

et des Beaux- Alts. 

.Comitti des travaux historiques et scicnlifiques. Comptes rcndus du congr^s des 
socictcs savantes de Paris et des departcments tenu A Paris en 1901. Section des 
sciences. — Leitres de xM"* Roland publiees par Claude Perroud, t. I" (1780-1787). — 
Bulletin historique et philolo^que. 1900, n" et 2. — Bulletin du (Somite des travaux 
historiques et scientiiiques. Section des sciences cconomiques et sociales. Congrcs 
des societcs savantes de uji» tenu A Paris. 

II. — Dons des auteurs. 

1° M.Emile Bonnet: Les ouvragcs de Jean Plantavil dc la Pause, eveque de Lod6vc. 
— 2' M. L. de Berluc-Pc'russis, membre correspondant de TAcademie : Per I'inagura- 
cien de la fouont Jano dWrc ci Fourcouquic 28 d'outobre 1900}. 

III. — Envois des Soci^tds correspondantes. 

Revue historique de Provence, 1901, n" i, 2 et 3. — Revue de Saintonge et 
d'Aunis, bulletin de la Soci6te des Archives historiques, t. XXI (tgoi), i" Hvr. — 
Bulletin de la Soci6t<^ d'etudes des Hautes-Alpes, kjoo, 4' trimestre. — M^moires de 
r Academic de Stanislas, 5* serie, t. XVII (i 899-190.^). — Societe des Antiquaires de 
Picardie : La Picardie historique et monumentale, n* ; — bulletin, 1899, 2% 3' et 
4* trimestres ; i9(X), i" trimestre. — Academic du Var : Livre d'or du centenaire, 
1800-1900. — Soci6t(i des Antiquaires de la Morinie : Bulletin historique, t. X (1900}, 
4* fasc. — Revue des langues romanes, t. XLIII, n" 5 A 12. — Bulletin de la Society des 
sciences naturelles de Saftnc-et-Loire, nouvclle s^rie, t. VII, n** i et 2. — Bulletin dela 
Soci6t6 languedocienne de geographic, t. XXIII, 3* et 4' livr. — Soci6t6 archdologi- 
que, scientifique et littc^raire de B<iziers, 3* serie, t. Ill, 2* livr. — Anales del Museo 
nacional de Montevideo, t. II, fasc. xvii ; t. Ill, liisc. xvm. — Revue horticole 
des Bouches-du-Rh6ne, 1901, n" 558 et 559. — Bulletin et Memoires de TAcademie 
des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, iSyy-hjoij. — Bulletin de la 
society Les Amis des sciences et arts dc Rochechouart, t. X, n* v. — Stud] e d(icu- 
mcnti di storia c diritto, accadcmia di C(jnfercnze storico-giuridiche, anno XXI, 
fasc. 4.— Bulletin historique du diocese dc Lyon, 1901, n" 2. — Bulletin de la Soci(ite 
de statistique des sciences naturellcs et des arts industriels du d^partement de 
ris6re, 4* serie, t. V uj^^i. — Bulletin de la Commission historique du dt^partement 
du Xord, t. Ill 11849, V (isr>.\ VII ;r8r,3' i XXIV (i9.x>\ — xM^^moircs ct documents 
de la Societe savoisienne d'histoire et d'archcnlogie, t. XXXIX (i90o\ — Bulletin de 
la Societe scientifique ct liiterairc des Basses-Alpes (i90<j), n" 76 A 79. — Academic 
des sciences, belles-lettres et arts de Besans:«m. iH'/j. — Soci6t«l* des lettres, sciences 
et arts de TAveyron, i885, i'* partie, i9<xi, 2* partie. — Memoires de la Soci6t^ 
arch^ologique dc Montpellier, t. II, 2' fasc. — Memoires de la Society archeologique 
de Bordeaux, t. XXII ''i8.)7\ 3* et 4' Hvr. 



Opp^de et ses environs 



FRAGMENTS D'ARCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE LOCALE 



L 

La vallke Di' Caulon. — Soulevemext secoxdaire. 
Lacs. — Station lacustre de Saint-Antoxix, commuxe 

d'Oppede. 

Dans le cours d'un travail de captage d eau, efTectu^ dans la 
parcelle n° 3i du plan cadastral d'Opp^de, quartier de Saint- 
Antonin, le propri6taire, M. R... aper^ut quelques fragments de 
silex, m^lang^s dans les d(iblais extraits par les (mvriers, a la 
profondeur de 2"5o environ. Ces premiers Eclats n'olTraient rien 
de particulier et nul indice ne permettait de supposer que Ton 
puisse faire, sur ce point, une trouvaille interessante quelconque. 
Neanmoins, en quittant ses ouvriers, M. R... leur recommanda, 
£\ tout hasard, de ramasser et de mettre decote tous les morceaux 
de silex que la suite des fouilles mettrait a decouvert. 

On creusait un foss6 et on 6tait arrive, ^ ce moment, d une 
profondeur de 2'"5o. A ce point se terminait la couche de terre 
v^getale superieure. En continuant, on traversait alors une zone 
assez ind6cise et de faible epaisseur, formee par un melange dc 
terre, sable et graviers, au dessous de laquelle on rencontrait 
ensuite une c^paisse couche de sable jaune, prcsque pur ou 
melange de graviers, et dans lequel se trouvaient diss(^mincs des 
cailloux roules de toutes dimensions. 

Cette couche de sable aquif6re, identique commc composition 
ct aspect au lit actuel du torrent du Caulon, distant de 4(X) metres, 
constituait 6videmment I'ancien lit de ce torrent, alors que, ante- 
rieurement d tout d6p6t s(idimentaire de terre arable, il c^pandait 
ses eaux et ses alluvions dans toute sa large vallee primitive. 



i 



l((J MLMOIRKS 

La recommandation dc M. R... fut suivie ; ses ouvricrs mirent 
dc c^lfi et lui apportcrent, trts peu de temps apres, 3() fragments 
dc silex tmuvcs siir une longueur de Utss6 de r'xi a s"" environ, 
ct dont la largeur au fond n'cxcedait pas o'"70 ou o"'8o. Ces silex 
furent rccueillis au dessus de la couche de sable aquifere infe- 
rieure, et au dessous de couche s6dimentaire de terre arable supe- 
ricure. Dans cet apport ne furent pas compris les premiers eclats 
de silex tnmvOs et rejetes dans les deblais. 




Sabla Bquifsre dccc c^ I oua rouie^ 
AK Emplacement des St/ex. 

II importe d'ajouter que M. R..., ayant temptirairement quitt6 
scs ouvriers, n'etait pas present sur les Heux au moment de la 
dticouverte de ces silex, et qu'il ne put pas constater leur mode 
de dissemination dans le sol. Aucun des ouvriers ne sepr6occupa 
de cc detail et ne donna des indications A ce sujet ; ce point 
n'etait pas sans importance, parce que la maniere dont ces 6clats 
6taient dispensers aurait pu fournir quelques renseignements 
compMmentaires int6ressants. 



Quand plus tard lous ces Eclats de silex furent examines atten- 
tivemcnt, apres.leur classement selon leur nuance, il devint Evi- 
dent que onze fragments provenaient du meme bloc. A la suite 
de cette obser\'ation, et guidd; par les veines ou les coloration de 
la pierre, on est parvenu S appliquer tous ces fragments sur les 
faces d'nii ils avaient 6tc detaches. 

La figure i (voir la planche) repr^sente en photographie, mats 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 9 1 

reduit d moiti^ de sa grandeur, ce nucleus de silex reconstitu6, 
dont la hauteur totale est de o'",i24, avec les dix morceaux 
adherents. 

Les vides que Ton y aper(;oit sont produits par Tabsence de 
divers fragments ou Eclats detaches, qui n'ont pas et(^ retrouv^s ; 
ils seraient peut-etre mis au jour par des travaux embrassant une 
plus grande surface. Ces vides prouvent d'ailleurs que le travail 
efTectu^ sur ce nucleus ne s'cst pas borne au seul detache- 
ment des debris trouves. 

L'examen des eclats decouverts et de leur superposition sur le 
nucleus a fait comprendre les diverses operations de clivage dont 
il a et6 Tobjet, et on en a facilement d(^duit I'ordre successifdc. 
leur detachement, ainsi qu'on va Texpliqucr. 

La figure 2, qui montre le nucleus avec six morceaux separ^s, 
permet d'ailleurs de saisir I'cnsemble de ce travail et de sc rendre 
compte de son execution successive. 

Le gros morceau A a ete le premier fragment detache : la preuve 
en est qu'il faut d abord enlever cette partie du nucleus, pour 
mettre d d^couvertle point de frappe, au moyen duquel on a separe 
le morceau B, lequel doit 6tre egalement enlev^, afin que les 
autres 6clats puissent avoir 6te disjoints. 

Le morceau B a 6te le second eclat detache apr^s A, attendu 
que si ce dernier morceau couvre le point de choc qui a s^parc B, 
une des faces de celui-ci recouvre aussi, de son c6td, le point de 
choc et de d(^tachement des autres fragments. 

Cette pi6ce B ao",078 de longueur totale ; elle semble constituer 
un veritable racloir qui, par suite de Tenl^vement de deux eclats 
(dont le d6tachement pourrait etre ant^rieur A celui des morceaux 
A et B), se trouve bien en main et facile A tenir. C'est parce que, 
avec ce fragment de silex, on ferait le meme travail qu'avec I'outil 
arrondi appel6 echarnoir, servant a detacher des cuirs tous les 
debris de chair ou de graisse rest^s adhc^rents a la peau, apres 
le d^pouillement d'un animal, qu'on I'a ainsi denomme. 

Ce racloir qui, au besoin, pourrait aussi etre employ^ comm3 
instrument tranchant, a ete dc^tache du nucleus par un coup 
frapp^ a la face posterieure, a un point B\ Ce coup nc parait pas 
avoir et6 frapp^ directement ; d'apres Taspect du point de choc, 
il semble que Touvrier a du se servir d'une pierre dure et pointue 
comme d'un burin, afin d'assurer la percussion sur un point bien 
fix6 et, sans doute, pr6alablement determine. 

Le morceau de silex inscrit sous le n** 23, fig. 3, reunit touted 



()2 MEMOIRES 

les conditions d'un instrument de I'espece ; comme on Ta trouv6 
sur le meme emplacement et qu'il est emousse, ou peut supposer 
qu'il a servi d cet usage. 

II ne faudrait pas conclure de ce qui precede, que Touvrier, en 
clivant ce silex, a voulu en detacher un racloir.ix Texclusion d'un 
autre outil quelconque ; ce serait une erreur. A cette p^riode, 
rhomme savait, par experience, que certains Eclats de silex 
etaient tranchants ; se rendant compte des services que pou- 
vaient lui rendre des Eclats de Tesp^ce, il devait done probable- 
ment chercher a detacher, d'un nucleus de silex, des fragments 
ow morceaux susceptibles de lui etre utiles. Lorsque, dans un de 
ces eclats, detache un peu au hasard, il reconnaissait une forme 
avantageuse, il s'en servait. Dans certains cas, il achevait m^me, 
au besoin, de facjonner de son mieux ces fragments, pour les 
rendre le plus apte possible a I'usage auquel on les destinait. 
Cette observation semble justifiee par la difference des deux 
pointes de fleches n''" 3 et 5 (fig. 3), dont le n" 5 montre un degre 
d'achevement sup^rieur d celui du n° 3. 

Comme les divers instruments en silex taille ne peuvent jamais 
avoir la meme forme, pour le m^me emploi, ce n'est en r^alite que 
par leur usage presume qu'on les distingue et les qualifie, en 
appelant coiiteau, tout ce qui peut servir d couper ; racloir, les 
eclats paraissant servir a racier ; poin(;on, les morceaux pointus 
capables de percer des peaux, et pointes de fleches, les fragments 
susceptibles de servir de dard a ces armes. C'est done sous la 
reserve de ces observations, que Ton donne a ces fragments de 
silex une designation correspondante d leur usage presume. 

Apres avoir enleve le morceau B, dont le chiffre iv sert de signe 
de raccordement [voir fig. i et 2), Touvrier a probablement place 
la pointe de la pierre qui lui servait de burin (voir fig. 3, n° 23), 
sur la section du nucleus ainsi mis a d^couvert, au point c', et en 
a ainsi detache la partie superieure. Ce fragment, qui n'a pas ete 
trouve dans les fouilles effectu^es, doit etre classe comme le troi- 
sieme ou le quatrieme, parce que sur la paroi mise d decouvert 
par I'enlevement du fragment B, il y a deux points de frappe, 
dont Tun a s^pare cette portion superieure du nucleus et Tautre 
a disjoint 1 eclat E. 

Si on est ainsi bien certain que ces deux morceaux occupent le 
troisieme et le quatrieme rang, dans Tordre successif du clivage, 
il faut ajouter que Ton n'a aucun jndice permettant de leur assi- 
gnera chacun, avec certitude, un num^ro d'ordre special. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 98 

Apres avoir separe ces quatre morceaux, Touvrier semble avoir 
change sa methode de travail, et parait avoir alors frappc directe- 
ment sur le bord de la section sup^rieure du nucleus, aim d'en 
detacher des (Eclats verticalement, ou de haut en has, dans le 
sens de sa longueur. Avec ce nouveau genre declivage, il aenleve 
successivement, d'abord le morceau D, qui se superpose sur un 
fragment du groupe F ; en second lieu, les trois (Eclats du groupe F, 
qui se tiennent en se recouvrant Tun Tautre, ensuite les frag- 
ments 6 et VI et un 6clat qui se trouve entre ces deux derniers 
morceaux. 

Continuant le m^me travail, I'ouvrier a detache encore succes- 
sivement tous les fragments qui manquent, et dont I'emplacement, 
figurant en creux sous les morceaux ci-dessus, prouve clairement 
que leur enlevement est posterieur aceux-ci. Tel est Tordre suc- 
cessif du travail de clivage que dec^lent les Eclats trouves. 

Le morceau D, d'une longueur deo'",i02 (fig. 2;, constitue evi- 
demment un couteau, c'est-a-dire un eclat qui a dii ou a pu etre 
utilise comme un instrument tranchant, attendu qu'il est bien en 
main pour cet usage, surtout si en voulait sen servir pour enlevcr 
la peau du cadavre d'un animal tu6. Dans la figure 2, cet instru- 
ment a et(!: photographie le tranchant en bas et le manche en 
haut, parce qu'il se trouve dans cette position lorsqu'on le separe 
du nucleus. 



• • 



L'etude de ce nucleus, le nombre et Taspect des fragments en 
provenant, les traces laissees par les chocs d'eclatement et leur 
disposition, ainsi que la superposition des (Eclats, entrainent ainsi 
la conviction absolue qu'une main intelligente et industrieuse a 
elTectu^ ce travail, tantOt par chocs directs, tantot en se servant 
d'une pierre pointueen guise de burin. Le travail de I'homme 
pr6historique,anterieurement aux depots sedimentaires, peut ici 
etre d'autant moins mis en doute, que les silex des figures i et 2 
ne sont pas les seuls decouverts au meme endroit. 

Tous les fragments de la figure 3 ont <^te, en efiet, trouves au 
meme point, et leur couleur, ainsi que leurs contextures difie- 
rentes, prouvent que le travail de la taille des silex s'est exerce sur 
des blocs ou nuclei divers. Tous ces eclats sont en general isoles, 
c'est-a-dire qu'ils ne se rejoignent pas entre eux, exccpte Ic 
num^ro 25, qui est compost par deux fragments reunis. 



94 MEMOIRES 

Si on veut bien remarquer que la surface explor^e, a roccasion 
de ce travail d'ouverture de fosse, n'a pas d(^pass(^ deux ou trois 
metres carres, il semble que Ton est en droit de dire, sans etre 
tax6 d'exage ration, que Ton a peut-etre rencontre lemplacement 
d'un atelier de taille de silex, et que les fragments mis au jour 
auraicnt ete probablement plus nombreux, si les fouilles avaient 
embrasse une plus grande surface ou si au d^but on s'^tait dout6 
de leur interet. II faut ajouter aussi, que le nombre des eclats de 
silex, sans forme reguliere et sans emploi prc^sume possible, 
trouves sur le meme point, est une preuve que la taille des silex 
par rhomme prehistorique etait tr6s aleatoire, et que si, dans un 
meme nucleus, il pouvait trouver parfois plusieurs eclats utili- 
sabl^s, par contre les fragments detaches d'un ou de plusieurs 
blocs et sans emploi utile etaient, en somme, bien plus nombreux. 



m • 



En examinant tous CCS divers morceaux de pierre, on peut se 
demander pourquoi des eclats de silex presumes utiles se sont 
trouves m^lang^s, sur le meme point, avec des fragments inutili- 
sables. N'y aurait-il pas la quelque chose d'anormal ? II semble, 
en efTet, que I'homme prehistorique aurait du mettre soigneuse- 
ment de cote, au fur et a mesure, les fragments tels que le racloir 
B et le couteau D (fig. 2), comme les points de fkches n**" 3 et 5 et 
le poin(;on n" 4 (fig. 3), si ces eclats avaient pu reellement lui etre 
utiles. 

Enfin, est-ce que le melange de tous ces morceaux de silex, 
trouves ensemble et sur le meme point, ne peut pas devenir, 
dans la circonstance, un argument contre Thypoth^se 6noncee 
ci-dessus, relativement a la qualification deces fragments, d'aprds 
leur utilite ou leur emploi presume ? 

En semblable mati^re, et surtout vis-a-vis d'objets se rappor- 
tant ci des epoques si cloignees, toutes les suppositions sont 
possibles, et toutes les hypotheses sont permises. Mais si on entre 
dans cet ordre d'idcies, la logique va conduire a d'etranges 
conclusions. En eflet, comme on ne peut pas avoir la preuve 
complete que I'homme prehistorique ait volontairement tailld 
dans des blocs de silex des couteaux, des racloirs, des poinc^ons, 
etc., pour s'cn scrvir, il faudra nccessaircment conclure de la 
dccouvcrte dc tous ces fragments de silex melanges, ou que 
rhomme de cette periode cassait des silex sans aucune raison, 



DE L academil: de vaugluse 9D 

ou bien que tous ces c^clats divers, trouves melanges ensemble, 
sont le resultat du hasard ou d'un cas fortuit. 

Mais si on faisait la preuve demandee pour quelques-uns de 
ces eclats, celle-ci ne serait-elle pas faite pour tous? Or, il faut 
remarquer que Ton n'a pas seulement decouvert les fragments 
D, couteau, B, i*acloir (fig. 2) et le poin^on n" 4 (fig. 3), vis-^-vis 
desquels le champ des hypotheses peut etre considere, au besoin, 
comme illimitd ; on a trouve aussi deux pointes de Heche en 
silex n"" 3 et 5 (lig. 3) et, a cet e^gard, on va pouvoir invoquer une 
preuve materielle, devant laquelle aucune contestation n'est pos- 
sible. C'est la vert^bre d'animal traversee par une pointe de 
fl^che en silex, que Ton peut voir au musee lapidaire d'Arles-sur- 
Rhone. 

Voild un fait materiel et incontestable ; il prouve d'une 
fa<;on irrefutable que Thomme prehistorique se servait, comme 
arme de chasse, de Heches a pointes de silex. Voila la preuve 
evidente que les pointes de fleches en silex sont un produit 
volontaire et utile de I'industrie de Thomme prehistorique ; voila 
enfin la demonstration, aussi complete que possible, que les 
eclats de silex, ayant la forme de pointe de fl6che, quoique trouves 
en melange avec d'autres eclats inutiles, n'en sont pas moins des 
instruments utiles, fabriques volontairement par I'homme pre- 
historique, et pour Tusage auquel ils paraissent destines. 

Et maintenant, pourquoi ce qui est vrai pour les pointes de 
fleches ne serait-il pas vrai pour les couteaux, les racloirs et les 
poincjons? Toutes les probabilit^s sont la ! 

Le fait materiel de rcmpk)i de fleches a pointes de silex entraine 
avec lui bien d'autres deductions. II faut observer, en eflet, que 
des fleches armees d'une fine pointe de silex, tres aceree, mais 
aussi tres cassante, ne pouvaient etre employees, avec succes, que 
pour la chasse et la destruction des animaux de taille mediocre 
ou petite, dont la peau n'oflraitni une grande epaisseur, ni une 
forte resistance. Or, apres avoir iu6 un animal de Tesp^ce, 
rhomme prehistorique devait evidemment le dcipouiller de sa 
peau, pour se nourrirde sa chair, et on conviendra sans peine 
qu'un instrument tranchant quelconque lui etait, dans ce cas, un 
auxiliaire tres utile pour une semblable operation. Ensuite, a 
moins d'abandonner et de dedaigner la fourrure de ces animaux, 
il devait la preparer pour s'en servir de vetement ou de parure, 
et, dans ce cas encore, un instrument de raclage lui etait d'un 
grand secours. Enfln, si les animaux tues etaient de petite taille, 



n6 MEMOIRES 

leurs depoLiillcs ne pouvaient pas etre grandes, d'oii obligation 
d'en r^unirplusieurs ensemble pour lesutiliser; mais,de la aussi, 
necessity absolue d'un poincjon pour les assembler, c'est-a-dire 
les joindre et les coudre les unes avec les autres. 

Si done il est incontestable, malgre I'absence de preuves mate- 
rielles, qu'un couteau, un racloir et un poin^on pouvaient etre 
des outils, en quelque sorte indispensables ^ Thomme, precise- 
ment comme consequence de Tusage prouv^des pointesde fleches 
en silex, n'est-il pas logique d'appeler couteau, racloir ou poinfon, 
des eclats de silex capables de servir a couper, racier et percer, 
quoiqu'il ne soit pas possible de fournir aucune preuve certaine 
ou mat^rielle que ces morceaux de silex ont ete des outils meri- 
tant les noms ci-dessus, pas plus qu'on ne pourrait prouver, dans 
le cas de Taffirmative, qu'ils ontet6 rtellement employes ^ I'usage 
indique par ces d(!inominations. Mais est-ce que la seule absence 
d'une semblable preuve, impossible d faire, peut suffire pour 
combattre de pareilles probabilites ? 

Le poin^ondeo",o6de longueur, n** 4 de la figure 3, meriteenfin 
une derniere observation sp^ciale. Nul ne contestera que ce frag- 
ment de silex, taill^ a plat sur deux faces, de telle sorte qu'il ne 
tourne pas dans la main, et suffisamment pointu pour percer du 
cuir, sans se briser sous TefTort n^cessaire pour ce travail, ne soit 
un instrument tres bien approprie a cet usage exclusij. Or, si on 
Texamine avec attention, on constate que certaines aretes de la 
pointe paraissent leg^rement emoussees, tandis que les angles de 
la portion plus large, et pouvant etre consid^r^e comme le man- 
che, sont a vif. Est-ce la preuve que ce poincjon a servi? Est-ce a 
Tusage ou a toute autre cause qu'il faut attribuer ce fait? Nul ne 
pourra evidemment jamais elucider ce point de detail, qu'il conve- 
nait cependant de signaler. 






Apres ces explications, desquelles il resulte, d'une fa^on evi- 
dente, que ces Eclats de silex sont le resultat d'un travail volon- 
taire et intelligent de Thomme prehistorique et prouvent son 
existence a cette epoque, il convient de rechercher la cause pro- 
bable du melange de tous les fragments inutiles avec les Eclats 
presumes utilisables. 

La couche de sable et graviers, melangee de cailloux roul6s de 
diverses dimensions, au-dessus de laquelle on a trouve ces silex, 
etant Tancien lit du torrent du Caulon, dans lequel on rencontre 



DE lVcademie de vaucluse 97 

actuellement de nombreux cailloux et blocs de silex roules, on 
peut supposer qu'a une periode de basses eaux, rhomme prehis- 
torique a taille ces silex sur les Heux niemes. Puis, que, dcirange 
dans son travail par urte Cause iriconnue, il s'jn est eloigne, en 
abandonnant, sur place, pele-mele et endesordre, tous ces eclats, 
avant d'avoir eu le temps de les choisir, et qu'il n'est plus jamais 
revenu en cet cndroit. Tel est le concours de circonstances qu'il 
faut supposer, vis-a-vis de I'homme. Mais cela ne serait pas encore 
suffisant. 

Ces eclats de silex, dont quelques-uns sont tres legers et tres 
fragiles, sont restes intacts, ce qui prouve qu'ils n'ont jamais ete 
roules ni deplaccis par les eaux. Ce fait materiel oblige done 
d admettre d'abord que les eaux torrentielleset rapidesdif Caulon 
n'ont plus coule sur ce point, depuis le moment de la taille de ces 
silex jusqu'^ la formation du d6p6i sedimentaire de terre arable ; 
et, en second lieu, que les eaux ayant form6 le depot de 2'",5o de 
terre vegetale sont arrivc^es, sur ce point, d'une fa^on assez calme, 
pour ne pas agiter ces eclats. 

Tel est Tensemble des conditions supplementaires qu'il faut 
6galement accepter, malgr6 leurs difficultes d'applications. 

Si, par suite, on rejetait cette hypothese, on serait alors force 
de supposer que rhomme prehistorique a taille ces silex sur le 
plancher d'une habitation lacustre ou d'une hutte, situee sur un 
radeau (i), et qu'un accident fortuit a occasionn^ leur chute dans 
Teau. On comprend que, dans ces conditions, tous les eclats ont 
du se trouver forc^ment r^unis pele-mele, sur un m6me point, 
et qu'ils y ont ^ie ensuite recouverts ensemble par les depots 
s^dimentaires successifs. Cette hypothese, si simple, expliquerait 
tout. Ce serait m^me la seule solution admissible, s'il 6tait 
demontre qu'il y a eu jadis des lacs dans la vallte du Caulon. 

C'est done I^ le point interessant a expliquer, et, quoiqu'il 
n'ait jamais et6 signale parlesg^ologues, il ne se heurte cependant 
^ aucune impossibility naturellc. 

Si on examine la vivacite des aretes de tous ces eclats de silex et 
la petitesse de certains d'entre eux, on arrive a cette conclusion, 
que ces fragments n'ont jamais ete roulds ni dc^places par les 
eaux, et n'ont, par consequent, jamais subi Taction d'une eau en 
mouvement. Ce fait materiel exclut ainsi les eaux debordees du 

T; On laisse de c6t6 Thypothtisc U'un canot, d'abord parce qu'il n'est pas prouve 
que rhomme prehistorique en ail consiruil et fait usage, el, d'autre part, parce que 
cetle supposition ne modifierait en rien les conclusions au point de vue gdologique. 



Cf, MEMOTRES 

torrent du Caulon, C(.»mme agent de formation de la couchc do 
terra arable de 2"\5() d'epaisseur, au-dessf)us de laquelle on a 
trouve tous ces sllex reunis. D6s lors, si cette couche de terre 
vegetale n'apas pu etre formee par Teau courante du torrent du 
Caulon, il faut absolument quelle soit le resultat des sediments 
d'une eau tranquille, c est-il-dire lacustre. Mais si c'est uniquc- 
ment £1 letat de depot, au fond d'un lac, que ces silex trouvent 
rt^unies toutesles conditions de leur recouvrement par une couche 
de terrain sedimentaire arable de 2'"5(), il rcssort alors de ces 
observations, basecs sur des faits constants, la preuve qu'il y a 
eu, sur ce point de la vallee du Caulon, un amas d'eau tranquille, 
c'est-c\-dire un lac. 



Pour elucider a fond cette question, il semble necessaire d'in. 
diquer encore brievement les conditions dans lesquelles il peut se 
constituer un amas d'eau tranquille, tel qu'un lac. 11 faut, pour 
cela, soit un affaissement du sol au-dessous des terrains envi- 
ronnants,ce qui dc^termine une cuvette oil I'eau sejourne, ou bien 
la formation d'un barrage ou d'une digue transversale retenant 
les eauxet elevant ainsi leur niveau au-dessus de la surface du 
sol. Comme les silex ont etc trouves a peu pres sur la couche de 
sable et graviers formantl'ancien lit du torrent du (Caulon, dont le 
lit actuel, situe a 4(xj metres environ, est maintenant a un niveau 
un peu inferieur, il resulte de ces faits la preuve que, sur ce point, 
il ne s'est produit aucun atTaissement des terrains. Des lors, pour 
que leseaux aient ete assez sureleveespour deposer, au-dessus de 
Tancien lit du Caulon, une epaisseur de terraiw sc^dimcntaire de 
2'"?o, il a ete absolument necessaire qu'un barrage transversal de 
la vallee ait arrete Tecoulement naturel des eaux du torrent, et en 
ait eleve le niveau, au moins a cette hauteur. Ce travail n ayant pu 
etre efTectue par la main de I'homme, ne peut etre attribue qu'ili 
une modification geologique du sol. 

Si on veut bien remarqucr que la vallee du Caulon a ete d(^ter- 
minee par les grands soulevements du Luberon, du Ventoux et 
des monts de Vaucluse, qui, d'apres Scipion Gras (i), sont con- 
temporains et se rapportcnt a la meme periode geologique, il 
devient incontestable que tout autre soulevement du sol, dans 

r Description ftcoUt^ii^uc Ju Jcf.\irtement Jc Vjuclusc. p. i<». 



t 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 99 

cette vallee, constitue un phenomene geolog-iquc dilKrent et pos- 
terieur(i). Telles sont les deductions qui sc tiennent ct s'cnchai- 
nent forc^ment. 

Le soul6vement posterieur, partiel ou local, d)nt il est ici ques- 
tion, n'a jamais ete signale par les gcologues, probablement 
parce que n ayant donne naissance qu'^l des collines peu elevces, 
il n'a pas pr^sent^ de dislocation, ni des fractures de couches 
stratigraphiques pouvant servir de point de repere ou de recon- 
naissance. D'autre part, comme ce soulevement n'a dilTere du 
pr(^c(bdent que par sa direction ct a agi sur les memes terrains, 
qui constituaient deja les ramifications des montagnes voisines, 
il est facile de comprendre comment il a pu etre, par cela memc, 
confondu avec le soulevement principal du Luberon et du Ven- 
toux, et compris dans une seule et meme revolution geologique. 

II ne faudrait cependant pas supposer que ce soulevement s'est 
borne d la constitution d'un seul barrage transversal de la vallee 
du Caulon, entre Robions et la tour de Sabran ou plus en amont, 
vers les derniers contreforts des collines venant de Gabrieres et 
deMaubec, pour former le seul depot d'alluvion deSaint-Antonin. 
La mttne convulsion geologique semble semble s etre fait sentir 
depuis le Pont-Julien jusqu'aux collines de Lagnes. C'est a son 
action, qu on peut rattacher le soulevement des collines secon- 
daires du Devens, de Goult, de Notre-Dame des Lumieres, des 
Beaumettes, de Picordon et de Saint-Peyre, sur la rive droite du 



11' II n'esl pas possible d'expliquer lous les phenomenes constates, au moyen du 
seul et unique soulevement des montagnes du Luberon et de Vaucluse, mCine en 
admettant que les ramifications lat(}rales de ces montagnes, en se rejoignant, aient 
pu constituer un ou plusieurs barrages, ayant donn6 naissance A un ou plusieurs 
lacssuccessifs.il faut remarquer, en effet, que les eaux du torrent, en s'epandant au 
fond de la cuvette d'un lac primitif, ont pu y deposer une premiere couche de sable 
avec des cailloux roules. Mais, d<^s qu'un certain volume d'eau a 6t<i retenu dans 
cette cuvette, ce liquidc a fail obstacle au courant du torrent, dont les eaux,perdant 
alors leur vitesse et leur force de transport, ne pouvaient plus di'^seminer au loin 
do gTOS cailloux roules. La presence de ces cailloux, dans toute I'epaisseur dc la 
couche sableuse, devient ainsi la preuve de sa formation par une eau en mouve- 
ment, c*est-d-dire courante,ce qui nepeut se produire que dans une vallee continue, 
ouverte et sans barrages. 

Enfin, en admettant des lacs provcnant du premier soul<^vement, aprcs la rupture 
des barrages de retenue, laissant un libre cours aux eaux, il n'aurait pas pu se 
ddposerdes terrains de sediment a 5our> metres au-de^susdu niveau du litdu torrent, 
et ces d<ip6ts ne devraient 6tre formt^s que par des vSables, des graviers et de gu^s 
cailloux roules, parce que ce sont U les matiOires dont le Caulon forme scs alluvions. 
L'existence de strate de terre arable, sans gros cailloux roules, ct ayant par conse- 
quent une autre urigine que les alluvions ordinaircs du torrent du Caulon, impose 
les conclusions relatives a un soul^lJvement secondairc. 



« 
« 




Caulon, ainsi que dt:smamelons voisins i 
des Artemes, de 1' Auziere, de Roque-Vent' 
Flaux, sur !a rive gauche de ce torrent, l- 
en se rejolgnant, ont dti conslituer plusi'. 
la vallee. Ceux-ci, en retenant Icseaux, uni 
d des lacs successifs plus ou moins cten^ 
se sont ensuitc deposes les terrains de bl\ 
plaines de Bonnieux. de \otrc-Dame des Lun 
des Beaumettes et d'Oppede [i'. 



Puisque ces grands depots de terrains s6di 
preuve de Texistence, anterieure de nombreux 
■quille, c'est-a-dire de lacs successifs, superposit' 
Caulon, et relies par des cascades de ce cnurs d 
done plus contester le fait de la possibilito d'une 
a Saint-Antonin, sans rejeter en mfeme tLimps 
phenomene geologique qui aurait donn6 naissai. 
Mais alors, comment expliquerait-on la format ion 
depots sedimentaires, en dehors de ces lacs et d'un 
secondaires (•>)? 

On a vu que les silex en question ont ttii truuves .. 
toute la couche des terrains s6dimentaires, c'est do 



(i) Bienque la forte penie de la valine du Caulon, variant de 4 i 6V.. 1 
les diffiiiences d'aliilude des plaines de Bonnieux ■ 160" . de Goull (i. 
(i35") el deRobion (•)5->, resilience prihistoriquede barrages nalurels, 
superposes, I'expliquerail encore tnieux. 

;a; C'est vainement que I'on voudrait expliquer ct juslifiLT, par les i 
torrent du Caulon, en lemps de crues. la formation de la couche de ten 
g-Sod'^paisseur, deposiesur ces silex, parce que, comme ces fragments si 
deiicats n'ont jamais Hi bouleversiis, on a ainsi la preuve que Teau ayani 
premiere straie est arrivie sans vitesse, hypothOse que la penle de la vail 
5 p."/.. rend absolument inadmissible, vis-4-vis du torrent du Caulon. ( 
d'autre part, expliquer que, avanl le ddpot des silex, I'eau du Caulon ait de 
ce point une couche de sable avec de gros cailloux, routes et que Its diipots u 
ne soient constiluiis que par de la terre arable, qui semble provenir des mo 
voisines, avec pen de sable et point de grus cailloux roules ? Tel est le chan. 
inexplicable par rhypothfise ci-dessus. Puisque les depots successifs son! s. 
rents, il faut que les conditions de leur formation soient dissemblables. 

Quoiqu'on n'ait pasconstotii la pr.;sence de fossiles d'eau douce. Huviatil. 
lacuslres, dans les terrains recouvrant ces silex. leur absence ou leur presence ne 
pas devenir un arg-umenl relativement au mode de formation 
vionnaire de ce diSpOt. parce que, dans les deux cas. c'esl tciu 
torrent du Caulon, qui aurait etS leur cause agissante. 



tmm^ia^ 



i VAUCLUSE KO 



jivaient, en general, la direction 

ice montre que les chemins se 

oeaucoup des voies de commu- 

subsistent encore a Tetat de che- 

nombre d'entre elles semblent 

Ic nouvelles routes modernes ont 

-•nt. Comme consequence de ces 

Lit done affirmer qu'a (^galite de 

de vue de Tepoque romaine, le 

\pt et Cavaillon, representera, en 

la direction qu'a du suivre la voie 

js de ['application de cette propo- 

- deux itineraires de Milan ^ Aries et 

.jue des inscriptions des vases Gadi 

./ Julia (Apt) et Cabellione ou Coalline 

romaine, de xxii milles (i) ; les tables 

! indiquaient xxiv milles (2). Le mille 

vca i,48i'"5o, il s'ensuit que la distance 

lit, par la voie romaine, de 32,598 ou de 

bien consid^rer que I'emplacement des 

■A aillon n'a pas change depuis I'epoque 

entre ces deux villes est, approximative- 

■ 28,500 metres ; que par un chemin car- 

lle est d'environ 3o,6oo metres etque par 

^ longue, elle est de 82,400 metres, on sera 

ic les deux indications de xxii milles 

OS (35,556™) sont ^galement erronees,puis- 

j le plus long parcours, d'apr^s les routes 

I existantes. 



le 755 toises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g^n^ral 
le pas aura^ done i"48, ce qui donnerait pour mille pas 
J fixe le mille romain A i,484"5o, Littr6 lui donne seule- 
^isM. Ernest Desjardins estime qu'il doit 6tre 
•ul semble aujourd'hui gen^ralement admise 
les tables de Peutinger portent xii d'Apt 
I. Ernest Desjardins a d6ja reconnu que 
plus loin que la distance de ad Fines A 
\ milles seulement. 



100 MEMOIRES 

Caulon, ainsi que desmamelons voisins de la Begude.des coUines 
des Art6mes, del'Auzi^re, de Roque-Ventouse, des Sabliercset des 
Plaux, sur la rive gauche de ce torrent, et dont les ramifications, 
en se rcjolgnant, ont du constituer plusieurs barrages a travers 
la vallee. Ceux-ci, en retenant Ics eaux, ont alors donne naissance 
a des lacs successifs plus ou moins etcndus. au fond desquels 
se sont ensuite deposes les terrains de sediments des plans ou 
plaines de Bonnieux. de Xotre-Dame des Lumieres et de Maricamp, 
des Beaumettcs et dT)ppede (i). 



« • 



* 



> 



Puisque ces grands depots de terrains sedimentaires sont la 
preuve de I'existence. ant6rieure de nombreux amas d'eau tran- 
quille, c est-a-dire de lacs successifs, superposes dans la valine du 
Caulon, et relies par des cascades de ce cours d eau, on ne peut 
done plus contester le fait de la possibilite d'une station lacustre 
a Saint-Antonin, sans rejeter en meme temps Thypothese du 
phenom6ne geologique qui aurait donne naissance a ces lacs, 
Mais alors, comment expliquerait-on la formation de ces grands 
depots sedimentaires, en dehors de ces lacs et d'un soul^vement 
secondaires (2) ? 

On a vu que les silex en question ont 6i(!t trouves au-dessous de 
toute la couche des terrains sedimentaires, c'est done que leur 



,1 i Bicn que la forte pente de la vallee du Caulon, variant de 4 A 6'/.. puisse justifier 
les difftirences d'altitude des plaines de Honnieux > uV)- , de Goull (i40*.\ d'Opp6de 
(i35-i et de Robion (95- . Texistence pr^historique de barragrcs naturels, successifs el 
superposes, Texpliquerait encore mieux. 

2' C'esl vainemenl que Ton voudrait expliquer el justifier, par les alluvions du 
torrent du Caulon, en temps de crues, la formation de la couche de terre arable de 
2"5o d'tipaisseur, deposee sur ces silex, parce que, comme ces fraj^ments si legers et si 
d^licats n'ont jamais 6te bouleverses, on a ainsi la preuve que I'eau ayani depose la 
premiere strate est arriv^e sans viicsse, hypothcse que la pente de la valine de 4 4 
6 p. •/',. rend absolument inadmissible, vis-A-vis du torrent du Caulon. Comment, 
d'autre part, expliquer que, avant le depot des silex, I'eau du Caulon ait d6pos6 sur 
ce point une couche de sable avec de groscailloux, roulcset que les d«ip6ts ultdrieurs 
ne soicnt constitucs que par de la terre arable, qui semble provenir des montagrnes 
voisines, avec pcu de sable et point de f,^r<)s cailloux r(»ules> Tel est le chanffement 
inexplicable par I'hypothOse ci-dessus. Puisque les depots successifs sont si diffti- 
rents, il faut que les conditions de leur formation soient dissemblables. 

Quoiqu'on n*ait pas constate la prc-sence de fossiles d'eau douce, fluviatiles ou 
lacustres, dans les terrains recouvrant ces silex, leur absence ou leur presence ne peut 
pa«^ dcvenir un arjjrument relativcment au mode de formation st^dimentaire ou allu- 
vionnaire de ce depot, parce que, dans les deux cas, c'est toujours la mfemc eau du 
torrent du Caulon, qui aurait etd leur cause a^issante. 



DE l'academi£ de vaucluse ioi 

d^pot est anterieur ou contemporain des premiers sediments. 
Dans rhypothese presentee, la station lacustre daterait done de 
r^poque meme de la formation des lacsde la vallee du Caulon. 

Comme au sujet de cette station lacustre, fournissant seule 
I'explication de tous les faits se rattachant a la d(icouverte de ces 
silex, Tabsence des palafittes (dont un hasard fera peut-etre plus 
tard d6couvrir quelques restes ou quelques traces) peut laisser 
subsister certains doutes, il convient de faire remarquer la diffe- 
rence qu'il y a entre les lacs demeur^s en cet etat et ceux desse- 
ches, comme les lacs du Caulon. Pour les premiers, dont le fonds 
n'a jamais subi de changement de I'espece, les palafittes immer- 
ges constituent la preuve necessaire des stations lacustres ; mais 
il n'en est pas de meme pour les autres, par suite des considera- 
tions suivantes. 

Lorsque, a la suite d'line cause quelconque, une debacle se 
produisit, operant la rupture dc toutes les digues transversales 
dc la vall(^e, et que le torrent du Caulon. eut repris son ancien lit, 
r^coulement forc6 de toutes les caux retenues, et constituant les 
anciens lacs, eut pour efTet de mettre leur fond 4 sec ; par conse- 
quent, les palafittes qui soutenaient les planchers des habitations 
lacustres, au-dessus du niveau des eaux, resterent a d^couvert 
au-dessus du sol. Comme ces troncs d'arbres etces pieux, ainsi 
exposes aux influences de fair, se sont evidemment decomposes 
avec le temps ou bien ont etc coupes pour etre bruies ou meme 
arraches, a cause de leur gene pour I'execution de travaux de cul- 
ture du sol, il n'est pas etonnant que, dans de semblables condi- 
tions, on n'en trouve pas de vestiges. Telles sont les raisons pour 
lesquelles, vis-a-vis de ce terrain, fond d'un ancien lac desseche, 
fabsence de palafittes ne peut pas etre invoquee comme un argu- 
ment decisif, pour contester Thypothese d*une station lacustre. 

Les deductions ci-dessus, resultant de fetude de silex tallies, 
trouves a 2"5ode profondeur dans le sol, sous une couche de 
terrain d'alluvion, et appuyees de certains autres faits materiels, 
paraissent ainsi irrefutables. Elles prouvent done aussi bien 
un phenomene geologique, non encore signaie et special k une 
partie de la valiee du Caulon, que Texistence des hommes prehis- 
toriques dans la region et leur mode d'habitation lacustre, que 
Tabsence de grottes ou de cavernes, dans ce quartier, semblerait 
d'ailleurs justifier. 



\02 MKMOIRKS 



II. 



La voiu: romaixe extre Apt et Gavaillon. 
— La statiox aJ Fines, sur le territoire de la commune 

i)E Mexerbes. 

I. — Observations generates. 

En archeologie, la critique est en general tr6s aisee, parce qu'il 
est plus facile de contester une assertion que de fournir la preuve 
du contraire. Cela se verifie surtout vis-a-vis des petits details 
d^histoire locale, qui sont d'autant plus d^battus, que, A cause de 
leur peu d'importance, nul n'a jadis song6 d en prendre note. 
Tel est, par exemple, le cas des diverses directions indiqu^es 
pour le trace de la voie romaine entre Apt et Gavaillon, et de Tin- 
certitude ou Ton se trouve encore aujourd'hui sur remplacement 
veritable, ou meme le plus probable de la station ad Fines, situee 
entre ces deux villes. 

D'apr^s les documents anciens, itineraires d'Antonin, tables 
th^odosiennes de Peutinger, vases Gaditaires ou Apollinaires de 
Vicarello, il est incontestable que la voie romaine, allant de Milan 
ti Aries, passait d Apt et a Gavaillon, et avait, entre ces deux 
villes, une station intermediaire, designee sous le nom de ad Fines, 
En presence de deux faits aussi certains, comment peut-il se faire 
que Ton ignore Templacement de cette station, et que Ton soit 
m6me encore ind^cis sur la question de savoir, si la voie romaine 
suivait la rive droite ou la rive gauche du Gaulon, ce qui augmente 
rincertitude relativement a la situation de la station ad Fines ? 

La raison en est qu'a Texception du pont Julien, il n'existe 
actuellement, d'Apt a Gavaillon, aucun vestige ou ruine de 
construction romaine (i) pouvant justifier une conjecture. Pas 
plus sur la rive droite que sur la rive gauche du Gaulon, on n'a 
trouv(^ desbornes miliaires, des tombeaux, des ruines de temples 



(i) Avant i852, il existait sur le ruisseau du Valadas ou riaou de Saint- An tonin, 
commune d'Oppdde, unancien pont rdpute pontromain, mentionn6 dans un actede 
1408; ce vieux pont a 6te detruit et reconstruit en i852, lors de la refection de la route 
de Mdnerbes k Gavaillon. 



DE lSvcademik de vaucluse io3 

votifs. etc., de telle sorte que les diverses hypotheses presentees 
a ce sujet, ne sent jamais corroborees par aucune preuve mate- 
rielle. 

Dans cette incertitude, et comme la direction d'un chemin 
quelconque depend, en general, de la topographie delacontree 
traversee, il semble que c'est uniquement au moyen de Texamen 
approfondi du terrain, que Ton peut d'abord determiner le meil- 
leur trace possible et en demontrer ses avantages sur tous les 
autres. De plus, si la direction ainsi designee se trouve indiqu6e 
sur le terrain par un ancien chemin, encore actuellement caros- 
sable et passant par un emplacement reunissant toutes les condi- 
tions exigees pour Tetablissementd'une station, il semble que de 
cet ensemble de faits materiels, il doit en resulter une preuve suf- 
fisante pour imposer et entrainer la conviction sur ce point. 
C'est ce qu'on va essayer de faire ressortir dans cette etude. 



« 



La vicinalite romaine comprenait trois classes de voies de 
communication, qu'il ne faut pas conlbndre, savoir : les chemins 
publics ordinaires, de 'i^So de largeur, reliant les vilJes et les 
bourgs d'une province, tels seraient les chemins d'Apt a Avignon 
ou a risle ; les voies romaines, secondaires de 4™ de largeur, ser- 
vant de moyen de communication entre les diverses provinces de 
TEmpirc romain, allant d'ltalie en Espagne ; et les voies romaines 
principales, ayant 4'"G3 de largeur, existant a Rome, telle la voie 
Appienne, servant de debouch^ commun ^ plusieurs autres voies 
romaines secondaires. 

L'etablissement d'une voie romaine 6tait un travail conside- 
rable, parce que celle-ci comprenait : r le statumen, ou fonda- 
tion en pierres plates poshes sur un lit de mortier; 2" le rudiis, 
partie intermediairc constitute par des moellons relies par un 
bain de chaux ; 3° le micleus, partie superieure meiangee de 
pierres et de briques cimentees, recouvertes par les blocs polygo- 
naux de la chaussee, dont la largeur, sur les diverses voies 
secondaires et principales, n'etait en general que de s^GS. II 
semble. d apres cela, que la reconnaissance de Templacemerit 
d'une veritable voie romaine doit etre une chose bien facile. Cela 
le serai t elTectivement, si ce mode de construction avait ete tou- 
jours et partout applique. Or, facheusement, il n'en a pas ete 
ainsi. M. Ernest Desjardins (ij fait precisement observer que les 

(1) Geographic historique et administrative de la Gaule romaine, t. IV, p. 222. 



104 MEMOIRES 

voies romaines ne pr^sentent ces trois couches distinctives et 
caract^ristiques qu'en Italie et que, dans les.Gaules, elles ^taient 
le plus souvent construites et empierrees avec des mat^riaux 
rencontres sur place. Voila ce qui s'est produit pour la voie 
romaine entre Apt et Cavaillon ; c'est I'absence du statumen et du 
nidus, que Ton ne trouve nulle part entre ces deux villes, qui a 
seule ernp^che de reconnaitre et de constater materiellement 
Templacement de cette portion de la voie romaine. 

Lorsque deux villes, reliees par une voie romaine secondaire, 
etaient separees par une certaine distance, on avait etabli des 
lieux de station intermddiaires, designes sous les noms de man- 
siones et de mutationes, qui peuvent serv'ir ^ reconnaitre le trace 
de ces chemins. 

Les mansiones, veritables h6telleries pour les voyageurs, etaient 
installees seulement lorsque la distance a parcourir, entre deux 
villes, ne pouvait pas etre franchie danslajourn^e; les mutationes, 
n'^taient, comme le nom Tindique, que des relais pour changer de 
chevaux. Ces stations, uniquement destinies au service des voya 
geurs, n'avaient aucun caract6re militaire ou strategique. Mais 
pour bien r^pondre a leur destination, il fallait qu'elles fussent 
placees : i° pres d'un ruisseau ou d'une source abondante, afm 
de satisfaire k tous les besoins des hommes ou des animaux ; 
T t cotd d'un terrain permettant le campement temporaire ou la 
halte d'une legion en marche ; 3° dans un lieu d'ou les communi- 
cations avec les pays voisins fussent faciles. Les mansiones 
exigeaient, en outre, des constructions d'une certaine impor- 
tance, pour abriter et loger les voyageurs pendant la nuit, tandis 
que les miitationes n'avaient en reality besoin que d'^curies et 
d'une salle commune, pour leur sejour roomentane assez court. 

Lorsqu'on connait le trace d'une voie romaine, on peut y 
rechercher I'emplacement d'une station ou bien, au moyen de 
cette derni^re, il est facile de determiner la direction du chemin ; 
mais comment faire, lorsque, ^ Texception des deux extre^mites, 
on ne connait ni I'emplacement de la route ni celui de la station ? 
La voie romaine ^tant la chose principale, dont la station est seu- 
lement I'accessoire, la logique exige que Ton recherche tout 
d'abord et de pref(!;rence I'emplacement de la voie romaine, plut6t 
que celui de la station. La determination ult6rieure de celle-ci, 
faite en dehors de la circonstance du chemin, deviendra par cela' 
m^me une preuve subsidiaire de I'exactitude de la direction de la 
voie romaine, de telle sorte que la coincidence de ces deux indi- 
cations leur donnera, de cette fa(;on, un caract6re de probabilite 
invincible. • 



DE u'aCADEMIE DE VAUCLUSE I()5 



On sait que les voies romainessuivaient, engene^ral, la direction 
la plus courte. De plus, Texperience montre que les chemins se 
conservent tres longtemps ; que beaucoup des voies de commu- 
nication cr66es par les Romains subsistent encore d I'^tat de che- 
mins ordinaires et qu'un certain nombre d'entre elles semblent 
n'avoir disparu, que parce que de nouvelles routes modernes ont 
6i^ (^tablies sur leur emplacement. Comme consequence de ces 
principes incontestables, on peut done aflirmer qu'a 6galit6 de 
facilite^ de parcours, au point de vue de Tepoque romaine, le 
chemin le plus court, entre Apt et Cavaillon, representera, en 
quelque sorte necessairement, la direction qu'a du suivrc la voie 
romaine entre ces deux villes. 

Examinons les consequences de ^application dc cette propo- 
sition. 

D'apr^s les indications des deux itineraires de Milan d Aries et 
d'ltalie en Espagne, ainsi que des inscriptions des vases Gadi 
taires, la distance entre Apia Julia (Apt) et Cabellione ou Coallme 
(Cavaillon) 6tait, par la voie romaine, de xxii milles (i) ; les tables 
th^odosiennes de Peutinger indiquaient xxiv milles (2). Le mille 
de pas doubles ayant 6t6 fix6 d i ,481 "'So, il s'ensuit que la distance 
entre Apt et Cavaillon serait, par la voie romaine, de 32,598 ou de 
35,556 metres. 

Si maintenant on veut bien consid^rer que Templacement des 
deux villes d'Apt et de Cavaillon n'a pas change depuis Tepoque 
romaine ; que la distance entre ces deux villes est, approximative- 
ment, en ligne droite, de 28,5oo metres ; que par un chemin car- 
rossable, le plus court, elle est d'environ 3o,6oo metres et que par 
la route moderne, la plus longue, elle est de 82,400 metres, on sera 
oblige de convenir que les deux indications de xxii milles 
(32,593") et de xxiv milles (35,556'") sont egalement erron^es, puis- 
qu'elles excedent m^me le plus long parcours, d'apr^s les routes 
modernes actuellement existantes. 



(i) Le mille romain dtait de 755 loises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g^ndral^ 
compt6 pour o"74; le double pas aura^donc i"48, ce qui donnerait pour mille pas 
doubles 1480 metres. Lalande fixe le mille romain d i,484"5o, Littrd lui donne seule- 
ment i, 472*50 et M. Lenthdric 1,482. MaisM. Ernest Desjardins estime qu*il doit etre 
fix^ k i,48i"5o, et c'est cette Evaluation qui semble aujourd'hui gen^ralement admise 

(2) Ces XXIV milles proviennent de ce que les tables de Peutinger portent xii d'Apt 
k ad Fines et xii de ad Fines k Cavaillon. M. Ernest Desjardins a d^j^ reconnu que 
Tun de ces chiffres est erronE, et on verra plus loin que la distance de ad Fines k 
Cavaillon doit fttre rectifi^e et port^e pour x milles seulement. 



104 MEMOIR K<^ 

voies romaines ne presentent ces trois couches distinctives et 
caractc^ristiques qu'en Italic et que, dans lesGaules, elles6taient 
le plus souvent construites et empierrees avec des materiaux 
rencontres sur place. Voila ce qui s'est produit pour la voie 
romaine entre Apt et Cavaillon ; c est Tabsence du statumen et du 
rudiis, que Ton ne trouve nulle part entre ces deux villes, qui a 
seule emp^che de reconnaitre et de constater mat^riellement 
Templacement de cette portion de la voie romaine. 

Lorsque deux villes, reliees par une voie romaine secondaire, 
6taient separees par une certaine distance, on avait etabli des 
lieux de station interm6diaires, designes sous les noms de man- 
stones et de mutationes, qui peuvent ser\'ir A reconnaitre le trace 
deces chemins. 

Les tnansio7ies, veritables hotelleries pour les voyageurs, etaient 
instances seulement lorsque la distance a parcourir, entre deux 
villes, ne pouvait pas etre franchie danslajournee; les mutationes, 
n'^taient, comme le nom I'indique, que des relais pour changer de 
chevaux. Ces stations, uniquement destinies au service des voya 
geurs, n'avaient aucun caractere militaire ou strategique. Mais 
pour bien repondre d leur destination, il fallait qu'elles fussent 
placees : r pres d'un ruisseau ou d'une source abondante, afm 
de satisfaire d tous les besoins des hommes ou des animaux ; 
T d cotd d'un terrain permettant le campement temporaire ou la 
halte d'une legion en marche ; 3" dans un lieu d'oii les communi- 
cations avec les pays voisins fussent faciles. Les inansiones 
exigeaient, en outre, des constructions d'une certaine impor- 
tance, pour abriter et loger les voyageurs pendant la nuit, tandis 
que les mutationes n'avaient en reality besoin que d'ecuries et 
d'une salle commune, pour leur sejour roomentan^ assez court. 

Lorsqu'on connait le trace d'une voie romaine, on peut y 
rechercher I'emplacement d'une station ou bien, au moyen de 
cette derni^re, il est facile de determiner la direction du chemin ; 
mais comment faire, lorsque, a I'exception des deux extr^mites, 
on ne connait ni I'emplacement de la route ni celui de la station ? 
La voie romaine etant la chose principale, dont la station est seu- 
lement I'accessoire, la logique exige que Ton recherche tout 
d'abord et de pr(iference I'emplacement de la voie romaine, plut6t 
que celui de la station. La determination ult^rieure de celle-ci, 
faite en dehors de la circonstance du chemin, deviendra par cela' 
mfeme une preuve subsidiaire de I'exactitude de la direction de la 
voie romaine, de telle sorte que la coincidence de ces deux indi- 
cations leur donnera, de cette fa(;on, un caractere de probabilite 
invincible. 



DE l'academie de vaucluse ko 



On sait que les voies romainessuivaient, en general, la direction 
la plus courte. De plus, Texperience montre que les chemins se 
conservent tr6s longtemps ; que beaucoup des voies de commu- 
nication cr^ees par les Romains subsistent encore d Tc^tat de che- 
mins ordinaires et qu'un certain nombre d'entre elles semblent 
n'avoir disparu, que parce que de nouvelles routes modernes ont 
dt6 6tablies sur leur emplacement. Comme consequence de ces 
principes incontestables, on peut done affirmer qu'il (^galit6 de 
facilite de parcours, au point de vue de I'epoque romaine, le 
chemin le plus court, entre Apt et Cavaillon, repr6sentera, en 
quelque sorte necessairement, la direction qua dii suivrc la voie 
romaine entre ces deux villes. 

Examinons les consequences de Tapplication de cette propo- 
sition. 

D'apr^s les indications des deux itineraires de Milan ^ Aries et 
d'ltalie en Espagne, ainsi que des inscriptions des vases Gadi 
taires, la distance entre Apta Julia (Apt) et Cabellione ou Coalline 
(Cavaillon) 6tait, par la voie romaine, de xxii milles (i) ; les tables 
th^odosiennes de Peutinger indiquaient xxiv milles (2). Le mille 
de pas doubles ayant ti<^ fixdd i,48i™5o, il s'ensuit que la distance 
entre Apt et Cavaillon serait, par la voie romaine, de 32,598 ou de 
33,556 metres. 

Si maintenant on veut bien consid^rer que I'emplacement des 
deux villes d'Apt et de Cavaillon n a pas change depuis I'epoque 
romaine ; que la distance entre ces deux villes est, approximative- 
ment, en ligne droite, de 28,5c)0 metres ; que par un chemin car- 
rossable, le plus court, elle est d'environ 3o,rxx;) metres etque par 
la route moderne, la plus longue, elle est de 32,4(X) metres, on sera 
oblige de convenir que les deux indications de xxii milles 
(32,593") et de xxiv milles (35,556™) sont egalement erron^es^puis- 
qu'elles exc^dent m^me le plus long parcours, d'aprcs les routes 
modernes actuellement existantes. 



[\) Le millc romain dtait de ySS toises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g6n<5ral^ 
compt(i pour 0*74 ; le double pas aura^ done i "48, ce qui don ne rait pour mille pas 
doubles 1480 mitres. Lalande fixe le mille romain d i.484"5o, Liltrci lui donne seule- 
ment i,473"5oet M. Lenthdric 1,482. MaisM. Ernest Desjardins estime qu'il doit 6tre 
fix(^^ i,48i"5o, et c*est cette Evaluation qui semble aujourd'hui g-endralement admise 

(2) Ces XXIV milles proviennent de ce que les tables de Peutinger portent xji d'Apt 
ft ad Fines et xii de ad Fines ii Cavaillon. M. Ernest Desjardins a de)A reconnu que 
Tun de ces ctuffres est erronE, et on verra plus loin que la distance de ad Fines ^ 
Cavaillon doit Ctre rectifite et portde pour x milles seulement. 

2 



I06 MEMOIRES 

Voil^ un fait materiel incontestable. II prouve que Ton doit se 
tenir un peu en garde contre les anciennes evaluations ou indica- 
tions de la longueur des routes, parce que dans la supputation de 
la distance entre deux villes, les Romains y comprenaient en 
totalite les milles commences (i^. Or, au cas particulier, comme 
Tabsence de bornes milliaires a Apt et ^ Cavaillon ne permet pas 
de savoir enquel endroitcommen^ait el oil fmissait la mensura- 
tion des milles, il est permis de penser que la dilT^rence entre 
32,593 metres et 3o,6oc) metres, soit 1993 metres, provient de deux 
fractions de milles commences a chaque extr^mitd, et qui ne doi- 
vent pas ^tre comprises dans la veritable distance separant ces 
deux villes. La moiti^ de cette difference, soit 9C)()'"5o, inferieure a 
un mille, representerait dans ce cas, soit la traversce de chaque 
ville, soit une longueur de chemin en dehors et au-dela. 

On voit, par ce qui prc^cede, que I'indication de xxii milles ou 
32,593 metres, pour ledeveloppementde la routed' Apt A Cavaillon, 
est seulement exager^e, puisqu'il existe entre ces deux villes un 
chemin carrossable de 3o,6oom6tres de longueur ; et que, par con- 
tre, I'indication de la distance inscrite dans les tables de Peutinger 
de XXIV milles ou 35,656 metres est absolumenterrone^e. De cela, il 
resulte encore que Ton ne doit m^me admettre le chiffre de 
XXII milles, que sous la reserve d'une r6duction totale de 1,993 me- 
tres, soit une deduction moyenne de 996 metres de chaque c6te 
d'Apt et de Cavaillon {2). 

Ceci (itant ainsi etabli, comme a Texception du pont Julien, on 
trouve actuellement, dans la vallee du Caulon ou au bord des 
routes et chemins existant, ni tombes, ni bornes miliaires, ni cha- 
pelles rempla9ant d'anciens temples votifs, ni ruines ou debris 
d'aucune sorte, pouvant servir d'indices en favcur d*un trac6 sur 
une des deux rives du torrent, on va suivre le developpement 
du chemin le plus court de 3o,6oo metres, pour examiner s'il pre- 
sente les conditions suffisantes du trac^ d*une voieromaine secon- 
daire. Les faits mat^riels dominent ici la question ; aussi, pour 
en faire un examen impartial, on les dtudiera en dehors des 
conditions relatives a la station ad Fines, et sans tenir compte des 
villages des Beaumettes, de Notre-Dame des Lumi^res et de Cous- 
tellet, qui n'existaient pas a Tepoque de la domination romaine. 

(1) Voir AUmer, Revue epigraphique du Midi de la France, et Rochetin, Bulletin 
historique et archioiogiquc de France, i883, p. 252, note. 

{'2^ Le?? chiffres d^finitifs sont d^termin^s plus loin par la fixation de Templacenient 
de la station aJ Fines; ils sont de776 metres du cote d'Apt et de i,2i5 du c6td de 
Cavaillon, ce qui reporte au bord de la riviere de Durance Templacement probable 
d'une borne miUiaire. 



DE l'aCADEMIE DE VAUClCsE '107 



2. — Emplacement du trace ch-la vote romaine 
entre Apt et Cavaillon. 

En sortant de la ville d'Apt, la route actuelle, apr6s avoir 
traverse le Caulon sur le pont romain ou r^put(^ romain, dit de la 
Bouquerie, se d^veloppe sur la rive droite du torrent jusqu'au 
pont Julien (distance 8,ioo metres). Comme les rochers de la 
rive gauche dece cours d'eau n*y permettaient pas Tcbtablissement 
d'un chemin dans de bonnes conditions, Tanciennc voie romaine 
suivait forc^ment le trace de la route nationale actuelle n° la), 
ou plut6t celle-ci n'est autre que la voie romaine rectifiee et 
amelioree. 

Toutes les opinions sont d'accord au sujet de cette portion de 
la voie romaine, de telle sorte que le pont Julien, edifie par Jules 
Cesar apres la conquete des Gaules ou par Tempereur Auguste a 
r^poque de la restauration de la voie de Milan a Aries, est ainsi 
incontestablement un point indicatif de la viability romaine. Ce 
pont a 4™i5 de largeur, ce qui prouve qu'il 6tait destine au pas- 
sage d*une voie romaine secondaire. Mais quelle est cette voie ? 
Est-ce celle allant.a Aries et passant a Cavaillon, ou celle allant a 
Marseille, en passant par Bonnieux, et qui ne serait, dans ce cas, 
qu'un c/2emmpMi?/ic, aucun itineraire ne mentionnant une sem- 
blable voie secondaire ? 

Telle est la premiere question qui se pose, puisque c'est a 
partir de ce point que des divergences se produisent. 

Les cartes publi^es par MM, Lentheric (i) et Ernest Desjar- 
dins (2) indiquent la voie romaine d^Apt a Cavaillon comme lais- 
sant le pont Julien d gauche, pour continuer sa direction sur la 
rive droite du torrent. Cela entraine Thypothese d'un second pont 
romain sur le Caulon, en face Cavaillon. Comme il n'existe aucune 
trace ou preuve de ce second pont romain, il y a lieu de penser 

que Vindication de ces cartes est le r^sultat d'une confusion de la 
voie secondaire de Milan a Aries, de 4 metres de largeur, avec un 
chemin romain public ordinaire, de 2"*5o de largeur, se separant 
au pont Julien de la voie secondaire ci-dessus, pour se diriger 
sur Avignon et Tlsle (3). Ce chemin romain public ordinaire se 

(i) /-€ Rhdne, histoire (Vunjlcuve, t. I, p. 55. 

(2) G^ographie historique et administrative de la GauU romaine, t. IV, p. 10, pi. iv. 

(3) Les urncs fun^raires trouv<^es au lieu dit les Madeleines ne laissent aucun doute 
sur I'existence de cet ancien chemin romain public ordinaire de 2"5<) de largeur, et 
par suite bicn distinct des voies romaines secondaires de 4 mdtres de largeur. 



rC)8 MEMOIRES 

bifurquait ensuite a la Tour de Sabran, d'ou partaient les embran- 
chements separ6s sur Tlsle et Avignon (i). 

II faut observer ici, que la ville de Cavaillon est sur la rive 
gauche du Caulon ; que la voic romaine sortant d'Apt se trouve 
sur la rive droite et que, aucun autre pont romain que le pont 
Julien n^existant sur le Caulon, le paSvSage de la voie romaine sur 
ledit pont Julien 6tait par suite obligatoire. Ensuite, aprds cette 
travers^e, et en laissant dec6t6, ^ gauche, un chemin se dirigeant 
sur Bonnieux, qui n'est pas une voie romaine secondaire de 
4 metres de largeur, et ne figure, en cette qualitc, dans aucun 
itindraire, on trouve a droite la chauss^e signalee par Merim^e. 
Ce chemin oblique de ce point vers TOuest pour suivre,en terrain" 
plat, la rive gauche du torrent du Caulon, en passant au moulin 
des Fertset jusqu'au lieu dit la Grande Degude (5,2(X)'"j (2). Cette 
route, figuree sur la carte de Cassini, est connue sous le nom de 
camin Roiimiou (3). 

De la Grande Begiuie (4), ce chemin continue en plaine vers 
rOuest, toujours sur la rive gauche du torrent, puis il s'd^ve en 
pente un peu raide pour franchir I'extr^mit^ du contrefort de la 
montagnedcs Artemo, d'oii il redescend ensuite assez rapidement 
pour traverser le vallon de la Bedosse, dans lequel coule le 
ruisseau de Font Rouillouse (fontaine ferrugineuse) (2,880"). Dc 
la, le chemin remonte encore un peu pour contourner le mamelon 
de I'Euzi^rc et debouche enfm avec une 16g6re pente ^ Soubeiras 
(gtX)") vis-a-vis du hameau des Beaumettes. 

Dans le parcours de la Grande Begude a Soubeiras, ce chemin 
non entretenu est dans un bien mediocre etat de viability, sur 
deux kilometres environ. On remarque, a la mont6e des Artemo, 
une paroi de rocher tranchee pour Tassiette de ce chemin ; ce 
travail de main d'homme exclut toute hypoth^se d*un chemin 
naturel d'exploitation. 

Comme le mamelon de Roco Ventonso, situ6 a proximity de 

(1) Ce chemin, dlt le camin Roumiou, 6tait un chemin public ordinaire reliant direc- 
tement les villes d'Apt et d' Avignon. 

(2) Les chiffres entre parentheses indiquent la longueur de chaque section de 
chemin. 

['S) On traduit en general cjmin roumiou par chemin romain; mais il ne faudrait pas 
faire trop de fonds sur cette appellation, attendu que roumiou, en proven^al, signifie 
pdlerin, de telle sorte que camin roumiou pourrait tout aussi bien designer le chemin 
des p^lerins vers Rome, but ordinaire des pc^lerinages 4 une certaine ^poque. V. E. 
Desjardins, t. IV, p. 334. 

(4^ La carte de Cassini fait figurer un pont sur le Caulon Ala Grande Begude, mais 
rien ne prouve que ce pont fut romain. 



DE L ACADEMIE DE VAUGLUSE IO9 

Soubeiras, et tout a fait au bord du torrent, emp^chait T^^tablis- 
sement et la continuation d'une route d proximite de la rive 
gauche du Caulon, de ce point le chemin s'ecarte de ce cours 
d'eau et oblique vers le Sud-ouest, pour aller se joindre a une route 
allant de M'jnerbes a Cavaillon (i,ioo™). Le trace de cet ancien 
chemin, qui passait devant la construction de Soubeiras, a dt6 
modilie, il y a quelques annees, quand ce chemin est devenu une 
route vicinale, mettant en communication la route d^partementale 
de M^nerbes a Cavaillon avec la route nationale n" loo, au village 
des Beaumettes, apres la traversc^e du Caulon sur un pont nou- 
vellement construit en cet endroit. 

De Soubeiras, cette route departementale, 6tablie sur le trac6 
d'un ancien chemin, traversant jadis le ruisseau dit du Valadas 
sur un vieux pont repute romain et reconstruit en i852, continue 
presque toujours en plaine pour aboutir enfm a Cavaillon, apres 
un parcours de r2,5oo metres. Un vieux chemin, dit des Mancelles, 
prc^sente une variante sur ce trac^, en se rapprochant des villages 
d'Oppede et de Maubec ; mais il est plus accidente et a environ 
600 metres de plus de developpement. On se contente de le 
signaler. 

En suivant la premiere direction indiquee, le trajet d'Apt d 
Cavaillon n'est que de 3o,6(X) metres et ce parcours, avec quelque 
rt^paration entrela Grande Begude et Soubeiras, constituerait une 
voie bien carrossable. C'est le chemin le plus court, franchissant 
le Caulon sur le pont Julien et le ruisseau du Valadas sur un pont 
moderne, rempla^ant un ouvrage reputed de construction romaine. 

En resume, puisque entre Apt et Cavaillon on ne trouve, comme 
pont sur le Caulon et remontant ^ la domination romaine, que le 
seul pont Julien ; que aucune ruine, aucun vestige, aucun docu- 
ment, ni aucune tradition autorisent d penser et a supposer que 
les Romains aient construit, dans ce parcours, un autre pont pour 
traverser le Caulon ; que, par suite de la situation des lieux, la 
voie romaine, se trouvant au sortir d'Apt, sur la rive droite du 
torrent, 6tait forcee de passer sur la rive gauche pour aboutir d 
Cavaillon, il s ensuit que, nc pouvant traverser le Caulon que sur 
le pont Julien, elle ^tait obligte de continuer d suivre la rive 
gauche depuis ce pont jusqu'ii cette ville. Or, comme le chemin 
allant d'Apt au pont Julien, a la Grande Begude, a Soubeiras, au 
Valadas et aboutissant a Cavaillon, presentc le trajet le plus 
court entre ccs deux villes, dans de tres bonnes conditions de 
viability pour les pietons, les cavaliers et les chariots romains, il 



I lO MEMOIRES 



sembleque rhypothese, consistant ^ considerercette route comme 
line portion de Tancienne voie romaine de Milan a Aries, reunit 
toutes les conditions de probabilit(^ necessaires pour entrainer en 
quelque sorte une certitude complete. 



• « 



On va maintenant discuter les divers autres traces de chemins 
proposes comme emplacement de la voie romaine, entre Apt et 
Cavaillon, en suivant la vallee du Caulon, et qui sont tous plus 
longs, mais en faisant des a present rcmarquer que si les routes 
dont il va <^tre question presentent un peu plus de facilitc^ pour le 
roulage, cet avantage (^tait moins recherche du temps des Romains 
que de nos jours. On doit, en outre, observer que les villages de 
Goult, de Notre-Dame-des-Lumi^res, des Beaumettes et de Cous- 
tellet n existaient probablement pas au temps de la domination 
romaine, de telle sorte que Ton ne pourrait pas invoquer la neces- 
site de les desservir, comme justification d'un chemin 6tabli 
sur la rive droite du Caulon. 

MM. Lenthc^ric (r) et Ernest Desjardins (2) font figurer, sur leurs 
cartes, la voie romaine d'Apt d Cavaillon comme suivant la rive 
droite du Caulon jiisqu'au pont Julien (8,ioo'"); puis, sans y 
passer, celle-ci continue jusqu'au ruisseau de laLimergue (6,200*"), 
arrive ensuite au village des Beaumettes (2,5oo™), puis d la tour 
de Sabran (6,500"*), ou elle prend un chemin dit camin roumiou, 
qu^elle suit durant un certain parcours (6,200™); apres quoi, tour- 
nant au Sud, elle se.dirige sur Cavaillon (2,200™), en traversant 
le torrent du Caulon sur un pont romain prc^sume, mais dont il 
n'existe ni vestiges, ni preuvc, ni souvenir. Ce chemin, presque 
toujours en plaine, ofire sans doute le parcours le plus facile, 
mais il est un peu plus long, puisque son d(^veloppement total 
est de 3i,7cx) metres. 

Laissant de cOte la question de la classification de ce chemin, 
il suffit de signaler qu'il faudrait, pour que cette direction fut 
admissible, apporter la preuve qu'un pont romain a jadis exists 
sur le Caulon, en face Cavaillon ; tant que cette preuve ne sera pas 
fournie, on sera en droit de rejeter ce trac6 pour un autre plus 
court, passant par le pont Julien. 

(i Le Rhone, histoire d'unjleuvc. t. I, r- ''^^'^• 

(2 Geographic historique et administrative de la Gaule romaine, t. IV, p. 20, pi. jv. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE HI 



M. Rochetin (i) estime que la voie romaine suivait la rive droite 
du Caulon, dWpt au pont Julien (8,ioo"), passait ensuite sur ce 
pont pour continuer sur la rive gauche jusqu'a Soubeiras (8,900™), 
d'ou elle revenait sur la rive droite, en traversant le Caulon sur un 
pont romain suppose existant aux Beaumettes. De ce point, elle 
continuait jusqua Cavaillon (i5,4(X)"'), en suivant le trac6 de 
MM. Lenth^ric et Desjardins, c'est-a-dire en traversant une troi- 
sieme fois le Caulon sur le pont romain suppose existant en face 
Cavaillon. 

Le d(iveloppement dc cettc route d'Apt h Cavaillon est de 
32,4(X) metres, c'est-a-dire qu'elle est un peu plus longue que la 
precedente. Cette direction ne pourrait etreadmise que si I'autcur 
fournissait la preuve de Texistence de deux anciens ponts romains. 
Tun au village des Beaumettes et Tautre en face Cavaillon. Tant 
que cette preuve ne sera pas rapport^e, Thypothese proposee par 
M. Rochetin devra etre repoussee. 

M. Ukert fixe Templacement de la voie romaine aux environs 
d'Oppede. Cette designation est trop vague pour qu'on puissela 
discuter ; on ne peut que faire observer Taugmentation de par- 
cours de 1,400 metres qui en resulterait, alors surtout que rien 
ne prouve Texistence d'Oppede, a T^poque de la domination 
romaine. L'hypothese de cette direction manque par suite abso- 
lument de fondement. 

M. Lepic, en placjant la station ad Fines a Merindol, sur le bord 
de la Durance, suppose indirectement que la voie romaine pas- 
sait au pont Julien, a Bonnieux, dans le vallon de la Combe, a 
Merindol et de la tx Cavaillon. Comme par cette direction, le par- 
cours d'Apt ti Cavaillon serait de 42,000 metres ou xxvin milles 
romains, cette hypothese doit 6tre ecart^e, a cause de sa diffe- 
rence avec la plus grande distance donn^e paries itindraires. 

Tous les autres traces que Ton peut supposer sont de m^me 
forcement ecartes, soit parce que leur parcours est plus long ou 
qu'ils neccssitent un autre pont que le pont Julien, chose dont 
Texistence n'a jamais etc prouvee. 






Le chemin, ainsi presente comme emplacement de I'ancienne 
voie romaine de Milan a Aries, etait jadis une voie de communica- 

(l) Etude sur la yLitilite romaine Jans le departemcni de Vaucluse 'Bulletin histo- 
rigui et archeoloifd^ue de Vaucluse, i883- "" "6 . 



1 1 2 MEMOIRES 

tion importante, puisque, d'apr^s les M6moires de M"* d'Orl^ans, 
la reine Anne d'Autriche, a sOn retour de la Sainte-Beaume, le 
suivit pour venir a Apt, ou elle arriva le 27 mars 1660. Dans ces 
Memoires, il est dit que la reine prit, en partant d'Aix, la route 
de Malemort, ou elle franchit la Durance sur le bac ; puis, qu*ar- 
rivee sur la rive droitc, dans le comtat Venaissin, et ^ la jonction 
de la route de Merindol et du chemin Romieu (i), elle en suivit la 
chaussee qui conduit au pont Julien, par ou Ton debouche sur le 
territoire apt^sien (2). 

Quel pouvait ^tre ce chemin Romieu (3) ? Ce n'est pas celui qui 
passe a la Tour de Sabran, puisque, pour y arriver, la reine 
aurait du auparavant traverser le torrent de Caulon et n'aurait 
pas eu alors besoin de passer au pont Julien. Le chemin Romieu 
en question ne peut done 6tre que celui passant au Valadas, ^ 
Soubeiras et a la Grande B^gude, c'est-^-dire le trace qui a 6t6 
indiqu^ comme Templacement de I'ancienne voie romaine de 
Milan a Aries. 

En s'appuyant uniquement sur la disposition des lieux et sur 
le seul pont romain existant', dit pont Julien, on a pu determiner 
ainsi I'emplacement le plus court et le plus probable de la portion 
de Tancienne voie romaine entre Apt et Cavaillon. 

Si on parvient maintenant a prouver, s^parc^ment et en dehors 
de tout argument tirei de I'emplacement de la voie romaine, que la 
station ad Fines n'a pu se trouver que sur le trac6 indiqu6 ci- 
dessus, est-ce que cette concordance ne rendra pas cette demons- 
tration complete et irrefutable. Et alors, apres cela, sera-t-il pos- 
sible de contester que Taccord deces deux probabilites difTerentes 
ne constitue, en somme, une verite ? 



3. — Emplacement de la station ad Fines. 

La station mentionn^e par les itin^raires, comme situee entre 
Apt et Cavaillon, est dite ad Fines, vers les confins, vers les 
limites. Cette designation suffit pour indiquer que, a proximity de 
cette station, il y avait des confins (en general une limite natu- 

{i^ Le chemin venant de Malemort passe A Mt^rindol et au Cheval-Blanc et rejoint 
la route de Cavaillon a Apt un pcu avant le village de Robion. 

{'2. Cf. Louis XIV et Anne d'Autriche en Provence, 1660, par I'abbti Robc. 

i3y II y a deux chemins qualifies chemin Romieu et silu^s sur chaque rive du tor- 
rent du Caulon. 




lip u;euioJ JiiOtl 



DE l\cADEMIE DE VAUCLUSE 1 13 

relle, cours d'eau ou montagne) s^parant deux peuplades ou 
tribus difl*6rentes de la valine du.Caulon. 

D'apr^s lesanciens auteurs, les Cavari et les Vulgientes 6taient 
les deux seules grandes tribus habitant la partia de la vallee du 
Caulon, situ^e entre les villes d'Apt et de Cavaillon ; les seuls 
conlins, pouvant exister sur ce point, sont par suite n^cessaire- 
ment ceux s6parant ces deux peuplades. Quoique aucun histo- 
rien ou geographc n'ait indique ces limites, il ne faudrait pas 
croire qu'il est absolument impossible d'en d(^terminer aujour- 
d'hui certains points, attendu que, par des deductions, on arrive 
quelquefois ti reconnaitre indirectement certaincs choses, malgre 
I'absence de renseignements directs sur elles. 

II est g^n^ralement admis, comme un fait d'exp6rience, que les 
anciennes divisions territoriales administratives ou ecclesiastiques 
n*ont fait que sanctionner les groupements des agglomerations 
ou des associations pr^existantes. Les limites perim^trales de 
certaines divisions correspondent done a celles des anciennes 
communaut^s ou paroisses, lesqucUes de leur cot^ representent 
celles des peuplades ou tribus primitives aborigenes. On voit 
done qu'au moyen des anciennes circonscriptions des bailliages, 
vigueries ou dioceses, on peut, en quelque sorte, reconnaitre et 
determiner les limites probables des Cavari et de Vulgientes, 
principalement sur le point ou celles-ci sont constituc^es par une 
limite naturelle. 

Le diocese d'Apt comprenait, dans cette partie de la vallc^e, les 
territoires des communes de Joucas, Roussillon, Lacoste, Bon- 
nieux(ii; le diocese de Cavaillon embrassait les territoires des 
communes de Cabri^res, Robion, Maubec, Opp^de, M^nerbes 
dans le Comtat (2), et Gordes, Goult, Les Beaumettes en Pro- 
vence (3), etc... D'autre part, la viguerie d'Apt s^^tendait sur le 
diocese de Cavaillon, ou elle embrassait le territoire des com 
munes de Gordes, Goult et les Beaumettes (4), composant la sous- 
tribu des Vordenses (chef-lieu Gordes), laquelle d^pendait de la 



(i) flistoire de Viglise d'Apt, par Tabb^ Boze, p. 428. 

(2) }\6nerbcs, MinerNa. I'ancienne Manancha, dependait du dioc6se de Cavaillon.— 
Voir ilistoire de Viglise d'Apl, par I'abb^ Boze, p. 25 et26et les archives de Cavaillon. 

(3) Les communes de Gordes. Goult et les Beaumettes, quoique situdes en Pro- 
vence, ne d^pendaient pas du diocese d'Apt; elles faisaient partie du diocese de 
Cavaillon (Archives de Cavaillon\ 

• 4^ Dictionnaire des communes du depariement de Vaucluse, par Courtet, p. 169 ; 
Histoire de Provence, de Papon. V. carte de la Provence divis^e par diocdses. s6n6- 
chauss^es et vigueries. 



1 14 MEMOIUES 

grande peupladc des Vul^ienies i). On voit, d'apres cela, que Ic 
diocese de Cavaillon s'^tendait, en outre des communes de 
Cabri6res, Robion, Maubec, Opp6de et Menerbes dependant 
des Carari, sur celles de Gordes, Goult et les Beaumettes faisant 
partie des Viil^nentes, et que le diocese d'Apt ne comprenaitsur cc 
point de la vallee que les communes de Joucas, Roussillon, 
Lacoste et Bonnieux dependant de la meme tribu. 

Pour distinguer les territoires primitifs des Cavari et des Viil- 
frientes/\\ suffit done de rechercher, d'abord la limiteembrassant 
la viguerie d'Apt ou celle separant les communes de Gordes, Goult 
et les Beaumettes d'avec le surplus du diocese de Cavaillon, c'est- 
a-dire d avec les communes d'Oppede et deM6nerbes. et, en outre, 
la limite entre la partie du diocese d'Apt, comprenant la com- 
mune de Lacoste, d'avec la commune de iMc^nerbes, faisant partie 
du diocese de Cavaillon. Ces lignes perimetrales et limitatives 
pourront etre contest^es et meme taxees d'incertitude sur quel- 
ques points, d cause de Tabsence de documents enti^rement 
probants; mais aucune objection ne semble pouvoir etre dlevee 
contre elles, sur les points ou elles se confondent avec une limite 
naturelle, parce que celles-ci ont toujours 6te acceptees de prefe- 
rence pour former les contins des anciennes peuplades, telles que 
celles des Cavari et des Vulfrientes. 

Si on consulte la carte du departement de Vaucluse, dressee par 
les officiers d etat-major, on voit que la limite Ouest du territoire 
de la commune de Gordes, partant au Nord des montagnes de 
Vaucluse, descend au Sud vers le torrent du Caulon, sans suivre 
une limite naturelle bien precise: qu'ensuite la ligne separative 
entre les territoires des communes des Beaumettes et de Mc^nerbes 
va de rOuest a I'Est, en suivant, durant 1,800 metres (2) environ, 
le lit du torrent du Caulon, constituant une limite naturelle; que, 
apres ce parcours, la ligne delimitative entre les communes de 



{\' Le pagus VorJense. Gordes. dc'pendait des Vul{4^ientcs : Geographie historigue et 
administrative de la Gaule romaine, par Ernest Desjardin. t. I, p. 228. 

(21 Cette longueur de i,Soo metres a ete don nee d'apres les limites actuelles du 
territoire de la commune de Gordes, suivant la carte dc I'etat-major. Mais il serait 
possible que jadis la limite des Vordenscs -Gordes), venant des montagnes de Vau- 
cluse, cQt abouti directement sur le Caulon, et, dans ce cas, ce cours d'eau aurait 
scrvi de limite entre les Cavari et les Yttlgicntcfi durant 4,000 metres environ. Cette 
opinion reposerait sur ce fait que le moulin des Ilermittants avaient jadis apparlcnu 
aux relijfieux hermites' du couvent de Senanque, terroir de (jordcs, lesqucls le 
vendirenlen i2i(ii\ l«'t lamille de Chateauneuf. Ce n'cst li qu'unc hypothCrsc peut- 
CJtre, mai> on a cru bon de la sif^naler. d'autanl qu'jlle ne modilie en ricn ce qui se 
se rapporte aux limites entre les Beaumettes et Menerbes. 



DE l'academie de vaugluse ii5 

Menerbes et de Goult retourne au Sud en suivant la crete de la 
colline des Artcmo, limite ^ peu pres naturelle jusqu'au territoire 
de la commune de Lacoste, d'oii la ligne perimetrale, entre la 
commune de Lacoste et de Menerbes, continue, toujours au Sud, 
jusqu'au sommet de la montagne du Luberon, mais sans suivre 
une limite naturelle bien precise. 

Telle est la ligne s(^parative probable constituant les conflns 
entre les deux anciennes tribus des Cavari et des Vulgientes, 
autant du moins que Ton peut en conclure d'apres les anciennes 
divisions territoriales administratives. II faut aussi remarquer 
cjue si, sur unegrande partie de son devcloppement, cette limite 
peut etre discut^e, elle semble du moins incontestable dans la 
portion de i ,8(X) metres (9a) metres en amont et 900 m^jtres en aval 
du hameau des Beaumettes) durant laquelle elle est formee par le 
lit du torrent du Caulon, limite naturelle que nul ne semble pou- 
voir contredire. 

Si on examine maintenant la vallee du Caulon, sur le parcours 
de cette limite, en amont dudit hameau des Beaumettes, on 
constate que Tescarpement des rochers de Xotre-Dame des 
Lumieres et des Beaumettes, sur la rive droite, et la pente abrupte 
des collines de Saint-Vdran et des Artemo, sur la rive gauche, 
obligent de rapprocher toute route suppos6e des bords d^ 
ce cours d'eau. Mais alors, puisque la station Jii Fines do\i tiT(^ 
a la fois sur la voie romaine et pres des limites, il en rc^sulte que 
son emplacement devra necessairement se trouver sur un des 
points de la portion de ladite voie romaine comprise dans Tespace 
ci-dessus, et durant lequel celle-ci etait necessairement voisine 
de la portion du torrent du Caulon, formant la limite naturelle 
entre les territoire des Cavari et des Vulgientes. 

On sait que les stations romainesdevaientse trouver a proximite 
d*une eau potable abondante, dans une situation propice ^ la 
halte des legions et de facile communication avec les pays voisins. 
Or, abstraction faite de I'eau du Caulon ge^neralement trouble, en 
suivant le lit de ce torrent et sur le parcours des i,Roo metres ci- 
dessus, ou il fait limite naturelle, on ne trouve de Teau potable 
et abondante que sur la rive gauche du Caulon, a Tembouchure 
du vallon de la Bedosse, oil coule la Font Rouilloiiso eta Tembou- 
chure du vallon de Soubeiras, oil se deverse le ruisseau du Riaou. 
C'est done a Tun de ces deux points que Ton semble pouvoir 
fixer I'emplacement de la station ad Fines, selon qu'il se conciliera, 
le mieux possible, avec la condition des distances d'Apt et de 
"lavaillon. 



n6 



MEMOIUE^ 



Void, a cc sujet, les indications resultant dej? anciens docu- 
ments. 



INDICATION 



DBS IJKIX. 



1 



VASES GADITAIHES 

de Vicarello. 



ITINtHAIRE U'ANTONIN 

de Milan a. Aries 

par les Alpes 

Cottiennes. 



TABLES 

THIiODOSIENNES 

dc Peutlnger. 



ly Apt di ad Fines x milles. i4,8i5*,x miUes... i4,8i5* xii milles.... 17,778' 



De ad Fines A Cavaillon xii — 17,778" xii — 



17.778' 



Totaux.... XXII — 32,593" xxii — 



32,593' 



xii — 



17.778- 



XXIV — 



O*- t WW VJ 



La discordance de ces indications prouve qu'une erreur a et<^ 
commise. M. Ernest Desjardins le reconnait, puisqu'il declare (i) 
que la mention des tables de Peutinger est erronee ; que la dis- 
tance d*Apt a Cavaillon n'est que de xxii milles romains ou 
32,593 metres et que Terreur a et6 commise sur les cuivres de 
1 598, 1682 et 1728. Get auteur propose meme a cc sujet deux 
modifications dilTerentes. La premiere figure dans son rapport au 
Ministre de Tinstruction publique et porte : 

D'Api^ ad Fines x milles romains ou 14,815 metres. 

Dejc/F/we5^ Cavaillon. xii — ou 17,778 — 

Total d' Apt a Cavaillon... xxii — ou 32,593 metres. 

La seconde est indiquOc dans sa Geographic de la Gaiile ro 
inaifie, t. IV, p. i58, ou il est dit : 

T>hpi a ad Fines x milles romains ou 14,815 metres. 

De at/ Fme5 a Cavaillon. xi — ou 16,296 — 

Total d' Apt ^ Cavaillon .... xxi — 



ou 3i,iii metres. 



En prcisence de ces divers chiflres et de- ces rectifications, sans 
motif a Tappui, il est permis de dire que si la distance totale d'Apt 
ti Cavaillon est de xxii milles ou 32,5r)3 metres fsous la reserve de 
la rectification rc^sultant de la supputation des milles commences:, 
nul nc pcut preciser la distance de la station ad Fines aux deux 



{I. Rapport a M. Ic Ministre dc V instruction publique sur les tables Je Peutinger. 



K « 



DE LACADEMIE DE VAUCLUSe Il7 

extr6mit(is d'Apt et de Cavaillon. Or, puisque une erreur a 6te 
commise, comme elle ne peut provenir que d\ine inten'ersion 
des chifTres romains faite par un copiste, et que les seules inter- 
ventions possibles, avec les quatre lettres employees (deux x et 
deux i) et en conservant le meme total de xxii milles, donnent 
respectivement les distances de x, xi et xii de la station de 
ad Fines aux deux villes d'Apt et de Cavaillon, on va successive- 
ment examiner les consequences de ces trois diflferentes inter\^er- 
sions, les seules possibles. 

II faut ajouter que leur rdsultat probant reste n^anmoins tou- 
jours subordonnd a cette condition prealable, c'est que le point 
design^ devra correspondre a un emplacement situe k proximite 
de la portion du cours du Caulon, d(^termine ci-dessus comme 
formant la limite naturelle entre les territoires des Cavari et des 
Vtilgientes, Or, cette ligne separative a i,8oo metres de longueur 
et ses deux extr^mit^s Est et Ouest sont, respectivement, ^environ 
15,900 metres d'Apt et 12,900 metres de Cavaillon, d'apr^s la 
carte de T^tat-major ; il en r^sulte que, dans les trois interversions 
possibles des chifTres des distances que Ton va comparer, Tem- 
placement qui pourra 6tre de^termin^pour la station de ad Fines, 
ne seraneanmoins acceptable, qu'autant qu'il se trouvera compris 
dans les 1,800 metres ci-dessus, puisque c'estseulement dans cette 
condition que ladite station se trouvera plac^e pr6s des confins. 

Dans la comparaison des trois interversions num^riques x, xi 
et XII milles, la longueur totale de xxii milles ou de 32,598 metres 
d'Apt A Cavaillon doit d'abord 6tre reduite ^ 3o,6oo metres, ainsi 
qu'on Ta d6j^ dit, puisque telle est la distance r6elle entre ces 
deux villes. Toutefois, comme i cause de I'absence de bornes 
milliaires, on ignore les chifTres de la v6ritable reduction ^ faire 
d'un c6t6 ou de Tautre, et que cette deduction totale de 1,998 me- 
tres ne peut pas porter d'un seul c6te, puisqu'elle exc^de un mille 
romain, on se trouve ainsi force de retrancher la moiti^ de cette 
longueur, soit 996"5o sur chaque distance, du cOt6 d'Apt comme 
du c6t6 de Cavaillon. 

Sous la reserve de ces observations, examinons maintenant le 
r6sultat d'une premiere inversion. Si on suppose la distance d'Apt 
ii ad Fines de x milles, celle d\id Fines ^ Cavaillon sera de xn 
milles et on aura : d'Apt a ad Fines x milles ou soit I4,8i5 metres, 
dont il faut d6duire 996'"5o, reste i3,8i8'"5o. En comparant cette 
longueur avec la distance d'Apt k I'extremite Est de la ligne deli- 
mitative des 1,800 metres, constitute par le Caulon, laquelle est, 



tifi MEMOIUES 

ainsi qu'on I'a dit, de i5,<)(xj rtK^tres, on trouve une difference en 
moins de 2,(.)8 r"r»(). Cela prouve qu'en placjant la station d 

X milles d'Apt, elle resterait a 2,(>8i'"5oen decja et sans aboutir ci 
Textr^mite Est de la ligne, durant laquelle le Caulon forme limite. 
Si on fait le meme calcul du c6i6 de Cavaillon, on aura : de Ca- 
\Sii\lonti ad Fines xii milles, ou soit 17,778™ — 996'"5oi=: i6,78i"'5<j. 
En comparant cette longueur avec la distance de Cavaillon d 
Textr^mite 'Quest de la ligne delimitative du Caulon, qui est de 
i2,c)cx)metres, on trouve une difference de SjBSi^So. En retran- 
chant encore de celle-ci la longueur de i ,8cx) metres de la limite du 
Calavon, il reste 2,081 "'So, de telle sorte qu'en admettant que la 
station fut d xii de Cavaillon, son emplacement se trouverait 
^galement a 2,o8i™5o au-dela de I'extremit^ Est de la ligne for- 
mant les confms le long du Caulon. Dans les deux cas, Templace- 
ment de la station 6tant en dehors des limites est inacceptable et 
cette inversion doit ^tre rejetee. 

Examinons la seconde inversion possible, suivant laquelle la 
station ad Fines serait a xi milles d'Apt et d xi milles de Cavail- 
lon, et refaisons le meme calcul. 

D'Apt k ad Fines, xi milles, soit 16,296" — 996*54j = i5,299"5o — 15,900 = — 6oo*5o 

De ad Fines H 

Cavaillon, xi milles, soit 16,296" — 996*50 = i5,299"5o — 12,900 = -t-3399"5o 

Ce r^sultat prouve qu'en mettant la station de ad Fines ^ 

XI milles d'Apt et de Cavaillon, elle se trouverait du c6t6 d'Apt d 
6oo"5o avant d'arriver d Textremit^ Est de la ligne formant les 
confms, et en partant de Cavaillon, elle ddpasserait Textremite 
Est de cette ligne de 59g"'5o. Cet emplacement ne rentrant pas 
dans les limites ne peut etrc admis et cette interv^ersion doit 6tre 
^galement laiss(^e de cote. 

Etudions la derniere inversion, d'apr6s laquelle la station se 
trouverait a xii milles'd'Apt et d x milles de Cavaillon. Le meme 
calcul donne : 

D'Apt ^ ad Fines, xii milles, soil 17.778" — 996"5o = i6,78i"5o — 15,900 r= 88i"5o. 

De ad Fines ^ 
Cavaillon, X milles, soit I4,8i5" — 996*50 ■» i3,8i8"5o — 12,900 = 9i8*5o. 

Comme le reliquat donne des chiffres positifs inf6rieurs k la 
longueur de i,8oo metres, on a ainsi la preuve que, plac6e d 
X milles d'Apt et k xii de Cavaillon, la station ad Fines se trouve- 
rait situee dao.s la longueur des i,8oo metres, durant laquelle le 



DE l\\gadh:mie de vaucluse iig 

torrent du Caulon forme la limite probable des territoires des 
Cavari et des Vulgientes. Comme cette station serait ainsi a 88i"5() 
en dedans de Textremit^ Est de cette limite et a 9i8'"5o en dedans 
de son extremity Quest, on voit que cet emplacemement, r^elle- 
ment vers les con/ins, est seul acceptable et que cette interversion 
est done la seule \ raiment probable. 

De tout cela, il ressort cette conclusion, que les mentions de la 
distance de la station ad Finos ^ Apt et a Cavaillon, inscrites sur 
les vases Gaditaires, dans les itineraires et aux tables de Peu- 
tinger, ne concordant pas avec les indications du terrain, sont 
n^cessairement entachces d'une erreur. Dans les vases Gaditaires 
et ritineraire, il y a eu une simple interversion de chiflres, qui ne 
modifiait pas la distance entre Apt et Cavaillon et qui, pour ce 
motif, n'avait pas et6 relevee. Quant a la table de Peutinger, 
I'erreur provenait de ce qu'on avait donne la m6me distance de 
Cavaillon et d'Apt a ad Fines ; cette erreur avait e^te reconnue 
par M. Ernest Desjardins, qui n'avait pas fait la rectification du 
retranchement des deux milles du bon c6te, parce que, ne con- 
naissant pas le veritable emplacement de la station ad Fines, il 
n'avait pas pu baser sa rectification sur les indications du terrain. 

Aussi, est-ce en s'appuyant 1^-dessus que Ton estime que tous 
les anciens documents doivent etre rectifies ainsi qu'il suit : 

Apia Julia a ad Fines xii milles., n, ^ , .,, 

4 J fX- ^ ^ L I,- ' Total XII milles. 

Ad Fines A Cabellio x — 



Une station romaine emplac6e dans le parcours des i,8oo me- 
tres, durant lesquels les torrents du Caulon forme la limite natu- 
relle entre les territoires de Govdes {Vulgientes) et de M^nerbes 
\Cavari), r^pond sans doute ainsi a la double condition des dis- 
tances rectifiees et de la proximity des confins. Mais Templace- 
ment d'une mutatio ou halte (la distance d'Apt ^ Cavaillon pou- 
vant se franchir dans la journ^e, une mansio ou hOtellerie n'6tait 
pas n^cessaire ou utile) devait, en outre, 6tre situ6 a proximity 
d'un ruisseau ou d'une source abondante, d'un terrain en plaine 
oil les soldats d'une legion puissent faire halte et camper, d'un 
point oil les communications fussent faciles avec le pays voisin, 
et cnfin pr(^senter une construction existante ou en ruine, n6ces- 
saire pour le service d'une station-haite. 



I20 MEMOIRKS 



Dans la distance des i,8oc) metres ci-dessus, sur la rive gauche 
ou sur la rive droite du torrent du Caulon, on ne trouve toutes 
ces diverses conditions r6unies qu'^ un seul endroit, celui ou est 
situ6 le domaine de Soubeiras. Eau abondante et limpide du 
ruisseau du Riaou, emplacement en plaine pour la halte ou le 
campement des legions, debouch^ vers M6nerbes, vieille con- 
struction avec salles vout^es, tout s'y trouve r6uni ; de plus, 
comme Soubeiras est ^ peine ^ 25o metres du Caulon, ce point 
est bien.situc^ ad Fines, c*est-a-dire vers les confins. 

En admettant le domaine de Soubeiras, en face du village des 
Beaumettes, comme I'ancienne station de ad Fines, il faut obser\'er 
que la distance r^elle de Soubeiras a Apt est de I7,(XX) metres et 
celle de Soubeiras a Cavaillon de i3,(doo metres. On a dit que la 
distance en milles romains de la station ad Fines a Apt etait de 
XII milles, soit 17,778 metres; la difference avec la distance r6elle 
de ijyixyo metres n'^tant que de 778 metres, inferieure ^ un mille, 
prouve que la borne milliaire 6tait ^ 778 metres au-deli de la ville 
d'Apt et que c'est parce que on a compte le mille commence que 
la supputation ancienne portait xii milles. 

La distance de la station de ad Finest Cavaillon, fix6e A x milles 
ou 14,815 metres, excede de i,2i5 metres la distance r^elle de 
Soubeiras A Cavaillon ; mais comme cette difference est inferieure 
a un mille, cela prouve qu'elle doit etre attribute au mode de 
supputation de distance, qui y comprenait les milles commences. 
II faut de plus remarquer, A ce sujet, que la distance de Cavaillon 
au bord de la Durance est precisement de 1,200 metres environ, 
ce qui pourrait faire penser que la borne milliaire se trouvait au 
bord de cette riviere, limite des Cavari, ou bienque la mensuration 
commen(;ait k ce point. Dans tous les cas, cette concordance ne 
peut que justifier tout ce qui precede. 

L'embouchure de la Font Rouillouso, dans le vallon de la 
Bedosse, pr6sente bien certaines conditions avantageuses, comme 
Teau et le voisinage de limites; mais cet emplacement a tit ecartd 
parce qu on y trouve ni constructions ni ruines, que le campe- 
ment des legions yau rait etemoins commode etque ce lieu n'oflre 
pas de debouche. D'autre part, comme Teau de la Font Rouillouso 
est ferrugineuse, elle convient moins bien que Teau limpide du 
Riaou pour abreuver les animaux et pour tous les autres usages 
domestiques. 



• 



DE l'academie de vauclusk ' f:2i 



II reste maintenant A passer en revue les divers emplacements 
attribu^s a la station de ad Fines, par les auteurs qui se sont 
occupes de cette question. 

D'apres M. Ernest Desjardins, la station de ad Fines serait situee 
a la limite des Cavari et des Vulgientes ; mais comme cet auteur a 
oublie de dire par oil passait cette limite et d'en preciser un point 
particulier, on se trouve dans Timpossibilit^ dc determiner cet 
emplacement presume et d'en discuter ou reconnaitre I'exacti- 
tude. L'emplacement de Soubeiras repondd'ailleifrs a cette indi- 
cation. 

D*Anville 1 1) place la station ad Fines aux conllns des anciens 
dioceses d'Apt et de Cavaillon ; or, pour etre ^ la fois sur la voie 
romaine et sur la ligne d^limitative des dioceses, la station 
devrait etre plac^e aux environs du moulin des Ferts, c'est-a-dire 
A 3,000 metres a peu pres du pont Julien, soit seulement 1 1,000 
metres ou A vii milles d'Apt et a 19,600 metres ou xv milles de* 
Cavaillon ; il s'en suit que la trop grande proximite d*Apt et la 
difference des chifTres romains et des distances avec celles indi- 
qu(^es ci-dessus, rendent cette designation inacceptable. 

M. Lenthdric (2) place la station ad Fines d la jonction de la 
Limergue et du Caulon, sur la rive droite de ce cours d'eau, en 
lui donnant le nom de Merindol (Vaucluse). A I'embouchure de 
la Limergue il n'y a pas de lieu dc ce nom ; le village de Merindol 
(Vaucluse) est situe au bord de la Durance, d ou la distance du 
c6te d'Apt serait de 26,000 metres environ ou xvii milles romains 
et du c6t6 de Cavaillon de i6,5oo metres ou xi milles, soit au total 
xxviii milles, ce qui ne cadre pas avec les indications ci-dessus. 
D*autre part, cette designation est inacceptable, parce que la 
jonction de la Limergue et du Caulon est distante d'environ 
i,5oo metres de la ligne s(^parative indiquee pour la limite des 
territoires des Cavari et des Vulgientes, 

M. Walckenaer, comme M. Lentheric, place la si^Won ad Fines 
^ la jonction de la Limergue et du Caulon, et par consequent sur 
la rive droite de ce torrent, ce qui souleve les memes objections. 

Dans sa Geographie historiqiie et administrative de la Gaule 
romaine ^3), M. Ernest Desjardins, modiliant sa premiere indica- 
cation, dit que la station ad Fines etait ^ 5oo metres au Sud de 
Goult, c'est-a-dire pr6s de Tembouchure de la Limergue et sur la 

i^i> Notice de la Gaule et carte du Comtat, 1745. 
(a) Le Rhdne, t. I, p. 5o2. 
(3) T. IV. p. 44 et 136. 

3 



DK l'aCADEMIE DE VAUGLlJSE I 'iS 

semblant considerer ce dernier comme un oppidum (i) remain. 
Ces deux emplacements doivent ^tre rejetes ^ cause de leur grand 
^loignement des limites de Cavari et de Vulgientes. 

II importe de faire obser\^er, en dernier lieu, que si on voulait 
invoquer, contre Templacement de Soubeiras pour Tancienne 
station de ad Fines, Tabsence des temples et des tombeaux que 
Ton trouve ordinairement aux abords des stations romaines, ce 
reproche serait absolument sans valeur, puisqu'il pourrait s'ap- 
pliquer a tous les autres emplacements, attendu qu'on ne trouve 
nulle part ni monument ni ruines romaines sur les deux rives du 
Caulon. 

4. — Conclusions. 

m • 

En s'appuyant ainsi uniquement sur les faits materiels et la 
topographie du terrain, sur I'existence d'un seul pont remain^ sur 
la constatation d'un pliis court chemin en etat de viabilite, on a 
prouv6 que la voie romaine d*Apt a Cavaillon, apr^s un certain 
parcours sur la rive droite du Caulon., franchissait ce cours d'eau 
sur le pont Julien et suivait la rive gauche du torrent jusqu'a 
Cavaillon, en passant d un lieu dit Soubeiras, en face du village 
des Beaumettes. On a ^galement d^duit de ces faits materiels, de 
la concordance de la situation des limites des anciens bailliages, 
vigueries et dioceses, avec les confins des Cavari et de Vulgientes, 
de Texistence des ruisseaux, de certains espaces en plaine, des 
anciennes constructions existantes, des facilit^s de communica- 
tions, ainsi que des distances respectives d*Apt et de Cavaillon, 
que Tancienne- station romaine J(i Fme5 n'avait pu exister qu'au 
lieu dit Soubeiras et nulle autre part. 

A la suite de ces deux demonstrations sc^parees et distinctes, et 
de la concordance de ce double fait que I'emplacement probable 
de la station romaine est sur le trace propose de cette voie et 
que le trac6 pour la voie romaine passe par Templacement pr6- 

^^i) On fait trop facilement d^river le nom d'Opp^de, d'oppidum, en voulant consi- 
derer ce village, bati sur un rocher, comme une ancienne place forte gauloise ou 
romaine. 

Le village d'Oppfedc, dont I'ancien nom est Aupeda ou OppeJa, n'a jamais ^t^ une 
place de guerre ou un oppidum gaulois ; il est m^me douteux que le village actuel 
alt exists du temps de la domination romaine. II faut remarquer, en eflfet, que si on 
a trouv6, dans les environs, des vestiges et des traces de r()ccupatir>n romaine, «>n ne 
trouve dans le village mSme aucun monument romain, ni aucune construction de 
cette epoque. Au surplus, la situation d'OppMe ne prtisenle aucune importance 
strat^gique. au point de vue de la defense de I'empire romain lui-memc, 



122 MI^MOIRES 

rive droite du Caulon ; la Commission de la carte de la Gaule 
estime que cette station romaineetait a Notre-Dame des Lumi^res, 
c'est-a-dire presque a Tembouchure de la Limergue et toujours 
sur la rive droite du Caulon. Cet emplacement 6tant k la dis- 
tance de 14 a i,5co metres de la limite indiquee des Cavari et 
des Vulgientes, il semble difficile de pouvoir le considdrer comme 
admissible, a cause de son eloignement des conlins et de la voie 
romaine. 

M. Rochetin (i) pense que la station de ad Fines 6tait au village 
des Beaumettes, sur la rive droite du Caulon. Comme cette agglo- 
meration n'a pour s'alimenter d'eau qu'un puits commun, et que 
le torrent du Caulon ne fournit le plus souvent que de Teau 
trouble, il semble difficile de croire que les Romains aient pu 
placer un lieu de halte dans de semblables conditions. 

II reste une derni6re observation a faire au sujet des emplace- 
ments de la station ad Fines sur la rive droite du Caulon, c'est 
quails sont tous inadmissibles, parce que cette station devant se 
trouver sur le parcours de la voie romaine secondaire de Milan ^ 
Aries, et le pont Julien prouvant que celle-ci suivait la rive gauche 
du torrent du Caulon, il en r^sulte que ladite station ad Fines ne 
pouvait, par consequent, se trouver que sur cette rive. 

M. Toulosan a propos6 la Grande B6gude, sur la rive gauche 
du Caulon, comme emplacement probable de la station ad Fines, 
L'eau, les constructions et fespace y sont, mais le debouch6 pour 
les communications fait d^faut. Si, dcela, on ajoute Tdoignement 
de 1,000 metres environ des confins indiqu^s et sa distance d'Apt 
de i3,3oo metres ou ix milles, ainsi que sa distance de Cavaillon 
de 17.300 metres ou xiii milles, il devient Evident que cet empla- 
cement ne rentre pas dans les conditions de distance indiqu6es. 

M. Lapie semble croire que la station de ad Fines 6tait a 
M6rindol, sur les bords de la Durance, limite m6ridionale des 
Cavari. En outre de la distance de M6rindol d Apt, 26,000 metres 
ou XVII milles, et a Cavaillon i6,5ooo metres ou xi milles, qui ne 
concordent pas avec les indications anciennes, il faut ajouter que 
la voie romaine de Milan 4 Aries ne passait pas au bord de la 
Durance ; Thypoth^se ci-dessus est done d rejeter. 

Enfin, M. Ukert place la station ad Fines aux environs d'Op- 
pede, et Courtet, dans son Dictiomiaire des communes du diparte- 
ment de Vaucluse, Tindique pour le village d'Opp^de m6me, en 

'i) Bulletin histariifue el archir^logique de Wiucluse, i883, p. 267, note. 



DK l'aCADEMIE DE VAUCLlJsK 1^3 

semblant consid^rer ce dernier comme un oppidutn [i) remain. 
Cos deux emplacernqnts doivent 6tre rejet6s ^ cause de leur grand 
61oignement des limites de Cavari et de Vulgientes, 

11 importe de faire observer, en dernier lieu, que si on voulait 
invoquer, centre Templacement de Soubeiras pour Tancienne 
station de ad Fines, I'absence des temples ct des tombeaux que 
Ton trouve ordinairement aux abords des stations romaines, ce 
reproche serait absolument sans valeur, puisqu'il pourrait s'ap- 
pliquer a tous les autres emplacements, attendu qu'on ne trouve 
nulle part ni monument ni ruines romaines sur les deux rives du 
Caulon. 

4. — Conclusions. 

• 

En s'appuyant ainsi uniquement sur les faits materiels et la 
lopographie du terrain, sur Texistence d'un seul pont remain, sur 
la constatation d'un plus court chemin en etat de viability, on a 
prouv6 que la voie romaine d'Apt d Cavaillon, apr^s un certain 
parcours sur la rive droite du Caulon, franchissait ce cours d'eau 
sur le pont Julien et suivait la rive gauche du torrent jusqu'A 
Cavaillon, en passant ^ un lieu dit Soubeiras, en face du village 
des Beaumettes. On a dgalement d^duit de ces faits materiels, de 
la concordance de la situation des limites des anciens bailliages, 
vigueries et dioceses, avec les confms des Cavari et de Vulgientes, 
de Texistence des ruisseaux, de certains espaces en plaine, des 
anciennes constructions existantes, des facilit^s de communica- 
tions, ainsi que des distances respectives d'Apt et de Cavaillon, 
que I'ancienne- station romaine j(i F/«e5 n'avait pu exister qu'au 
lieu dit Soubeiras et nulle autre part. 

A la suite de ces deux demonstrations s(^parees ct distinctes, et 
de la concordance de ce double fait que I'emplacement probable 
de la station romaine est sur le trace proposed de cette voie et 
que le trac6 pour la voie romaine passe par Templacement prei- 

^1; On fait trop facilemenl ddriver le nom d'Oppdde, d'oppidum, en voulant consi- 
d6rer ce village, bAti sur un rocher, comme une ancienne place forte gauloise ou 
romaine. 

Le village d'Oppddc, dont Tancien nom est Aupeda ou OppeJa, n'a jamais ^itS une 
place de guerre ou un oppidum gaulois ; il est m6me douteux que le village acluel 
ait exists du temps de la domination romaine. II faut remarquer, en eflfet, que si on 
a trouv^, dans les environs, des vestiges et des traces de roccupatir)n romaine, on ne 
trouve dans le village mSme aucun monument romain, ni aucune construction de 
cette dpoque. Au surplus, la situation d'0pp6de ne presenic aucune importance 
stratdgique. au point de vue de la defense de I'empire romain lui-mcme. 



\'24 MEMOTRE$ 

sum6 de la station, n'en r6sulte-t-il pas la preuve complete de 
Texactitude de ces deux hypotheses? 

C'est done parce que ces deux demonstrations s^par^es se 
completent Tune par I'autre et concourent au meme r^sultat, que 
Ton se croit autorisd a penser que le veritable trace de la voie 
romained^Apt ^ Cavaillon suivait, d partirdu pont Julien, la rive 
gauche du Caulon et passait ^ Soubeiras oil se trouvait la station 
romaine dite ad Fines, presque vis-^-vis du village actuel des 
Beaumettes. 

(.4 suivre.) Antonin Rousset. 




A PROPOS 



Du Pithecanthropus Erectus. 



Une d^couverte qui a d(^jd caused une Amotion considerable et 
des controverses fort vives, bien qu'elleremonte iiun petit nombrc 
d'annees, a trouv6 un rcnouveau d'interet dans le projet que Ton 
prete a un milliardaire et ^ un empereur d'apporter ^ des recher- 
ches complementaires Tun la collaboration de ses millions, I'autre 
Tappui de sa puissance souveraine(i). 

Je veux parler de la trouvaille faite dans Tile de Java par un 
m^decin hollandais, pourvu d'un nom bienfran^ais, le D^ Dubois. A 
Trinil, sur le Bengawan, il d(^couvrit, dans des circonstances qu'il 
est superflu de rappeler ici, les debris d'un 6tre qu'on ne peut, 
malgr^ des ressemblances indeniables, assimiler absolument d 
rhomme tel qu'il est actuellement constitud. 

Ces ressemblances s'accentuent si Ton rapproche ces d6bris de 
ceuxd'etres humains appartenant A des 6poques tr6s recul6es, d 
des races qu'on a pu qualilier de fossiles. La comparaison avec 
lesorganes homologues des singes anthropomorphes a r6v61(^ 
certaines analogies, qui ont permis de faire ^ T^tre de Trinil, dans 
Tetat actuel des classifications, une place incontestee dans les 
primates, entre I'homme et le singe. 

Ce classement, c*est-a-dire ce rapprochement provisoire d'apres 
des ressemblances, contre lequel personne n'^l(^ve une objection 
serieuse, comporte-t-il en meme temps Taffirmation d'une parentc 
quelconque? En un mot, sommes-nous en presence d'une simple 
classification, ou s agit-il d'une gen^alogie, dont les jalons plus 
(ju moins isol^s seraient Thomme actuel, I'etre de Trinil et les 
singes anthropomorphes ? 

Cette distinction est de trop d'importance pour qu on neglige 
de la faire ou que, Tayant faite, on conclue pr^maturc^ment. 

r Dans le courant de i9<x>, on a lu dans divers journaux que M. Vanderbilt et 
Tempereur C}uillaunie II avaicnt cnvoy«i des savants dans Tile de Java pour y recher- 
chcr le pithccanlhropc, que certains journalistes semblaient croirc encore vivant. 



126 M^MOIRES 

II y a longtemps que rid6e d'une parents entre Thomme et 
quelques singes, sinon avec tous, a 6t6 6mise. «En 1809, Lamarck 
« 6nonc;ait, pour la premiere fois, dans sa Philosophie zoologique, 
<s le fait que Goethe avait pressenli: «L'homme descend du singe », 
« et cette affirmation audacieuse fut dccueillie par Tincredulitd 
« gen^rale(i). wDepuis, surtout apres les travaux de Darwin, cette 
id6e, d la fois pr^cisee et restreinte, ramende ^ la notion d'une 
souche commune, dont Thomme et les anthropomorphes seraient 
les branches divergentes,a trouve de chauds partisans, et ceux-ci, 
soit parce que plus nombreux, soit parce que plus ardents, 
paraissent I'avoir emport(^, convertissant leurs adversaires ou les 
r^duisant au silence. 

Sur cette simple hypoth^se, tout un Edifice scientifique s'est 
61ev6e, sign^e des noms les plus illustres : Darwin, Hoeckel, 
Karl Vogt, Quatrefages, Huxley, Broca, de xMortillet, Zaborowski, 
Hovelacque, etc., etc., les uns rassemblant des mat^riaux et se 
contentant d'indiquer sommairement Tordre dans lequel ils 
pourraient 6tre employes dans Toeuvre commune (2), les autres, 
plus impatients et plus hardis, reconstruisant en pied Tanc^tre 
commun (3), dont les vestiges, il faut bien I'avouer, ne sont encore 
ni nombreux ni probants. 

Cependant, avec des parrains aussi qualifies, fhypothese est 
devenue une sorte d'article de foi, dont les principes sont for- 
mulas dans la phrase suivante empruntee a M. Hovelacque dans 
Notre ancelre, ou il s'elTorce de reconstituer fhomme primitif : 
a d'apres la comparaison des singes anthropoides et des races 
« humaines les plus anciennes, les uns et les autres <^tant regar- 
(t d^s comme derives d'une souche commune. » 



Tel 6tait f^tat des esprits, lorsque fut connue et examinee la 
trouvaille du D"" Dubois. « Nousavons a enregistrer ... une d^cou- 
« verte de la plus haute importance, qui vient pleinement confir- 
« mer les idees emises par les evolutionnistes et les transfor- 
« mistcs sur la parents de fhomme et du singe » (4). C'est en ces 

(i^ A. Clijj^ny, Revue encyclopedique, n'213, 2 octobre iSy;. 

(2; Darwin, Descendance Je I'homme et selection naturelle, I"liv., ch. vi; Zaborowski, 
L'homme prehistorique, F. Alcan, 5*ed.; Huxley, La place de I'hommc dans la nature, 
etc., etc. 

(3) Hovelacque, Notre ancetre {Revue d'anthropoln^ie, f^vrier iR77\ E. Leroux. 1 vol. 
1878. 

(4' Revue encvclopidique, n* du 20 fdvrier 1895. 



DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 



127 



termes que M. A. de Mortillet annon^ait la d^couverte aux lec- 
teurs de la Revue encyclopedique, apres avoir fait pr6c6der son 
article de ce sommaire : « Un itre interm^Jiaire entre Vhomme et 
le singe, ^ Deux ans et demi plus tard, dans le meme recueil, 
M. A. Cligny revenait sur ce sujet dans un article au titre bien 
significatif : « Dii singe a Vhomme. » Enfin, Tauteur de la d^cou- 
verte, le D"" Dubois, avait, d6s le premier jour, donn6 tx Tetre 
d^couvert a Trinil le nom de Pithecanthropus Erectus, intervertis- 
sant pour un motif que je ne connaispas, mais oil I'euphonie n'a 
rien a voir, les racinesdu mot pr^c^demment employ^ : Anthropo- 

pith^que, 

Homme-singe ou singe-homme, il importe peu, ce nom affirme, 
aussi bien que les citations ci-dessus, la croyance d une parente. 

Pour les partisans de cette id^e, T^tre de Trinil est done ou Tan- 
c6tre commun ou un anneau de la chaine qui joint cet ancetre d 
Tun de ses descendants, Thomme d'un c6t6, I'anthropoide de 
Tautre. 

A d^faut des originaux, qui ne me sont connus que par les figures 
ci-jointes, emprunt^es ti la Revue encyclopMique, analysons les 
descriptions faites par des savants, dont la competence et la 
bonne foi sont hors de doute, mais qui, a leur insu peut-etre, 
penchent visiblernentvers la thcorie de la parente homo-simienne, 
et voyons si leurs conclusions seront les nOtres. 



Les debris du Pithecanthrope sont : r une troisi^me molaire 
superieure droite ; 2° une calotte cranienne; 3** un Jemur droit. 
Ces objets, bien que trouves epars, s^pares par des intervalles 
de un metre et de quinze metres, depuis septembre 1891 jusqu'd 
aout i8(j2, ont etc consideres commc appartenant au meme indi- 
vidu. 

Voici ce que M. Manouvrier dit de la dent : « La surface tritu- 
« raate rappelle plut6t par son aspect I'espece humaine, car les 
« cuspides sont peu saillantes et arrondies comme chez Thomme ; 
« mais, par son volume, la direction antero-posterieure de sa 
a couronne et Tecartement considerable de ses racines, elle s'eloi- 
« gne trop des molaires humaines pour qu'elle puisse ctre attri- 
« buee a un homme. Elle dilTere assez, d'autre part, des dents 
« de gorille, de chimpanzc ct d'orang, pour qu'un doute s'eleve 
« ti propos de ces trois especes, et que Ton puisse soulever Thy- 
t« pothese d'unc espece inconnue, telle qu'un gibbon de tres 



128 



M^MOIRES 



« grande taille. Dans Thypoth^se d'une esp^ce actuelle je penche- 
« rais » conclusion inattendue « pour Torang femelle. » Toutefois, 
M. Manouvrier aurait trouv6, au dire de M. Cligny, surle crSne 
d'un n6o-caI6donien, une troisi^me molaire inf(^rieure qui, pour 
la dimension et la forme de sa couronne, se rapproche de celle 
de Trinil, ses racines d^tant plus petites et moins divergentes. 
D'autres savants, sur des milliers de cranes humains, ont trouv6 
en tout six dents se rapprochant par leur taille de celle qui nous 
occupe; deux seulement avaient des racines analogues. 

R^sumons : Cette dent est du type humain par la forme de sa 
couronne ; elle s'en 61oigne par la direction de cette couronne, par 
la divergence des racines et par les dimensions de Tensemble, 
dilT^rences qui s'expliquent par un d^veloppement de Tappareil 
masticatoire qui ne se trouve plus dans Thumanit^. 

Les figures ci-jointes montrent quelle importance les savants 
anthropologistes ont attribute a la description, a la mensuration 
du crane de Trinil et ^ sa comparaison avcc ceux d'anthropoides 
etd'hommes fossiles. et, en particulier, avec le crane bien connu 
de la Neanderthal. 





Fig. 3. — Norma verticalis superposes Fig. 4. 
du crAne de Trinil 'i^ et du cr^ne roin 
do Neanderthal 2\ 



- Profils superpost^s en prenant pour 
point commun le sinus auriculaire fd*aprt;s 
M. Manouvien : r Chimpanzd jeune; a'CrAne 
de Trinil; 3" Crdne de Neanderthal : 4" Crane 
de Cro-maffnon. 



Completons-les par quelques mesures. Voici celles que j'em- 
prunte a M. de Mortillet : longueur : i85"™, largeur : i3o"°, d'oii 
indice c^phalique : ^. Cellcs-ci sont donndcs par M. Cligny : lon- 
gueur : 180""", largeur: 134"™"', d'ou indice cdphalique: ^. Capacity 
cranienne : i.oa.)'* avec une erreur possible inf^rieurc c\ \Qcf\ 



DE l'aCAD^MIE DE VAUCLUSE 12(J 

Rappelons que la capacite cranienne dcs plus grands gorilles ne 
d^passe jamais 600" et que dans les races humaines de l^Europe 
elle oscille autour de i ,55cr' ; dans aucyn cas, mcme chez les races 
intellectuellement inferieures, le crane d'un adulte sain ne descend 
au-dessous de i,3oo". 

Nbtons encore une particularitC* de ce cnine, que les figures ne 
laissent pas apercevoir. « La zone posterieure du parietal porle 
« un renflement considerable qui se continue en arriere avec la 
« Crete occipitale, en avant avec la crete susmastoidienne ; le tout 
« a servi d'inscrtion d des muscles enormes.... Cette cr^te est 
« placee beaucoup plus haut... que chez les Fellahs... plus haut 
« que chez les hommes de la Neanderthal, presque aussi haut que 
« chez les singes » (i). Occupons-nous d'abord de cette crete « qui 
c rev6le Texistence d'une nuque puissante et d'une machoire so- 
ft lidement outillee » (2) et singulierement d6velopp(^e, ajouterons- 
nous, ce que faisait prevoir le developpement de la dent. De ce 
fait, le crane devait 6tre incompletement equilibrd* et la face n'au- 
rait pu se maintenir droite sans Ic secours des muscles que cette 
crete fait deviner. 

De ce caract^re on aurait pu conclure a une attitude incomple- 
tement redresste, et on Taurait fait sans nul doute si le femur ne 
donnait Tassurance du contraire. Mais cette particularite de struc- 
ture est-elle uniquement simienne et ne trouve-t-on dans aucun 
autre mammif^re, entre la cr6te mastoidienne et la cr^te occipitale, 
une ligne d'insertion musculaire de direction plus ou moins 
horizontale? La signaler dans 1 etre du Trinil, ce n'est pas le 
rapprocher seulement des anthropo'ides, mais de I'animalite tout 
entiere. 

A regard de la capacite^ cranienne, nous sommes, dit M. Cligny, 
i au beau milieu du fosse que nous avions creuse entre les singes 
et rhomme » (3). C'est a peu pres exact. Mais faut-il de ce fait, par 
voie de consd^quence, conclure «i la parcnte de Tetre decouvert par 
le D' Dubois avec Tun et I'autre dcs riverains du fosse ou avec Tun 
des deux seulement, et avec lequel r .\L Cligny ne va pas jusqu'a 
Taffimation absolue, il la suggere plutot. « A Ttligard des facultes 
« intellectuelles et des caracteres zoologiqucs.... le pithecan- 
w thropus... forme anneau dans cette chaine hypothetique qui 
tt va du singe a Thomme ». Chaine morphologique ou gen^a- 
logique ? 

1; Cligny, loc. cit. 
i» Idem, ibidem. 
^3) Idem, ibidem. 



I^ 



MEMOIRES 



M. Schleicher est plus explicite ;.voici ce que dit sur cesujet 
M. Zaborowski : « Nos connaissances ne nous permettaient pas 
« (en 1874) d'affirmer que les branches humaine et simienne 
« 6taient ou n'etaient pas s^parees a I'^poque mioc^ne, et, 
a avec celle d'un prdcurseur vraiment humain, nous indiquions 
« I'hypothese de I'existence d'une esp6ce non encore fix6e, d'an- 
« thropiskes (futurs hommes) parmi lesquels il aurait pu s'op^rer 
« des re tours vers le typepurement simien. Celd conformdment 
« ^ la maniere de voir de Schleicher, qui supposait qu'un certain 
« nombre ou certaines esp^ces d'anthropiskes avaient acquis, 
« sous rinfluence de circonstances heureuses, le langage articule 
« et etaient devenus des hommes, pendant que d'autres especes 
« de ce genre, moins favoris^es, s'^taient immobilisees, etaient 
« tombees en decadence et avaient constitue par suite les quatre 
« especes de singes anthropomorphes. » 

Ceci, 6crit bien longtemps avant que les reliques du Trinil 
vissent la lumi^re, semble avoir refu de ce fait une 6clatante confir- 
mation. L'6tre d^couvert par le D' Dubois c'est I'anthropiskeprdvu, 
annonc(^. Cependant, reel ou hypothetique, Tanthropiske de 
MM. Schleicher et Zaborowski, consider^ comme anc^tre com- 
mun, exige un postulatum qui est la d^cheance intellectuelle 
« d'un certain nombre ou de certaines especes d'anthropiskes. » 
Chez ceux-1^ le cerveau aurait subi une reigression et serait re- 
toume aux dimensions que presentent actuellement les anthro- 
poides. 

Jamais hypothese ne fut plus gratuite. Les exemples de varia- 
tions, adaptations, regressions, simplifications, de quelque nom 
qu'on veuille les appeler, ne manquent pas dans Thistoire zoolo- 
gique ; elles peuvent affecter les individus dans leurs organes : 
simplification des pieds Iburchus de I'Hipparion r^duits au canon 
du Cheval, son descendant ; suppression totale des membres pos- 
terieurs dans les Pinnipedes et les Sir^nes, disparition dc Toeil 
dans les poissons descavernes. Elles peuvent alTecter Tesp^ce : le 
Mammouth se rapetissant ^ la taille de I'Elephant, et I'Ours des 
cavernes a celle des Ours actuels, a moins que dans ccs deux 
exemples il y ait, non pas decadence, mais substitution de varict^s 
plus petites mais plus resistantes a d autres plus grandes mais 
plus caduques. Je cherche en vain une deg^nercscence prouvec du 
cerveau, devenue caractere specifique, ct, jusqu a ce qu'un exem- 
ple authentique m'ait et6 donnte, jc consid6rerai Thypothcse de 
M. Schleicher comme tr^s risquee. N'oublions pas que le cerveau 



DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE lit 

n*est pas seulement Torgane de Tintelligence ; sa cl6gen6rescence 
entraine celle de toutes les fonctions auxquelles il preside, et Tesp^ce 
qui en serait atteinte se trouverait dans des conditions de lutte qui 
feraient prevoir sa disparition prochaine. Or, les singes, bien que 
nos inferieurs intellectuellement, ne sont pas des animaux deg6- 
n^r^s. Le diSveloppement de leurcerveau correspond aux fonctions 
auxquelles cet organe a d pourvoir ; Tenfant singe est plus riche- 
ment doue sous ce rapport que Tadulte, parce que son cerveau 
doit pr6sider ^ sacroissance, et c'est a cela sans doute, plutOt qu*a 
un retour vers les formes ancestrales, qu'est due la plus grande 
ressemblance entre lui et Tenfant humain, si frequemment invo- 
qu6e comme une des prcuves de I'origine commune des deux 
especes. 

En tout cas, la theorie de M. Zaborowski transpose ou recule la 
difficult^, elle ne la resout pas : « Nous indiquions I'existence... 
« d'une esp^ce d'anthropiskes, parmi lesquels il aurait pu s'ope- 
« rer des retours vers le type vraiment simien » (i). L anthropiske 
proviendrait done d'un anc^tre singe, vers lequel remonteraient, 
par^atavisme, quelques-uns de ses descendants, pendant que les 
autres progresseraient vers le type humain. Cela semble d'une 
grande complication, dont on ne voit pasla ndcessite. Pourquoi ne 
pas detacher le rameau des anthropoidcs du tronc qui leur serait 
commun avec Tanthropiske, celui-ci«6tant considc^re comme Tas- 
cendant de I'hommeseul? Que letredc Trinil soit precisement cet 
anthropiske, je Ic veux bien. Que, parmi ses descendants, on 
compte des singes, grands ou petits, le developpement de son 
cer\'eau nous defend de le croire. Nous verrons, au cours de cette 
6tude, si lui-meme peut descendre d'un singe ou d'un ancetre qui 
lui serait commun avec les singes. 

Singe de grande taille et de developpement intcllectuel bien 
sup^rieurd celui des anthropomorphesactuels, qui en seraient les 
descendants deg^ne^res ou cspcce completement c^teinte ; ou bien 
6tre bestial dont des perfectionnements phsychiques incessants 
doivent amener les descendants a la dignite d'homme : telles 
sont les hypotheses que nous permet Tetude du crane de Trinil. 

Nous avons dit pourquoi la fusion, dans des races simiennes 
inlerieures, de cet ancetre plus parfait semblait contraire aux lois 
gen^rales de la gen^se des especes. 11 a done disparu ou bien 
s'est confondu dans Thumanite. 

Mais alors c'etait un ancetre purement humain. 

I Zaborowski. loc. -cit* 



i 3'2 MEMOIRES 

Au surplus, les caracteres craniens ont-ils, dans la recherche 
qui nous occupe, Timportance qu'on veut leur donner? 

Le developpement de son cerveau donne a Thomme une place 
speciale, tout ^ fait a part dans la s^rie animale; aussi est-on 
port^ aconsid^rer comme son parent tout animal qui se rappro- 
che tant soit peu de lui sous ce rapport. Mais ce caract^re n'est-il 
pas plut6t spccieux? En tout cas, il n'est pas g(^n6ral. 

$upposons-nous en possession des cerveaux d'un tres grand 
nombre de mammiieres de taille dquivalente (i) et classons ces 
cerveaux d'apres leur poids. II est probable que ce classement 
repondra ^ peu pr6s au developpement intellectuel de ces ani- 
maux ; mais quel est le naturaliste qui se chargerait de placer 
dans cette serie les limites des genres et des especes et surtout 
des families naturelles telles qu'on commence a les entrevoir; et 
si on prend trois cerveaux consecutifs, sera-t-on fondc^ a affirmer 
qu'ils appartiennent a trois proches parents, a trois animaux 
d'origine commune? 

Le cerveau, quelle que soit son importance physiologique, est 
le moins specialise des organes ; c'est celui qui se prete le moins 
aux classifications naturelles ou artificielles; dans ce but, tout 
autre partie de I'animal sera etudi^eavec beaucoup plus de fruit. 
C'est ce que va nous prouver, je Tesp^re, I'examen du troisieme 
debris du Pithecanthropus. • 



Je regrette de nc pouvoir completer Timage ci-jointe par une 
vue de la face postdrieure de ce femur. Ce que nous en voyons 
donne absolument Tidee d'un femur humain; et si le D' Dubois a 
appele « Erectus » Tetre dont il fut le parrain, c'est que les particu- 
larites bien connues de la partie post6rieure et en particulier de la 
ligne apre du femur humain, se remarquentdans celui-ci. L'exos- 
tose enorme que Ton remarque dans le quart sup^rieur du bord 
interne prouve que I'humanite fut la proie des maladies des 

m 

Tepoque meme ou, au dire de plusieurs, elle ne jouissait pas 
encore de sa complete autonomic. 

Le caractere humain de cet os est plus particulierement aflirme 
par ses dimensions, 0,455. A-t-on tire de ce fait toutes les conse- 

(i) (2ettc condition est indispensable, le poids du cerveau etant toujours dans une 
certaine relation avec celui du corps. Quelle conclusion pourrait-on tirer de la com- 
paraison du cerveau d'une souris A celui d'un elephant? Cependant, on compare, 
directement et sans correction, au cerveau humain celui d'un animal d'une masse 
gorprtrclle deux fois plus prande, le gorillc I 



Pimui de THor 



DE l'academie DE VAUCLUSE 1 33 

quences qu'il comporte ? Je ne le pense pas et je vais essayer de 
le faire. 

Si, a Texemple de M. Hovelacque, nous voulions reconstituer 
le femur de Tancetre commun, nous serions portes ^ lui attribuer 
une dimension moyenne entre celui de Thomme et celui de 
Torang-outang, Tanthropoide le plus 61oigne de Thomme sous 
ce rapport ; puis nous supposerions que chaque future esp6ce se 
sp6cialisant, lacuisse se serait raccourcie chez le grimpeur, allongee 
chezlemarcheur. Cette supposition, qu on leremarqueen passant, 
serait plus acceptable que celle du r6tr6cissement du cerveau. 
Mais quelle taille aurait done eue le pr^tendu pithecanthrope, m^me 
avec des proportions intermediaires entre Thomme et le singe, 
calcul^esd'apr^sun femur de 0,455? Ce calcul, je regrette de ne 
pouvoir le faire, n'ayant a ma disposition que les mesures que 
donne le D"" Topinard fi), qui sont des rapports et des indices, 
non des longueurs absolues. 

Mais d'autres objections se presentent ^ Tesprit. Comment se 
fait-il que cet anc^tre nous ait transmis, sans variation appre- 
ciable, la forme et les dimensions de son f^mur depuis un temps 
si prodigieusement recul(^, le temps qu'il a fallu ^ ses descen- 
dants pour augmenter de moitie la capacity c^rebrale et cela par 
acquisitions insignitiantes d'une generation a une autre, non 
sans quelques retours en arriere. Dans quelle couche g^ologi- 
que peut-on esperer trouver I'etre qui pr^sentera les caract^res en 
partie simiens, que nous ne trouvons pas dans le f6mur de 
Trinil ? 

Nous sommes loin, on levoit, du typesiing^nieusement evoque 
par M. Hovelacque : « Ce qui frappe au premier coup d'oeil dans 
« les proportions des membres des anthropoides compares aux 
« membres des hommes, c'est que les membres sup^rieurs des 
« premiers sont plus longs que ceux de Thomme et les membres 
« inf^rieurs moins longs. » C'est une fa9on bien trop sommaire 
de presenter un caract6re aussi important; et plus loin: « II est 
« constant, en tout cas, que les races inferieures de Thumanite 
« occupent d'une facjon g6nerale un degre plus bas que celui des 
« races supdrieures, un degr6 plus haut que celui des anthro- 
« poides. II nepouvait, selontoute logique, en 6tre autrement de 
« Tancetre imm^diatde Thomme. » Voila pour les dimensions de. 
Tos : Vinci pour sa forme : '< M. Broca a d6montre que les femurs 
« de la race prehistorique des Kyzies se rapprochaient de ceux des 

I VArUhropologie Paris, Reinwald et C", 1879), p. 84-90. 



1 34 MEMOIR Kbi 

« anthropomorphes par leur largeur. C'est la au moins un des 
« caract^res que Ton peut attribuer aux femurs de nos ancetres 
« imm6diats. » Et, de plus, il donne a entendre qu'ils 6taient 
depourvus de ligne apre suivant le type de la femme bochimane 
du mus6e et d'apr^s I'observation de M. Desmolins, qui dit : 
« La ligne apre du femur qui termine une surface prismatique 
« dans les autres hommes, n'existe pas chez les Bochimans et 
« le contour posterieur de cet os, au lieu d'olTrir deux faces incli- 
« n6es Tune sur Tautre, ne presente qu'une surface plano- 
« convexe (i). » 

La r6alit6 n-a pas r^pbndu a Thypoth^se : la longueur du f6mur 
du Trinil est d'un homme de haute taille; ce serait d*un g6ant, 
si conform6ment ^ la th^orie ci-dessus, on suppose que cet os 
6tait plus court que la moyenne des races superieures. II n'est 
pas aplati et s'il 6tait d^pourvu de ligne apre ou dc quelqu'un 
des details qui, marquant la station debout, sont Tapanage 
exclusif de Thomme, on n'eut pas manque de nous le dire et on 
n'eut pas accol^ au nom de Pithecanthropus, qui r^pond a Tidde de 
I'anc^tre commun, celui de Erectus qui la contredit dans une 
certaine mesure. 

On s*6tonnera de I'importance que j'attache aux dimensions 
d'un OS, detail que les anatomistes, sauf les plus recents, ont 
regards d'ordinaire comme insignifiant. Les anthropologistes 
qui les ont not^es avec soin ne semblent pas en avoir tire toutes 
les consequences qu'elles comportent. Ce sont euxcependant qui 
nous apprennent que les variations dans les longueurs des mem- 
bres et surtout dans les proportions des membres sup6rieurs et 
inf^rieurs sont si insigniflantes qu'elles ne suffisent pas a 
6tablir dans Thumanit^ les distinctions factices de races supe- 
rieures et races inferieures dont parle M. Hovelacque; qu'elles 
creusent, au contraire, entre les anthropoldes et I'homme un foss6 
autrement infranchissable que celui qui r^sulte de la difference des 
capacites craniennes. 

Ceci reclame quelques developpements ; je les emprunterai ^ 
une communication faite par moi d TAcademie de Vaucluse, le 
9 juin 1886 (2). A cette epoque, je presentai t mes coliegues 
« un croquis qui, a mon sentiment, faisait ressortir d'une mani&re 
frappante certai?ies constatations qui ne sont pas nouvelles et qui se 

(i) A. Hovelacque. Notre ancitre, 1878. p. 70-72. 

(j) V. MtSmoires de TAcadcmie de Xauclusc^Liqu'iei , Bribes anlhropologigucs pour 
sen'ir j Vcnseignement du dessin (L*Instruction pritnaire,n* du 21 juin 1891.^ 



bE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 



UV? 



rattachent d la question toujours pendante de I'origine de notre 
espece. 

« Une ligne horizontale de o'^GS de longueur environ represenie la 
colonne vertebrale ; trois points la diviseni en parties correspondant 
aux regions cervicale, dorsale, sacro-lombaire et coccygienne, la 
premiere de o,og, les deux suivantes de 0,28 chacune, la derniere de 
0,02. Elles corresponnent aux intervalles rectilignes, limites dans le 
sqiielette par le plan condylien, Vapophyse proeminente, rapophyse 
epineuse de Li onzieme dorsale, la pointe du sacrum et la pointedu 
coccys. 

Si Von prend la moitie de la region cervicale et qu'on la reporte 
(0,045) sur la region dorsale, a partir de la proeminente, on obtient 
un point an niveau de la cavity gl^notde, soil le point d'attache de 
I humerus. La distance qui separe ce point de I'atlas (0,1 35] est dgale 
a celle qui separe celui-ci du vertex; en d'autres termes, c'est la 
hauteur du vertex au-dessus du trou occipital ou axe vertical du 
crane. 



ii.<..U 




Fro. ♦:>. — Representation schematiquc vies proportions de rhomme. 

« .A partir de son point d'attache, je represente Vhumirus par une 
perpendiculaire a la colonne vertebrale et je fais sa longueur egale a 



1 36 MEMOIRKS 

0,325, la moitie exactemeni de la longueur du rachis. Celte relation 
est tres simple el en meme temps exactefvoir Topinard). 

« Les auires segments du membre superieur, que je place sur le 
prolongement de Vhumerus se trouvent par une relation tout aussi 
simple : les trois-quarts de la longueur de I'hum^rus donnent le 
deuxieme segment, le radius; les trois-quarts du deuxieme donnent 
la longueur de la main, Ces dimensions sont prises entre les sur- 
faces articulaires, apophyses non comprises. 

« Void comment la longueur des divisions naturelles du membre 
injerieur se deduii de celles des segments coj^respondants du membre 
superieur. 

« Du point qui marque Vextremite du sacrum, je dirige en avant 
une ligne a 4S'*, jusqu'au niveau de Vextremite inferieure de Vhu- 
merus : c'est le femur. De la en arriere une ligne a 48'' jusqu'au 
niveau de I'articulation radio-carpienne : c'est le tibia ; une troisieme 
ligne a 45** en avant, comprise entre le niveau des extr^mites de la 
main donne la longueur du pied : relation qu'on pent formuler de 
la inaniere suivante : 

Le segment du membre postdrieur est au segment cor- 
respondant du membre antdrieur, comme la diagonale 
est au cAt^ du carrd » 

« Une chose me semble, des a present, digne d'attetition. Le type 
humain quej'ai represente est ramen^ a rattitude d'un quadrupede 
et ce quadrupede d*occasion ne s'eloigne pas d'une mani^re essentielle 
de ceux qui ne savent marcher sans Vaide de quatre pattes. 

« Sijefais un schema analogue avec les mesures des anthropoides, 
j^arrive a des relations radicalement dijferentes, mime jusqu'au rap- 
port inverse pour Vorang, chez qui, d'apres Broca, Vhumerus, -j- ^^ 
radius est au femur, + /^ tibia, comme 140 est a 100, ce qui pourrait 
s'exprimer ainsi : 

Les deux premiers segments du membre ant^rieur, 
Chez Vorang, sont aux deux segments du membre post^- 
rieur comme la diagonale d'un carrd est & son cAtd (i). 
Et comme, toujours d'apres Broca, la relation de longueur du ft^mur 
au tibia et de Vhumerus au radius est la mime, egales toutes les deux 
d 8y,7 "/<" ^^ P^"^ ^'^^ ?"^ ^^ formule ci-dessus est encore juste pour 
chacun des segments. » 

Ces assertions, ces figures peuvent sembler ing6nieuses, mais 
de pure fantaisie. II n'en est rien : elles reposent sur des mesures 

vi Humphry arrive au meme r6suUat,A 0,7 pr6s. — Voir V Anthropologic du D' To- 
pinard. y ed., p. 85. 



Dfe L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 



1 37 



o 

3 
9 



o 




V— ^ 






3 



::> 




*T5 

o 
1 
n 



"5^ 



* ' \ 











l3H MEMOIRES 

nombreuses et controlees. Une derni^re epreuvc nous rassurera 
a cet 6gard. On sait ce que les anthropologistes appellent la grande 
envergure. C'est la longueur qui separe les exlr^mit^s des deux 
medius, les bras 6tant supposes etendusen croix. lis I'ont compa- 
rted la hauteur tolale de Tindividu. Notre figure peut donner faci- 
lement les deux dimensions. II suffit, d'une part, d'ajouter d deux 
fois la longueur du membre ant^rieur lalargeur du thorax (deo,25 
a 0,28) et d'autre part d'additionner la hauteur de la teteavec celles 
du rachis, des deux premiers segments du membre posterieur, et 
d'ajouter 0,09 d o, 10 centimetres pour la hauteur de Tarticulation 
tibiotarsienne au-dessus du sol. Nous obtenons ainsi une grande 
envergure de [(325 + 244 -f- 1 83) 2 -{- 25o] i'"72 et une taille de 
[135+650+445+341 + la)] i^Gyi . Or, M. Topinard nous apprend 
que I'envergure depasse la taille de I'homme dans les moyennes 
de o a 8g pour mille, c est-a-dire que quand elle est le plus reduite, 
elle egale la hauteur du corps, quand elle est la plus longue elle 
la depasse d'un ^, soit de o'"i5 dans la taille moyenne. Ici nous 
avons un excedent de o,o54 seulement, presque a 6gale distance 
entre les deux extremes. 

« Sur les anthropoldes et specialement sur le Gibbon, ajoute 
« le savant el6ve de Broca, elle est infiniment plus grande. Son 
« rapport a la taille 6tait de 1654 chez un Gorille mesur6 aussit6t 
« apr^s sa mort, et de 1428 environ chez un Chimpanz6 de Tesp^ce 
« chauve. On voit tout de suite Textr^me difference avecThomme. » 
Du reste, le graphique de TOrang, donn6 plus haut, a 6t6 etabli, 
comme je Tai dit, sur des mesuresde Broca donn^es par Topinard. 

L'exactitude des figures donn6es ci-dessus est done justifl^e 
par les mesures des anthropologistes. La charpente osseuse de 
I'homme se rapproche plus de celle d'un quadrup^de, je dirais 
presque de n'importe quel quadruple, que de celle de n'importe 
quel anthropoide. De plus, son envergure est, avec les variations 
insigniflantes de^au maximum, 6gale d sa taille. Nous sommes 
en droit d'en conclure que les rapports des longueurs du membre 
anterieur au membre post6rieur, que nous avons vus en con- 
nexion intime avec la taille et I'envergure, n'^prouvent 6gale- 
ment que des variations insigniflantes. Done, que ce caract^re est 
un des plus fixes qu'il y ait dans Thumanite actuelle. Ceci paraitra 
bien plus Evident, si nous comparons cette fixity avec les extremes 

■ 

^1^ Topinard, AnthropologU, 



» 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE r.>9 

variations que quelques exemples nous font deviner chez les 
anthropoides (i). 

Mais voila que le D' Dubois deterre les debris d'un etre parmi 
lesquels un lemur mesurant 455"', juste la longueur pr6vue cinq 
ans plus t6t dans une figure destin^e a rc^sumer les proportions 
humaines (il n'y manque pas un millimetre) et Ton conteste que 
cet ^tre soit un homme ! et Ton pretend que la trouvaille du D*" 
Dubois comble le fosse qui separe Thomme du singe : elle I'elargit 
au point de le rendre infranchissable, car elle nous montre que 
Tun des caracteres les plus speciaux a Thomme et des plus inva- 
riables dans I'espece actuelle, celui qui Teloigne leplus des pre- 
tendusanthropomorphes, puisqu'il met entre eux et lui plus de la 
moiti^ des quadrupedes terrestres, est aussi Tun des plusanciens, 
leplus ancien de tous. II estant^rieur a Thumanit^, pourrait-on 
dire, malgrc^ Tabsurdite apparente de la proposition, puisqu'il a 
prec(^d6 dans notre espece le d^veloppement cert^bral et peut-^tre 
les premieres manifestations du langage. 



Cette difference si considerable entre les anthropoides et 
rhomme, Tanalogie ind^niable entre ce dernier et les quadru- 
pedes en ce qui touche le plan genc^ral de la charpente osseuse, 
A quoi doivent-elles 6tre attribuees ? Je ne vois que deux causes 
possibles, Torigine' ou Tadaptation, cette derni^re determinc^e 
surtout par les fonctions de locomotion. 

Or, les deux groupes dissemblables, anthropoides et hommes, 
ont des allures analogues. Tun et I'autre, a des degrees differents, 
bip^des et grimpeurs. Les deux groupes qui se ressemblent ont 
des allures oppos^es. Si Tanthropolde est un bip6de mediocre, 
rhomme est un quadrupede encore plus mauvais. La difference 
du plus ou moins dans Thabitude de grimper ou de marcher 
debout, que Ton constate chez Thommeet I'anthropoide, suffit-elle 
^ expliquer la disproportion de leurs membres ant^rieurs et pos- 
t6rieurs ? Je ne le crois pas. 

(1) Un moyen de montrer la difference qui existe entre I'envergure et la hauteur, 
dil Topinard, t consiste A voir oCi se pose Textr^mitd du medius dans la station 
« verticale du soldat sous les armes. Cette extrdmitd 6tait separde du bord sup<irieur 
€ de la rotule par un intervalle de 7 A la centimetres dans les moyennes obtenues 
f sur les soldats de races diverses de I'armee am^ricaine. » VoilA les variations chez 
rhomme. Nolons que cette difference de 7 A 12=35 provient en partie du niveau 
plus ou moins elevc des (Spaulcs. « Suivant M. Huxley, les mains atteigrnent le 
« milieu de la cuisse chez I'homme, le dessous du genou chez le chimpanz^, le 
» milieu de la jambe chez le gorille. les chevilles chez Torangr, le sol chez le ^ib- 
ff bon. » VoilA les variations chez les anthropoides. 



J40 MEMOIRES 

Dans les temps prc^historiques que de families humaines durent 
etre arboricoles, comme Ics orangs, et combien en existe-t-il 
encore dont les pieds n'ont pas connu d'autre sol que les racines 
des pal^tuviers ou les basses branches desarbres.Nousne voyons 
pas que cette condition, qui est exactement celle ou vivent les sin- 
ges, ait allonge leurs bras ou raccourci leurs jambes au-del^ des 
limites si restreintes que nous avons donnees plus haut. Les deux 
groupeshumains, chez qui on signale la plus grande envergure, les 
Kabyles et les Ainos, habitent des pays qui ne se recommandent 
ni par letendue, ni par Topacite de leurs forets. Cette difT6rence 
est done originelle : elle a resiste aux resultats de Tadaptation a 
des conditions de vie identiques. 

Au contraire, si jamais la fonction a cr^6 I'organe, on peut dire 
que la marche sur quatre pieds a cre<^ les proportions des mem- 
bres chez les quadrupedes. Qui ne vr»it de quelle efficacite pour 
la projection en avant doit etre le jeu des leviers de Tarri^re-train , 
disposes suivant des lignes a 45* avec le sol et avec I'axe ver- 
t(ibral ? 

Mais chez Thomme qui ne marche, court et saute que sur deux 
pieds, a quoi cette disposition peut-elle bien servir ! Cette relation 
de longueur entre les segments homologues des deux membres, 
cst-ce la fonction qui Taurait crete et lui aurait impos6 cette 
fixity remarquable ? En quoi la longueur des bras, qui font une 
besogne toute autre que les jambes et r^ciproquement, peut-elle 
dependre de celle des jambes, sans qu^aucun changement soit 
intervenu dans cet ensemble, ni sur la totalit<i des hommes, ni 
dans la continuite des mill(^naires. Comment des conditions de 
marche identiques, tr^s analogues du moins, aurait-elle cr66 des 
dissemblances profondes entre les descendants d'un m^me p6re 
et comment un mode ambulatoire essentiellement different aurait- 
il rapproche Thomme du quadrup^de ? Voila des diflicult^s qui 
ne se resoudront pas par I'hypothese de Tanc^tre commun. 

D6ja, en i88(), dans la communication oil j'ai pris I'extrait donn6 
ci-dessus, je disais, en mani6re de conclusion : Ne serait-il pas 
plus logique d'attribuer les differences radicales des structures a des 
origines essentiellement distinctes et tres dissemblables, et de const- 
derer les ressemblances incontestables de Vhommeet des anthropoides 
comme le resultat d'adaptations a des conditions d'existence ana- 
logues f 

(]ctte hypothcse, qui est justement le contre-pied de celle de 
Tancctrc commun, ne me semble pas infirm(^e par la d6couverte 



DE LACADEMIE DE VAUCLUSE I4I 

dont Trinil fut le th^dtre, bien au contrairc. Le passage suivant, 
cmpruntc^ a Karl Vogt, que jc n'ai connu que plusieurs ann6es 
apres, semble lui pr^dire un brillant avenir. II est suggestif et 
Ton s'6tonneraqu'apr^s Tavoir ecrit Tauteur soit rest6 un partisan 
imperturbable de ranc^trecommun. 

(t C'est une des plus belles conquetes de la science paltontolo 
a gique modQrne que la demonstration des deux lignd^es paral- 
« Icles, suivant lesquelles le type des chevaux s'est successivement 
a dOvelopp^ dans I'ancien comme dans le nouveau monde. Dans 
<t ce dernier surtout, tous les jalons existent, sans aucune inter- 
« ruption, depuis un petit animal pentadactyle, Eohippus, de la 
)) taille d'un renard, trouve dans les couches de Tebocene inferieur, 
« jusqu'au cheval quaternaire (equiis curridens). Chaque 6tage 
« montre un genre particulier, di(T(^rent du precedent par une 
» augmentation de la taille, par la complication toujours crois- 
« sante des plis de lemail dans les molaires, et par une reduction 
<( successive du nombre et du volume des doigts. Or, le dernier 
ft rejeton de cette longue serie de genres enchain^s les uns aux 
« autres etait un cheval semblable au cheval domestique, avec 
« des incisives un peu dilTc!; rentes, qui, pendant I'c^poque quater- 
« naire, parcourait les deux Amdriques, en laissant ses restes 
« tout aussi bien dans les depots des Pampas que dans les caver- 
« nes du Bresil et des Etats-Unis. 

« Dans Tancien monde, nous avons une sdrie semblable, quoi- 
« que moins complete. Nos chevaux paraissent prendre leur 
(I souche dans les Paldoth^riums, forme ambigue a quatre doigts 
« aux pieds anterieurs, qui parait etre aussi la souche des Rhinn- 
<( ceros. Mais dans le genre Anchith(inum de Td'ocene sup(!irieur 
« et du miocene inferieur, pour la dentition comme pour la 
« structure des pieds, lescaract6res chevalins se prononcent deja 
« avec la plus grande nettet(^ et se laissent suivre jusqu'aux chc- 
« vaux actuels, en passant par les gracieux Ilippariums trydac- 
« tyles, qui parcouraient en bandes nombreuses le midi de TEu- 
« rope, les localitc^s de Pikermi en Grece et de Sansans au pied 
« des Pyriinees. 

« Je ne veux point insister sur les d(itails, je veux constater 
a seulement qu'aucun des genres compris dans la serie d'evo- 
« lution des chevaux americains n'est identique avec ceux qu'on 
« a distingues dans la serie de nos chevaux, et que les dilTerences 
« initiates sont plus considerables que celles de la lin. La dilTe- 
« rence est 6norme entre TAnchitherium du miocene superieur 



142 MEMOIRES 

« de TEurope et le Mesohippus du m^me etage am6ricain, 

« tandis que les diflV^rences sont minimes entre les deux chevaux 

« quaternaires. Les series se sont done rapprochees an lieu de 

« presenter des divergences croissant es (i), » 



L'hypoth^se de Tancetre commun a trouble la vue des plus 6ru- 
dits et des plus perspicaces. Delivrons-nous de cette obsession et 
pour cela faisons un sort a la theorie des origines separees et des 
transformations convergentes. 

Les savants qui se sont occupes de la question si interessante 
de notre origine ont trop demande a Tanatomie descriptive et ^ la 
physiologie, sciences analytiques au premier chef, qui voient de 
trop pr6s. Aux sujets scientiliques comme aux oeuvres d'art il faut 
parfois du recul, comme disent les peintres. La paleontologie, 
qui a fait ouuvre de synthese des ses debuts, se plait aux vastes 
horizons. C'est elle qui nous fournira les documents necessaircs, 
mais il faut savoir attendre. Deja, elle nous a livre Thomme de 
Trinil, mais quoi! il etait a fleur de terre, a peine quaternaire ; 
elle nous reserve blen d'autres surprises. Ce n'est pas seulement 
nos ancetres qu'elle nous fera connaitre, mais aussi ceux de 
chacun des quatre groupes d'anthropoides. Si les clTets combines 
de revolution etde I'adaptation, s'exer^ant dans deux hemispheres 
que rOcean separait alors comme aujourd'hui, ont ramene a une 
meme espece les descendants de deux animaux aussi distincts 
que I'Eohippus et TAnchiterium, pourquoi n'aurait-elle pas trans- 
forme, jusqu'a les rassembler dans une meme classe, celle des 
primates, les descendants d'ancetres encore plus diflerencies? 



En attendant que I'evenement montre de quel c6te est la verite, 
feiicitons-nous de Tinteret que les milliardaires et les souverains 
prennent aux origines de Tespecc humaine. Puisse cet interet les 
conduire jusqu'a I'amour de leurs contemporains ! Serait-ce 1^ le 
premier pas vers Tapaisemcnt, vers la suppression des guerres 
politiques et industriclles qui cnrichissentde documents humains, 
pour le profit bien lointain et bien aleatoire des anthropologistes 
de Tavenir, les couches geologiques en voie de formation ! 

G. BOURGES. 

(i) Karl Vogrt, Lw Mammi/ens, 6clit. fran9. orig. (A. Pigorcau), p. 339-340. 



EN AVIGNON. 



SUR LA STATUE DE CRILLON. 

Le Destin ne lui fut pas tendre 
A ce vaillant lils du Comtat: 
Henri quatre Tenvoyait pendre, 
Puis, il fallut qu'il s'exilat. 
Car c'est Texil que cettc impasse 
Au fond duquel il est but(^, 
Plus oublie dans sa disgrace 
Qu un poete ou qu'un deputed. 
C'est qu'il a suivi ses idoles 
Dans le declin qui les poursuit ; 
Sa statue est le pur symbole 
Des devoirs noblement remplis. 
En face de la xVI^tropole, 
Presque au milieu de nos soldats, 
Elle garde la necropole 
Des saintes grandeurs d'ici-bas. 



LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE 

Ce monument, epais et lourd, 
Jadis eut, dit-on, d'heureux jours. 
Les Papes y battaient monnaie. 
Aujourd'hui, son heure est moins gaie. 
Le co(Tre-fort municipal 
Ne vaut pas le coffre papal ; 



144 MEMOIRES 



On n'y bat plus For, et pour cause. 

On y bat pourtant quelque chose 

De pas cher et d'assez flatteur 

Pour plaire encore a T^lecteur 

Et m6me ^ sa prog^niture, 

On y bat... Quoi done? — La mesure ! 



LE TOUR DE VILLE. 

A Mademoiselle X. 

C'6tait pr6s du Rempart le chemin familier 
Que Ton suivait gaiment, en s^arretant par place. 
Com me le pas au sol, le regard fait sa trace : 
Si ces murs ont une ame, ils ont du la garder. 

Si ces murs ont des yeux, en vous voyant passer 
Leg^re et souriante, ils ont du vous sourire. 
Vous qui les aimiez tant; laissez-moi vous le dire, 
Si ces murs ont un coeur, ils ont du vous aimer. 



LE RHONE EN AVIGNON. 

C'est le Rhone puissant et fier, 
Dont Tepaule, aux muscles de fer, 
Emporte la vague ecumante 
Du sommet de TAlpe g^ante 
En ddvalant jusqu'd la mer. 

II a pein6 sous bien des cieux, 
II est fatigue, soucieux, 
Mais le voila chez les F(^libres, 
II se sent jeune, et ses nerfs vibrent, 
La joie ^tincelle en ses yeux. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSfe 14? 

Du plus loin qu'il voit Avignon 
Et son palais et ses pignons 
Avec leurs tours cardinalices, 
II lorgne ses remparts, ses lices 
Et tend Toreille vers le pont. 

11 6coute si les violons 
M6nent toujours les rigodons, 
Ces rigodons ou les Arieses 
En se trdmoussant tout a Taise, 
Montrent leurs bas sous leurs jupons. 

En passant pr^s de Saint-Andr6, 
Avec un sour ire madr6 
11 s'^carte vers la prairie, 
D^daignant Tampleurarrondie 
De ce vieux couvent delabre. 

Et gaiment, il jette, au detour, 
De la main un lointain bonjour 
Au joyeux Chateauneuf des Papes, 
Au souvenir de sos agapes, 
De son vin, de ses troubadours. 

m 

C'est en vain que de son castel 
Philippe lui fait un appel. 
11 se rit de sa tourosseuse, 
Et laisse sa pointe orgueilleuse 
En maugr6ant piquer le del. 

Puis, tout gaillard, d'un pied leger, 
11 descend jusque chez Tempier, 
Enla^ant la taille un peu grasse 
De sa comm6re Barthelasse 
Dans le myst^re des canniers. 

Las ! Mais Taust^re Jacquemard 
Le guette et tinte le depart. 
Docile d la cloche sdverc, 
Une larme pr^s des paupi6res, 
II s'6branle d'un pas trainard. 



144 



On n 
Ony 
De p. 
Poui 

Etn-: 
On \ 



f^ 






»^*- -r:. i mi-- :: .-n^r:' 



LE 



. Ta.trr u njflc alluTL 
J -'am nani>i< esi si dure 
."^McauA nauinnnier.- 



C'6tait pres du 
Que Ton suiva' 
Comme le pas 
Si ces murs oi'^ 

Si ces murs oni 
L6g6re et souri. 
Vous qui les airi 
Si ces murs oni . 



■.wJiajre*j*cvaiiici:: 



• ■ 



MISTRM 



LE RHo 

G'estle Rh^.i 

Dont r^pau!' 

Kmporte la \ 

Du sommet J-. 

En ddvalant j-i 

II a. peine sous ■ 
II est fatigue, se. 
Alais levoila cIk 
U se sent jeunc. ..• 
I.a joie etincelle .•: 



';. Jans la p»snt 

"^s-ajllo, 
. v::t*au 



DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 1 47 

Coureur insolent d'aventures, 

Menant grand train de tourbillons, 

II bouscule ici les voitures, 

La fait la guerre aux cotillons. 

On dit m^me que sur la place, 

En fourrageant le monument 

Aux grands hommes qui s'y prelassent 

II enleva leurs vetements. 

Mais les ponts ont ses preferences : 

II y montre tous ses talents 

Et fait valser a sa cadence 

Les gros bourgeois et les mamans. 

11 aime ^ tourner les aiguilles 

Sur les horloges de nos tours, 

A lutiner les belles filles. 

Ah ! qu'il leur fait de vilains tours : 

Car si peu qu'il se mette en tete 

De les suivre au creux deschemins, 

On voit... des coifles de coquettes 

Voler par dessus les moulins. 

Qui resiste est mis en poussi^re; 

Et c'est simplement parraison 

Que nos belles sont si legeres 

En ce beau pays d' Avignon ! 

MOURAL. 






T46 MEMOIRES- 

Pourtant le voila qui soudain 
Tend'le jarret, cambre le rein, 
Et sur sa t6te qu'il redresse, 
Un Eclair de male all^gresse 
Rayonne et chasse le chagrin. 

C'est qu'il a vu nos pontonniers 
Rejoindre en chantant leurs quartiers. 
Et lui, le maitre d rude allure, 
Dont la main parfois est si dure 
Et si terrible aux nautonniers, 

Lui, I'anc^tre au constant labeur, 
Le seculaire travailleur, 
Le vieux serviteur de la F" ranee 
Sourit a leur jeune vaillance, 
Et part enfm la joie au caur. 



LE MISTRAL 

Comme le Rhone dans la plaine, 
Dans les airs le Mistral est roi, 
Et roi puissant dans son domaine ; 
11 fait tout plier sous sa loi. 
En vain, pour lui livrer bataille, 
Les vieux remparts et le chdteau 
Opposent leurs flares murailles 
A la fureur de ses assauts. 
Sans s'arreter a les combattre 
II les tourne de tous c6t6s, 
Et bondit, hurlant comme quatre, 
Par dessus leurs fronts ecretes. 
Le voila maitre de la ville, 
II a bientdt tout balaye, 
Car c'est a lui que nos (^dilcs 
Donnent la rue d nettoycr. 



DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 1^7 

Coureur insolent d'aventures, 

Menant grand train de tourbillons, 

II bouscule ici les voitures, 

La fait la guerre aux cotillons. 

On dit m^me que sur la place, 

En fourrageant le monument 

Aux grands hommes qui s'y prelassent 

11 enleva leurs v^tements. 

Mais les ponts ont ses preferences : 

II y montre tous ses talents 

Et fait valser a sa cadence 

Les gros bourgeois et les mamans. 

11 aime ^ tourner les aiguilles 

Sur les horloges de nos tours, 

A lutiner les belles fUles. 

Ah ! qu'il leur fait de vilains tours : 

(^ar si peu qu'il se mette en tete 

De les suivre au creux deschemins, 

On voit... des coifles de coquettes 

Yoler par de^ssus les moulins. 

Qui resiste est mis en poussiere; 

Et c*est simplement parraison 

Que nos belles sont si legeres 

En ce beau pays d'Avignon ! 

MOURAL. 






Volumes et Fascicules 

REgUS PAR L'ACADEMIE 
Depuis la publication du i«r fascicule de I'ann^e igoi. 






I. — Envoi du Mlnist6re de rinstruction publlque 

et des Beaux-Arts. 

Bulletin arch^ologique du Gomite des travaux historiques et scientifiques, 19001 
3* livraison. 

II. — Dons des auteurs. 

I' Collection de feu M. le marquis de C[lapiers] : Monnaies fran^ises royales et 
fcodales (surtout proven^ales'... Vente aux ench^res publiques... les lundi 39 avril» 
mardi 3<) avril et mercrcdi i" mai 1901. — 2' M. Eysstiric, membre titulaire de TAca- 
demie : G. Bigourdan, J. Eyssi^ric et Salet, Rapports sur les observations de T^clipse 
totale du soleil du 28 mai 1900, faites 4 Hellin, Albacete et Las Minas (Espagne). — 
3* M. de Berluc-P^russis, membre correspondant de I'Acad^mie : Rapport sur les 
« Tribunaux de Sisteron 9 de M. Saint-Marcel Eysstiric. — 4' M- Emile Bonnet : Les 
Monnaies des 6veques de Lod6ve. — 5" M. Marmoiton, membre titulaire de TAca- 
d6mie : (Jeorges Bell, Sans reproche, drame en quatre actes et en vers. 

II. — Envois des Socidtds correspondantes. 

Memoires de la Soci^t<i d*arch6ologie lorraine et du Mus^e hlstorique lorrain, t. L 
(1900. — Revue horticole des Bouches-du-Rh6ne, n" 56o A 562. — Bulletin de la 
Soci6tc d<^partementale d^archiSolog-ie et de statistique de la Dr6me, 1901, i37' livrai- 
son. — Sr)cidt(i arch^ologique de Montpelller. Cartulaires des abbayes d*Aniane et 
de Gellone. — Memoires de I'Acaddmie des sciences, lettres et beaux-arts de Mar- 
seille, 1899-1901. — Revue historique de Provence, 1901, n'* 4 i 6. — Annales de 
rUniversit6 de Lyon. Nouvelle s^rie, 1. Sciences, m^decine, fasc. 4 : Pal^ontologie 
humainc. L'hommc quaternaire dans le bassin du Rh6ne, par Ernest Chantre ; — 
n. Droit, lettres, fasc. 4, 5 ct 6 : Onomasticon Taciteum, composuit Philippus Fabia ; 
Ez6chiel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, publi^e par Emile 
Bourgeois ; L'Agamemnon d'Eschyle, texte, traduction et commentaires par Paul 
Rcgnaud. — Hcvue d'Auvergne, 1900, n" 3 A 6; 1901, n* i. — Memoires de I'Acadtimie 
de Metz, 1897-1898, 1898- 1899. — Revue du departement du Tarn, 9" ann^e, n*' 5 et 6 : 
lo' annee. n" f. — Soci^t^ Les Amis des sciences et arts de Rochechouart, t. X, 



I.^O MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 



n" V, VI ; I. XI, n" I. — Revue de Saintonge el d'Aunis, 1901, 3* livr. — Academic des 
sciences et lettres de Montpellier. M6moires de la section des lettres, a* s^rie, t. Ill, 
n* 2; t.IV, n* I. — Bulletin historique du diocese de Lyon, 1901, n* 3. — Soci6t6 des 
antiquaires de la Morinie, t. X (1901), fasc. i*'. — Mdmoires de la Soci6t6 dduenne, 
nouvelle s^rie, t. XXVIII (1900). — Revue des langues romanes, t. XLIV (1901), n" i 
et 2. — Socl6t6 languedocienne de g^ographie, t. XXIV (1901), i" trimestre. — Bul- 
letin de la Societe d'^tudes des Hautes-Alpes, 1901, n* 37. — Revue d' Alsace, 1901, 
mai-juin. — Bulletin des sciences naturellesde Sa6ne-et-Loire, igoi, n"3 et4. — Soci6t(^ 
nationalc des antiquaires de France: Bulletin, 1894; M6moires, 1898; Mettensia, II, 
fasc. 3 et 4. — Congr^s arch^ologique de France, LXV session, Bourges, 1898. — 
Bulletin de la Society archcologique du Midi de la France, S(irie in-8', n* 27. — Bul- 
letin de la Diana, t. XI, n* 8. 



MCV^C- — 



I. XI. n' 1- — M< 
et itiires de >i-"_ 
r, n- 1- — Bull^ 
r^s de la M<^»ri z"^ 

stn*;, t. XXV X : 

la S'Kricie d*i:rH 
1-— BvJilcTiTi dc=r- 
•c vi^». aptiqaaiT^ - 
:l 4. — ContTTcr- — 
Jt: la S«»cicit a-"*" 
ia Diiina. i Xi_ 



===- nF I 



1 1 icr. N 

X. I r 



» . — 



Tlrr 



I 






— « • 1 « 



)p^de et ses environs. 



S D'ARCHEOLOGIE ET D^HISTOIRE LOCALE. 

(Suite,) 



IIL 

Oppede et ses barons. 
I, — De Vorigine du village d'Oppede. 

ge d'Oppede est situ6 sur le flanc septentrional d*un 

ent rocheux (terrain de molasse marine) (i), redresse 

ilcvement du Luberon (terrain ntocomien). Cette convul- 

►logique, en soulevant ces couches de terrain, les a 

de la montagne du Luberon par une depression assez 

J, dont les eaux torrentielles s'ecoulent, apr6s chaque 

.ins le ruisseau du vallon de Combresc (2). 

assif rocheux, au sommet(3) duquel se trouvent les ruines 

Leau d'0pp6de, est inabordable sur les trois c6t6s, de 

u sud et de Touest, tandis que du c6t6 du nord, la d6cli- 

j terrain, quoique tres prononcte, est cependant accessible. 

;ur cette pente que les anciens habitants du village avaient 

:urs maisons, aujourd'hui en ruines. 

ille est Torigine du village d'Oppede? A quelle epoque 
nte sa fondation ? Telles sont les questions que Ton se pose 

•est dans un de ces massifs rocheux que Ton a creus6 les curieuses carri^res, 
\>n extrait la pierrc detaille d'Oppede, si rechercht^e pour les constructions. 
Lc vallon de Combresc est trCjs pitloresque et m(iriterait d'etre visii<i par les 

■stes. Son (Etymologic semble venir de Coumbo bresco (vallon a ruches), probable- 

id cause des cssaims d'abeilles qui se trouvaient jadis dans les anfractuof-ites 

rochers. 

Oppi^de (le clocher) est 4 3oo mitres d'altitude au-dessus du niveau de la mer. 



Opp^de et ses environs. 



FRAGMENTS DVVRCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE LOCALE. 

(Suite,) 



m. 

Oppede et ses barons. 
I . — De Vorigine du village d'Oppede, 

Le village d'Oppede est situ6 sur le flanc septentrional d'un 
escarpement rocheux (terrain de molasse marine) (i), redresse 
par le soulevement du Luberon (terrain n^ocomien). Cette convul- 
sion g^ologique, en soulevant ces couches de terrain, les a 
separ^es de la montagne du Luberon par une depression assez 
profonde, dont les eaux torrentielles s'^coulent, apr6s chaque 
pluie, dans le ruisseau du vallon de Combresc (2). 

Le massif rocheux, au sommet(3) duquel se trouvent les ruines 
du chateau d'OppMe, est inabordable sur les trois c6t6s, de 
Test, du sud et de Touest, tandis que du c6t6 du nord, la d^cli- 
vite du terrain, quoique tr6s prononc6e, est cependant accessible. 
C'est sur cette pente que les anciens habitants du village avaient 
bati leurs maisons, aujourd'hui en ruines. 

Quelle est Torigine du village d'Opp^de? A quelle epoque 
remonte sa fondation ? Telles sont les questions que Ton se pose 

(i) Cost dans un de ces massifs rocheux que Ton a creuse les curieuses carri^res, 
d'oCi l\»n extrait la pierre de taille d'Oppcde, si rccherch6e pour les constructions. 

['2) Lc vallon de Combresc est trds pittoresque et mdriterait d'etre visittS par les 
touristes. Son Etymologic semble venir de Coumbo bresco (vallon A ruches), probable- 
ment^ cause des essaims d'abeilles qui se trouvaient jadis dans les anfractuo?it6s 
des rochcrs. 

(3) Oppede (le clocher) est ^ 3oo mitres d'aliitude au-dessus du niveau de la mer. 



1 52 MEMOIRES 

tout d'abord, et auxquelles on ne trouve pas de r6ponse satis- 
faisante, parce que, comme pour la plupart des oeuvres humaines, 
les humbles commencements de ce village se perdent dans Tombre 
du pass6. C'est seulement vers le Xll* si6cle que le nom d'Oppede 
se trouve mentionne dans des anciens actes. 

• * 

A cause de la similitude du nom d'0pp6de avec le mot latin 
oppidum, dont la significsltion la plus vulgaire est celle de place 
fortifi^e (i), et de son emplacement sur un rocher escarps, qui 
semble justifier cette qualification, quelques personnes, sans 
trop approfondir la question et sans fournir d'ailleurs aucune 
justification a Tappui, ont emis Tavis que le nom d'Oppede pour- 
rait 6tre d(^riv6 d'oppidum. D'autres sont all^s plus loin. 
Considerant cette version comme evidente, il en ont conclu, 
subsidiairement, que ce village avait 6t6 une place de guerre 
romaine. 

A cela, on peut objecter tout d'abord que le nom d'Opp^de s'est 
6crit anciennement Aupidtim (2), Aupeda (3), Opeda (4) Oppeda (5), 
ce qui semble mal s'accorder avec T^tymologie latine ci-dessus. 
De plus, en admettant meme cette derivation par corruption, elle 
nesuffirait pas, comme preuve de Torigine romaine de ce village, 
attendu que la langue latine est rest^e en usage en Provence, 
durant plusieurs si6cles, apres la dissolution de Tempire romain. 

Comme temoignage de Texistence du village d'Oppede sous la 
domination romaine, on invoque encore les debris de mosaiques 
et de poteries romaines trouv^s au pied de la colline (6;. Mais si 
ces objets d^montrent, ce qui n'est pas contests, que la region a 
tit habitue et cultiv^e du temps des Romains, ils ne prouvent 



(1) Jules Courtel, dans le Dictionnaire des communes du dipartement de Vaucluse, 
cite une proclamation du S6nat romain, de laquelle il rdsulte que le mot oppidum 
sigrnifiait ^galement, en latin, une agglomeration d'habitants interm^diaire entre le 
municipium, municipe, et le vicus. bourg. 

(2^ H. Bouche, La chorographie ou description de la Provence et Vhistoire chronolo- 
gique du meme pays 'Aix, 1664), t. I, p. 930. 

(3) Jules Courtet, article Opp^de. 

(4) Voir le Livre rouge du comte Alphonse de Poitiers (Bibliotli. de Carpentras, 
ms., n* 534, fol. 8\ 

(5} Duhamel, Les Etats pi'ovinciaux du Comtat-Venaissin au XV Steele, p. 27. 

(g; Jules Courtet, op. cil., p. 25o, dit: «0n trouve souvent au pied de la colline des 
fragments de mosatques, des vases en verre, des monnaies, des lampes, des urnes 
avec des pi(}douches d'gne argile tr6s fine, destines k supporter un vase ou une 
coupe. Dans le centre on lit gindralemcnt le horn du fabricant PRLMVS. • 



DE l'academie DE VAUCLUSE 1 53 

absolument rien, quant £k Texistence du village lui-m^me 5wr /a 
colline on le roclier a cette 6poque, non plus que sur son 6tat de 
place forte. 

La seule preuve necessaire et decisive, sur ce point, consiste- 
rait dans Texistence de vieilles murailles romaines, ou dans la 
misc au jour de dc^bris romains dans Tenceinte du village ou sur 
rcmplacement du chateau. Or, cette preuve a fait d^faut jusqu'4 
ce jour. Ni dans les ruines du chateau, pas plus que dans celles 
des autreS maisons du village, on n'a trouv6 des vestiges de 
constructions romaines, des monnaies ou des debris de poteries 
antiques. 

Si on veut bien remarquer que la situation d*0pp6de 6tait 
absolument sans aucune importance militaire, au point de vue 
de la defense de la province Xarbonnaise en particulier, pas plus 
que pour celle de TEmpire romain lui-m6me, on comprendra que 
les Romains n'ont jamais pu songer i faire de ce- village une 
forteresse quelconque. Enfin, le fait que le nom d'Oppdde ne 
figure pas sur la liste des oppida latina de la province Narbon- 
naise, du temps de Tempereur Auguste (i), corrobore tout ce qui 
pr6c6de et semble clore dc^finitivement le d^bat sur ce point. 






Mais dira-t-on peut-etre, si Oppede n'a pas et6 une forteresse 
romaine, ce village n'cn a pas moins 6t6 jadis une place forte, 
justifiant ainsi son nom si caract^ristique. 

Celaest en partie vrai, mais demande quelque explication, pour 
etre bien compris. 

Lorsque, a la pcriode de son demembrement, I'Empirc romain 
devint impuissant a assurer la tranquilite et la securite des pro- 
vinces, rhistoire apprend que les agrfculteurs, isoles dans les 
campagnes, (itaient frequemment obligees de se refugier, avec 
leurs troupeaux, au fond des forets ou sur le sommet des monta- 
gnes. pour soustrairc leurs biens aux dc^pradations des marau- 
deurs. Or, comme, par ses dispositions naturelles, le massif 
HKheux d'Oppede, presque a pic de trois cotes, et probablement 
boisii sur son vcrsant septentrional, constituait un pare naturel, 
d'ou les bestiaux ne pouvaient pas sortir, il est tres probable que 
CCS conditions avantageuses le firent choisir par les propri6taircs 
voisins, comme un lieu de refuge. 

[\) Ernest Desjardins, Geographic hisloriquc et administrative de la Gaule romaine ^ 
t. Ill, p. 87. 



I S4 MEMOIRES 

Puis, quand Ic d6sordre devint g6n6ral, quand les hordes bar- 
bares envahirent la Provence, les n(^cessit6s de leur defense pcrson- 
ncUe obligea les proprietaires agriculteurs voisins a se grouper, 
pour mieux resister d Tennemi commun. Ccux qui s'etaienl ddja 
temporairement retires sur le rocher d'Oppede, et qui en avaient 
appr6cie les avantages ddfensifs, vinrent s'y r^fugier pour y 
etablir leur demeure. Comme, par la suite, le nombre des 
maisons dut s'augmenter peu ^ peu, au point d'attirer Tattention 
et de faire de cette agglomeration un objet de convoitise pour les 
pillards, les habitants furent obliges d'61ever alors une muraille 
pour fermer I'entreie de leur village, afin de se mettre ainsi tout ti 
fait ii Tabri des incursions possibles des bandes ennemies. 

Telle semble avoir etd' Torigine de Tagglomeration et des 
fortifications d'Oppede. C'est probablement ^ partir de T^poque 
indecise et inddtermin^e ou ce village a ete ainsi mis a Tabri des 
attaques, qu'il a commence ^ etre considdre comme une espice 
de place forte (i). 

Si Ton examine les ruines du village et du chateau, on recon- 
nait I'antiquite du mur qui les protege, ceuvre du temps, 
s'accroissant au fur et a mesure des dangers que rinsecurit6 
g^n^rale faisait courir aux habitants, et Ton constate aussi que 
cette muraille n'a pas d'autre caract^re particulier. Quant aux 
ruines du chateau, comme cet edifice a dte reconstruit au XV" 
siecle, sous le pontificat du pape Martin V, on a pu y ajouter, d 
cette ^poque, telle disposition defensive qui a convenu, sans que 
ces travaux puissent etre invoques comme argument contre les 
conditions primitives probables de la fondation du village. 



• • 



On ne possede pas de documents certains relativement & 
Torigine ou A T^tymologie du nom d'0pp6de. II est, par suite, 
loisible d'admettre que, au XV' si6cle, le nom de Aupidum ou 
Auppeda est devenu Oppidiim ou OppMe par barbarisme ou 
corruption ; on peut meme presenter k ce sujet toutes les autres 
solutions ou suppositions possibles, que chacun est libre d'ac- 
cepter ou de rejeter a son gre. 

En rdsum^, si on ne peut pas fournir des indications enti^re- 
ment certaines et probantes sur le nom, Torigine et la date de la 
fondation de ce village, il semble cependant permis d'affirmer que 

(1, Il en a cle probablement de m^me pour les autres villcs et villages de la Pro* 
vence, que les habitants fortifi^rent, selon la decision des fetats de Provence, en 
dale du iSjuillet i363. 



DE l'acad^mie DE VAUCLUSE 1 55 

cette localite n'a pas 6te fondle ou batie A destination de forteresse, 
et qu'elle n'a pas exists, en cette quality, du temps de la domina- 
tion romaine. VoilA tout ce que Ton peut dire actuellement de 
plus positif, en attendant la d^couverte de nouveaux dl^ments 
d'information, permettant d'61ucider plus completement cette 
question. 

2. — Histoire d'Oppede depuis 1200 jusqu'en 1274, 

Les documents sur Texistence de ce village, dans les temps 
eloigners, font d6faut. Avant Tan 1200, son histoire seconfond, en 
quelque sorte, avec celle du comte de Provence, qui, durant une 
certaine p^riode, n'a oflert que trouble et confusion. On constate, 
en effet, que les divers auteujs qui se sont occup^s de Thistoire 
de la Provence, apres la chute de I'Empire romain, sont loin d'6tre 
d'accord sur la constitution civile et militaire du pays, non plus 
que sur son organisation politique et ses divisions successives 
entre ses dilT6rents seigneurs. 

Par suite de la grande incertitude des 6v6nements et Tabsence 
d'indications certaines et precises, on ne s'occupera done pas de 
Thistoire d'Opp^de, pour la p6riode ant6rieure d 1200. On laissera 
a d'autres, plus heureux dans leurs recherches, le soin de 
combler cette lacune, en compldtant Thistoirc de ce pays par la 
relation des faits intercssant ce village avant cette 6poque (i). 



• • 



Apres la premiere croisade contre les Albigeois, le comte de 
Toulouse, Raymond VI, fut, en 1209, oblig6 de ceder temporai- 
rement au pape Innocent III, en preisence du legat Milon, toutes 
ses possessions au-dela du Rh6ne, dont sept chateaux ou forte- 
resses. Cette cession etait consentie comme gage de sa fid61ite et 

(i) Dans le Cartulaire de Saini- Victor de Marseille, t. Ill, p. r*, il est fait mention 
d'une charte souscrite en 1044 par un Nantelmus de Oppeda. Quel est ce personnaere ? 
On ne le sait. 

Dans les Monographies communales de Varrondissement d'Apl, publi^es par 
M. Bancal, il est dit cL Tarticle Oppede que: € En 1182, le chdtelain d'0pp6de recon- 
natt pour seigneur suzerain le comte de Forcalquier... » Cettte mention n*est pas 
suffisante pour faire admettre I'existence, A cette 6poque, d*un seigneur d'Opp^de. 
Sous le regime fdodal, le chatelain n'dtait pas un seigneur fdodal ind^pendant ; il 
n*<itait que le reprisentant du souverain et revocable A volontd. Le chdtelain 6tait 
charge de Tadministration des biens du prince; il rendait la justice dans lacircons- 
cription qui lui £tait confiiie et, dans les villages de peu d*importance, il cumulait 
les pouvoirs militaires pour la police et la defense. II habitait enfin le ch&teau, 
castellum, d'oii son nom. 



1 56 MEMOIRES 

en garantie de rex6cution du trailed conclu ^ Saint-Gilles, ladite 
annde. Le village d'0pp6de (i) fut une de ces forteresses ; 
d'apres Courtet (2), la garde en fut confine aux moines de I'abbaye 
de Montmajour, jusqu'a Tav^nement du pape HonoriusIII, en 
1216. Comme le village n'etait pas, ^ r(bpoque, compris parmi 
ceux ou la directe 6tait exercte par un seigneur particulier (3), on 
a ainsi la preuve qu'il n'avait pas alors de seigneur feodal. 



'• • 



Opp^de, qui, en 1209, ^vait etd plac6 temporairement sous 
Tautorit^ du pape, resta compris dans les domaines que le comte 
de Toulouse, Raymond VII, ceda d^fmitivement ^ Gregoire IX 
par le traits de Paris, conclu en 1229, entre ces deux princes et le 
roi de France. C'est en vertu de cette cession, que le pape gou- 
verna paisiblement le comte Venaissin, de 1229 a i233. 

A cette 6poque, Raymond VII formula des reclamations contre 
la desemparation d'une portion deses domaines, et il fut appuye 
dans ses revendications par le roi Louis IX et Tempereur Frederic II . 
Ce dernier lui redonna meme, avec son titre de marquis dc Pro- 
vence, I'investiture du comt6 Venaissin (4). Raymond VII avait 
nomm^BarraldesBauxs^nc^chal duComtat, disle i4aout 1233(5); 
ce dernier envahit ensuite le pays et s'empara, au nom de son 
suzerain, dediverses places et notammentdu village d'Oppede (6), 
dont, en I235, le pape Grc^goire IX avait con Tk^ la garde a Ros- 
tang, 6veque de Cavaillon (7). Par relTet de cette conqutte, ce 
village resta, pendant un certain temps, au pouvoir du senechal 
Barral des Baux et, par consequent, sous la domination souve- 
raine du comte de Toulouse, 

Malgrd cela, le pape Grtigoire IX refusait toujours de ceder aux 
injonctions qui lui etaient faites et ne voulait renoncer a aucune 
de ses prc^tentions sur le comte Venaissin. Ce fut alors que, pour 
sauvegarder tous les droits dc la papaute, le legat Pierre dc 
Colmedi confia, le i5 juillet I235, le gouvernement des domaines 

(0 Louis Mdry, Histoirc de Provence, t. Ill, p. 206. 

(a) Op. cil., p.25o. 

■ 3) Le comt6 Venaissin etait compose de 91 villes ou villaf^es, dont 61 seulement 
claient soumises a des seigneurs respectifs. Les autres jouissaient de certains privi- 
Itjgres ou bien dtaient soumis aux ofliciers camdraux. XonsUcvjtions 5«/' Li directe 
universe lie dans le Comtat-Venaissin, par Raphel, Carpentras, 1787, p. 68 et ^Vj.) 

(4; Louis Mdry, Hisloirede Provence, t. Ill, p. 221. 

(5; Idem, ibidem, p. 222. 

(61 Idem, ibidem. 

(7; Biblioih^que du Mustie-Calvet d'Avignon, ms. n* 540, fol. i36. 



DE l'academie de vaucluse iSy 

pontificaux de Provence .a Tarchev^que d' Aries et a Teveque 

de Carpentras (i). De plus, le 16gat excommunia le seigneur 
Barral des Baux, qui, d I'encontre des droits du pape, d^tenait 
une partie du Comtat, et lan^a meme Tinterdit surl'eglise du 
village d'Oppede (2), dont ce seigneur s'^tait empar^. 

En 1243, Innocent IV consentit ^ restituer tout le comte Venais- 
sin ii Raymond VII (3), sous la condition que si sa fille Jeanne, 
Spouse d'Alphonse de Poitiers et son heritiere presomptive, 
venait a mourir sans enfants, le pays ferait retour d la papaut^. 
A la suite de cet accord, Oppede resta sans opposition sous 
Tautorit^ de Raymond VII jusqu'a sa mort, arriv^e le 27 septem- 
bre 1249. 

Durant cette poriode, Aymeric de Clermont, s^nechal du 
Comtat, accorda aux habitants d'0pp6de les m6mes privileges 
et affranchissements que le comte de Toulouse avait donnes, en 
I24b^ ^ ceux de Tlsle. Raymond VII, leur confirma, le 9 octobre 
1246, les privileges octroy^s ; mais comme la Chambre aposto- 
lique ne voulut pas, apres la mort de ce prince, reconnaitre cette 
donation, ils ne purent pas jouir de ces droits de franchise (4). 






Apres la mort de Raymond VII, le marquisat de Provence, 
comprenant le comte Venaissin, passa A sa fille Jeanne, Spouse 
d'Alphonse de Poitiers. C'est par suite de cette devolution de 
propriety que le village d'Oppede se trouva place sous Tautorite 
de ce prince, jusqu'au mois d*aout 1271, epoque de sa mort et 
de la mort de sa femme. 

Alphonse de Poitiers, pourconaitre tous ses droits et revenus 
dans le comte Venaissin, fit faire, en i253, par Beroardi, eveque 
de Carpentras, et Bermond, notaire, une enquete sur toutes les 
proprietes, droits, censes et hommages lui revenant. Cet inven- 
taire constitue ce qu'on appelle le Livre rouge (b)', Ses commis- 
saires vinrent a Oppede le 29 octobre, et reconnurent que le 
prince y possedait en toute propriete un chateau avec des jardins, 
des terres labourables, des bois et des pr6s. II avait la juridiction 
souveraine sur tout le pays et avait seul le four a cuire le pain; 

(0 Louis M^ry, op, et loc. cil. 

(3) Jnventaire chronologique et analytigue des chartes de la tnaison des Baux, par le 
D' Barth^lemy, p. 74. n* 260. 

(3) Augrustin Fabre, Histoire de Provence, t. II, p. ia3. 

(4) Biblioth^que du Mus6c-Galvet ^ Avignon, ms. n* 2385, fol. 146. 
^5) BibliotliOquc de Carpentras, ms. n* 534. 



1 58 MEMOIRES 

il etait ^alement en droit d'envoyer moudre son h\6 au moulin 
des Augustins de S6nanque (moulin des Hermitants) en donnant 
une poign6e de bl6 pour chaque charge (2 hectolitres ou i6o kil.) 
de bl6 moulu. 

Les particuliers d'Oppede, chevaliers et feudataires exceptes, 
ayant une b6te de somme, devaient une journ^e de travail pour 
transporter d la maison du seigneur le bois de chaufTage coup6 
par ceux qui n*avaient point d'animaux de bat. Chaque homme 
devait egalement une journ^e de travail pour la r^calte du bl6, 
du foin, des vendanges et pour les semailles. 

Opp^de n'avait done pas, a cette 6poque, d? seigneur feodal 
particulier, et seul le comte de Poitiers, prince souverain, y pos- 
s^dait un chateau ou maison fortifi6e, habit-t^ par son repr^sen- 
tant. On trouve, en effet, dans sa correspondance (i) I'ordre donn6 
au chatelain d'Oppede de faire envoyerses chevauxa Avignon ou 
aTarascon. 

Le domaine seigneurial d'Opp^de produisait a Alphonse de 
Poitiers, comme revenu annuel, la somme de 3o livres tournois, 
et les droits de juridiction lui rapportaient encore 20 livres (2). 



« » 



A la mort d'Alphonse et de Jeanne de Toulouse (21 et 25 aout 
1 271), le marquisat de Provence revint au roi de France, Philippe III 
le Hardi, en vertu du traits de 1229. Ce prince, qui des Tannee 
1273, s'6tait mis en possession de ces biens, fitl'ann^e suivante, 
donation du Comtat au pape Gr^goire X. C'est ^ partir de cette 
6poque qu'OppMe fut d^fmitivement place sous Tautorit^ papale. 
La defense de ce village aurait 6te, la meme ann^e, confine aux 
chevaliers de Saint-Jean-de-J6rusalem 3). 

II convient de faire observer que tous les biens appartenant au 
comte de Poitiers, situ^s sur le territoire d'Opp^e et figurant 
dans rinventaire dress6 en I253, etaicnt devenus la propriety du 
roi de France. Or, comme ils se trouverent ensuite n^cessaire- 
ment compris dans la donation du comt6 Venaissin, faite en 1274 
par Philippe le Hardi au pape, il en resulta que ce dernier devint, 
en m^me temps, seigneur souverain et proprietairc de tous les 
biens mentionnes dans le Livre rouge. 

(i) Correspondance adminislrative iV Alphonse de Poitiers, publico par A. Mulinicr 
t. II, p. 353, n' 174?. 
12) BancaU op. cit., article Opp^de, p. loo. 
(3j Idem, p. 99. 



DK LACADExMIE DE VAUCLUSE ID9 

3. — Hisloire d'Oppdde sous le gouvernement des Papes 
etjiisqti'dsa consiiUition en baronnie^ c'est-d-dire de 1274 a i5oi. 

Sous le pontificat de Gr6goire X il fut proc6de, le ig avril 1274, 
au bornage du territoire d'Opp(^de (i) avec celui de M6nerbes (2). 

Quelques ann^es apres, le 4 septembre 1281, sous le pape 
Martin IV, les d^put^s Auphan Boniface, chevalier, et Pons 
Raymond, repr^sentants du village, s'entendirent avec d'autres 
repr6sentants du Comtat, au sujet des limites de la for^t du 
Luberon et pour la garde de ce bois, appartenant par portions 
contigues aux deux communes d'Oppede et de Cavaillon (3). 

Quelques annees apr^s, un Raymond d'0pp6de est signale par 
les historiens en quality d eveque 61u de Sisteron(4), le2 aout i3^J0. 
Gomme il n'existe pas de documents sur Torigine ou la famille de 
cet eveque, il y a tout lieu de penser que ce nom a et6 donn6 
comme indication de son pays d'origine. 

Nonobstant Tattribution du Comtat, faite au pape Gregoire X 
par le roi Philippe III, le roi de Sicile, Charles P' d'Anjou, n'avait 
pas cess6 de revendiquer cette province, et par suite le village 
d'OppMe. Mais toutes rc^clamations a ce sujet prirent fm, par 
suite de la cession faite, suivant acte du 9 juin 1348, par la reine 
Jeanne I" de Naples a Cldment VI et pour la somme de 80.000 
florins d'or (5), de tous ses droits sur le comt6 Venaissin, ainsi 
que de ceux sur la ville et la banlieue d'Avignon, laissees indi- 
vises, en I25i, entre Alphonse de Poitiers, marquis de Provence, 
et Charles d'Anjou, comte de Provence, et r6unies, en 1290, sous 
la seule autorit6 de Charles II, roi de Naples et comte de Pro- 
vence (6). 

(i) Cc bornagre fut renouveld le 23 mars 1736, et le cadastre actuel a conser\'6 les 
limites indiqu^es. 

(1) La reine Jeanne donna la citd do M^nerbes A Jacques d*Arcussia de Capri, et les 
habitants prdt^rent serment A ce seigneur le 29 septembre 1374. (Biblioth6que de 
Carpentras, manuscrit Peiresc, n* LXX, t. II, fol. 170-203.) 

Dans les Remontrances de la noblesse dc Provence parXo^l Gailhard (1668), se trouve 
mentionn6 un arret du Conseil du roi, du 5 octobre 1666, portant que la dame Anne 
d'Arcussia, dpouse du sieur de Vintimille, 6tait h<^nti6re de Jacques d'Arcussia, 
comte de Mdnerbes. 

(3) Archives de la ville de Cavaillon, papiers de Pierrre Tornon, notaire A Cavaillon. 

(4) Gallia Christiana, t. I, col. 494. 

(5) Le florin d'or valait 11 fr. 37 c. ou 12 fr. 46 c. de la monnaie actuelle (Recueil de 
documents divers pour servir a I'hisloire du dioc^e d' Avignon, par Mgr Meffrc.) 

(6) Recherches historiques concernant les droits du pape sur la ville el Vital d' Avignon 
(1768}, et Lettres historiques sur le Comtal- Venaissin et sur la seigneuric d* Avignon, 
par Mordnas (1768). 



l6o MEMOIRES 

Le 25 Janvier 1848, un violent tremblement de terre se fit sentir 
d Oppede et dans tout le Comtat. Durant la meme ann6e, la peste 
ravagea la region en faisant de nombreuses victimes (i), et le 
fl^au reparut encore en i36o. Le Comtat fut d cette 6poque 
envahi et devastd par les bandes de Tuchins, Malandrins, Rou^ 
tiers, Tard'Venus, etc., jnais il ne semble pas qu'OppMe ait eu d 
soulTrir de ces invasions. A cette occasion fut rendue Tordonnance 
dug mars i383, par laquelle le l^gat de Tantipape Clement VII 
prescrivait que toutes personnes, nobles ou non, devaient garder 
les portes et les murailles du village, pour la defense commune. 

Sous le gouvernement des papes, les communautts du comt6 
Venaissin qui, comme Opp6de, n'avaient pas de seigneur parti- 
culier, conserv6rent leurs statuts, franchises et privileges pour 
relectionde leurs syndics et tr^sorier, ainsique pour la designation 
des habitants charges de Tadministration municipale. Toutefois, 
les representants de la papaut6 nommaient le bayle, capitaine 
ou chatelain du pays. Toutes les questions d'administration 
generale dependaient de Tautorit^ du recteur rdsidant a Carpen- 
tras. Pour la justice civile, le village d'Oppede, qui avait une 
cour baronale et un greffier, ressortissait de la judicature de 
risle ; mais il relevait de la Chambre apostolique pour les causes 
flscales ou touchant au domaine du souverain. 



• « 



On ne trouve dans les archives aucun document relatif d des 
faits interessant Opp6de, dans la deuxi^me moiti6 du XIV' si6cle. 
M. Bancal (2) mentionne, pour cette p^riode, un reglement inter- 
venu entre douze habitants notables du village et le s6n6chal 
Guy de Mantialcino, relatif ix la fabrication du charbon et au 
paturage dans la.foret du Luberon, ainsi qu'a la permission 
donn^e par le conseil de la commune a Guillaume Corregati de 
couper du bois dans la montagne, pour les besoins de sa tuilerie, 
a charge par luide fournir 5oo bonnes tuiles par fournees. 

Vasquin Philieul a 6crit que I'antipape Benoit XIIL assi6g6 
dans Avignon par Boucicaut, ayant pu s'enfuir, s'6tait r6fugi6 d 
Oppede (3), avant de se retirer en Aragon. Mais, selon Topinion la 

(1) J.-B. Joudou, Histoirc des Souverains Pontiles qui ont rigni d Avignon^ t. I» 
p. 297. 

(2) Monographies communales de Varrondissemeni d'Apt^ p. loo. 

(3) Vasquin Philieul, dans Les slatuts de la comti Venaissin, mis de latin enfran^ais 
(Avignun, i558, fol. no V), relate cequi suit: c .... au dit Clement succeda Benoit 13* 
qui fut espagnol et s'appelait auparavant Pierre de la Lune, qui fut chassd d'Avi* 



DE l'academie de vaucluse . i6i 

plus r6pandue, ce pape, en quittant Avignon, se retira ^ 
Chateaurenard, et c'est pendant le s^jour qu'il fit dans cette ville, 
que les habitants d^Avignon vinrent faire leur soumission. Gela 
permit ^ Rodrigue de Luna, neveu de Benoit XIII, de continuer ^ 
tenir garnison dans cette ville, et de retenir ainsi sous Tautorit^ 
de Tantipape son oncle, tout le comt6 Venaissin et par conse- 
quent le village d'Opp^de. 

Lorsque Benoit XIII se fut retire en Aragon, les cardinaux, 
r6unis k Pise, en 1409, elev6rent a la papaut6 Alexandre V. Gelui- 
ci envoya alors le cardinal 16gat Pierre de Thury (i) prendre pos- 



gnon en Tan 1414, pour ce qu'il avait convi<S une grande partie des 'gens de bien 
d* Avignon et puis fit mettre le feu A la salle oil lis furent tous bruslis et lA 
les fit tous mourir ainsi, comme il appert par la ruyne qui estprds de la salle de 
Jesu. Dont il s'enfuit au chasteau d'Oppedc et par une poterne qu'il fit faire au 
dit chasteau» et en laquelle sont ses armoiries, il s'enfuit en Espagne oO ilmourut...» 

Fouque, dans ses Fastes de Provence (i. II, p. 2o3), dit, en note, que Benoit XIII, 
assitig^ dans son palais d'Avignon par Boucicaut, trouva le moyen de s'6chapper, 
et qu'il vint se rdfugier dans son chateau d'0pp«ide, avant d'aller s'embarquer A 
Marseille. 

Joudou, dans son I/istoirc des Souverains Pontifes qui ont rigni d Avignon (t. II, 
p. 322), raconte que Benoit XIII s'<§chappa du palais despapes d Avignon, le 13 mars 
1403, pour se rdfugier A Chdteaurenard. II ajoute que Rodrigue de Luna, neveu du 
pape. qui, apr6s le d<ipart de celui-ci, continua A dtifendre le palais, o£i il fut 
assi^gd par les habitants en 1410, fut contraint de capituler le 23 novembre 141 1. 

Le prince Henry de Valori, dans son Ilisloire de la baronnie royale de ChJieau- 
renard, dit (p. 61) que le pape Benoit XIII s'dchappa d'Avignon le 11 mars 1407, d'ou 
il se rdfugia A ChAteaurenard, oCi il resta trois mois. 

Courtet, dans son Dictionn.iire des communes du dipartement de Vaucluse, k I'article 
Opp6de, relate que ce village fut un des derniers postes que les Catalans de Ro- 
drigue de Luna rendirent, en 1411, aux troupes du L^gat. 

D*apr6s une note de M. Labande, conservateur de la Biblioth6que du Musee-Calvet 
A Avignon, voici I'itineraire des peregrinations de I'antipape Benoit XIII, apr^s 
sa sortie d'Avignon, dans la nuit du 12 au i3 mars 1403. II se r^fugie d'abord A 
ChAteaurenard, puis, en avril 1403, il va A Cavaillon, A I'lsle, A Carpentras, et arrive 
A Sorgues le 3*) juin et de lA se dirige sur Salon et Marseille. Au mois d'octobre 
1403, il quitte Marseille pour aller A Berre, Salon, Orgon et Tarascon, d'oO il repart, 
le 4 fdvrier 1404, pour Montmajour, Mouri^s, Saint-Chamas, les Pennes et Marseille. 
Le 3 d^cembre 1404, il quitte de nouveau Marseille pour aller A Aubagne et A Nice, 
d*oii il part le 5 mai 1405 pour G<L*nes, arrive A Savone le 8 octobre 1405, et de lA 
repart, le 26 juin 1406, pour retourner A Nice et Marseille. Enfin, le 4 aoQt 1407, il 
s'embarque A Marseille pour G^nes, s'arrete en passant A Tile de L^rins, continue 
jusqu'ALucques et Livourne, d'oO il va par mer A Perpignan pour gagner I'Aragon, 
et ne revient plus dans le comtc Venaissin. 

La variety et Ics divergences des dates et des indications ci-dessus, sur ce point, 
montrent toutes les difficultd'S que prdsente la recherche des petits faits se rappor- 
tant aux histoires locales, et toute indulgence que Ton doit avoir pour les erreurs 
commises, faute d'indications suffisantes. 

(i) Joudou, op. cit., t. II, p. 3S7, et Duhamel, Unt visile au palais des papes d 
Avignon, p. 53. 



l62 . MEMOIRliS 

session du Comtat et chasser d'Avignon les soldats Catalans et 
aragonais, qui, sous les ordres de Rodrigue de Luna, avaient 
continu6 d'y tenirgarnison. 

A la mort d'Alexandre V, arriv^e quelques mois apr6s son 
intronisation, le concile de Pise lui donna pour successeur, le 14 
mai 1410, Tantipape Jean XXII ; ce dernier envoya alors^ son tour 
son neveu Marin, en quality d'intendant g6n6ral (il, s'assurer de 
la possession d' Avignon et du Comtat. Les habitants d' Avignon 
ayant reconnu son autorit^, en 14 10, assieg^rent aussitOt Rodrigue 
de Luna dans le palais des papes et Toblig^rent ^ capituler, le 22 
novembre 141 1. 

Pendant tout le temps que Rodrigue occupa la ville d' Avignon, 
il maintint sous son autorit^ le village d'Opp^de, qui etait d'ail- 
leurs occupy par une petite garnison de soldats Catalans et 
aragonais. II r6sulte des anciens documents que ces derniers, 
en quittant lepays, suivant la capitulation de Rodrigue de Luna, 
en date du 22 novembre 141 1, pour se joindre k leur chef qui allait 
sans doute retrouver a Peniscola son oncle Benoit XIII, ruin^rent 
et d^vasterent le chateau qu'ils occupaient (2). 



• • 



En T420, le pape Martin V donna la garde du chateau d'0pp6de 
a Guillaunie des Baux, avec des gages fixes et le titre de 
capitaine, chatelain et bayle (3). Gelui-ci, en prenant possession 
de sa charge et trouvant le chateau d^vaste et ruin^ par les gens 
d'armes de Benoit XIII, depensa 874 florins (environ 10,800 fr.) 
pour y elTectuer les premieres reparations n^cessaires. 

Le 24 mai 1425, il c^da son office a Jean Cadard, citoyen d' Avi- 
gnon, conseiller du roi et seigneur de Beauvezet, qui lui rem- 
boursa les sommesdejad6pens6es pour les premieres reparations 
urgentes. Jean Cadard, nomme a vie par le pape capitaine, 
chatelain et bayle d'Opp^de, continua les reparations et depensa 
de nouveau 2,800 florins (environ 35,ooo fr.), dont il fut rembourse 
par la Chambre apostolique, suivant le proces-verbal d'expertise 
dresse le 26 novembre 1460. Ce proces-verbal (4), qui donne la 
description des travaux ainsi eflectues ^ ce chateau, aujourd'hui 
en ruincs, permet de se rendre compte de importance de sa 
reconstruction d cette epoque. 

(i) Joudou, op. cii., t. II, p. 363. 

(a Bibliothdque du Mus^e-Calvet d'Avighon, ms. n* 2879, fol. 65. 

(3) JbiUem. 

(4) Ibidem, 



DK l'academie DE VAUCLUSE 1 63 

Les gages du capitaine, ch^telain et bayle d'0pp6de 6taient de 
8c) florins (environ i ,000 francs) ; or, comme le revenu des biens 
appartenant au souverain pontife et situ^s sur ce territoire, ne 
s'elevaient d cette epoque qu'a 12 florins (environ i5o frgncs), 
Eugene IV donne, le i3 Janvier 144 1, mission d T^v^que d'Avignon 
de faire une enqu6te sur le revenu de ce fief et les frais de sa 
garde. Vers i5oo, son revenu annuel arrivait, suivant Tattes- 
tation du cardinal l^gat, d la somme de 40 florins (i) (environ 
5oo francs), absorb^s chaque ann6e par les frais d'entretien. Ce 
fut probablementTinsuffisance de ce revenu qui, apres la mortde 
Jean Cadard, d^cida le pape Alexandre VI k accorder la conces- 
sion de ce fief d Accurse de Maynier, primicier de rUniversit6 
d' Avignon et juge-mage de Provence. Cette attribution fut faite 
parbrefdu 9 octobre i5oi, et sous la condition du paiement 
annuel d'un cens de 20 florins. 

Telle est I'origine de la premiere seigneurie d'OppMe. 

4. — Histoire d'Oppide et de ses barons, depuis la concession de 
cette seigneurie jusqu'd la reunion du comtd Venaissin d la France, 
c'est-d-dire de i5oi d lygi, 

Le comte Venaissin 6tait pays de franc aleu par nature (2), ou 
les biens etaient exempts de droits f^odaux proprement dits, de 
telle sorte que la concession du fief d'0pp6de, sous la condition du 
paiement d'un cens annuel, ne fut pas, en r^alite, une devolution 
de la puissance f6odale, mais une simple attribution ou vente 
des diverses propridt^s appartenant au pape, situes sur ce terri- 
toire et d6nombr6s en Tenqu^te de i253. C'est done vaincment 
que Ton voudrait arguer des termes de I'acte d'investiture de 1S14, 
que la Rev6rende Chambre apostolique avait accord^ au seigneur 
les eaux, les montagnes, les moulins, etc. Ce n'6tait \k qu'une 
clause de style, puisque, par exemple, aucun des moulins existant 
sur le territoire n'appartenait au seigneur d'Oppede (3). Aussi, 

(i) Rcchcrches iut* Ic ftjinc aleu gittiral du Comtat-Vetuissin et le franc aleu parti- 
culier de Sarrians et d'Oppede. par Monery et Bertrand, avocats, Fan Icon, deputd de 
Sarrians, et Pagfet. d^put<i d'0pp6de, p. 6i et 71. 

(2} Idem. 

(3) Dans un Hvre terrier d'Oppede de 161 1, on ne trouvc paj? de moulin inscrit ou 
declare au nom du baron d'Oppede, quoiqu'il exista, dans le territoire, quatre 
moulins, savoir: i" Le moulin des Hermittants, sur la rive droite du torrent du 
Caulon, dependant A Torigine des religricux (ermites) de Tabbaye de Senanque, 
situde sur le territoire de Gordes. Ce moulin, actionnd par une ddrivation des eaux 
du Caulon, avait etd vendu, en 12 10, A la famillc de ChAteauneuf, et a continue depuis 



164 MEMOIRES 

celui-ci n'avait-il pas la directe universelle sur tous les biens de la 
dite communaut6 et on ne lui payait aucun droit de lods (ij ni de 
novennium (2). 

L'attribution ^ Accurse de Maynier des biens appartenant au 
pape A Opp6de, ne fut, ainsi qu'on Ta dit, qu'une simple trans- 
mission depropri6t6, n'afTectant en rien I'organisation municipale 
du village, non plus que les droits dont jouissaient les habitants. 

Le peu d'importance des (^venements qui se sont pass6s a 
Opp^de, depuis sa fondation, a 6t6 cause que son histoire s'est 
trouv^e, jusqu'^ cette 6poque, comme li^e et confondue avec 
celle du comt6 Venaissin. II en aurait peut-etre toujours et^ de 
meme, sans la notoriety acquise par les barons d'0pp6de, qui a 
mis ce nom en Evidence et Ta rendu celebre. II en est r^sult^ que 
la reputation des seigneurs a si bien domine le renom du village, 
que Thistoire de cette agglomeration, ne peut pas, en quelque 
sorte, se s^parer de celle de cette famille. 

Dans ces conditions, on a pense que la m^thode la plus simple 
et la plus logique d'ecrire Thistoire du pays etait de considerer 
la biographie des seigneurs comme le cadre ou le canevas naturel 
des annales de ce village. C'est done en suivant la chronologie de 
chaque baron, que Ton indiquera successivement, au fur et a 
mesure, tous les faits particuliers se rapportant d la communaute 
d'0pp6de, et dont on a pu trouver note dans les archives publi- 
ques (3). 






k appartenir k des particuliers ; il ne fonctionrte plus depuis quelques ann^es : 
2" Le moulin de la Voulte, qui appartenait, en 1668, a la famille de Guilhem; il 
6tait mis en mouvement par une ddrivation de la fontaine de Coudoulouse ; il ne 
fonctionne plus depuis 1670, dpoque a laquelle il fut vendu comme ferme ; le sei- 
gneur de la Voulte habitait Apt en 1430 ; 

3- Le moulin de la Cour, datant de i5i3, etait mu par une derivation du ruisseau 
du Valadas; il a cess6 de fonctionner depuis longtemps ; 

4" Le moulin de la Garrigue, sur la rive gauche du Caulon, 6tait mis en mouve- 
ment par une derivation de ce cours d'eau. En 1547, il appartenait a des particuliers ; 
II fut vendu, en 16471 au baron d'0pp6de, qui, par acte du 9 fdvrier 1660, le c6da par 
bail emphytheotique a Coulaud Molinas, sous la cense annuelle de i5 saumde de 
grains, moiti^ bid, moitie seigle, et de six gelines ipoules) grasses. 

(i) Le droit de lods dtait un droit paye a la vente des immeubles. II correspond aux 
droits actuels de mutation. 

(2) ht novennium 6tait un droit qui, en principe, portait sur la neuvieme partie de 
la recolte. C'est notre imp6t foncier. 

(3) L'histoire des petites localit^s se trouvc mieux dans les papicrs des anciennes 
families du pays, oCi nul ne peut faire des recherchcs, que dans les archives publi- 
ques. Aussi, les histoires locales ne peuvent-elles r^sulter que du bon vouloir 
de tous, chose que Ton ne rencontre pas toujours. C'est ainsi que le d^faut du 



DE i/academie de vaucluse i65 

Accurse de Maynier ou Maimer, premier baron d'Oppide, — Fils 
de Guillaume de Maynier, primicierde TUniversit^ d' Avignon, 
Accurse de Maynier, ne dans cette ville, en 1480, fut un juris- 
consulte distingue et egalement primicier de rUniversit6. Nomme 
juge-magede Provence en 1486(1), il fut, k la suite de plaintes, 
d6pos6 de sa charge et m^me emprisonn6 ; mais un jugement 
solennel reconnut la faussetd des accusations dirig6es contre lui 
et le r<^tablit dans ses fonctions de juge-mage a Aix. 

En i5oo, Accurse de Maynier fut nomm6 commissaire dans un 
litige survenu, Apropos de la propriete du RhOne, entre le pape 
et le roi Louis XII, et dont il r^ussit a amener la solution. Le 
9 octobre i5oi, le pape Alexandre VI (peut-6tre pour le r6compen- 
S2r) lui conc^da, comme nous Tavons d^j^ dit, le flef d*OppMe, 
avec tous les biens en dependant, ycompris le chateau reconstruit 
par le pape Martin V. 

La m^me annee, le roi de France Tenvoya comme ambassadeur 
a Venise et le chargea ensuite, en i5o5, en quality de commissaire 
royal, dc former une chambre au parlement de Toulouse, pour 
juger le mar6chal de France Pierre de Rohan. En iSoj, il fut 
nomme president unique du parlement d*Aix, qui venait d'etre 
institu6 ; mais cette nomination souleva contre lui de telles inimi- 
ti^s, qu'il fut envoys, en iSog, comme troisieme president au 
parlement de Toulouse. 

Le r' aout i5io, les habitants d'Opp^de, r(^unis sur la place du 
village, donn^rent procuration a Antoine Berne, notaire ii Car- 
pentras, pour faire annuler la cession du fief k Accurse de 
Maynier. Mais comme ce dernier reconnut, le 17 mai i5n, tous 
les droits des habitants, il intervint un accord, qui fut sanctionnc 
par le pape en i5i4, par la confirmation de la concession du 
fief. Plus tard, comme le seigneur reclamait, a tort, les droits de 

concours des d«itcnteurs de titres ou documents est I'unique cause des erreurs ou 
deslacunes que Ton constate et que Ton regrette. Et cependant, si chacun voulait 
aider & une oeuvre aussi patriotique, chaque locality connaitrait mieux les illustra- 
tions de ses enfants et les gloires d'un pass6 parfois trop oubH6. On a essa^yd de 
donner un canevas de I'histoire d*0pp6de; on ne peut que souhaiter 4 d'autres 
plus de satisfaction dans leurs recherches, pour leur permettre de la completer et de 
Tachever. 

(2) Dui^ant son sdjour A Aix, comme juge-mage, Accurse de Maynier acheta en 1490, 
un h6tcl actuellement occupti par I'Acaddmie ; son fils, apros Tacquittcment de son 
proems, lit graver sur la porte cette fi6re devise: Veritas omnia vincit. {Oraisonfun^bre 
dc Henri de Forbin d'Oppcde. publi^e par I'abb^ Ranee.) 

En citant pour la premiere cette publication, nous croyons devoir rendre un trds 
juste hommage k I'excellent travail public par M. Tabbd Ranee, auquel, ainsi qu'on 
le verra, on aemprunt^ de nombreuses et tr6s int^ressantes indications. 



r66 MKMOIRES 

lods, unc nouvelle transaction intervint k ce sujet, le2i aout i520, 
entre Ics habitants du village et Accurse de Maynier, qui aban- 
donna toutes ses revendications. 

En 1629, 1^ pape G16ment VII 6rigea la seigneurie d*Oppede en 
baronnie(i), mais sans donner davantage au nouveau baron la 
dirccte universelle sur les biens de la communaute ni les droits 
de lods ou de novennium, Ce fut probablement a cette 6poque que 
Accurse de Maynier fit sculpter sur la clef de voute, k Tarceau de 
la porte d'entr6e du chateau, ses armes que Ton voit encore : 
d'azur d deux chevrons d'argent rompus, Vun a dextre Vautre a 
senestre (2). 

En 1 53 1, le baron d'0pp6de eut un different, sans grande 
importance avec la communaute, et facilement resolu ; on ne le 
signale que parce que les habitants du village r6dig6rent alors 
leur reclamation en langue proven^ale. 

Accurse de Maynier avail epous6 en premieres noces Madeleine 
de Merle, fiUe de Louis de Merle de Beauchamp et de Catherine 
de Forbin, soeur de Palam6de, dit le Grand (3); de ce mariagc il 
eut un flls Jean et une fille Marguerite. Devenu veuf, il aurait, 
suivant une note de M. de Saint-Vincens, ajout6e au texte d'Hes- 
mivy (ms. 902), epous6 en secondes noces, k Toulouse, Claire dc 
Combolas, dont il aurait eu un fils Ren6, souche d'une seconde 
branche des Maynier. Maisle R. P. Biscais, dans son Histoire du 
Parlement (5), dit que beaucoup regardent ce mariage comme 
suppose et imagine pour appuyer les pretentions d'une famille 
interessee (5). 

Accurse de Maynier mourut d Toulouse en i536, k I'age de 
86 ans, et ne fut pas inhume dans le tombeau de reglise paroissiale 
d'Oppede. 






(i) En i5o7, le seigneur d'Opp^de ^tait ddjA qualified du litre de baron, ainsi qu'il 
r^sulte d'une citation d'Hesmivy de Moissac (Histoire du ParUment), rapport^e, page 
21, par rabb6 Ranee dans VOraison fun^bre d'llenri de Forbin d'Oppcde. 

(2) Elles avaient 6td donnc^es par le pape a son oncle, Pierre Maynier. Celui-ci, 
cr6(S comte palatin par bref pontifical de i356, re^ut, en mdme temps, le droit de 
porter les armes du pape : d'azur Jt deux chevrons d'argent rompus, Vun d d'extre Vau- 
tre d senestre, (Abb6 Ranee, op.cii.) 

(3) Palam6de de Forbin, president unique du parlement de Provence, lieutenant 
gtin^ral et gouverneur de cette province, contribua puissamment d r^aliser la reunion 
du comtd de Provence au royaume de France, en 1481. Cr^6 comte par le roi 
Louis XI, 11 prit pour devise: Regem comitem feci, rex me comitem — j'ai fait le comte 
roi, le roi m'a fait comte. 

(4) Biblioth^que d'Aix, manuscrit n' 634i p. 53. 

(5) Abbi Ranee, op. cit., p. aa. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 167 

Jean de Maynier, second baron d'Oppede, — Jean de Maynier, 
flls unique d'Accurse, est n6 ^ Aix le lo septembre 1495. Re^u 
docteur a Avignon, en 1620, il fut nomme conseillerau parlement 
de Provence en i522. 

En i536, Paul III le crea viguier perp6tuel (i) de Gavaillon, et 
ce fut en cette qualite^ que, le 3o avril i536, il jugea le proces de 
delimitation de Valoncourt, pr6s Gheval-Blanc. Le 12 novembre 
1 54 1, il fut nomm^ second president du parlement d'Aix, puis, le 
lodecembre 1S43, elev6 a la charge de premier president. Nomm6, 
le 26 f6vrier 1544, lieutenant g6n6ral du roi en Provence, pour 
remplacer temporairement le baron de Grignan^ il fut contraint, 
en cette qualite et sur la demande des Etats de Provence, en date 
du 1 5 d6cembre 1644, de faire ex6cuter Tarr^t tr6s rigoureux, 
rendu par le parlement d'Aix, le 18 novembre 1640, contre las 
Vaudois (2), habitant les versants du Luberon. 

En se reportant aux termes de cette sentence inhumaine, jl est 
facile de comprendre la resistance opiniatre des Vaudois et les 
exc6s commis par les soldats employes a cette expedition et 
exasper^s par la defense qui leur fut oppos6e. De concert avec le 
16gat du pape, I'arret fut, malgr6 tout, ex6cut6 dans sa rigueur, en 
1645, paries ordres de Jean de Maynier et sous la surveillance de 
Tavocat general Guerin(3), commis A cet effet par le parlement. 

Gomme dans cette execution certaines proprietes de la dame 
Boulier de Cental, habit6es ou cultiv6es par des Vaudois, 6prouve- 
rent des dommages, celle-ci porta plainte au roi Fran9ois !•' et 
demanda justice contre le baron d'OppMe. Mais le parlement 
d'Aix ayant, par sa declaration du 18 aout 1646, approuv6 la 
conduite de son premier president, cette plainte resta sans suite. 

Le 17 avril 1546, le vice-iegat d*Avignon, Antoine Trivulce, 

(t) Le sceau du viguier perp^tuel de Cavaillon portait une crosse en sautoir avec 
une clef, pour montrer que le pape et TdvCque se partageaient cette juridiction. 

(3) Cet arret effroyable, auquel Jean de Maynier (itait Stranger, puisqu'il fut rendu 
par le second president, Barth^lemy Chassann^e, portait que: «...les lieux de M6- 
rindol et autres, qui jusqu*alors avaient €ii le foyer de Th^rtisie, seraient d^molis, les 
malsons rashes jusqu'aux fondements; que les forts, les cavernes et autres lieux 
souterrains dans lesquels les Vaudois se cachaient seraient d^truits, les forets 
coupdes et les arbres fruitlers arrachds ; que les.... (dix-neuf personnes nomm^es 
dans Tarret)... expireraicnt dans les flammes ; que les femmes, les enfants, les 
domestiqucs mftme de ces habitants seraient bannis, et que leurs biens seraient 
confisqu<Ss et acquis au seigneur roi, et que personne, soit noble ou roturier, ne 
pourrait leur donner asile ni secours...» (Papon, Histoire de Province, t. IV, p. 93 ; 
Fabre, Histoire de Provence, t. Ill, p. x63 et suiv.) 

(3) L*avocat g^ndral Guirin fut condamn^, le ao avril i554i A 6tre pendu en place 
de Gr^ve, et Tarrftt fut exdcutd. 

2 



1 68 MEMOIBES 

6rigca par une bulle(i) T^glise paroissiale d'0pp6de de Notre- 
Dame-de-Dolidon (2) en coll6giale, composee d'un prdvOt et de 
cinq chanoines pr^tres, dont le droit de presentation 6tait 
attribuee ^ Jean de Maynier, seigneur et baron d'Opp^de, fonda- 
teur du chapitre, et ^ ses successeurs. Le costume des chanoines 
se composait d'une aumusse garnie d'hermine grise, et d'un 
surplis ; leur residence 6tait obligatoire et on devait c6\6hrer une 
grand'messe chaque jour. 

Par permission de Pierre Ghinucci, 6v6que de Cavaiilon(3), 
(16 juillet 1546), la vicairie perp^tuelle de I'^glise paroissiale fut 
ensuite unie ^ la coll^giale pour former une chapellenie, dont le 
revenu etait de 5o ducats & or di camera, environ 584 francs ; un pre 
et un jardin avaient et^ 6galement reunis d la mense capitulaire. 

En la m^me ann^e 1546, les consuls d'Oppede se rendirent A 
Cavaillon pour presenter leurs hommages au recteur du Comtat, 
qui s'dtait rendu dans cette ville. 

Apres la mort du roi Francois V\ et sur une nouvelle denon- 
ciation, le roi Henri II fit evoquer raflaire des Vaudois devant le 



(i) Une copie de cette bulle, signde Borrely, se trouve A la Biblioth6que du Mus^e- 
Calvet, manuscrit n' i6ig, n* 72. On trouve, i la suite du texte des lettres d'6rection 
de I'iiglise coU^giale d'0pp6de, la teneur du consentement donn6 par Tdvdque 
de Cavaillon A I'union de la vicairie d*0pp6de k la coll^glale. 

Dansle m6me cahier se trouvent les statuts de I'^glise coll6giale d'0pp6de, dont 
les divers paragraphes indiquent : d qui appartiendra la collation des b6n6fices ; — 
les forme et mani6re comme il faudra servir ladite dglise ; — quand on devra entrer 
en chcTeur ; — que^ pendant que le divin service se dit. Ton n'ait point A se promener 
dans ladite 6glise; — comment il faut faire la table des offices; — de I'habit ; — 
de I'usage des heures ; — qui dira les grand'messes conventuelles ; — qui dira les 
grand'messes des morts ; — que tous les samedis sera dite la grand'messe de 
Corporc Christi; — que le samedi on dira les gaudes; — qui dira les grand'messes 
aux bonnes ffttes; — de la mani^re de dire les messes fondles, qui les dira; — du 
cure, du diacre, et arrentement de la vicairie; — de la mani^re dont lis feront la 
procession ; — des processions du dimanche et au long de Tannic ; — de la paix 
qui doit exister entre les ministres de rfeglise; — de la fagon de ponctuer les fautes 
et les absences; — de la r^vdrence que Ton fera en entrant dans ladite ^glise ; — 
des distributions quotidiennes ; — des chapitresqu'on doit faire toutes les semaines; 
— de la creation des offices ; — de la maniire dont Tadministration tiendra ses 
comptcs ; — les seigneurs d'Opp^de se pourront trouver aux chapitres ; — de la 
garde des instruments ; — qui aura en garde les joyaux et les livres ; — des maisons et 
chambres des pr6v6t et chanoines ; — comment sonneront les cloches et A quelles 
heures ; — et enfin la teneur de I'approbation et confirmation des statuts et ordon- 
nances par Monseigneur I'dv^que de Cavaillon. 

(2) L*(^glise paroissiale d'0pp6de est ddsignde sous le vocable de Beala Maria 
DolUonis dans la bulle de 1546, dans un acte de 1709 et dans une bulle du pape 
Pie VI, en date du 25 septembre 1779. On ne connaitpas Torigine de ce vocable. 

(3^ Bibliothique de Marseille, ms. de P. J. Haitze, vol. 6 et 7. — Bibliothdque du 
Mus^e-Calvel d'Avignon, ms. n' 1619, fol. 72. 



» 
I 



DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 169 

parlement de Paris, qui, apr6s une enquete minutieuse de quatre 
ann^es consecutives, durant lesquelles Jean de Maynier resta ' 
en prison, pronon<;a, le 2 novembre i553, son acquittement, en 
declarant qu'il n'avait fait qu'obdir aux injonctions du parlement 
de Provence. Le baron d*Oppede recjut meme, au sujet de cette 
affaire, une lettre de felicitations du ministre du roi, en date du 
18 d^cembre i553. A la suite de I'arrdt du parlement de Paris, il 
fut, en 1554, r6tabli dans scs honneurset dignit^s et reprit posses- 
sion dc ses fonctions de premier president. C'est acette 6poque 
qu'il lit graver, sur la porte de son hotel, cette devise: Veritas 
omnia vincit. 

En 1 556, le pape nomma Jean de Maynier chevalier de Saint- 
Jean-de-Latran et comte palatin. 

II epousa, en premiere noces, Anne de Vintimille-Tourves, 
dont il eut deux filles, Claire et Anne ; devenu veuf, il se remaria, 
en 1 53 1, avec Madeleine de Gastellane-Laval, dont il n'eut point 
d'enfants. II mourut, en juin i558, a Aix, a Tage de 63 ans, et fut 
inhume, le 22 juin ou le 4 juillet (i) aux Observantins de cette 
ville, dans la chapelle des Maynier, oil, d'apr^s M. rabb6 
Ranee (2), on voyait encore son tombeau au XVIII*' si6cle. 

Jean de Maynier n'a jamais habit6 le chateau d'Oppede et n'a 
pas etc, comme il vient d'etre dit, inhumed en Tdglise de ce lieu, 
Sur ce point, on ne s'est pas conform^ aux dispositions de son 
testament du 20 septembre 1546 (3), dans lequel il disait: aje 
veux que mon corps, n'importe oil je mourrai, soit enseveli selon 
le rite catholique, dans Teglise d'Oppede, en ma chapelle (4) et 
dans le tombeau que je charge mes heritiers de faire construire, 
pour perp6tuer la mdmoire vendree de mes aieux et parents... » 

Avec Jean de Maynier s'est eteinte la ligne directe des premiers 
barons d'Oppede, dont les biens, les titres et les armes ont pass6 
par substitution ^ une ligne collat6rale, en vertu du dernier testa- 
ment en date du 2 juin i558. 

Acette 6poque, la guerre de religion s*6tait rallum^e en Pro- 

(1) op, at,, p. 3o% 

(a) Idem, ibidem* 

(3) Ce testament, ainsti que c61ui de i558, sont tous les deux d<ipos69 aux archived 
d<ipartamen tales de Vaucluse, d Avignon, dans les dossiers Droits de Af. d*Oppkde, 
provenant de rev6ch^ dc Cavaillon. n a 6tc recueilli aussl en copie dans les mss. 
de Peiresc, avec le codlcille du 14 d^cembre i553 : Bibl. de Carpentras, ms. i8o5, 
fol. 368. 

(4) Les termes de ce testament font penser que Tdglisc, ou <^tait cette chapelle 
particuli^re, d^pendait du chdteau d'0pp6de. 



1 7<-» MEMOIRES 

vence. En iSoy, les protestants avaient essaye dlncendier la fordt 
du Luberon, appartenant d la communaut^ d'Oppede etd T^vech^ 
de Cavaillon. Jean de Maynier, viguier de cette ville, afin de preser- 
ver ce massif boise de tout dommage, decida qu'il serait accorde 
des indemnit^s aux habitants du village d'Oppede qui eteindraient 
les feux allum^s dans la for^t. En m^me temps, comme les loups 
se multipliaient dans la region montagneuse du Luberon et 
causaient de ravages dans la plaine de Cavaillon, les consuls de 
cette ville fournissaient des pi^ges aux habitants d'0pp6de qui 
voulaient les placer. 






Claire de Piriissis, baronne d'Oppede par substitution, — Claire 
de Maynier, qui avait 6pouse Antoine de Glandeves, mourut sans 
enfants. 

Anne de Maynier, la cadette, 6tait la femme de Francois de 
Perussis, baron de Lauris, dont elle eut plusieurs enfants, morts 
jeunes, a Texception d'une fille nommee Claire. Celle-ci, en vertu 
du dernier testament de Jean de Maynier, et suivant les lettres 
pontificales donn^es en i356 k Pierre de Maynier autorisant 
cette transmission, fut substitute aux biens, nom et armes des 
Maynier et devint, en i558, 4 la mort de son a'ieul maternel, 
baronne d'Oppede, par heritage et substitution. 

Claire de P6russis 6pousa, le 27 mai fSyS, Jean de Forbin, 
troisi^me de ce nom, seigneur marquis de la Fare, filsde Vin- 
cent, seigneur de la Barben, et de Catherine Doria. Jean de 
Forbin ne semble pas avoir pris les armes des Maynier, ni le titre 
de baron d'Oppede ; il n'habita pas ce chateau. 

Devenue veuve en 161 3, Claire de P6russis se retira d Avignon 
ety fonda un couvent de Carmelites, dans lequel elle se cloitra et 
*ou elle mourut en 1628. 

En 1 562, une arm6e protestante, forte de 4.500 fantassins, 900 
cavaliers avec 7 canons, apr^s avoir pille les 6glises de Cavaillon, 
sortit de cette ville, le 2 septembre, pour aller attaquer Robion, 
Maubec, Oppede et Menerbes ; mais, arrivee au hameau des 
Taillades, elle changea de route et se dirigea vers la basse 
Provence, en traversant la Durance. 

En 1564, pour mettre le village d'0pp6de en mesure de r^sister 
i une attaque, en cas de retour de Tarmde protestante, ilyfut 
cnvoye de Cavaillon 100 arquebusiers. Au mois de novembre de 
la meme ann6e, la peste se d^clara dans ce village et fit d'assez 



DE LACADEMIE DE VAUCLUSE IJI 

nombreuses victimes; au mois de Janvier i565, un abaissement 
extraordinaire de la temperature fit p^rir un grand nombre des 
oliviers de la region. 

On trouve inscrite dans le cahier de Jean Baptiste, tr^sorier 
communal de Cavaillon, la mention d'une collation oflerte, en 
1 583, d, des soldats allant a Opp6de, pour s'emparer de quelques 
paysans, que Ton soup9onnait de connivence avec les huguenots, 
pour leur leur livrer le village. Celui-ci aurait alors remplac6 pour 
eux la place de Menerbes, qu'ils avaient et6 forc6s d'abandonner, 
le 9 d6cembre 1678, apr6s un si^ge memorable de cinq anndes. 






Vincent-Anne de Forbin, troisUme baron d'Oppede. — Vincent- 
Anne de Forbin, fils de Jean, marquis de La Fare, et de Claire 
de P6russis, prit, en execution du testament de Jean de Maynier, 
le nom et les armes des Maynier, et joignit le titre de baron 
d*0pp6de k celui de marquis de la Fare(i). II fut ainsi le veritable 
successeur des barons d'Opp^de. 

Primicier de rUniversit6 d'Avignon, en i6o3, et conseiller au 
parlement d'Aix, en 1604, Vincent-Anne de Forbin 6pousa, la 
m6me ann(^e, Marguerite d*Oraison de la Tour, qui mourut sans 
enfants. II se maria en secondes noces avec Aymare deCastellane 
de la Verdiere, dont il eut plusieurs enfants. En 1621, le marquis 
de la Fare re^ut la charge de premier president du parlement 
de Provence. 

Comme h6ritier de la baronnie d'Opp^de, ce seigneur voulut 
pr6tendre i la directe sur toutes les terres situ6es dans le terri- 
toire, maisparune transaction avec les habitants, en datede 1624, 
qui confirma celle de i53i, il reconnut qu'iln'avait pasce droit, et 
renon^a a se qualifier seigneur direct et universel des terres de la 
communaut6 d'Opp^de. 

A Toccasion des ravages de la peste t Aix, le parlement 
s'eloigna de cette ville, le 22 octobre 1629, pour se r6fugier t 
Salon, avec son premier president le baron d'0pp6de. Ce dernier, 

(I) En mfeme temps qu'ils <Staient barons d'0pp6de, les Forbin 6taient aussi mar- 
quis de la Fare, seig-neurs de Peyrolles, de la Verdidre, de Varage, de Saint-Julien, 
de Bezaudun et autres lieux. 

Si le titre de marquis est hdraldiquement sup6rieur k celui de baron, par contre le 
nom d'OppMe avait, au parlement d*Aix, une plus grande notoridt^ que celui de 
Forbin ; on peut trouver dans cette remarque Texplication de ce fait, que les litres de 
marquis de la Fare et baron d'0pp6de, se sont peu ^ peu transform^s en celui de 
marquis d'Oppede, sans que cependant la scigneurie d*0pp6de ait 6t6 6rig6e en mar- 
quisat. 



172 . MEMOIRES 

ayant fait un voyage i Avignon, mourut dans cette ville d*une 
attaque d'apoplexie, le 17 fdvrier i63i. Vincent-Anne de Forbin 
n'a jamais habits le chateau d^Opp^de; il n'est pas inhum^ dans 
la chapelle dc Teglise paroissiale du village et on ignore le lieu 
de sa sepulture. 



• « 



Henri de For bin-May nier, quat7'ieme baron d'Oppide. — Henri 
de Forbin-Maynier, fils ain6 du precedent, est n6 d Aix en 1620. 
A I'age de 17 ans, il ^pousa, le 4 juillet 1637, Marie-Therese de 
Ponlev^s, ag^e de 12 ans, et, par dispense d'age, il fut nomme, en 
1 638, conseiller au parlement d'Aix. Elevd a la charge de second 
president en 1645, il fut suspendu de ses fonctions, par lettre de 
cachet du roi, en date du 28 mars 1648, pour refus d'enregistre- 
ment d*un cSdit. A la suite de cette suspension, il se retira pen- 
dant pr6s d*une ann6e dans son chateau d'Opp^de. Ce ne fut 
qu'en 1649 Q^''^ retourna d Aix, ou il fut nomrn^ premier presi- 
dent du parlement, en i655. 

Le 20 octobre i652, un d6bordement des eaux du torrent du 
Caulon causa des grands dommages dans Ic terroir d'Oppede. A 
cette dpoque, le baron avait comme procureur Fran9ois Juppin, 
6cuyer ^ Gavaillon, qui, au nom de ce seigneur, a fait des 
concessions d'eau pour les terroirs d'Oppede, dc Tlsle et de Ga- 
vaillon. 

Une sedition, qui s'eleva a Aix le 14 fevrier iGdcj, donna occasion 
au premier president Forbin-Maynier d'0pp6de de montrer son 
courage et son sang-froid. Le peuple ayant envahi le palais et 
se precipitant en foule vers la chambre d'audience, ou le parle- 
ment etait rduni, les conseillers proposerent au premier president 
de s enfuir par une porte d^robee : « A Dieu ne plaise, dit-il, que 
que jc fasse cet affront d la magistrature. Si quelqu'un d'entre 
vous ne se croit pas en suret(^, qu'il sorte. Mais, pour moi, je reste 
a mon poste. Pour moi, je ne dois rien craindre dans un sanctuaire, 
ou resident la justice et la majesty du souverain (i). » 

Ce grand exemple fut suivi et chacun revint a sa place. 

En 1G60, une grande scchercsse se fit sentir dans la region. 

Le 23 juillet i6G3, un arr^t du parlement d'Aix ayant declare 
que le comt6 Venaissin appartenait au roi de France (2), comme 

(i) Augustin Fabre. Ifistoire de Provence, t. IV, p. 143. 

(2) En 1662, les droits du roi de France sur le conit6 Venaissin furent soutenus 
par Sabatier Esprit, d'0pp6de, avocat A Avignon, dans une brochure intitulcie Le 
C:iducie fran^ois sur Li ville d' Avignon, Comtai Venaissin et principauti d'Orange. 52 
pages, Avignon, 1663. 



DE l'academie de vaucluse lyS 

dependance de Tancien domaine des comtes de Provence, le 
baron d'Opp^de, en quality de premier president du parlement, 
alia prendre possession de la ville d' Avignon, au nom de 
Lois XIV. Mais au mois d'aout 1664, le pape recouvra ses 
domaines, et ce changement temporaire de souverainet6 n'eut 
aucune consequence vis-^-vis du village d'Opp^de. 

Le roi Louis XIV ayant, par un arret du Conseil, en datedu 
5 octobre 1666, declare avoir le droit de rentrer en possession des 
domaines ali^n^s par les comtes de Provence, avant la reunion 
de cctte province i la France, la noblesse adressa au roi des 
remontrances. Ce fut par Tintervention du premier president 
baron d'0pp6de qu'elles furent accueillies et quele roi confirma, 
par edit du mois de juillet 1668, les alienations faites. Les syndics 
de la noblesse de Provence, Puilobiers, Pomerol et Gailhard 
adresserent des remerciments publics au baron d'Oppede pour 
son intervention. 

En 1670, revdque de Cavaillon, Jean-Baptiste de Sade, vendit 
A Henri de Forbin-Maynier d'Oppede, pour la somme de 36,ooo 
livres, le moulin de Saint-Julien a Cavaillon, avec tous ses droits 
d*eau. Sur la demande de la ville, qui ddsirait acheter ce moulin, 
le baron d'0pp6de consentit la resiliation de son marche, en se 
reserv'ant cependant certains droits d'arrosage avec les eaux du 
canal Saint-Julien. 

II mourut le i3 novembre 1671 ^ Lambesc, ou il pr^sidait les 
Etats de Provence. Apr^s de belles fun6railles, cei6brees le 20 
novembre 167 1 en T^glise paroissiale de ce lieu, et une oraison 
funebre prononc^e par le P. Daverdy (i), son corps fut transports 
^ Opp6de, ou il fut le premier baron inhum6 dans la chapelle des 
Maynier. 

II s'etait beaucoup occup6 de Tadministration de la province et 
avait puissament aide le ministre Colbert dans toutes les mesures 
prises pour developper le commerce et Tindustrie en Provence. 
Cetait d'ailleurs un savant et un bibliophile distingue ; le cata- 
logue de ses collections de livres (2) se trouve d la bibliotheque 
de Carpentras. 






(1) L'oraison fun6bre de Henri de Forbin d'Oppdde, prononcde par le R. P. Daverdy, 
de la Compagnie de J<5sus, a 6i6 publide, avec de tr6s nombreuses et tr6s int^res- 
santes notes, par I'abbii A. -J. Ranee (Marseille, 1889). 

(a) A la mort du prcJsident d'OppMe, sa bibliotheque fut achet^e par Thomassin 
de Mazaugues, conseiller au parlement d'Aix, et vendue ensuite k Malachie d'In- 
guimbert. La plupart des livres de la blblioth^ue du baron d'Oppede ^talent relids 



1 74 MEMOIRES 

Jean-Baptiste de Forbin d'Oppede, cinquUme baron d'Oppede, — 
Jean-Baptiste de Forbin d'Opp(bde, fils aind d'Henri, est n6 4 Aix, 
le I" f^vrier 1648. Nomina conseiller au parlement de Provence 
en 1670, puis president en 1673, il fut plus tard d6iegu6 comme 
intendant d Messine, en 1676, durant Texpedition du due d*Estr6es, 
et enfin envoye comme ambassadeur a la cour du roi de Portugal. 
II avait Spouse, le 6 mars 1674, Charlotte-Marie de Marin de la 
Chateigneraie, niece du ministre Colbert. II mourut ^ Aix, le 5 
juin 1701, et son corps fut transports k Oppede. 

Dans cette pSriode naquit ti Oppede Jean-Ange Maucord(i), 
sculpteur de grand merite, qui y fut baptise le 5 octobre 1678 (2). 
Apres avoir travaille dans Tatelier de Balthazar Marrot, sculpteur 
a Cavaillon (3), il vint a Tlsle, oil il sculpta, en 1706 et 1706, le 
retable en bois de la chapelle de Saint-Antoine de Padoue aux 
Cordeliers, celui de la confrerie de Notre-Dame-de-Sorguette, et 
celui de la confrerie de Saint-Simon etablie dans une eglise de 
Freres Mineurs. En 1707, il travailla a la decoration de la cha- 
pelle de Saint-Jean-Baptiste, dans I'eglise paroissiale d'Oppede (4). 
En 1709, il sculpta le remarquable tombeau de Jean-Baptiste de 
Sadede Mazan, eveque de Cavaillon, que Ton voit dans Te^glise 
de cette ville, entre la chapelle de la Nativite et celle de Saint 
Eloi. Use retira ensuite a Toulon en 1731,011, en qualitedemaitre 
entretenu de la marine, il fit construire, en 1738, lasuperbe porte 
de Tarsenal; il y mourut le 12 Janvier i76i,a I'age de 88 ans. 
Ange Maucord est digne de figurer en bon rang dans la liste des 
sculpteurs fran^ais; il honore grandement son pays, ou il est 
malheOreusement a peu pres completement oublie, quoique sa 
mdmoire mSrite d'etre conservee. 



* 



en maroquin rouge, marques au dos de la lettre M, surmontce d*un tortil de baron ; 
ils (Jtaient d<^cor6s sur le plat des armoiries, en or, du propridtaire. Ces armes sont 
icarteU au z et 4 d'or d un chevron d'ai^ur accompagnc de trois teles de leopard de 
sable, qui est de Forbin : au 2 et 3, degueules a un chMeau ouvert crinele et sommi de trois 
tours d'or, qui est de Castellan* ; sur le tout, d'azur a deu,v chevrons d'argent rompus, I'un 
a dextre, I'autre d senestre. qui est de Maynier, avec la devise Veritas omnia vincit, et 
surmont<Ses d'une couronne de comte. ^Oraison funebre d' Henri de Forbin d'Oppede, 
note par I'abb^ Ranee, p. 137.) 

(i) Tout ce qui concerne Ange Maucord a etc extrait d'une tr6s intcrcssante notice, 
consacrce A ce sculpteur de merite et publide par le savant abbe Requin, dans les 
Mimoires de VAcademie de Vaucluse, t. XIV (1895), p. 1 k 17. 

(2) Archives municipales d'0pp6de, G G i3. 

;3) Minutes de Denis Gaulthicr, notaire ci Oppede ; — ^tude de M* Carrias, notaire ^ 
Lagnes. 

(4) Archives municipales d'0pp6de, GG 27. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE I7D 

Jean-Baptiste-Henri de For bin d'Oppede, sixieme baron d'Opp^de. 
— Jean-Baptiste-Henri de Forbin, fils du precedent, fut pendant 
quelques ann^es conseiller au parlement d'Aix ; mais il aban- 
donna cette charge en lyoS. Ce fut le dernier repr^sentant de la 
famille des Maynier au parlement d'Aix. II avait 6pous6 Catherine 
de Forbin-Janson. 

En 1709, il r6gna dans le Comtat une grande disette dont le 
village d*0pp6de eut beaucoup ^ soulTrir. Le baron intervint 
noblement et charitablement dans cette circonstance, en vendant 
quelques terres pour donner des secours aux habitants les plus 
n^cessiteux. 

En 171 1, on eut a exercer des poursuites contre des bcrgers 
d'OppMe, qui avaient mis le feu a la foret du Luberon. 

Par ordonnance royale du 22 mars 1711, le baron avait obtenu 
la concession d'un canal de navigation, entretenu par une deriva- 
tion de Teau de la Durance ; facheusement ce projet n'a pas ^te 
mis a execution. 



• • 



Joseph ' Louis ' Roch' Charles Palamede de Forbin d'Oppede, 
septieme baron rf'Opp^rfe.— Joseph-Louis-Roch-Charles Palamede de 
Forbin d'Oppede, ncen mai 1722, n'a jamais occupy aucune charge. 
II avait <ipous6, le 22 f(3vrier 1756, xMarie-Fran<;oise de Baussan, 
et mourut en 1789. Ce fut en r6alit6 le dernier seigneuret baron 
d'Oppede. 

Nonobstant la decision prise, en 1789, par Tassembl^e des trois 
Etats de la province, rc*unisaCarpentras, de repousser lademande 
formulae au sujet de la reunion du Comtat a la.France, Tassembl^c 
des Etats g^n^raux, compos6e des deputes de toutes les commu- 
nes (i), r^unic d Carpentras, adopta d'abord, le 29 mai 1790, la 
constitution fran^aise et les d^crets de TAssembl^e nationale, 
dans tout ce qui 6tait compatible avec les convenances locales 
ct le respect du au Souverain-Pontife (2). Puis, pour mettre un 
termearetat de trouble et de guerre intestine qui d6solaitlepays, 
les habitants dc Carpentras, r6unis le 14 juin 1791, en assembl^e 
g(inerale dans T^glise de Saint-SifTrein, et se ralliant aux deman- 
des presentees par les habitants d'Avignon le 12 juin 1790, sup- 
plidrent TAssembl^e nationale et le roi de les r6unir d la France. 

(1) Le sieur de G^rente ^talt le ddput^ d'0pp6de. (Charles Soullier, Histoire de la 
Revolution d* Avignon et du comti Venaissin, t. I, p. 5a.) 

(2) L. Loubet. Carpentras et le Comtat- Venaissin avant et aprts I'annexion, p. aS et 
suivantes. 



1 76 MEMOIRES 

Un d^cret des 14 et 23 septembre 1791 annexa alors le comt6 Ve- 
naissin, et par suite, Opp^de a la France. 

En 1727, pour encourager la destruction des loups, il fut attribue 
aux habitants du village une prime de 3 livres par chaque loup 
tue. 

En juin 1731, eut lieu un tremblement de terre qui occasionna 
des d^gats a certains edifices (i). 

En 1744, d'apres M. Bancal (2J, il fut ouvert a Opp^de la pre- 
miere ^cole, et le rescrit du vice-legat qui I'autorise porte que la 
maitresse recevra 10 6cus par an. 

En 1759, messire Jean Beaufort fonda une mission perp^tuelle 
£\ Oppede, qui devait etre donnee par les Capucins de Cavaillon ; 
la premiere mission, pr6ch6e avec succ6s par le P6re Laurent de 
Mormoiron, fut termin^e par la plantation d*une croix devant la 
maison commune et aux frais de la communaut6(3). 

Le I**" juin 1768, le Com tat fut r^uni ^ la France par ordonnance 
de Louis XV et occupe par les troupes royales, sous les ordres 
du marquis de Rochechouart ; mais apr^s Tav^nement du pape 
Clement XIV, le roi lui remit toutes ses possessions par lettres 
patentes du loavril 1774 (4). Ce changement de souverainet^, qui 
dura six ann6es, fut sans influence sur le village. L'H6tel-Dieu 
d'Oppede, qui date de 1773, fut ainsi (btabli sous la domination 
fran9aise du roi Louis XV (5). 

En 1777, des poursuites furent exerc^es contre divers habitants 
pour coupes abusives de ch6nes-verts eflectuees dans la fordt du 
Luberon. 

Le torrent du Caulon deborda, en 1788, et d<^vasta le territoire. 



• 
* * 



Par Teffet de Tapplication des lois et des d^crets de TAssembl^e 
nationale, adopt6s par Tassemblee des Etats gt^n^rauxde Carpen- 
tras, tous les droits seigneuriaux et f^odaux furent done abolis 

(1) Val^re Martin, Reliquiae ou^ce qui resie du couvent des Capucins a Cavaillon, 
signale, p. 149, un tremblement do terre k Cavaillon le i5 juin 1732 k 10 heures 3/4. 
Peut-6tre y a-t-il une erreur de date. 

(2) Monographies communalesde I'arrondissement d'Apt, article Opp6de, p. loi. 

(3) Val6re Martin, op. cit, p. 193. 

(4) Les lettres patentes du roi, en date du 10 avril 1774, furent enregistr^es au parle- 
ment d'Aix le 19 avril 1774, fol. 223, avec la reserve « sans que ledit enregistrement 
puisse prdjudicier aux droits du Roi et de la couronne, comme dtant imprescriptiblcs 
etinali^nables... • 

^5) En ia53, il existait d^]k dans le village d*0pp6de un h6pital, dont il est fail 
mention au Livre rouge. 



DE l'academie DE VAUCLUSE 1 77 

d6s 1790. Comme quelques ann6es plus tard, apres avoir autoris6 
le rachat des rentes constituees et repr^sentant le prix des immeu- 
bles vendus, la Convention nationale eteignit, sans distinction, 
en 1793, toutes les rentes d'origine seigneuriales, il en r^sulta 
que toutes les rentes, censes et revenus du fief d'0pp6de dispa- 
rurent par Teffet de ces mesures(i). Ainsi finit, en fait, la baron- 
nie d'Opp^de. 

Dans la periode qui separe la mort du dernier baron, en 1789, 
du decret de 1791, qui r^unit a la France le Comtat et le village 
d'Opp^de, celui-ci n*eut pas a soulTrir des troubles qui r^gn^rent 
dans le comt6 Venaissin, ni des incursions des bandes de braves 
brigands. On manque de documents precis sur ce quia pu se 
passer dans cette locality durant ces derni^res ann^es. 

5. — Le village d'Oppede depiiis sa r^imion a la France 

jtisqu'd Vepoque act tie lie. 

Apr6s I'annexion du comt6 Venaissin a la France, c'est-a-dire 
k partir du 14 septembre 1791, le village d'Oppede n'a pour ainsi 
dire plus d'histoire particuliere. Simple commune de I'arrondis- 
sement d'Apt, sa vie municipale suit le mouvement g^n^ral que 
lui imprime I'administration sup^rieure, et sa situation isolee 
Tempdche d'etre m^lee d'une fa^on directe et active aux luttes et 
aux r(^volutions politiques du pays. D'autre part, le baron 
d'Oppede n'etant pas le seigneur feodal de ce village, la suppres- 
sion des droits, censes et revenus de ce fief particulier n'eut 
aucune consequence sur Torganisation de la locality. 

Comme les membres de la famille Forbin d'OppMe n'6migre- 
rent pas durant la Revolution, leurs tJiens ne furent pas confis- 
qu6s, et le chateau d'Oppede resta toujours leurpropri6t6. 

Depuis 1648, 6poque a laquelle le president Henri de Forbin- 
Maynier vint temporairement s'y r(^fugier, aucun membre de 
cette famille ne Thabita et il resta abandonn6 aux soins d*un 
intendant. Ce dernier, voyant le peu de cas que Ton en faisait, 
dut forc^ment en n^gliger Tentretien, et il est probable qu'apr^s 
un si6cle et demi d'abandon, ce chateau, que le tremblement de 

(i A la suite de la rdsiliation de la vente du moulin et canal Saint-Julien, il 6tait 
intervenu, en i733, une transaction par laquelle lavillede Cavaillon reconnaissait au 
baron d'0pp6de I'abandon d*un certain volume d*eau pour arrosage et une rede- 
vance annuelle de cent charges de bl6 et de i.ooo livres en argent. Cette redevance, 
dtablie par contrat, a 6t6 payde jusqu'en 1790 A Sabatier Blaze, notaire d Cavaillon ; 
elle a 6t6 ensuite abolie sous le pr^texte qu'elle 6tait d'origine f^odalc. 



178 MEMOIRES 

terrede lySi avail peut-etre endommage, 6tait devenu presque 
inhabitable, lors de la reunion du comt6 Venaissin d la France. 

Acette 6poque, par suite des id^es nouvelles et de la suppression 
des droits feodaux, on peut supposer que cette habitation, non 
occupee et abandonn^e depuis longtemps, fut consid^r^e par les 
habitants comme un bien d^laiss6 par son propri^taire, et dont, 
par suite, chacun pouvait disposer. Aussi, certains ne se firent 
pas faute d'agir en consequence. 

D'autre part, comme sous la Revolution, Tancien intendant du 
baron n'osait peut-^tre rien faire pour defendre les droits de la 
famine Forbin d'Oppede, une esp6ce d'impunite sembla accord6e 
aux premiers pillards. Ce fut evidemment sous le concours de 
ces circonstances que du s*accr6diter Topinion que, par suite de 
Tabolition dela baronnie, le chateau d'Oppede, quoique propriety 
privee, etait devenu un bien commun, dans lequel les habitants 
du village pouvaient prendre ce qui leur convenait. Aussi, sous 
Tempire de ces id^es, la destruction de cette demeu re prit peu a 
peu un caractere general, et d6g6nera enfin en vandalisme, lors- 
que les enfants en firent le theatre de leurs jeux destructeurs. 
Les intemp^ries vinrent ensuite en aide a I'oeuvre des hommes, 
pour completer la ruine du chateau. 

Telles semblent avoir ete la cause et la marche progressive de 
la destruction de cette habitation seigneuriale, chose dont per- 
sonne n'a jamais rendu compte d'une faqon precise. II faut remar- 
quer que, depuis 1648, dernier sejour du baron de Forbin-Maynier, 
on ne signale ni invasion, ni siege, ni incendie ou pillage a 
Oppede ; que nul n'a parie d'un soulevement des habitants contre 
le seigneur, et que les bandes armees qui, de 1790 a 1796, devas- 
terent le Comtatet vinrent jusqu'd Menerbes, ne sont pas signa- 
lees a Oppede, ce qui pourrait meme faire croire que son chateau 
etait dejd devaste a cette 6poque. Or, puisque Tetat de ruine du 
chateau existe, si on exclut toutes les causes etrangeres, brusques 
et violentes, on est alors force d'admettre une action devastatrice 
locale, lente et continue, dont la responsabilite ne peut incomber 
qu'aux seuls habitants du village. 

A c6te du chateau s'6leve un eglise, qui evidemment en avait 
ete jadis une dependance, et dans laquelle se trouve la chapelle 
des Maynier, ou reposaient les restes des barons Henri et Jean 
de Forbin d'Oppede(i). Cette eglise a ete respectee et est devenue 

(1) Les cercueils en plomb de ces deux tombeaux ont 6t6 viol6s et vol6s en 179?. et 
ont» dit-on, servi k fondre des balles. 



DE l'academie de vaucluse ijq 

un bien communal, sans doute k cause de son usage commun, 
car on ne connait aucun acte translatif de propri6t6 s'y rap- 
portant (i). 

Apr^s la Revolution, les ruines du chateau rest^rent, par heri- 
tage la propriety de Charles-Sextius de Forbin d'OppMe, qui 
avait epous6, le 29 Janvier 1814, Henriette de Thomassin-Peynier: 
elles revinrent ensuite a son fils, Louis-Michel-Marie PalamMe, 
marquis de Forbin d'Oppede, marie en premieres noces, le 6 
juin 1 84 1, a Roseline de Villeneuve-Bargemont, et qui 6pousa en 
secondes noces Louise de Boisgelin. 

Le marquis de Forbin d'Oppede est mort, sans posterity, le 28 
fevrier 1900, dans son chateau de Saint-Marcel, pres Marseille, et 
a ete inhume ^ Aix. Avec lui s'est eteinte Tillustre famille des 
Forbin-Maynier, barons d'Oppede et marquis de la Fare. 



* * 



Le village d'Oppede, eioigne de tout courant industriel (2), ou 
commercial (3), devait surtout sa prosperite k Tagriculture et aux 
families riches, nobles et bourgeoises (4), qui s'y etaient fixees 
et auxquelles le chateau, meme inhabite, servait de point de 
ralliement. Aussi, sa destruction a eu une consequence a laquelle 
les habitants, auteurs peut-etre inconscients du fait, etaient loin 
de s'attendre : c'est la ruine lente et continue du pays. 

Apres la destruction du chateau, les families aiseesque rien ne 
retenait dans le village Tont quitte peu d peu ; la consommation 
locale ayant, par suite, diminue, les petits commer^ants ont 



(i) Antdrieurement A i235, il y avait une <igllse A Opp6de, puisqu'elle fut mise en 
interdit, k cette 6poque par le 16gat Pierre de Colmedi. On ignore si Teglise 
actuelle est la m^ms ou bien si c'est un nouvel Edifice r6pard ou reconstruit ; 
le clocher semble de construction plus r^cente que la nef. On ignore si les archives 
de r6glise renferment des documents A ce sujet, et M. le desservant n*a jamais 
fourni des indications sur la date probable de la construction de cet (Edifice. On 
ignore ^galement k la suite de quelles circonstances a disparu Tornementation de la 
chapelle Saint- Jean -Baptiste, oeuvre du sculpteur Ange Maucord. 

(2) Dans le territoire d'OppMe, il y avait des tuileries et des filatures de sole, mais 
il n'y avait pas d'usine dans le village mftme, 

(3) En vcrtu d'une buUe du pape, de 1789, il avait ^ii ^tabli quatre foires k OppMe, 
les 6 Janvier, 10 aoOt, 17 octobre et 22 novcmbre ; elles existent encore. 

(4) Parmi les riches families nobles ou bourgeoises habitant le village d'Oppede, 
on peut citer celles des Catalan, des Jauffret, des Flaux, des Peliden, des Piot, des 
Roland, etc. De plus, le due de Caderousse, le seigneur de Maubec, les sieurs de 
Gullhem, deGabrielli, Roger de Chateauneuf, de Soissac, etc, poss6daient de belles 
maisons t Opp6de. Le chapitre de Saint-Agricol d* Avignon y avait iigalement une 
malson. 



l8o MEMOIRES 

abandonn6 ^ leur tour cette locality et, actuellement, les habi- 
tants qui y s6journent encore ne doivent point s'6tonner de voir 
les maisons abandonn6es tomber en ruine. C'^tait fatal : la ruine 
du chateau devait entrainer celle du village I 

II y aura peut-^tre encore dans Tavenir une commune d'Op- 
p6de (i), mais sur ^emplacement de cet ancien village il n'y aura 
bient6t plus que les d^combres des anciennes maisons abandon- 
nees et 6croul6es, servant de cadre lugubreaux ruines du chateau 
des anciens barons. C'est ainsi que toutes les choses s'enchainent 
et s'entrainent tour a tour dans le pass6. Telle est la philosophie 
de rhistoire I 

(0 Le hameau des Poulivets, occupant une position centrale par rapport au terri- 
toire communal d'0pp6de, semble appel6, par sa situation, sa population et son 
mouvement commercial, A remplacer le village d'0pp6de, comme si^ge de la muni- 
cipality. 



DE l'academie de vaugluse i8i 



IV. 



La Chapelle rurale de Saint-Antonin, 

COMMUNE d'OpPEDE. 

Comme dans la plupart des communes, il existait jadis, sur 
le territoire d*0pp6de, plusieurs chapelles rurales, savoir: la 
chapelle.de Sainte-Cecile, en ruines, pres d'Oppede; la cha- 
pelle de Saint-Sdbastien, pres des limitcs de Menerbes, dont il nc 
reste pas de traces, de meme que celle de Saint-Cassien, pr6s la 
croix de Causan ; la chapelle de Saint-Jean (i), la plus importante, 
dont les ruines sont assez remarquables, et enfm les chapelles de 
Saint-Laurent et de Saint-Antonin qui subsistent encore en bon 
etat de conservation. 

On ignore les causes et les dates de la destruction des quatre 
chapelles de Sainte-C^cile, Saint-S6bastien, Saint-Cassien et 
Saint-Jean. Celle de Saint-Laurent appartenait jadis au prieur6 de 
Saint-Etienne de Menerbes (2). Elle est aujourd*hui propri6t6 
particuli6re et sert de lieu de sepulture aux membres de plusieurs 
families, qui la poss6dent indivisement. 

La chapelle de Saint-Antonin semble avoir 6t6 de tout temps 
une propri6t6 priv^e, dependant du domaine de Saint-Antonin, 
au quartier de ce nom ; on ne peut pas afflrmer que le quartier 
ait pris le nom de la chapelle, mais cela parait probable. Elle 
appartient, comme construction, a I'^poque romane, mais elle 
a subi quelques modifications et restaurations depuis le XIII* 
si^cle. 

Cette chapelle, en bon 6tat, est bAtieen moellons, avec un enca- 
drement de pierres de taille 4 la porte et aux deux fenfetres. En 
dedans, elle mesure 4"25 de long sur 3"* 10 de large, etestter- 
min(^e par une petite abside de i^os de profondeur, ou se trouve 

(1) La chapelle de Saint- Jean avail un ermitage. En 1761, Termite 6tait un nomm^ 
Antonin Causan, qui avait pour spdcialit^ de servir dc t^moln, dans les actes passes 
entre les propri^taires volsins. 

(2) Le Rdv^renJ Antoine Bermond, prieur de M<inerbes, a donneS & nouveau bail 
cette d'grlise et le bien attenant les a8 aoat 1487 et i3 octobre i5oo. (Biblioth^que du 
Musce-Calvet, k Avignon, mss. n* a385, fol. i36.) 



1 82 MEMOIRES 

un petit autel en peirre de taille, ayant i "45(16 longueur sur o^gS de 
largeur. Sa voute en plein cintre est int6rieurement 61ev6e de 4 
metres. Elle est 6clair6e par deux petites baies 6troites, allongdes, 
arrondies par le haut et 6vas6es des deux c6t6s; leurs dimensions 
r6elles sontdeo^iS en largeur et de o"*75 en hauteur. Leur 6vase- 
ment a Textdrieur est de o"io seulement, mais il est bien plus 
considerable ^ Tint^rieur, oil ces ouvertures ont, 6vasement com- 
pris, I metre de largeur sur i^yS de hauteur. Elles sont plac^es 
Tune au levant et Tautre au midi et fermees par un petit volet en 
bois. 

La porte, de i metre de largeur et de i^go de hauteur, arrondie 
en plein cintre, s'ouvre, au midi, sous un avant-toit faisant une 
petite saillie sur la fa9ade, dont la hauteur est de 4"25. Cette cha- 
pelleest surmontee d*un petit clocher en pierre de taille de 2"3o 
de hauteur, termini parun fronton triangulaire, sur lequel on lit 
la date de i655. En y comprenant le clocher, la hauteur totale de 
cet edifice est de 6"55. 



• • 



L'orientation de cette chapelledu sudau nord, pourrait, d'apres 
M. Gilles (i), etre la preuve qu'elle a remplace un de ces petits 
temples, o?tie5^ que lesromains eievaient jadis au bord des chemins 
ou au voisinage des sources. Mais, on n'a aucun indice permet- 
tant de supposer que cette chapelle a 6te batie sur les ruines ou 
sur Templacement d'un edifice quelconque plus ancien. II convient 
cependant d'ajouter, que de nombreux ossements ontete trouv6s, 
aux alentours, ainsi que des briques plates dites romaines et des 
pierres plates ou lauses placees, Tune appuyee contre Tautre, en 
dos d'ane. au-dessous des corps ensevelis et constituant les 
anciens tombeaux. On a egalement trouve pres de 1^ un petit 
morceau de marbre blanc, debris evident d'un socle ou d'une 
corniche, mais dont on n'a pu decouvrir Torigine. Toutefois, 
comme on n'a recueilli, surce point,nivieillesmonnaies romaines, 
ni vestiges plus importants, on ne peut done, faute de. documents 
suffisamment probants, 6mettre, a ce sujet, une opinion bien 
fondee. 

Cette petite chapelle est situce H Tintersection de deux chemins 
ou sentiers, pouvant etre des anciens chemins romains ordinaires 
de 2"5o de largeur, se detachant de la voie romaine secondaire 

(i) Gilles, Les voies romaines et mAssilienne dans le Bulletin hislOriqUi el archMo 
gique de Vaucluse, i883, p. i53. 



bE l'academie de vaucluse t83 

d*Apt ^Cavaillon,imm6diatement aupr^s du pont repute romain( I ), 
existant jadis sur le ruisseau du Valadas ou riaou de Saint-Antonin, 
Un de ces chemins, en traversant a gue le torrent du Caulon, 
aurait ainsi servi de moyen de communication entre les riverains 
et surtout pour mettre les habitants de la rive droite de ce cours 
d'eau en relations avec la voie romaine au pont du Valadas. 

On ignore la date de la construction de cette chapelle ; on peut 
direseufement, au sujet de son antiquite, qu'elle se trouve men- 
tionn^e au Livre rouge de i253 (2), et indiquee dans un acte du 
27 avril 1564, sous la denomination d'iglise de Saint-Antonin, 

Quel est le saint Antonin en Thonneur du quel cette ancienne 
chapelle peut avoir 6t6 elev6e? On manque de documents sur ce 
point. Toutefois, il est peu probable que ce soit en Thonneur de 
saint Antonin, ev^que de Marseille (647), ni de saint Antonin de 
Pamiers ou d'Apam^e, dont la legende est si incertaine (3), non 
plus que de saint Antonin, ev6que de Florence (i3o5), parce qu'on 
ne peut invoquer aucune raison capable de les recommander 
sp6cialement au culte des riverains du Caulon, dans le territoire 
d'OppMe. Par suite de ces considerations, on est force de conclure 
que cette chapelle n'a pu 6tre drigee qu'en Thonneur de saint 
Antonin, ev6que de Carpentras (463-476), bien connu dans la 
region, et ven6re principalement ^ Bedouin et d Malemort. 

• 

En 1634, le domaine dit de Saint-Antonin, sur le terrain 
duquel se trouve la dite chapelle, appartenait ^ Pierre Cathelan 
ou Cathalan, pretre d'Avignon, qui y fit une fondation de messes, 
ainsi qu'il resulte du registre des fondations faites en faveur 
de reglise d'Oppede, verifie en 1746 et redige sur I'ordonnance 
de revdque de Cavaillon, du 22 decembre 1743(4). Par suite de 
cette institution, le culte y etait regulierement c6iebre d Tepoque. 

(1) Ce pont a 6td d<5moli, en i85a, lors de la refection de la mute de Cavaillon A 
M^nerbes. 

(2) La chapelle de Saint-Antonin est indiqu<ie comme confront dans le Livre rouge 
du comte Alphonse de Poitiers, dressi^ en 1254. (Biblioth6que de Carpentras, mss» 
n« 534, £* 8 et 94. 

(3) D'apr^s LA Vie des Saints des petits Bollandistes, la date de la'mort et du martyre 
de saint Antonin de Pamiers n'est pas connue; suivant lescontinuateursdes Bollan- 
distes, le pr^tendu martyre de saint Antonin de Pamiers serait apocryphe, ce saint 
n'ayant Jamais exists et ayant 6td confondu avec saint Antonin d'Apamcie, non 
martyr, 

(4) « Fondation A la chapelle de Saint-Antonin, «i demi-lieuc d'Oppdde, par messlre 
Pierre Cathelan, pretre d'Avig-non. L'an i634 et le 5 Janvier, messire Pierre Cathelan, 
chanoine de l*(iglise collt^glale cLparoissiale de Sainte-Marie-Magdeleine d'Avigrnon 



184 MEMOIRES 

Dans les ann6es« 1634, i635 et i636, le propri^taire, Pierre 
Cathelan, fit effectuer des reparations importantes ^ cette cha- 
pelle, puisque les d^penses s*6leverent ^ 127 fr. 90 c., somme 
assez considerable ^ cette epoque, surtout si Ton tient compte 
du bas prix des travaux et des fournitures. Voici, d'apres le 
memoire(i) des depenses, un releve des prix de la main-d'ccuvrc 
et des fournitures : 

a fond6 k la chapelle de Saint-Antonin prtis le Cauleon, une grand'messe de mort le 
17 avril, et 5a messes basses pour 6tre dites les dimanches ou f6tes de l'ann6e per- 
pdtuellement, et assigna un fonds pour cette fondation, qui a 6t6 rembours<i et 
replace, et qui rend 26 f., 4 s., 3 d., monnaie de France. Get acte de fondation a 6t6 
accepts par ledit chapilre assembl<i d I'^glise de Sainte-C^cile, le 2 fevrier 1634, 
comme il appert des Ventures de M' Esprit Sabathery, notaire a 0pp6de. 

€ Monseigneur TarchevCque d'Avignon d'aujourd'hui; et devant, r6v6que de Ca- 
vaillon r^duisit la prdsente fondation a la grand'messe du 17 avril et 25 messes 
basses, ct monseigneur I'civSque de present retrancha encore 5 messes basse, attendu 
r^loignement et le peu de produit de la fondation, qui rend 26 f., 4 s., 2 d... » (Voir 
Archives dcSpartementales de Vaucluse.) 

(i) Extrait du cMemoire de tout ce qu'il s*est despendu k la fabrique de Saint- 

« Anthonin au terroir d'Oppdde en 1684, i635 et i636. 

f. s. 
« Et premi6rement cent quintaux de chaux a raison de quatre sols le 

c quintal, montent les cent quintaux a vingt francs 20 »» 

« Deux journ6es d'hommes pour mouiller ladite chaux. vingt sous. ... o 20 

« Plus quatres livres A Anthoyne MouUinas pour avoir charri6 deux jours 
t avec trois mulcts, qui montent 4 *» 

« Plus 36 sols a Anthoyne de bon puy dit Deymart, pour deux journ^es 
€ avec trois asnes pour charrier ladite chaux 116 

« Plus, en 1635, j'ai pris cent quintaux de chaux de Gaspard et Jacques de 
« bon puy, A raison de trois sols le quintal, montent lesdits cent quintaux A 
« quinze livres i5 »» 

« Plus trente sols au cousin Michel Gathelan pour une journ6e avec deux 
« mulcts pour charrier ladite chaux i 10 

« Plus vingt-deux sols pour deux journ^cs d'homme pour mouiller ladite 
« chaux I 3 

c Plus, le 27 du mois de mai i635, a charri^ du sable Anthoyne Bibnoin 
« avecque deux mulets, monte trente-deux sols i 12 

c Ledit jour, une autre journee d*asne que Pierre Renoux menait pour 
a charrier ladite sable, monte 18 sols o 18 

« Plus, ledit jour, une journde A Peyron Gathelan pour mener le carreton . o 22 
« Plus, j'ai achetd sept pos ;planchesj d'Andance (a), en Avignon, pour 
« pour mettre au couvert de devant la porte de la chapelle, qui montent 
c lesdits sept pos 2 16 

« Plus dix-huit livres pour mille thuilles 18 it 

« Plus six livres pour 3oo mallons pour malonner la chapelle. 6 »§ 

« Vingt-quatre sols pour la fa^on de la porte o 24 

et seize sols pour les claveau (clous) de fer o 16 

tt Plus & une charretie pour aller qudrir Tautel k la peirriere de Goult . . , 1 i3 
« Plus pour une clef a la saraillc '^serrure) • . . . o 16 

{jy I^'s planches d'Andance se vcndant A la grosse ou corde et n'ayant pasde lar- 
geur fixe ct uniforme, on ne peut pas en d<^duirc le prix au mdtre carrd. 



DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 1 85 

fr/c. fr. c. fr.c, 

Une journ6e d'homme o,5o o,55 ou 0,60 

— avec deux mulcts de 

bat 0,90 

— avec trois mulcts de 

bdt 2 »» 

— avec une charrette. . 1,10 ou i,65 

Le quintal (5okil.) de chaux o,i5 d 0,20 

Le cent de tuiles (i) 1,80 

Le cent de mallons (2) (carreau pour le sol. . 2 »» 

La fa9on d'une porte (larg. i"', haut. i~,90. 1,20 

La facjon d'une clef pour serrure 0,80 






En i636(3), Pierre Cathelan, propri6taire de la chapelle, fit 
peindre un tableau votif, que Ton y voit encore. C'est un tripty- 
que, sur les deux volets duquel sont figures deux p^lerins avec 
bAton et chapelets. Le panneau du milieu repr^sente la Sainte 
Vierge rev^tue d'un manteau double d'hermine, la couronne 
royale sur la t^te, et tenant sur les genoux TEnfant J6sus sciant 
un rocher. Tous deux regardent k gauche ou se trouve un saint 
nimb6, tenant la palme du martyre, le cou traverse par un court 
glaive ; de Tautre c6t6, ^ droite, se trouve saint Pierre. Le fond 
du tableau repr6scnte une succession de mamelons coniques 
garnis de petites habitations. 

Ce tableau est reste 6nigmatique jusqu'au jour oil, par hasard, 
on a vu dans un ouvrage {4) le fac-simil6 d'une ancienne gravure 
sur bois du XVI' siecle, avec le m^me fonds de montagnes en 
pains de sucre, la meme Vierge et TEnfant J6sus, sciant 6gale- 
ment un rocher. Cette gravure portait en 16gende ces mots: 
Dcmeure angiliqiie de Notre-Dame de Montserrat, Du coup tout 
etait (ixplique. Le tableau de la chapelle de Sain-Antonin repr6- 
sente la Vierge de Montserrat en Catalogne ; le saint Pierre, d 

(1) En 1696, les tuiles d'0pp6de transport^es k Cavaillon pour couvrir ThOtel de 
ville se payaient 3 fr. le cent. 

(2) Les carreaux ou mallons employ<?s pour le dallage de la chapelle sont tr6s 
grands et carrtis; lis mesurent o m. 18 c. de cot6. 

(^) La date de i636, inscrite au bord du tableau, a 6t^ en partie rong^e par les 
rats, mais les portions de lignes restant en dehors du trou permettent de fixer cette 
date d'une fa<;on certaine. 

(4) II s'agit de Touvrage intitule : Chypre et LepanU. — Saint Pie V et don Juan d^Au- 
h'iche, par P. A. Farochon (Paris, Kirmin-Didot). La gravure en facsimilt^ se trouve 

la page 210. 



^86 MEMOIRES 

droite, figure dans ce tableau comme patron du propri6taire, 
Pierre Cathelan ; mais quel est Tautre personnage nimb6, tenant 
la palme du martyre ? D'apres la l^gende, ce ne peut etre que 
saint Antoine, martyre, ermite de Montserrat{i), et qui, ^ cause 
de la ressemblance des noms, a 6t6 sans doute mis 1^ pour repr6- 
senter T^v^que saint Antonin de Carpentras, non martyr, et 
veritable patron de la chapelle. 

On comprend, d6s lors, les termes du testament de Pierre 
Cathelan, en date du i3 novembre 1637 (C6sar Barnioli, notaire ^ 
Avignon) (2), oii il 6tait dit: « Item..., ledit testateur, soit qu'il 
meure en cette ville (Avignon) ou au dit Opp6de, a 16gu6 et legue 
au venerable chapitre du dit Opp6de la somme de cent ecus valant 
soixante sols tournois pi^ce, payable par lesdits h6ritiers ci bas 
nomm6s, d leur commodity, et cependant en payeront et suppor- 
teront la pension d^iceux toutes les ann^es audit chapitre ^ cinq 
pour cent, et c'est pour la fondation de trente sept petites messes, 
que ledit testateur a fonde et fonde dans la chapelle de Notre- 
Dame de Montserrat, autrement dit saint Antonin, qu'a voulu ^tre 
dites a perp6tuit6 par Messieurs les pr6v6ts et chanoines de 
ladite eglise d'0pp6de, outre et par dessus les autres messes 
d^j^ fondles en ladite chapelle par ledit testateur.... voulant ledit 
testateur que toutes lesdites messes soient mises au tableau par 
les prev6t et chanoines... » 

Que sont devenues ces fondations de messes? Le vent de la 
revolution les a emportees, mais en laissant a certains Targent 
des rentes qui devaient les payer. 






(I) D'apr^s la Idgende, cet ermite s'appelait Jean Garin; ayant commis unassassi- 
nat, il fut A Rome, se jeter aux pieds du pape, qui lui donna I'absolution, en lui 
imposant, pour penitence, de marcher A quatre pattes et de se nourrir d*herbes, 
jusqu'A ce que le ciel lui eut annonce son pardon par la voix d'un enfant. Par suite 
des conditions de sa penitence, Jean Garin devint semblable A une bfete. Pris par un 
seigneur et conduit i Barcelone, il dtait montr^ comme un objet de curiositiS dans un 
banquet, oil un enfant lui dit : « L6ve-toi, Garin, Dieu t'a pardonn6. • A ces mots, 
celui-ci se leva debout et confessa le crime qu'il avait commis. Pour verifier le fait 
on fit des fouilles sur le lieu oO la victime avait 6t6 enfouie, et celle-ci, miraculeuse- 
ment ressuscitde, apparut portant au cou la trace du couteau. 

Jean Garin, ermite de Montserrat, est inscrit dans le martyrologe espagnol sous le 
nom de saint Antoine, quoiqu'on ignore son martyre. {Voyage en Espagne, par Henri 
Guerlin.) 

(2) Pierre Cathelan avait fait un premier testament, en date du 20 avrll i63o, notaire 
Gable, A Avignon. 



DE l'aCADEMIE 6E VAUCLUSE 1 87 

Un fait principal ressort de tout ce qui pr6c6de,c'est que, de i636 
a 1645 environ, la chapelle de Saint-Antonin a change de. vocable^ 
et a 6t6 pJac^ersoiapjleipairiiniage ide^ No^rje-Damei de Mpputserirat . 
DlQiiiipron?iaKdite'cb4ngiqjnerit'?'<Dii ite peiutl@idipe,jrirayant,tFQiiv^ 
nuIhqfrartld^'ijTdioaitiojrts probdntiete dj oeisu}:et,rp0[spiufe/l qbcsuiTi 
roT%iite/d\iirdutte de !N0tre^Datn6^d)e^Mdnt8eIiratl.q^il,a e)dstci-flarisj 
leifcoiiittd I VSnaissin ;(t). '-.'•• 1.' ;: j. ."<-'!i'./);:> ••Li -.i j. ;/:/! iL \^\::n<^ 
nOitiLpoanfaitt^iptasdrilqaaei Grirnrfdi'DoftiliWqtifi^: -J^^que <^P\ 
GalyaJHtin^-fiiq iSSSi^'I^gat/i^upapeA Avigfiij^n^loOjil iestu raartfpn i 
1692, n'y fut pas etranger, parce qu'il avait assists ^ la batailLel de' I 
h^p&h^&;.)cxmim^'jg6n&xa]\ cfesMgaferesiido ^^pei'et'^lqulU^poioi^Ait 
attribuer cette victoire sur lesjtiu'^Irriaiisn^ni'ijflt©f'C^8sianideila(>» 
Vjiergaid£iiMoiiltserrat,'fqueiddni JuaB'^d^A^trtdie ^^^aipiAt/^ iti)i'D- 
qjLDei7 jfla-ns I sdn i sanctbaire;: ' avaht .> d'allHri • ^>iieftldve' le <:afniwand£k[ 
m»eTit-de! Ja^flotte c1[ir6tienner.'«0R d, d'iailtpe if)artv la'preiivcride^ce : 
cuhelpar Ws leittres-paljentesirdupapcf'BenoitXIJVl qtoi accord;^ 
\nduigenct\'pV6n\jbveiiid^ Iceu^/qiii -Visiterdientif^reMmon^sfftire! delj 

Montserrat. Ceslettresfurentpubli^esdans le diocese deGaoraiUoTl 1 
par Tun de&^roifeeireqfoofs, Guyon de Crochans (1709- 1742), de 
Mauzi (1742-1756), ou Artaud (1756-1760), qui ont administr^ ce 
dio'ctee'duramiepdntificatde Benoit XIY:' ' ' ' :,\; : \" r"'';'^;;:^ \ 

Mai3 tout cela n'j^claii'git p^s, le fdit; cqhqeraa^t la/'cKafjd^^ 
Sain't-Antonin..Of, en Tabsence de tout ; meiUeur document^ le 
nom de son propri^taire semble fourntr, su'r ce' point,' une expli- 
cation bien probable. . , . ., ,1; . ./ t ;. . . ■ t .^n i-. •'• ' 

Ce nom de Cathalan permet de penser que le propri6taire de la 
chapelle 6tait un descendant des soldats aragonais et Catalans, 
ayantjadis tenu garnison a Opp^de, en 141 1, et dont la qualifica- 
tion r^gionale s'etait transform^e en nom propre. Le pr^tre Pierre 
Cathelan ou Cathalan, soit qu'il ait voulu voir le pays d'ori- 
gine de sa famille ou qu'il ne fut incite qu^ par sa foi religieuse, 
dut faire, en i636, un p6lerinage (^) aa-^pctuaire de Notre-Dame 
de Montserrat, en Catalogne, d'oii if en-^&urait rapport6 le tableau 
votif, qui se trouvc actuellement?-dans la chapelle de Saint-Antonin. 
Puis, pour proclamer davantage sa devotion a la Vierge du pays 
de sa famille, ce pr6tre aurait change, de sa propre autorit^, le 
vocable primitif de sa chapelle, pour la placer sous le patronage 
de Notre-Dame-de-Montserrat. 

(0 Les ermites de Montserrat avaient essaim^ un peu partout, surtout au XV* 
si6cle : ils avaient fond6 plusieurs ermitages dans les diocdses d'Uz^s et de Nimes. 

(a) Les p61erins avec gourdes, batons et chapelets, peints sur les deux volets du 
triptyque sont la preuve que ce tableau se rattache a un pilerinage. 



1 88 MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 

Voil^ ce qui expliquerait tout, m^me le peu de dur6e du chan- 
gement de vocable de la chapelle de Saint-Antonin, puisque, d6s 
I'annee 1645, elle avait reprit cette qualification primitive. 

C'est, en elTet, sous cette designation que Jean Ferrier, origi- 
naire de M6nerbes, 6poux de Catherine Carbonnelle, et propria 
taire par heritage du domaine et de la chapelle de Saint-Antonin, 
obtint de T^veque de Cavaillon, a la date du 22 avril 1645, la 
permission d'y (^tablir un tombeaude famille(i). La seule condition 
impos^e 6tait que le caveau serait le plus 61oign6 possible de 
rautel. 

Apres cela, Ferrier fit 6difler, en i655, le petit clocher en pierre 
qui surmonte le pignon de la fa9ade. 

Cette chapelle subsiste encore en bon 6tat, mais le culte n'y est 
plus c616bre. Pendant la Revolution, la cloche ayant 6t6 enlevee, 
le propri^taire en retira tous les objets de piete, de telle sorte 
qu'il n'y reste plus, comme souvenir du pass6, que le tableau 
de 'i636, tdmoignage du culte de Notre-Dame-de-Montserrat en 
Provence (2), 

Antonin Rousset. 

(i) Ce caveau. tombeau de famille, situd pr6s de la porte de la chapelle, a servi d 
la sepulture de douze personnes, dont quelques enfants. 

(2) Le sanctuaire de Notre-Damc-de-Montserrat ne semble pas oublid en Provence, 

ct rode admirable, en langue proven^ale, que M. le chanoine Grimaud a envoyd 

.pour la C(il6bration du millt^naire de sa fondation pourrait en rendre temoignage. 

Cette ode, qui se trouve dans V Armaria prouvem^au de 1881, page 56, fut honorde du 

premier prix, Alaf^te qui eut lieu A Barcelone, au mois d'aoQt 1880. 




Le Merle bleu. 



Messieurs, 

Les deux sujets que j'ai Thonneur de vous presenter aujour- 
d'hui, sont le m^le et la femelle du Merle bleu ou Petrocincle bleu, 
appel6 par les ornithologistes Petrocincla cjanea Keys, et Bias, ex 
Linn., de Tordre des Passereaux, groupe des Passereaux d^odac- 
tyles. 

Au mois de Janvier de cette ann6e, M. Roux, ancien mardchal 
des logis de gendarmerie a Villeneuve-lez-Avignon, et aujourd'hui 
r^gisseur du chateau des Issards, pr6s les Angles (Gard), eut 
Tamabilit^ de me faire parvenir la femelle qu'il avait tu6e, a 
Taflut des merles et des grives, dans un ravin solitaire et boisc, 
non loin du chateau. A ma demande, il rechercha le male, et peu 
de temps apr6s il eut la chance de le tuer dans les m^mes condi- 
tions et a peu pr^s au m^me endroit que la femelle. II mit le 
comble a son obligeance en me le faisant par\''enir imm^diate- 
ment. Ces deux oiseaux sont ceux que je mets sous vos yeux. lis 
ont 6t6 empaill^s par M. A. Binon, Thabile preparateur du Musee 
Requien. 

Le plumage de ces deux oiseaux est tellement diff6rent, qu'il 
faut 6tre pr^venu pour ne pas les attribuer d deux esp6ces dis- 
tinctes. 

Le male a la t^te, le cou, 'le dos, la poitrine et le ventre d'un 
bleu cendr^, les pennes des ailes et de la queue noires, le bee et 
les pattes noires, Tiris brun clair. Long de 20 a 25 centimetres, il 
a de 35 a 40 centimetres d'envergure. 

La femelle est en dessus d'un brun terne, nuanc6 de cendr6, avec 
les plumes terminees par une etroite bande jaunStre ; la gorge 
et le devant du cou sont d'un blanc jaunatre avec les plumes lise- 
r(Ses de cendr6, la poitrine et le ventre d'un brun clair avec toutes 
les plumes largement bord^es a Textremite d'un blanc grisatre. 
Pour tout le reste, elle ne differe gu6re du male. 



Uj) MEMOIRES 

La coloration de ces deux oiseaux n'est pas exactement celle du 
type de Tesp^ce ou le dos est plus ou moins blanc, fait frequent 
chez les individus nes non loin de la mer. En r^alite, nos deux 
sujets appartiennent a la race montagnarde qui est toujours plus 
foncee. 

Le plumage des jeunes ressemble beaucoup a celui de la 
femelle. 11 en differe cfpgTftent par des taches d'un brun clair qui 
font paraitre leur dos bigarre. 

Le P6trocincle bleu n'est pas un oiseau tres commun dans notre 
pays, oil on ne le voit qu'assez rarement, ce qui m'a engage a 
vous en signaler la presence aux environs d'^Ylg^^M' habite 
cependant toutel'Europe mc^ridionale, le nord de I'Afrique et une 
pdHld'de'l^Tff^iiS (fdAfi^ar^?finWaHi<^, ttti \'&\^nM\^em^t<^rd, 

I>tiup'h[t](^<it^-rfi^& Vti'Jirrhl « e 

logue des vertebres de ce departement, n'en signale qu'dhe^^^ 
ca^iur^ auth^h^'fqify/''^h-e^tuee-as^^ ft^rt^at' ay^M^gCditfR 'Cfet 
oiy^ak''^e''tfent,''r«t§;^^uy 'ifes'-'ha^utys^ nKJrttff^'^'d^h'^d^^;' '€& 
d<^iicert^",-V^i-s' ikT^A^ d^^bfit',- '^ur^ fe^ -cbt^iliix'e^'fidey et'VbcHcHif^^i^'lK' 
n^est p^s -tttigfralfeUt' 6t!'fte'<^uitte '^u6rfe"tleS'ddnt-i^fes q^VVhtii-^V^'} 

H-'ftime ted6seinftW9^i>^ft)lfe de^rdcher,'16s ^yamc^'l4i'diitd^6^ii!t-'' 

arfer^s-lei fdUs^ei^vii^/I^ifuitsofg^ckSyeWenfM Qu^oidUa''-' 

tr^5 'dklaf#ff^&t<ig-a[idl deTtifeh^lVie, 'qfl'Jl '^ite^v^y U' filiis '^[WA"' 
saiA,Hip(!jh^rb-<feirts^dd"si ertdFdHt^i'hktiftt^g/O'rt i& V(S}^ J^ef-'cH^- ^iSlif '■ 
l^s-t(>di^6;Jk3iteHi'titfi1S^lfey^6rt5l elfe\fg^l i4-taT3rfTdHtfe^n'VuiWe¥j'-^ 
com me en Egypte. Sans aller si loin, M. Roux en aperc^oit sBb4-tifTt^' 
s^^posef'eUjfrfefef ef^^fV6aliaW dlFc«Me'ab'd^-ksa^^s]^.\P.^Piyi«)n-l^ 
jad?&>vU'rfik*ep^id^sJ'4e!<vH^ftfe^ 'fu^'Q un-j/u-iq -'Uo Ujiii 

II ne semblc pas vivre en bonne harmonic avec aucun Sbt'fS^^ 
oi^^Gafu Mf&6'"m0ht?e^i«fiUn(Idrivei^fni[^bsfJ'"et }^n*eJ'<^e^'i^*nlt'iSh^^k 
SGS seitiblaWe^- G(ji-H*^i^t><5i6^eftd^A*la-tkii-s<3H'd»s^a^ 
v(Mt .fesiP6!lird(Jriftd^i^^btei^^ f^iir^^ils'f)^ -^^ai^tfi,'^f)lli's ttirW^K^cHbiir^''^ 
petits. A lautomne. tous se s^pi^t^m^^t i<::H^(5:it#¥ifeWt1:'^llW;^qT^ ^^ 

-xMais cet oimit ^ai cUVs^i^ 'desl' qualHris'. 'J-Ftes^-'' gaf | '>?f, '''agi\^[l ^'^ 
chaTite'-^ve^qardbyry^'S6A''''fcK2irrt-'es't Tfirt ngttslbh^';'''^^^W''l4'ftiW- 
entcindfe a^^'li^^t^rey-'^hkOtite^ 9>k\s^n^\ '^urt<Stit'l§ ^bir'/ktl'-^iiri^iis''"''^ 
culc;C6"4h^M'ri-<^Sdbu?tilt^^s"V£iH6; peU'^^i'^afft; la^PticJcKSi^t'fief^^ 



» 



DE L ACADEMIE DE VAUGLUSE I9I 

comme oiseau d'appartement. Son vol tr^s soutenu lui fait fran- 
chir fadlement, d'une seule traite, plus d'un kilometre. II plane 
un certain temps avant de se poser. En -automne, il se nourrit de 
figues et de baies de lentisques, devient alors fort gras et excellent 
d manger. Dans les autres saisons, sa chair dure et coriace 
constitue un mets qui n'a rien d'all^chant. 

Le nid est 6tabli dans une fente de rocher, sur un clocher, dans 
de vieilles ruines. II est volumineux, grossi^rement construit 
avec des brins d'herbe, des chaumes, de la mousse, tapiss6 d 
rinterieur de fines racines artistement enchev6tr6es. 

La ponte a lieu au commencement de mai. Elle est de quatre 
^ cinq oeufs tr6s courts, d'un blanc verdatre ou bleuatre, tan tot 
unicolores, tant6t tachet6s de brun aux deux bouts. Longs de 
28 millimetres, ils sont larges de 19. 

Tres m6flant, le merle bleu est difficile a surprendre. C*est 
peut-6tre ce qui explique la pr^tendue raret6 que lui attribuent 
les chasseurs de nos pays. II faut le chasser ^ Taflut, ainsi que 
M. Roux Ta pratiqu6. Le chasseur doit decouvrir une des places 
favorites de ces oiseaux, s'y cacher et faire feu d6s que Toiseau 
se montre, car il disparait sans cela aussi vite qu'il est venu. Ce 
n'est que par hasard qu'on peut capturer le P6trocincle bleu 
adulte ; aussi on ne voit gu6re en cage que des jeunes, qu'on a 
d(^nich6s et Aleves. 

Bien soign6, cet oiseau peut vivre assez longtemps en captivit6. 
En Italie, a Malte, en Turquie, en Gr6ce, il est tr6s recherch6 
comme oiseau d'appartement. A Malte surtout, on le tient en 
haute estime, et un bon^chanteur s y paie souvent cent francs et 
jusqu*a deux et trois cents. Les Maltais, tr6s supersticieux, ne 
manquent jamais de pendre a la cage de leurs P^trocincles bleus 
un lambeau d'^toffe rouge, arrang^e d'une certaine fa9on, pour 
prot6ger leurs petits captifs du mal' occhio ou mauvais oeil (i). 

D' A. Chobaut. 



(i) Pour la redaction de cette note, j'ai consults les ouvrages suivants, auxquels 
j'ai fait de nombreux emprunts : 
C.-D. Degland et Z. Gerbe. Omiihologic europeenne, Paris, BailH6re, 1867. 
A.-E. Brehm. — Les oiseaux, Edition firan9aisc revue parZ. Gerbe, Paris, Baill^re. 
femile DeyroUes, Oiseaux de la France, Paris, DeyroUcs. 
Ernest Olivier, Faune de I'AUier. I. Vertitris, Moulins, H. Durand, 1898. 



PAGES D'ALBUM 



GENTIL PRINTEMPS 

Gentil printemps s'en est venu 
En chevauchant par la prairie, 
Par les fleurs et le boischenu, 
Reveiller ma muse endormie. 

II est venu si grand matin 
Que ma porte encore 6tait close. 
Mais il Touvrit d'un doigt mutin 
Qui fit jaillir des lueurs roses. 

D'oii t'en viens-tu, Gentil Printemps ? 
D'ou vient le philtre plein de charme 
Que ta main verse, en cheminant, 
Sur la tristesse de nos larmes ? 

Gentil Printemps, gai voyageur, 
Messager des premieres joies, 
Jardinier des premieres fleurs, 
Si tu repars vers qui t*envoie, 

Avant de prendre ton essor 
Viens frapper a ma maisonnette, 
Et permets qu'a ta gerbe d'or 
J^ajoute mon humble fleurette. 

Elle" a pouss6 couci-couci 
Et garde sauvage apparence ; 
Mais elle a le coeur d'or aussi, 
Ma petite fleur de Provence. 



194 MEMOIRES 



SUR LE THEATRE ANTIQUE D'ORANGE 
Jadis en sa riche ordonnance 

II n'en reste plus qu'un mur noir ! 

Le Temps a d^truit las portiques, 
EfTondr6 les gradins, eventr6 les couloirs, 
Disperse les marbres antiques, 
Et n'a ^^lU^^liV^i^l^4uUS/rffe^ noir ! 

Souv^ij^.^^e^p^r^illp ^m^r^ri linui) 

Du radieux pal^f$|<ivJ,^h^bi,1,^t,nea .^»>PM riM 
Le Teinp§,ftu^?^jrmfis^i?t,l^?^Rie/rps,,^c, 

N'en lais?^.f;l^^ppt^^iift,ffiM5i|i?9J5)!i 

Et quand mtiin (i9^Ul\>s\^cY^m l6-j li 

Dans le trist^^pjiijii,<)5ia 4^s^?fJ4§fifc Jcy3^,f$pirgg 

Du b^:Mfth%1tn^ de Oo^it^m^si u hunA 

II ne re3t^.h6te&^qy'J^.njniiWiirj|jqir Juo 

-. ^.rj m-^ ; 1 ; i i i ' ' ■ ■ . ^ . j i . < < .• 1 1 ' i :j< » M * 
.irii,in •: . ■ , 1' . ,. . .- . iii;.. I hj 'yij(,J 




Surl€?T^t<>ii^'M^ipdaoirtiS i'-;4^><^''^'^^ 
Marius autrefois^^'liif^^tai^lftr'i^ct;W?ri-^^^''I^'i^>l 

Et soJ^i*Krti^pH^est>ca'4fe«e"i ^JJ ici 
Dans toute la Provence en moauments.de ffloire ! 

Vcttiij(atoy€b^fB»gia86e->^^KlBtt ! 

Fermez un peuilefeyeiiijt pour iDUpriTi les canpiUds : 

Le tribmphfa dfeiMariu»^in jnio(iil 
C'est qu'il 16gua son nom aux enfants de Marseille ! 



DE l'academie de vaucluse 195 



AU FIL DE L'EAU 

« 

Sous Taile d'un z6phir I6ger 
Dont le souffle gonflait ma voile, 
Paresseux comma un 6colier, 
J'ai vogu6, bayant aux 6toiles. 

J'ai suivi sous un ciel d*azur 
L^onde bleue oil flottait mon r^ve, 
Laissant, dans Tair limpide et pur, 
Mon regard errer sur la gr6ve. 

J'ai vu les palais d* Avignon, 

Les vieux murs que Taube ensoleille, 

Et le chateau de Tarascon, 

Et le doux pays de Mireille. 

J'ai vu dans Thorizon lointain 

Les soirs et leur splendeur mourante, 

J'ai vu lagloire du matin 

Dorer la plaine 6tincelante. 

Et maintenant j'arrive au port, 
Mon z6phir a pli6 son aile ; 
Indolente I'onde s'endort, 
Etma barque aussi fait comme elle, 

Tel un grand vieillard 6puis6 
Au bout de sa longue carri6re, 
Mon vieux Rh6ne, le front baiss6, 
A laiss6 tomber sa paupi6re. 

Tout s'est tu dans les cieux deserts ; 
Et seule aux pieds des Trois Maries, 
Ma muse que berce la mer 
Tout doucement s'est endormie. 



IC/S MEMOIRES 



AU DRAPEAU DU 7* REGIMENT DU GENIE (i). 

• 

Void ton 6tendard, 6 jeune regiment, 

Toi qui du vieux G6nie es le dernier enfant I 

Salue avec respect ! Et, plein de conflance 

En rembl^nie sacr6 que te remet la France, 

Au milieu de tes rangs, ouvre, pr6s de ton coeur, 

La place oil d6sormais vont flotter ses couleurs. 

La page est blanche encore oil s'^crit ton histoire, 

Et Tavare destin aux fastes de la Gloire 

Ne sut rien emprunter pour orner ton drapeau. 

U ne porte aujourd*hui que ton seul num6ro. 

G*est assez, Tavenir et toi ferez le reste. 

Chez nos jeunes sapeurs d6ja S3 manifeste, 

Au courage, ^ Tardeur dont ils sont entrain^s, * 

L'imp^rieux d6sir d'^galer leurs ain6s. 

D6j^, la terre antique d* Avignon tressaille, 

Et la vieille cit6, du haut de ses murailles, 

Les suit d'un long regard oil perce de Torgueil. 

Le Rhdne aussi lui-m^me, au cours sem6 d'^cueils, 

Devant leur calme audace a devin^ son maitre, 

Et comme un fier coursier que le mors va soumettre, 

On le voit qui, dompt6 par 1 effort des bateaux, 

Recourbe en fr^missant la cr^te de ses flots. 

Ainsi, te pr6parant aux futures batailles, 

Devant les 6l6ments et devant la mitraille, 

Quand le grand jour viendra tu seras trioniphant. 

Marche ^ ta destin^e, 6 mon beau regiment ! 

Que toujours tes enfants, fiddles d la race, 

Aux routes du Devoir marquent partout leur trace, 

Et que, devant leurs pas, tous en voyant ici 

Les plis de ton drapeau, fiers, superbes aussi, 

Au souffle du mistral s'61ever dans Tespace, 

Disent en saluant : « C*est leur ame qui passe 1 » 



(i) A l*occasion de sa remise au corps, qui a eu lieu le 7 mai 1895. Le 7* regiment 
du G6nie, cr66 le i" octobre 1894, a remplac6 ^ Avignon le i*' rdgiment d'artillerie- 
pontonniers. 



DE L'aCADEMIE DE VAUCLUSE t^ 



SOUVENIR DU CHATEAU DE MAREUIL(i). 

Passant, donne un salut S ces murs, a ces pierres, 
Que la ruine a d6chus de leur antique orgueil, 
Mais qui gardent encor dans un 6crin de iierre 
Le noble 6cusson des Mare,uil. 

Les injures du temps ont imprimb leur trace 

Sur le front de ces tours, jadis impdrieux ; 

il a d6mantel6 leurs crtineaux ; mais la race 

Demeure digne des aieux. 

Centre I'odieux Anglais ils luttaient k Bouvines. 
Sept sieclcs sent passes, et ces mfimes Anglais 
Trouvent leur descendant opposant sa poitrine 
Comme barrifire a leurs forfaits. 

Chacun done est rest6 fiddle a son histoire ; 
L'un mourant pour le Droit et pour la Libert6 ; 
L'autre prostituant les armes et leur gloire 
A I'infame cupidite. 



( I) B«rceau de la fomitle de I'hirolque colonel de Vlltebois-Mareuil. 




fiTUDES 

d'histoire et d'arch^ologie romane. 

PROVENCE ET BAS-LANGUEDOC. 



I. — Eglises et chapelles de la region de Bagnols-sur-Ceze 

(Nord-Est du diocese d'Uz6s). 



INTRODUCTION 

Cette publication a pour point de depart les notes et surtout 
lesdessins laiss6s par M. L6on Alegre. 

Je n*ai pas besoin de presenter a mes lecteurs, dont beaucoup 
Tontconnu et gardent sa m^moire en veneration, le fondateur 
de la Biblioth^que et du Mus^e Leon-Al6gre de Bagnols-sur- 
C6ze(i). Je leur demande seulement la permission de rappeler 
certains traits de sa physionomie. 

M. L^on Alegre dut sa science aux efforts pers6v6rants qu'il 
fit lui-m^me, a peu pr6s sans professeur et sans guide, pour 
lacqu^rir. II est surprenant que, dans de pareilles conditions, il 
soit arriv6 aux resultats merveilleux que m6me les profanes 
sont obliges de reconnaitre. Dou6 d'un r6el talent de dessinateur, 
possedant un gout trt^s vif pour les sciences arch^ologiques et 
historiques, il ne devait pas restcr insensible aux charmes de 
Tart ancien. Justement, lors de son premier voyage a Paris, en 
i835 (il avait 22 ans), il avait 6t6 prt^sente a xM. Victor Duruy, alors 
priicepteur des enfants du roi Louis-Philippe, qui lui avait conseill6 
la lecture des ouvragcs de M. de Caumont, le grand renovateur 
de la science arch^ologique du moyen age. M. Al6gre n'(^tait pas 

* 

(1) Voir rintircssante notice qui a 6t4 publi^e sur lui par M* Delacroix, comme 
introduction au livre Bagnols en ij8-7» 









*-iOl ) MEMOIRES 

homme a dedaigner pareil conseil et ^ s'arr^ter dans une voie 
qui offrait tant de seductions pour lui. Non content d'6tudier les 
livres de M. de Caumont, il voulut voir lui-m^me les monuments 
d^crits par I'illustre savant. II partit done, ^ pied, pour la Nor- 
mandie, et visita cette province si belle et si riche au point de vue 
architectural, s'arr^tant devant chaque Edifice et dessinant les 
(^glises. chateaux, abbayes, etc., qu'il trouvait surson chemin. 

A son retour au pays natal, il avait les yeux ouverts et savait 
appr^cier les vestiges du pass6, qu'^ chaque pas il rencontrait. 
De 1845 a 1848, il parcourut dans tous les sens les cantons de 
Bagnols, Roquemaure, Lussan et Pont-Saint-Esprit, prenant des 
notes et des croquis d'apr^s les monuments celtiques, cippes 
fun^raires romains, 6glises et chateaux forts du moyen age qui 
se pr^sentaient ^ lui sur un sol d'une ^tonnante fertility. II copiait 
et moulait pour son Mus6e les inscriptions latines, avec Tome- 
mentation de leur encadrement ; il notait et recueillait, dans la 
mesure de ses moyens, tous les objets antiques exhum6s de la 
terre ; il etudiait avec une meme afTection et avec une m6me 
science les dolmens ou menhirs gaulois et les ^glises ou chapelles 
romanes. II devenait en m6me temps le correspondant, aussi 
d^voue qu'^rudit, non seulement des Academies locales, mais 
encore des grandes Commissions ou Soci^tes arch6ologiques de 
la France (i), et des savants tels que MM. de Caumont, Requien, 
Edmond Le Blant, Allmer, Hirschfeld, etc. 

II a public un certain nombre d'ouvrages, qui sontdignes d'une 
tr6s r6elle estime. Je citerai, en ce qui nous touche ici, sa Notice 
historique sur le Pont-Saint-Esprit (1854), ses Editions d'inscrip- 
tions romaines dans les Memoir es de VAcadimie du Gard (i 862-63 
et 1863-64), son dtude sur le Camp-de-Cesar de Laudun, lue k la 
Sorbonne en 1866, son Wvve: Bagnols en /7S7 (1887), etc. Mais 
beaucoup d'autres travaux n'ont pas et6 terminus, ou bien, une 
fois acheves, sont rest^s inddits : tels ses notes et dessins sur les 
6glises et chapelles des environs de Bagnols, tels ses dessins 
d'apres les chateaux 61ev6s au moyen age dans la region et 
d'apres les d6couvertes arch^ologiques op^r^es au Camp-de C6sar 
de Laudun, tels ses Monuments celtiques du Gard (2), etc. 

C'est en feuilletant les portefeuilles laiss^s par lui d sa ch6re 

d; Le Mlnist^rc avait su rcScompenser son z61e en lui d^cernant les litres d'officier 
de i'lnstruction publique et de chevalier de la lAg'xon d'honneur. 

(2) Get ouvragre a ^td couronnd par rAcad<imie du Gard, dans sa stiance publique 
du 3o aoOt i8Ca. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 20I 

Kblioth^ue et k son cher Mus^e de Bagnols, que I'id^e m'est 
venue d*utiliser des documents aussi pr^cieux. M"' Garidel, la 
digrne fille et la z6lde continuatrice de Toeuvre de M. Al^gre, a 
bien voulu consentir ^ me les confier ; mieux que cela m6me, elle 
a fouille tous les dossiers qui lui restent, pour rechercher des 
croquis, des complements d*informations, des notes moins suc- 
cinctes, elle s'est faite ma collaboratrice patiente et d*vou6e pour 
6difler Toeuvre que je pr6sente aujourd'hui. Je suis heureux de 
reconnaitre tout ce que je lui dois et de Ten remercier publi- 
quement. 

Le projet, soumis d PAcad^miede Vaucluse, d'6diter les dessins 
de M. Al^gre d*apr6s les eglises et chapelles romanes de la region 
de Bagnols, en les accompagnant d*un commentaire historique 
et arch6ologique, a 6t6 agr66 par elle avec un empressement, dont 
jelui suis tr6s oblig6. Elle a m6me obtenu, par Tinterm^diaire de 
M. R. de Lasteyrie, membre de Tlnstitut, une subvention du 
Minist6re de Tinstruction publique, pour la publication de cet 
ouvrage. 

II ne m'appartient pas de louer les dessins et croquis de M. L6on 
A16gre. On remarquera cependant la precision avec laquelle ils 
sont executes, Tart avec lequel ils sont en m6me temps pr6sent6s. 
Nul doute qu'ils n'eussent 6t6 encore plus soign^s et plus beaux, si 
leurauteur avait pr6vu un jour leur publication. lis concernent 
les 6glises et chapelles des Ladres, de Saint-Victor-de-Castel , 
Saint-Martin-de-Saduran et Maransan sur le territoire de Bagnols, 
de Chusclan, de Codolet, de Connaux et de Saint-Andre sur le 
territoire de cette commune, de Saint-Saturnin d Gaujac, la 
grande 6glise paroissiale de Goudargues et les bdtiments monas- 
tiques qui Tavoisinent, Saint-Jean-d'OrgeroUes ^ La Bastide 
d'Engras, Tfeglise de La Roque, les chapelles de Saint-Jean-de- 
Rousigue et de Saint-Pierre-de-Castres sur le Camp-de-C6sar de 
Laudun, les Eglises d*Orsan et de Rochefort, la chapelle de 
Boussargues k Sabran, la Madeleine ^ Saint-Alexandre, r^glise 
de Saint-Andr6-de-Roquepertuis, la chapelle de Saint-Pierre d 
Saint-Etienne-des-Sorts, les 6glises de Saint-Geni6s-de-Comolas, de 
Saint-Marcel-de-Carreiret, de Saint-Paulet-de-Caisson, de Saint- 
Victor-la-Coste, les chapelles de Saint-Martin et de Mayran sur ce 
dernier territoire, T^glise de Tresques avec les chapelles de la 
Madeleine et de Saint-Martin-de-Jussan, enfin les chapelles de 
Valsauve ^ Verfeuil et de Saint-Pierre-de-V6n6jan (r). J'ai du 

(t) Ces dessins forment un dossier, que viennent completer deux petits cabiers de 
notes, de format in-8«, Le premier, intitule : Les iglists dts villages des environs <U 



2r>2 iMHMOIRES 

ecarter, soil parce que les monuments ne sont pas romans, soit 
parce qu'ils se trouvent trop loin du centre que je me suis fixe, 
les chapelles des Ladres de Bagnols, de la Madeleine A Saint- 
Alexandre et de Valsauve, ainsi que les eglises paroissiales de 
Rochefort, Saint-Geni6s-de-Comolas, Saint-Paulet-de-Caisson et 
Saint-Victor-la Coste. La situation de tous les autres edifices et 
de la s^rie des monuments que j'y ai joints Sanscrit a peu pr6s 
dans un rectangle d6coup6 dans la partie Nord-Est du diocese 
d'Uz^s et d61imite d'un c6t6 par le Rh6ne et d'autres c6i6s par des 
lignes imaginaires joignanta I'ouest Saint-Andre-de-Roquepertuis 
A La Bastide-d'Engras, au nord Saint-Andre-de-Roquepertuis A 
Vdn^jan, et au sud La Bastide-d'Engras ^ Saint-Victor-la-Coste. 
Cette region comprend tout le canton de Bagnols, plus quelques 
localit^s des cantons du Pont-Saint-Esprit, de Lussan et de 
Roquemaure. J'aurais bien d6sir6 donner ^ mon sujet des limites 
moins arbitraires; mais, pour cela, il aurait fallu trop Tetendre et 
lui donner des proportions si vastes que Toeuvre de M. L6on 
Al6gre aurait et6 noy^e et aurait pass6 d peu pr6s inaper^uefi). 
Ce d^sagrdment n'aurait pas et6, du reste, compens6 par I'im- 
portance des r6sultats acquis, car Texp^rience m'a appris que je 
n'aurais prdsent^ aucun 616ment nouveau m obligeant A modifier 
mes conclusions. II a done fallu me restreindre, mais cependant 
j*ai cru de mon devoir d'explorer ^ peu pr6s compl^tement le 
pays dejd parcouru par M. Al6gre; si Tobligation depublieren 
temps utile m'a oblige ^ n^gliger quelques petites enclaves, je 
crois n'avoir pas ^ regretter d'avoir tout vu et tout examine 
par moi-meme. 

Bagnols, explication des planches, est dat^ du a8 Janvier ia49 et contient 20 pages sur 
Saint-Victor-la-Coste. Lirac, Tavel, Notre-Dame-de-Rochefort, Rochefort, Salnt- 
Andr(^-de-Roquepertuis, Goudargues, Saint-Marcel-de-Carreiret et La Roque. — Le 
deuxi6me. de 49 pages, et datd de 1848, a pour titre: Xotes sur les chapelles anciennes 
isolees dans la campagne des environs de Bagnols, explication des planches; il int^resse 
les chapelles de Saint-Pierre k Saint-fetienne-des-Sorts, de Saint-Victor-de-Castel, 
de la Madeleine k Saint-Alexandre, des Ladres k Bagnols, de Saint-Andr^cl Connaux, 
de Maransan, de Saint-Pierre-de-Castres, de Saint-Martinde-Saduran, de Notre- 
Dame-de-Mayran et de Valsauve. — Pour la prdsente etude, j'ai encore utilisd un 
cahier de 17 pages in-4*», intitul6: Notes archiologiques sur Varrondissement d'Uzis, 
Tout cela fait partie du fonds Ldon-Al^gre k la Biblioih^que de Bagnols. 

(i^ Le dioc6se d'Uz6s 6tait un des plus dtendus ; il comprenait 107 paroisses A la fin 
du XVIII* sitjcle (C. E. Germer-Durand, Dictionnaire topographique du dipartemenl 
du Card, p. ix . Les dglises ici dtudi^es dtaient comprises dans les anciens doyen- 
nes de Bagnols fjadis 27 paroisses en tout;, Cornillon 116 paroisses) et U26S (38 pa- 
roisses).- II s'en faut de tr^s peu pour qu'elles forment toute la partie Nord-Est du 
diocese d'Uz^s. 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 203 

Ce pays a ete d ailljurs, comme je I'ai d6j^ dit, d'une richesse 
archdologique extraordinaire : d la fin du XIP siecle, il etait 
couvert d'une foule d'dglises et de chapelles, et ^ Theure actuelle, 
malgr6 toutes les causes de ruines, malgre les destructions des 
brigands des XIV* et XV* siecles, malgr6 les devastations des 
Protestants des XVI*, XVII" et XVIII* siecles, malgr6 les abon- 
dantes reconstructions* et restaurations du XIX% il en subsiste 
encore un nombre tr^s respectable. Sansdoute, ce ne sont pas des 
monuments comparablesd Saint-Trophime d'Arles,^Notre-Dame 
des-Doms d'Avignon, d Saint-Gilles ou d Notre-Dame du Thor; au 
contraire, ce sont presque toujours des constructions rustiques et 
extr^mement modestes. Cependant, pour I'archeologue, ces 
Edifices ont une valeur inappreciable : ils permettent, mieux que 
les riches cath^drales, mieux que les grandes abbayes, de suivre 
la naissance et revolution d'un art qui r6gna pendant plusieurs 
siecles et qui eut une telle importance dans le Midi que le 
gothique dut composer avec lui. Les eveques, les chapitres, les 
di(T6rentes congregations de moines, avaient des revenus qui leur 
permettaient de transformer et d'embellir continuellement leurs 
eglises : celles-ci etaient aussi, justement a cause de leur opulence, 
plus exposees que les pauvres chapelles rurales aux pillages et 
aux devastations. Qu'y a-t-il d'etonnant a ce qu'on retrouve dans 
ces humbles oratoires, surtout dans ceux qui sontperdus dans 
les bois ou les montagnes, les monuments les plus anciens de la 
region ? 

Leur etude presente encore un autre attrait : c'est qu'on les 
ignore ^ peu pres completement. Jusqu'ici, sauf de tres rares 
exceptions ( I), on ne s'est preoccupe que des grandes eglises 
romanes ou que des chapelles situees dans le voisinage des villes 
importantes. Le bel ouvrage de M. Revoil, dont reioge n'est plus 
^ faire, traite surtout des riches monuments dont je parlais 
tout ^ I'heure. Aussi le resultat est-il qu'on neconnait qu'une cate- 
goric des edifices du Midi de la France ; c'est celle qui appartient 
presque tout entiere aux dernieres epoques de Tart roman. Car, 
apres y avoir longuement r6fiechi et apres en avoir examine les 
elements sans parti pris, je persiste ^ n'y pas decouvrir tout le 
carolingien qu'on y veut voir. II en est tout autrement des chapel- 

(0 Je suis heureux de signaler, parmi ces exceptions, I'article du Fr6re Sallustien- 
Joseph : Quelques iglises romanes du Card, dans les comptes rendus du Congr6s 
archdologique tenu k Nimes en 1897, p. 3o5. Dans le cours de cet ouvrage, je signa- 
lerai encore les notes de M. Bruguier-Roure sur les anciennes chapelles de la 
viguerie du Pont-Saint- Esprit, et les int^ressantes monographics de MM. les abb^s 
A, Durand et Bouzige sur les (S^liscs de Saint-Laurent-des-Arbres et de Tresques* 



204 MEMOIRES 

les rurales, qui pr^sentent les plus grandes vari^tes de plan, 
d'appareil et d'ornementation que Ton puisse imaginer. Meme 
celles qui ont subi le plus de restaurations ont conserve quelqus 
chose de leur construction primitive : leurs possesseurs 6taient 
si peu fortunes qu'ils ne les rasaient jamais compl^tement pour 
rebatir sur des bases entierement neuves. 

On n^arrivera done ^ r^soudre les multiples probl6mes qui se 
posent^ propos de Tartroman, que par T^tude complete de tous 
les monuments d'une region, quels qu'ils soient. II faut en noter 
les details, m6me les plus infimes, observer les habitudes du 
pays, m6me des temps modernes. Car, par malheur, les docu- 
ments 6crits manquent g^n^ralement pour dater les edifices que 
le temps a conserves; en tout cas, ils ne permettent en aucune 
fa9on d'6tablir leur chronologie : c'est tout au plus s'ils rev6lent 
leur existence ^ telle ou telle ^poque. 

De Id des difficult^s presque insurmontables, contre lesquelles 
on vient forc^ment se heurter. Serai-je assez heureux pour donner 
quelques solutions justes? Je m'y suis efTorc^ de tout mon pouvoir, 
en tachant de me d^gager des id6es pr^conc^ues, des opinions 
syst^matiques. Je puis me tromper en plus d'un endroit, mais 
c'est avec la plus enti^re bonne foi et avec le d6sir sincere de 
reconnaitre et de corriger les erreurs qui me seront d^montr^es. 

Le plan que j'ai suivi dans cette 6tude est celui-ci. Apres un 
chapitre pr61iminaire des plus sommaires sur I'histoire religieuse 
du pays, pour montrer dans quelles conditions Tart roman a pu 
naitre et se d^velopper, et pour quelles causes les anciens monu- 
ments ont disparu ou se sont transform^s, j'essaierai de determi- 
ner les caracteres gen^raux des edifices de la region et surtout les 
proc^des particuliers aux dilT^rentes dpoques de leur construction. 
Enfln, dans une seconde partie, j examinerai chacun d'eux dans 
le plus grand detail, apres avoir signale les traces des anciennes 
civilisations que Ton a retrouvees d leur entour, ainsi que les 
documents historiques qui peuvent exister sur cux. 

En terminant, j'ai Vagr^ahle devoir de remercier toutes les 
personnes qui, de pres ou de loin, se sont intdress^es d ce travail : 
MM. Bourges et Truphemus, qui m'ont fait plusieurs des des- 
sins de cet ouvrage ; M. Vareilles, qui s'^tait reserve les cliches 
photographiques les plus difficilesdobtenir;M.Bligny-Bondurand, 
qui a bien voulu completer mes notes aux archives departemen- 
tales du Card, enfin MM. les curt^s des diflerentesparoisses, qui 
m'ont prete un concours des plus d^voues. A tous, je suis heureux 
de reconnaitre les obligations que je leur dois. 



DE l'academie de vaucluse 2o5 



PREMIERE PARTIE. 



CHAPITRE I-. 

Conditions historiques dans lesquellles l'art roman 

s'est developpe dans la partie orientals du diocese d'uzes. — 

Causes qui ont modifie ou ruine les monuments religieux 

anterieurs au xiii* siecle. 

Le pays oil s'616vent les monuments objet de cette 6tude, est 
sillonn6 par deux rivieres, la C^ze et la Tave. Leurs 6troites 
vall6es sont encaiss6es dans des massifs montagneux, qui de 
tr^s bonne heure ont 6t6 habitus par Thomme. Quand les 
Romains vinrent s'6tablir dans le pays, ils y trouverent d'assez 
nombreuses agglom6rations : les oppida de Laudun, de Castel, de 
Chusclan, de Montaigu, du Bosquet d'Auzigue d Cavillargues, de 
Barri a La Roque, de Saint-Laurent-de-Carnols, etc., 6taient 
autant de lieux de refuge autour desquels s*6tait concentr6e la 
population (i). 

Cette region 6tait trop voisine d'Orange et elle 6tait vraisembla- 
blement trop pauvre pour que les conqu6rants y 61evassent des 
6tablissements luxueux : de fait, on n*y a relev6 aucune trace de 
monuments antiques d'une r6elle importance, d peine des fortifi- 
cations hativement construites sur le pseudo-Camp-de-C6sar de 
Laudun, a peine quelques mosalques plutOt grossi^res au m^me 
endroit et k Saint-Gervais. Mais, par contre, dans tout le pays, 
sur les hauteurs aussi bien que dans les plaines, des cippes 
votifs et fun^raires se dress^rent en quantit6 prodigieuse et rap- 
pel6rent aux passants Tex^cution de voeux faits aux divinit6s ou 
^ la m^moire de personnes chores. II y en eut de riches et de 
pauvres, en marbre ou en mauvais calcaire, mais presque tous 
regurent une decoration des plus caract6ristiques. Les artistes 
qui les ex^cutaient 6taient sous Tinfluence des ateliers d' Aries, 

10 Cf. le D' Paul Raymond. Varrondissement d^U^ts avant Vhistoire, p. 246 et suiv. 



2:)6 MEMOIRES 

mais plus ils avaiKjerent, plus ils eurent un style particuli jr, parfai- 
tement reconnaissable pour quiconque est familier avec Tanti- 
quit6(i). Si j'insiste surce fait, c'est a dessein, car on aura plus 
d'une fois Toccasion de constater que ces petits monuments ont 
inspire les ornemanistes de I'epoque romane, surtout lorsqu'au 
XII* si6cle ils s'interessercnt a Tart ancien et copierent, avec plus 
ou moinsde bonheur, les modeles qu'ils y rencontraient. 

Quand le christianisme s'implanta dans le pays, favoris^ par 
les incessantes relations commercials qui s'etablissaient par le 
Rhone, les m^mes artistes d6cor6rent les inscriptions, les sarco- 
phages, les autels du nouveau culte, les edifices servant aux 
reunions des fiddles. Ces premiers monuments Chretiens remon- 
tent au IV* ou au V* si6cle, et M. Edmond Le Blant(2) a signal^ 
toute la valeur qu'ils pr^sentent et I'attention qu'on doit leur 
marquer. 

Avant la date a laquelle ils appartiennent, le paganisme etait 
encore tr6s resistant, et si les villes comptaient depuis un temps 
plus ou moins long, pcut-etre depuis le i" si6cle(3), des petites 
communautes chr^tiennes, il n'y avait dans les campagnes que 
de rares adeptes de la nouvelle religion. Les eglises rurales 
n'apparaissent dans les textes qu'au d^but du IV" siecle, et c'est 
dans la province de I'ancienne Narbonnaise qu'elles se multipli^- 
rent tout d*abord. Ces fondations, arretees un moment par les 
invasions des barbares, par les devastations des bandes de Van- 
dales, que la l(^gende place sous la conduite du fabuleux roi 
Crocus et qui ravagerent les dioceses situ(!js a droite et d gauche 
du Rhone (4), par T^tablissement des Visigoths, par Tarianisme, 
cnlin par toutes sortes de mis6res et de troubles, prirent un tel 
developpement que T^tendue des territoires primitivement soumis 
aux (^veques se morcela: le diocese d'Uz^s se ddtacha de celui de 
Nimes, tr6s probablement au commencement du V" siecle. Le 
premier 6veque connu, Constance, nest pas signale, en effet, 
avant 442, date ^ laquelle il assista au concile de Vaison (5). 

(i) Les cippesfun6rairesqueje rapprocherai de Tautel de Saint-Marcel-dc-Carreiret 
ont une decoration tout a fait caractc^ristique, qui se rencontre surtout dans cctle 
region . 

(2) Dans ses pr(5cieux ouvrag-es, SiuJe sur les sarcophj^cs J' Aries et les .S.irco- 
phjiges Chretiens d^ la Gaule. 

(3} A Aries par exemple : Cf. Abb6 Duchesne, Pastes episcopjux de l\jncie?ine (iaulc, 

t. I, p. 74. 

(4' Voir la hittre dj saint Amatius publii^o par la G.illi.i CHri^tian.i, t. I, pr., col- 
137, — Cf. llistoire genbaU d* I^mguedoc, nouv. ddit., I. 1, p. 382 et 396-397. 

5' Abbe Duchesne, op. cit.. t. I, p. 3)2. — L'dviichd de Nimes n'csl lui-m6me 
connu que d(:js la fin du IV-.iecle(/J<?m,p.29'j).Ccluid'0range, en face de celui d'Uz6s 



DE l'academie de vaugluse 207 

Un auteur recent (i) a parfaitement explique rorigine des 
6glises baties en dehors des villes 'episcopales, et Ton ne peut 
mieux faire que de rc^sumer ici ses conclusions. G est d'abord aux 
6v^ques missionnaires qu'il en faut rapporter Tetablidsementj 
Dans leurs courses ^ travers lea campagrteSi cipres dvoir cdrtstitu^ 
des groupes de chr6tiend, ils leui* laissaient des autels et provo- 
quaient retablissement d'oratoires ou de chapelles dans les dift'i^- 
rentes agglomerations, rici ou castra; ailleurs, c'etait sur leurs 
propres terres ou sur celles de leur 6glise (agger ecclesiae) qu'ils 
les eievaient, et Ton sait que c'est au V* siecle que les patrimoines 
de TEglise commenc^rent a se former. D'autre part, d6s la fin du 
IV* si6cle, les grands proprietaires fonciers fondaient dans 
leur villa des chapelles, ou ils reunissaient leurs esclaves et 
leurs colons (2). Enfin, au milieu des montagnes et des bois, dans 
ces loca deserta si nombreux ^ la fin des temps romains, des 
moines se retiraient loin du monde ; « seuls ou avec quelques 
compagnons, ils se construisaient une cellule en bois ou en feuil- 
lage; ... leur cella recouvrait un autel, on y celebrait un culte, et 
autour d'eux se groupaient des fideles. » La plupart de ces edifices 
s'(ichelonnaient le long des voies romaines; il yen avait qui se 
construisaient sur les emplacements des anciens temples, juste- 
ment pour efiacer la souillure du lieu ct faire adorer le Christ 1^ 
oil le demon avait eu ses autels ; d'autres marquerent les endroits 
ou les saints etaient passes, ou ils avaient prech^, oil ils dtaient 
ensevelis. 

Cette theorie, appuyee par des textes precis, a son application 
dans le pays qui nous interesse. Uz^s, ca^/n/m assez important de 
la cite nimoise, eut tres probablement sa colonic de Chretiens 
organis6e au III* si6clc : c'est du moins a cette 6poque que Ton 
attribue la crypte si curieuse qu'on y a d^couverte (3). De 1^, le 
nouveau culte s'est repandu progressivement dans toute la region, 

et de I'autre cot^ du Rhone, Test depuis le d^but du mftme siecle [Idem, p. 257). A 
remarquer qu'Orange et Nimes 6taient des villes trtJs importantes A I'^poque romaine. 

(i) Imbart de La Tour, Les paroisses rurales dans VancUnne France du IV au 
Xr Steele, dans la Revue historique, t. Go (1896!, p. 241 ; t. 6i, p. 10 ; t. 63 (1897), p. 1 ; 
t. 67 (1898 , p. I ; t. 68, p. I. 

(2) Voir surtout les ddveloppements donnes par M. Imbart de La Tour, t. 67, p. 2 
et suiv. — II est k remarquer que les premieres lois relatives A la fondation d'6glises 
sur des fundi privati sont des canons des conciles d'Orange en 441 (Labbc, Concilia, 
t. Ill, p. 1449 et Aries en 4^2 [Idem, t. IV, p. ioi5 . — Voir aussi sur cette question 
des plus intdressantes, U. Stulz, Geschichtc des kirchlichen Ben^zialwesens, 1. 1, p. 66, 
oil des textes tr6s nombreux sont cit(is. 

(3 L. Rochetin, Les premiers siecles du christianisme a Uses, dans les Mimoires d^ 
VAcadimie de Vaucluse, 1898, p. 239. 



208 MEMOIRES 

surtout lorsque des 6v6ques furent (itablis ^ Uz6s, et il est plusieurs 
moyens d'arriver a se rendre compte de I'existence de chapelles 
rurales baties vers Tan 400. Les textes Merits sont malheureuse- 
ment des plus rares et ne sont pas aussi anciens : ce n'est que 
deux si^cles plus tard qu'ils montrent les 6v6ques saint Firmin et 
saint Ferreol elTectuer des fondations dans leur ville 6piscopale ou 
dans le voisinage (i). Mais il est d'autres temoignages qui peu- 
vent 6tre invoqu(^s : tout d'abord les sarcophages chr6tiens aux- 
quelsj'ai d6jd fait allusion. On en a conserve un peu partout, 4 
Bagnols, k Saint-Gervais, a Cornillon, A la Chartreuse de Val- 
bonne, a Goudargues, au chateau de la Bastide, non loin de ce 
dernier village, sans compter ceux qui ont 6t6 d^truits ou qui ont 
disparu du pays. Puis, c*est Tautel de Saint-Marcel-de-Carreiret, 
qui certainement remonte aux premiers temps de la diffusion 
de I'Evangile dans les campagnes. A T^poque m6rovingienne on 
doit encore rapporter le fragment de plaque de rev6tement en 
marbre, qui provient de la chapelle de Saint-Loup pr6s de Tres- 
ques, et I'autel en pierre de Saint-Victor-de-Castel. 

A ces preuves directes, dont le nombre est toujours assez 
restreint, il est n^cessaire de joindre, pour la pdriode comprise 
entre le IV'etleVIII* si6cle, quelques observ-ations. On sait que, 
de tr6s bonne heure, les Chretiens ont tenu ^ dormir leur dernier 
sommeil le plus pr^s possible du Dieu qu'ils adoraient. On peut 
done, au moyen des cimqtieres et des anciennes tombes, retrouver 
Templacement des oratoires primitifs (2), Or, elles sont des plus 
fr6quentes les chapelles romanes, autour desquelles on exhume, 
avecdes poteries noires, des corps enfermes dans des tombeaux 
batis et recouverts avec des dalles ou de larges briques (3). Sans 
doute ce mode d'inhumation, adopte aux temps m^rovingiens, n*a 
pas 6t6 abandonn^ de si t6t et a persists pendant la p^riode 
carolingienne, mais il n'en est pas moins un t^moignage incontes- 
table de Tanciennet^ des fondations d'eglises en ces endroits. 
Autour de Saint-Em6t<^ry pres Chusclan, de Saint-Privat ti Pou- 
zilhac, de Saint-Saturnin pr^s Gaujac, de Saint-Genies pr6s 
Laudun, de Saint-Jean-d'Orgerolles pr6s La Bastide-d'Engras, et 
de bien d'autres chapelles, on a de semblables cimeti^res. Ce qui 

(i) DiplOme de Louis de Provence, en faveur d'Amdlius, 6v6que d*Uz6s, en 896 : 
Historiens de France, t. IX, p. 678 ; Boehmer-Muehlbacher, Die Regeslen des Kaiser- 
reichs unter den Karolingern, n'1452. — Cf. surccs fondations. L. Rochelin.op. ci7., 
p. a5o et suivantes. 

(a) Cf. de Caumont, Cours d'antiquites monumentales, t. VI, p. a58 ; L. Rochetin, 
op, cU», p. a63. 

(3) On les connait dans le pays sous le nom de tuiles sarrasines. 



• DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 2O9 

ne veut pas dire, specifions-le en passant, que les monuments ont 
-ete ^ une epoque aussi recul6e tels qu'ils se prdsentent aujour- 
d'hui, car ils ont tres bien pu 6tre rebatis plus d'une fois. 

Peut-6tre pourrait-on encore, par les vocables des 6glises, d6- 
couvrir celles dont la fondation primitive appartiendrait k ce 
temps. Cette recherche, il est vrai, pr^sente plus d*une diffl- 
cult6 et expose ^ plus d'une erreur. Toutefois, il n'est pas 
inutile de remarquer que, dans cette partie du diocese d'Uz6s, on 
eut une devotion particuli6re pour Notre-Dame (i), saint Jean- 
Baptiste(2), saint £tienne(3), saint Andr6 (4), saint Laurent (5) et 
saint Michel (6) ; on y honora, et d6s le haut moyen Age, des saints 
qui avaient laiss6 des souvenirs dans le pays comme mission- 
naires, ou dont le tombeau attirait les p^lerins de cette partie de 
la Gaule : saint Martin (7), saint Saturnin (8), saint Th6odorit (9), 
saint Genius (10), saint Marcel (11), saint Julien (12). Tels parais- 



fi) A Colombiers, au Pin, 4 Carsan, Domazan, Fontar^che, Montclus, Trcsques, 
Mayran, etc.. existent ou existaient des ^grlises et chapelles dMiics A la Vierge. 

(2) On peut citer, comme ^glises et chapelles sous ce vocable, ccUes de Bagnols, 
Gaujac, La Bastide-d'Engras, Laudun (Camp-de-C^sar , V6n6jan, Roquemaure, sans 
compter, dans le reste du dioc6se d'Uz6s, Barron. Bourdic, CastiHon-de-Gagn6res. 
Genolhac, Montfrin, Nozi6res, etc. 

(3) Laudun. Saint-Etienne-des-Sorts, Saint-Etienne-de-Sermentin, Saint-Etiennc A 
Uz6s, etc. 

(4) Patron d*une des 6glises fonddes par saint Firmln 4 Uz6s et d'6glises ou cha- 
pelles A La Capclle, Connaux, Pont-Saint-Esprit Salnt-Andr6-de-Sanati6re), Saint- 
Andr6-de-Roquepertuls, Saint- Andr6-d*016mrgues, etc. 

(5) Patron d*une paroisse d'Uz6s et d'(iglises A Barjac, La Bastide-d'Orniols, La 
Brugui6re, Saint-Laurent-de-CarnoIs, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint-Laurent-la- 
Vern6de, Tresques Saint-Laurent d'Aubarne), etc. 

(6) Patron d'dglises et chapelles A Codolet, Goudargues. La Capelle, La Roque, 
Pougnadoresse, Saint-Michel-d'Euzet, etc. 

(7) Le nombre est prodigieux d'dglises ou chapelles dddi^es A cet ap6tre de la 
Gaule. dans les anciens dioc6ses de Nimes. d'Uz^s et d'Alais : citons seiilement 
pour notre petite region celles de Bagnols. Montfaucon.Orsan, Pouzilhac, Saint- Victor- 
la-Coste. TrevSques. 

(8) Le souvenir le plus vivace que cet ap6tre des premiers si6cles ait laiss^ est 
certainement A Pont-Saint-Esprit, connu si longtemps sous lenom de Saint-Saturnin- 
du-Port. Dans le diocese d'Uz6s on trouvait encore k lui d^dides des dglises et 
chapelles A Boisson. Cheyran. Fons-outre-Gardon, Gaujac et Russan. 

(9) Patron de la cath<5drale d*Uz6s, de Tdglise de Gaujac et d'une ancienne cha- 
pelle de Bagnols. 

(10^ Patron d'^glises A Uz6s, Laudun, Saint-Geni6s-de-Comolas. Saint-Geni6s-en- 
Malgoir6s. 

(11) Le martyr de ChAlon, patron de Saint-Marcel-de-Garreiret et. plus loin, do 
Massillargues. pr6s Anduze, et de Saint-Marcel-de-Fontfouillouse. 

(12) Patron. d'dglises et chapelles A Uz6s, Bagnols, Chusclan, La Calmette, Saint- 
Julicn-de-Cassagnas, Saint-Julien-de-Peyrolas, Saint-Julien-de-Valgalgue, etc. 



9IO MEMOlREd 

« 

sent etre les patrons des 6glises et chapelles fondles avant T^po- 
que carolingienne (I). 

MalgT^ les invasions et les malheurs qui ont acc616re la deca- 
derlce de 1^ civilisation antique, la Provence et le Bas-Languedoc 
ri'^taient pas rest6s compl^tertierit d6sh6rltes doUs le rapport 
artistique comme sous le rapport litt^raire (2). Mais les ^pdd- 
mens de Tarchitecture et de la sculpture des M^rovingiens sont 
trop rares pour qu'on puisse en tirer quelques deductions. On 
sait cependant que les constructions faites par saint Firmin 
(decide en 553) passaient pour merveilleuses aux yeux des 
6crivains du IX* si6cle : son eglise de Saint-Julien, Saint-Andr6 et 
Sainte-Basiliss3 etait batie, disait-on alors, opere miro (3). Et de 
fait, les debris qu'on a conserves de ces anciens monuments 
peuvent donner une id6e sufflsante de leur richesse et de leur 
beaute (4). 

On a frequemment avanc6, et chez certains auteurs m6ridio- 
naux c*est presque un axiome, que la plupart des chapelles pri- 
mitives sont des temples palens, que Ton aurait adapt^s ^ des 
usages nouveaux. Cette opinion est, en r6alit6, difficile ^ soutenir. 
Les temples paiens et les ^glises chr^tiennes sont d'un caract6re 
trop different pour que les unes n'aient ete que la continuation 
des autres. Le temple 6tait uniquement la demeure du dieu, par 
consequent il n'avait que des dimensions tr6s reduites. L*6glise, 
au contraire, est le lieu de reunion et de pri^re des fideles et doit 
etre assez grande pour les conlenir tous. Cette premiere raison 
suffirait pour d^montrer I'impossibilite de transformer aussi rapi- 
dement les 6dicules paiens en chapelles chr^tiennes. Mais il y a 
mieux : les dv^ques missionnaires et les premiers Chretiens ataient 
une haine si profonde pource qui rappelait I'ancienne religion, 
qu'ils en d^truisaient systdmatiquement les temples (5). Rien ne 
lesarreta, ni les edits des empereurs, qui, comme Honorius, cher- 

fi) Je ne veux pas dire par 1^ que toutes les dglises et chapelles, dont je viens de 
donner la nomenclature, remontent, meme comme fondation primitive, A l'6poque 
m^rovingrienne, car il serait facile de d^montrer quelquefois le contraire. II faut, en 
matifere d'arch^ologie, se garder des generalisations trop h^ives. 

(2) Cassiodore, Variarum, III, n" 17 Monutncnta Gcrmaniae historica, Auctores anti- 
quissimi, t. XII, p. 88 ; Ennodi epistolae, n' 461 mCme collection, t. VII, p. 32i); 
Grdgoire de Tours, Historia Francorum, 1. VI, ch.9 6d. Omont, dans la Collection de 
textes Picard, p. 206,. — Cf. Prou, Monnaies mirovingienncs. introduction, p. 85 ; F. 
Kiener, VerfassungsgeschicMe der Provence seit der Ostgothenherrschafl bis zur Er- 
richtung der Konsulaie, p. 47, 48- 

(3) Diplome de Louis de Provence, d6j4 citd. 
(4^ L. Rochetin, op.» cit., p. 284, 255 et 260. 

(5) Cf. sur cette question Imbart de la Tour, op. cit., t. 60, p. 264 k 266* 



DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 2\l 

chaient ^ sauver les plus beaux Edifices en leur dormant le carac- 
tere de monuments publics (i), ni la crainte des repr6sailles, ni le 
' respect des oeuvres d'art: ils bris^rent les statues, brul6rent les 
sanctuaires et en disperserent les debris (2). C*est qu'il fallait 
avant tout supprimer Tidoiatrie et couper le mal dans sa racine. 
Apr^s avoir ruin6, ils r66difierent, bien souvent avec les m^mes 
mat6riaux, mais sur un plan tout different, et ils 61ev6rent sur le 
sol autrefois consacre aux divinit^s paiennes des autels et des 
6glises d^dies au vrai Dieu. Ainsi de multiples oratoires prirent 
la place d'^dicules antiques; mais, remarquons-le, il y eut des- 
truction avant r66dilication. 

Cette fa9on d'op6rer ne peut guere se verifier dans la region 
restreinte qui a 6t6 exploree pour cette etude. Mais on saitque, 
non loin de 1^, on utilisa longtemps des ddbris antiques pour la 
construction ou Tornementation des monuments chr6tiens (3). 
Assur6ment, ^ Tepoque carolingienne, on n'avait plus les senti- 
ments qui avaient fait agir les Chretiens des IV* et V* si^cles : 
on ne consid6rait plus vraisemblablement que la commodity de 
materiaux tout pr6par6s, et ce n'etait plus le d6sir de les sanctifler 
qui les faisait employer. 

Si les 6glises, 61ev6es avec un z61e des plus actifs par les 
6v^ques et les fiddles pendant la p6riode mc^rovingienne, r6sist6- 
rent aux guerres continuelles des Visigoths, des Burgondes et des 
Francs, elles durent 6prouver de serieux dom mages lorsque les 
Sarrasins fondirent surle pays. II est difficile cependant d'appre- 
cier r^tendue du d6sastre caus6 par eux : les documents ont ^ 
peu pr6s tous disparu, et la 16gende, qui s'est empar^e de leurs 
exploits et de ceux de leurs adversaires, les a tellement magnifies 

(0 Cod. Thcodos.. XVI, lo, i5, i6, i8. 

(2) Sur la conduite observ<Je par saint Martin A cet <^gard, voir Bulliot» La mission 
et le culle de saint Martin dans le pays iduen. 

(3^ Par exemple, A la cath^drale de Vaison, au X' si6cle, on employa des colonnes 
de marbre arrachcies A un Edifice antique R. de Lasteyrie, Saint-Quinin et la cathi^ 
drale de Vaison, dans les M^moires de la Soci^ti des Antiquaires de France, t. 49(i888S 
p. 52 . — On sait fort bien que les bases de la catht^drale de Nimes, consacr6e en 
1096, sont baties avec des pierres de grand appareil romain cf. abbd Fr. Durand, 
Les bases de la cathedraU de Nimes sont-elles romaines? dans les comptes rendusdu 
Congress arch^ologique tenu k Nimes en 1897, p. 2i5 . On verra aussi, dans le cours 
de cet ouvrage.qu'cl Saint-Saturnin pr6s Gaujac etpeut-^tre ASaint-Martin-de-Sadu- 
ran, on sj servit pour autel de pierres antiques ; dans la mftme chapelle de Saint- 
Saturnin, un fragment de fQt de colonne a «^tti utilise comme b(Snitier, etc. A Saint- 
Privat-de-Pouzilhac, M. E. Germer-Durand avait cru d6couvrir une inscription 
antique formant imposte dans la chapelle {Dicouvertes archiologiques» dans les 
Mimoires de VAcadcmie du Card, 1875, p. i36), mais M. Hirschfeld a reconnu avec 
raison qu'elle ^lait du moyen Age {Corpus inscriplionum latinarum, t. XII, n* aa3*). 



212 MEMOIRES 

qu'il est pour ainsi dire impossible de les ramenei* a de justes 
proportions. Ce sont surtout les expeditions des Arabes dans la 
premi6re moiti6 du VIII* si6cle et la lutte de Charles-Martel contre 
eux, qui ont laiss6 des souvenirs vivaces dans les traditions : 
ainsi une grande bataille, ou lo.ooo Sarrasins auraient trouv6 la 
mort, se serait livrde entre Pujaut, Saze et Rochefort ; Charles- 
Martel, en souvenir de ses victoires, aurait fond6 des 6glises et 
chapelles ^Meynes, Montfrin, Rochefort, Semhac; Charlemagne 
aurait 61ev6 celle de Saint-Pierre d Domazan pour rappeler les 
mfemes faits. C'6tait en d^dommagement des d6sastres apport6s 
par les Sarrasins a Saint-Andr6-d'016rargues, d Saint-Doryte sur 
le territoire de Bonnevaux, k Saint-Gilles, k Psalmodi, d Saint- 
Hilaire-d'Ozilhan, A Saint-Martin-de-Ferl6ry sur le territoire de 
Remoulins, a Saint-Pierre-de-Fourn6s, au Vigan, 4 Tornac, Vala- 
brix,Villeneuve-lez-Avignon (i). Plus pr6s de Bagnols, ils auraient 
camp6 dans les environs de Tresques sur le mont Sarzin ; ils 
auraient d^truit Saint-Andre pr6s Connaux, etruin6 le monast^re 
de Saint-Pierre-de-Castres (2). D'ailleurs, ne retrouve-t-on pas 
partout, dans le pays, des murs sarrasins, des cimetiferes sar- 
rasins, des briques ettuiles sarrasines(3)? 

L'histoire est moins eloquente ; elle nous apprend cependant 
qu*en 726, apres avoir occupy Narbonne et pris Carcassonne, les 
Arabes soumirent la ville de Nimes, chass6rent les moines de 
Psalmodi, de Saint-Gilles, de Saint-Baudile, et s'avanc^rent jus- 
qu*^ Autun (4) ; elle nous r6vele que, lorsque Charles-Martel, 
apres sa victoire sur Abd-El-Rahman, s'avan9aen Provence, il eut 
^ combattre les m^mes ennemis qui occupaient tout le Languedoc 
oriental, et qu*en 787 il les empecha de s'y fixer par une action 
vigoureuse inauguree par le si6ge d' Avignon. Ses soldats furent 

(1) Voir dans le Dictionnaire topographique... du diocese de Nimes de M. rabW 
Goiflfon, t chacun des noms citds ci-dessus. 

(2) Cf. abb6 T. Bouzige, L'igUse et le chiteau de Tresques. p. 5, 27 et 28. — Le s^jour 
des Sarrasins sur le Camp-de-Cdsar ne parail pas faire de doute: on y a trouvd une 
ancienne monnaie arabe et des debris de poteries mauresqucs. Cf. V. Luneau, La 
numismatique au Camp-de-Ctsar de Laudun, dans les comptcs rendus du Congr^s 
arch^ologique de Nimes de 1897, p. 235. 

(3i On salt le cas qu'il faut faire de ces d<^nominations : ces murs, cimeti6res, 
tulles et briques appaniennent simplement aux epoques mdTovingienne et carolin- 
gienne. 

(4 II n'est pas possible d'entrer ici dans la discussion des faits : qu'il suffise dc 
renvoyer aux notes de MM. A. Molinier et H. Zotenberg dans le t. II de la nouvelle 
(Edition de VHistoire generate de Languedoc, p. 549-558. — Cf. aussi M<^nard, flistoire 
de Nismes, t. I, p. 98, 99, io3, 106, etc. 



DE l'academie DE VAUCLUSE 213 

peut-etre encore plus destructeurs que les Sarrasins{i), et oh 
les vit avec terreur senver les mines sur leur passage (2). On sait 
que, par exemple, les arenes de Nimes furent incendiees par eux. 

La seconde moitie du VHP sifecle fut moins dure pour les popu- 
lations riveraines du Rh6ne ; aussi ont-elles conserve en v6n6ra- 
tion le nom de Charlemagne et lui ont-elles attribu6 la creation 
d*une foule d'(^glises en Languedoc et en Provence (3). II est 
certain que, grace ^ la paix ramenee par son autorit6 et grace 
d sa protection, on assista a une veritable renaissance artis- 
tique, qui se traduisit par des rd^difications ou des fondations de 
monuments religieux (4). L'^glise de Caseneuve, d Goudargues, 
qui fut batie vers la fin de son r^gne, est le type des chapelles et 
6glises appartenant ^ cette epoque : les mat^riaux, d'un caract6re 
particulier, qui ont servi A I'^Iever, sont, par leur presence ^ d'au- 
tres endroitSjdes indices tr^ssursde la construction denombreux 
Edifices ^ peu pr^s contemporains : Boussargues, Colombiers, 
Maransan, Saint- Victor-de-Castel, pour ne citer que quelques 
exemples, remontent d cette date par certaines de leurs parties. 

Malheureusement cette tranquillity s'6vanouit bient6t dans les 
convulsions de Tempire de Charlemagne, et les Sarrasins ne 
furent plus les seuls A la troubler. Favorisdes par les querelles 
entre les rois et les principicules qui se disputaient la possession 
de la Provence et duBas-Languedoc, les invasions des Normands, 
des Hongrois et des Arabes renouvel^rent les maux dont avait 
souflert le pays. On sait que les ennemis du nom chretien d^vas- 

(ij Voici un document qui t^moigrne de leur fa^on d'op<irQr ; c'est un dipl6me de 
Louis le Pieux pour Tabbaye de Conqucs, du 8 avril 819 : c Quo in loco, nonnulli 
christiani. propter inetum Sarracenorum, qui illam terram pene totam devastarunt 
et in heremum redegrerunt, dudum confugientes...* {Cartulaire de Vabbayt de Conques, 
publi<i par G. Desjardins, n" 58o, p. 409.) 

(a) Histoire ginirale de Languedoc, t. II, p. 554. 

(3) Ouvrons seulement Touvrage de M. R^voil, L* architecture romane dans le Midi 
de la France. On y lit qu*une tradition, plus ou moins justifi<ie, attribue au puissant 
empereur la fondation de la chapelle de Saintc-Croix A Montmajour t. I, p. i5\ de 
Saint-Jacques de B^ziers 1. 1, p. 20 , de Saint-Quenin de Vaison (t. I, p. 26>, de Notre- 
Dame-des-Doms d* Avignon t. I. p. 44 et 46 . De combien de noms cette liste pour- 
rait 6tre allong^e ! II n'estgu^re de chapelle, pr^sentantun caract^re jug6 archalque, 
qui ne soit reportde au temps de Charlemagne ou de son aleul Charles-Martel. 
(Cf. encore abb6 Roze, Histoire d'Apt, p. 66 ; abb6 A. All^gre, Monographie de Baumes- 
de-Veniss:, p. 23.) 

(4) Cette renaissance se continua pendant tout le IX* si6cle environ ; on lui dut 
de magnifiques monuments, telle la basilique de Saint-Baudile h Nimes, qui. en 878, 
fut c renovata ac amplificata ea felicitate ut omnes inde stupentes admirarentur • • 
{Gallia Christiana, t. VI, pr.. col. 168). — Sur cette question et sur les causes qui ont 
contribute ^ multiplier les dglises, surtout dans les campagnes, cf. Imbart de la 
Tour, op. :it., t. 61, p. 36 A 40 ; t. 63, p. 38 et 39. 



214 M^MOIRES 

t6rent, en 858 et 869, toute la Septimanie et en particulier les 
rives du Rhdne, et que les villes de Nimes et d'Arles furent cruel- 
lement 6prouv6es (i). Les Hongrois, qui depuis 899 avaient pris 
rhabitude de descendre p6riodiquement en Italie, passerent les 
Alpes en 924, puis le Rh6ne, pour se jeter sur la Gothie et ruiner 
compl6tement le diocese de Nimes et les pays voisins ; ils r^duisi- 
rent le pays en une telle solitude, qu'en Septimanie il ne restait 
plus un seul pretre pour le service divin (2). Partout ou ils 
passaient, ils se signalaient par une f^rocite qui ddpassait tout ce 
qu'on pouvait imaginer (3). Ces exploits furent renouvele^s en 
951(4). Et pendant ce temps les pirates Maures d^solaient les 
pays situes sur le bord de la mer et par le RhOne poussaient 
ieurs devastations jusque dans Tint^rieurdes terres. Ces descen- 
tes, qui commenc6rent en 842, se renouvel6rent fr^quemment et 
devinrent meme p^riodiques lorsque, vers la fin du IX' si^cle, les 
Sarrasinsse fixerent au P"rainet(5). D^sormais, tous les documents 
qui parleront d'eux pendant un si6cle (ils ne furent expuls6s du 
Frainet et de la Provence qu'en 988) signaleront les calamit6s qui 
s'appesantissaient sur le pays : il n'y est question que d'habitants 
^gorges, d'abbayes d^truites, d'eglises ruin^es, de campagnes 
d6sert6es, etc. Que Ton joigne a toutes ces causes ded^sastre la 
violence exerc6e par ceux qui ddtenaient tant soit peu d'autorit6, 
rinvasion des biens eccl^siastiques par les laiques (6), la disper- 

(1) Histoire g^nirale de Languedoc,' i. I, p. 1081 ; Menard, Histoire de la villt de 
Nistnes, t. I, p. 119. — Cf. Chronicon Netnausensc, dans les Monumenta Germaniat 
historica, Scriptores, t. Ill, p. 219. 

(a) Histoire de Languedoc, t. UI, p. 99-100 ; Menard, 1. 1, p. 143 ; L. Dussieux, Essai 
historique sur les invasions des Hongrois en Europe, p. 37 ; R. Poupardin, Le royaume 
de Provence sous Us Carolingiens.p. 215-216,— C. Flodoard, yl«»a/e5, dans les A/oni*- 
menta Germaniae historical Scriptores, t. Ill, p. 373-374 ; Chronicon Nemausense, toe. cit. 

(3 1 Gens Hungarorum ferocissima et omni belua crudclior, retro ante seculis ideo 
inaudita, dit la Chronique de R^ginon ^Monumenta Germaniae historica, Scriptores, 
t. I, p. 599 . 

(4. Flodoard, Annates, toe. cit., p. 401. 

(5) Voir sur cette question que je no puis que rcbumer, R. Poupardin, op. cit., 
p. 343 t 273. — Comme documents typiques, voir dans le Cartulaire de Saint-Victor, 
t. I, p. I, n' I, annee 923 ; p. 19, n' i5, annee io(j5. Cf. aussi ceux qui sont indiqu^s 
par F. Kiener, Ver/assungsgeschichte der Provence, p. 92, notes G8 d 73. 

(6) Cette usurpation des biens d'cglisc par les laiques aux IX* ct X* si6cles n'a pas 
besoin d'etre demontrce, tellement le fait etait y^encral. Pour la r<};,yion d'UzCis cepen- 
dant, il est bon d'en donner la preuve : on la trouve dans le diplome d«^jA cite du 
roi Louis de Provence en faveur d'Amclius, evOque d'Uzes, A qui il rendit, en 896, 
les possessions, quorumdam cupiJitate sublatas On verraplus loin que, m^me A une 
epoque avancee du XI* siOjcle, c'est-A-dire en io65, un laique detenait encore les biens 
du monast^re de Goudargues. 



DE l'academie de vaucluse 2i5 

sion des moines (i), enfin la mise en fuite du clerge depour\*u 
d'ev^ques (2). 

Aussi, d6s le commencement du X* si^cle, les regions du 
Languedoc et de la Provence voisines du Rh6ne ^taient-elles 
dans une situation lamentable. On en a une preuve non equivoque 
dans le testament de Foucher, 6veque d'Avignon, qui, en 916,- 
deplorait les malheurs de son eglise, quam barbarica iitiqiie vas- 
tatio et depraedatio maxima ex parte mundialibiis attriverat copiis{3). 
Dans quel etat se trouva-t-elle a la fin du meme si^cle ?^ On ne peut 
qu'^ peine Timaginer. Tout essor avait done etc arrete, et ce 
n'est certes pas de temps aussi calamiteux qu'il faut attendre 
les grandes manifestations d'art. 

Tout changea aux alentours de Tan mil, non pas a cause des 
craintes plus ou moins imaginaires de la fin du mondc, mais par 
suite de la s6curite ramen^e dans un pays que ne desolerent plus 
les invasions. Les guerres de seigneurs ^ seigneurs n'avaient pas 
cess6, sans doute, mais elles ne revetaient plus ce caractere de 
sauvagerie qui avait rendu si terrible I'apparition des Sarrasins 
etdes Hongrois. Elles perdirent d'ailleurs beaucoup de leur inten- 
sity, lorsque les (^veques, a la suite des conciles de Charroux(989), 
Narbonne (990), Anse (994), Verdun-sur-Saone (lOiG), Elne (1027), 
Bourges (io38), Aries (1041), Saint-Gilles (1042;, Narbonne (1054), 
etc., eurent organise des ligues pour la paix et fait accepter par- 
tout la tr^vc de Dieu : les (iglises particulierement furent respec- 
t6es et seules celles qui avaient et6 transform^es en forteresses 
furent exposees A de mauvais traitements. 

On Ta dit maintes fois (4) et il faut le dire encore : il est certain 



(1) Les feligieux de Saint-Baudile pr6s Kimes, de Saint-Gilles et de Psalmodi 
avaient 6t6 disperses par les premieres invasions des Sarrasins ; les moines de Saint- 
Victor fyyaient devant celles du X' si^ele, etc. 

(a) L'absencede toute mention d*«iveques est un des plussOrs indices des malhcur}^ 
qui avaient aUeint le clergC*. D«ijA, a r«ipoque des premieres invasions des Sarrasinsi 
le dioc68e d*Uz6s parait avoir manque dechef; apres Mummolus ^673-675), on n'a 
plus signal^ qu'avec toute esp6ce de reserves r«iveque Arimandus o<ir« 7«8/ avant 
Elephantus en 841 vCf. Gallia Christiana, t. VI, col. Gr5, 616; abl5e Duchesne, Fastes 
episcopaux, t. I, p..3o4J. De mcme il y a une lacune entre Amelius 1", rencontr<i 
pour la derni^re fois en yia liisioire i^encraie Je Languedoc, t. Ill, p. 8u^ et Amelius II, 
signalo sculement en y66 [Gallia Christiana, t. VI, col. ^,17). — Pour le dioctjse de 
Nimes, on ne connait pas non plus d'dvOques de G80 ^ 788 iabb(^ Duchesne, ibidem, 
p. 3oi, 3o2). 

(3) Gallia Christiana, t. I, pr., col. \'M. 

(4) Cf* Quicherat, Melanges, t. II, p. 123 et suiv. ; J.-A. Brutails, \otes sur VanU-- 
rioriU ct Vit\fluence de I'icole romane auvergnate, dans le BulUtin archiologiqm du 
ComiU d€S travaux historiques et scientijiques, 1899, p. 417. 



2l6 MEMOIRES 

qu'au d^but du XP siecle la Gaule tout enti^re prit cette parurc 
de blanches ^glises dont parle le chroniqueur Raoul le Gla- 
bra. Les regions rhodanienne et mediterran^enne, quoi qu'on 
ait ecrit, n'ont pas fait exception ^ la r6gle, et Ton pourrait 
citer de tres nombreuses preuves de la verite du fait (i). 
Partout les monasteres se repeuplaient et se reconstruisaient, 
les moines et les ev^ques poursuivaient contrc les laiques la 
revendication de leurs biens, relevaient leurs eglises et d^- 
ployaient un zele qu'attestent les multiples documents de cette 
6poque. Ilseurent enlin le bonheurdeconnaitre de longues annees 
de prosperity. Aussi purent-ils assister d Tepanouissement de 
Tart roman, qui pendant presde deux cents ans suivit une marche 
ascendante et realisa d'^normes progr6s. 

A ce tournant de I'histoire, il est intdressant de jeter un coup 
d*oeil sur les puissances ecclesiastiques de la region qui nous 



(i) Ce qui neveut pas dire que tous les edifices ant^rieurs aient disparu et que 
m6me on remp!a<;a par de plus modernes ceux qui avaient 6t6 6pargn6s jusque-lA. 
II faul en eflet se prarder d'une exag-c^ration qui serail regrettable dans un sens ou 
dans un autre ; je donnerai en eflet dans le cours de cet ouvrage la preuve du main- 
tien de chapelles carolingiennes. — Pour les fondations et reconstructions d'^grlises 
dans la premiere moiti(i du XI' si6cle on peut citer, d'aprJis I'ouvrage de M. Rdvoil, 
Sainte-Croix de Montmajour en 1019 ' t. I, p. 14) et r<}glise Notre-Dame du mCmc lieu, 
commencee en 1012 t. II, p. 27), la cathc^drale de Cavaillon, d(idi6e en 1023 (t. II, 
p. 24), r^grlise de Saint-Ruf pr6s d' Avignon reprise apr^s io38 (t. I, p. 34}. Je ne 
veux pas disculer ces dates, je me contenle de les relever : ce sont les seules qui 
soient prcicises pour la s<^rie en somme restreinle des monuments etudi<^s par 
M, R^voil. On sait, d'autre part, que le monasttrre de Saint-Andr6 de Villeneuve se 
reconstitua vers 980 (Abbe M. M6riian, £:iuJc sur Us abbes et les monasteres de Ville- 
neuve-lez- Avignon, dans les Mimoircs de V Academic de Vaucluse. 1898, p. 275) ; que 
Tabbaye de Psalmodi futretablie en ioo4(MabiJlon, Annates or dinis S. Benedicti, ad Sin. 
1004, n* 59) ; que r(igUse de Saint-Victor de Marseille, nouvellement restaur6e, fut 
benite Ic 5 octobrc 1040 {Cartutaire de Saint-Victor, t. 1, p. 14, n* 14); que la cath6- 
drale de Ma^uelone fut consacree en i(»54 (K. Fabr^ge, Histoire deMaguelone, 1. 1, p. 108); 
que ccllc d'Apt le fut en io56 \Gatlia Christiana, t. I, pr., col. 76); que celle d' Avi- 
gnon, entieirement rebdiie, le fut en 1069, selon M. Deloyc {Note relative a la date de 
la didicace de la catfiedrate d' Avignon, dans \c Bulletin archeologique^ 1891, p. 294); 
que celle de Nimes le fut par Urbain II, le 6 juillet 1096 '^M^nard, t. I, p. 177 ; Histoire 
de Languedoc, t.V,'col. 742;; que la restauration de Saint-Sauveur d'Aix eut lieu aussi 
cntre uj92 ct iio3 (Abbo Alban^s, Gallia Christiana novissima, t. I, Ai,v, pr., n" 11 et 
iv). Le Cartulaire dj Saint-Victor de Marseille, apres la dotation de Vaucluse en 979 
(n* 1043 , donne encore le texte de la consideration d't^glisesen io33 (n' 268), 1034 (n' 28a), 
1048 (n* 384 , io55 (n* 3i2), io56 (n' 337;, 1059 ("" 1075}, 1062 ,n" 3oo, 383), etc. — En 
mOmc temps on constate de nombreuses fondations de monast<^res : M<^nard, dans 
le 1. 1" de son Histoire de Sismes, cite celles de Saint-Sauveur-de-la-Fontaine d Nimes en 
991 (p. 154;, de Saint-Genitfs dans le dioc6se de Maguelone, un peu avant 1019 (p. 159), 
de Cendras pros d'Alais vers le mi^me temps {p. 160), de Galargues en 1027 ip. 160;, 
de Sauvc en 1029 Jbidem^. Apr<^s le mutisme complet des sources sur les dpoques 
pr^c^dentes, ces fondations sont caract^ristiques. 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 21/ 

pr6occupe et de connaitre les principaux possesseurs des eglises. 
Peut-etre cet examen facilitera-t-il ensuite letude des monuments 
religieux par des rapprochements qu'il permettra d'etablir. 

La plus forte autorit^ spirituelle et la plus grande puissance 
temporelle appartiennent certainement d T^v^que d'Uzes. L'ab- 
sence de documents emp6che malheureusement de preciser d'une 
fa9on exacte quelle 6tait T^tendue de ses biens au d^but du XI* 
si6cle. De plus, la reserve observee par lui vis-a-vis des premiers 
rois Gapetiens I'empecha de solliciter d'eux des diplOmes sp6ci- 
licatifs de ses domaines ; on n'a pas gard^, d autre part, les bulles 
que vraisemblablement il obtint des papes. On nepeut done juger 
de rimportance de ses possessions que par le diplOme de 
Louis Vll, dat6 deiiSG: a cette 6poque, Teveque d'Uzes, outre 
ses droits dans sa ville 6piscopale et dans les autres parties de son 
diocese, avait, a tout le moins sous sa suzerainet6, les chateaux 
de Sabran, La Roque et Pougnadoresse (i). C'6tait au lendemain 
d'une transaction avec labbaye d'Aniane et le prieur de Goudar- 
gues, coniirmee le 2oavril ii55, et par laquelle T^veque avait 
abandonne toutes pretentions sur un certain nombre d'6glises, 
pour s assurer entre autres celles de Saint-Etienne a Fons-sur- 
Lussan, Saint-Castor, Saint-Pierre a Cavillargues et Saint- 
Vincent-de-Cros pres Cornillon (2). II eut encore, jusqu'en 11G2, 
r^glise de Saint-Em6tery, pr6s le village actuel de Chusclan, et 
1 echangea a cette date contre celle de Saint-Florent [3} ; il conclut 
un m^me echange, deux ans plus tard, avec Tabbaye de Saint- 
Andr6, auquel il abandonna T^glise de Saint-Privat a Pouzilhac (4). 
Mais il faut aller jusqu'en 121 1, ^poque de la concession d'un 
diplOme de Philippe-Auguste, qui lui assurait de tres nombreuses 
possessions, pour se rendre compte de la puissance qu'il avait su 
acquerir : lui appartenaient alors les chateaux de Pouzilhac et de 
Masmol6ne, la bastide de la Capelle, les chateaux de Tresques, 
Bord, Gicon et Venejan, le domaine de Saint-Paul-lcz-Connaux, 
[ le chateau de Cornillon, la Bastide-d'Orniols, le chateau de Ver- 

feuil, le prieure de Valsauve, les vilLie de Saint-Marcel-de- 
Carreiret, de Saint-Lau rent-la- Vernede et de Fontar^che, la 
Bastide-d'Engras, les chateaux de Saint-Andre-de-Roquepertuis 
et de La Calmette, sans compter des chateaux, prieures et domai- 

(I) A. Luchaire, Etudes sur Us aetes de Louis VII, Catalogue, n' 367. 

(2; laff^-Lowenfeld, Regesta pontijicum Romanorum, n* 10034. 

^3] GaUU Christiana, t. VI, col. 620. 

(4} Bibliolh^que d'Avignon, ms. 2466, fol. 208 ct 209^ 



2l8 MEMOIRES 

nes sis dans le reste d-e son diocese (i). Philippe-Auguste compert- 
sait done royalement I'attachement de Teveque d sa cause et les 
pertes qu'il pouvait avoir (liprouvces de la part du comte de Tou- 
louse et des Albigeois; d'autre part, le 6 mars 121S, Simon de 
Moritfort ajoutait de nouveaux droits et de nouvelles possessions, 
parmi lesquelles se trouvait Saint-Pons-la-Calm (2). 

A c6te de Teveque, le chapitrc d'Uzes faisait moins grande 
figure : c'est a peine si, d'apres quelques documents de date 
posterieure -3', on peut augurer que les eglises de Bagnols, de 
Saint-Julien-de-Pestrin, de Saint-Paulet-de-Caisson, de Saint- 
Victor-la-Coste lui appartenaient d6s le XIP si^cle. 

Les Benedictins, par contre, surtout les Clunisiens, dont le 
plus important prieure, celui de Saint-Saturnin-du-Port, leur 
venait d'une donation datee de 945 (4), avaient des domaines 
beaucoup plus ^tendus. Au prieure de Saint-Saturnin avaient 6t6 
rattaches, des I'origine, Lirac, M^zerac (5), Genesanicum (6) et des 
biens tx la Prade ou Provaison(7), Fons-sur-Lussan, Colorgues (8), 
etc., auxquels vinrent s'ajouter dans la suite les prieur6s de Saint- 
Pancraceau Pont-Saint-Esprit, de Saint-Emet6ry dChusclan(i 162), 
de Saint-Pierre-de-Castres, de la Madeleine et de Gajan ^ Tres- 
ques, de Connaux, de Saint-Paul-lez-Connaux et peut-etre de 
Saint-Georges et de Saint-Pierre a Venejan, et de Saint-Pierre 
a Saint-Etienne-des-Sorl^ (9). L'abbaye de Cluny avait encore 



(1) L. Delisle, Cdialoguc des ciclcs dc Philippe- Augustc, n* 1273. 

(2) Gallia Christiana, t. VI, pr., col. 3<j5 ; Histoire g&niralc de Languedoc, t. VIII, 
col. 6G0. 

(3) Cf. abbe Goiflbn, Dictionnaire, a chacun des noms cittis ici. 

(4) Charles de I'abbaye de Cluny '^d. Bruel), n* 724, ad ann. 948.— Cf. encore n-4219 
(an. 11^4^ et 440?^ (an. 1202). 

(5 Ferme de la commune de Saint-Paulct-dc-Caisson. 

(0) L'cntilivi avec Chiisclan par E. Germer-Durand, Diclionnaire lopographique.... 
du Gard, p. 57. M. Bru^^uier-Roure, Notions generates sur la riguerie du Pont-Saint- 
Ttlsprit, dans le t. VII du Bulletin hist, et archeol. de Vaucluse, p. 171, note 6, propose 
Vdnc^jan. 

(7) Praridnnj ou Providone \c texte des Charles de Cluny donne Pravidone): La 
Prade, ferme do la commune de Saint-Paulet-de-Caisson, d'apr6s E. Germer-Durand 
{op. cit., p. 171 ; Provai^on, commune du Pont-Saint-Espril, d'apr<>s M. Bruguier- 
Roure {ibidem, note 7\ 

(8) Colonicis. M. Brugruier-Roure {ibidem,noic 8 , a traduit par les Cluzels, I'llon du 
Cluzcl ctant mentionn^ parmi les possessions du prieur^ en i3o3. J'y verrais plut6t 
Coloryrues, quanier du lerritoire de Saint- Alexandre. 

9 Voir ci-aprjs. 2' partie de cet ouvragre, les notices de chacune de ces localities. 
— Cf. encore L. Brufruier- Route, Cartulaire de ITccuvre des iglise, maison, pant et 
h^fpitauxdu Saint-Esprit, n' in ; abb6 Goiffon, Dictionnaire, & chacun des noms. 



1 



DE LACADfc^MlE DE VAUCLUSE 219 

fe^iii eri 946, Teglise de Saint-Andre-d'Olerargues et un manse 
iriviild ^f^mnU[\)\ Ver9 9?>i ou 9S2, des immeubles d Aubarne et 
Vic sur le territolfe de Sainte-Anastasie(2) ; enfin, vers Tan mil, 
le chateau de Piolenc, de rautrc c6te de Rhone (3), au prieure 
duquel fut annexe celui de Saint-E!tienne-des-Sorts (4). En io()5, 
on lui donna meme le monastere de Goudargues (5), mais il ne 
semble pas en avoir joui longtemps. 

En dehors des Clunisiens, les Benedictins de la Chaise-Dieu, 
d'Aniane, de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Gilles \C)) et de 
Saint-Andr6 de Villeneuve, detenaient quelques domaines et 
prieures. Les deux premieres de ces abbayes eurent une longue 
querelle, qui sera racontee ci-apres, a Toccasion du monastere- 
prieure de Goudargues, qui flnalement (i 119 et 1 127) resta I'apa- 
nage d'Aniane. Aux memes religieux, en tant que possesseurs de 
Goudargues, appartinrent, dans le cours du XIP siecle, les 6glises 
de Saint-Andre-de-Roquepertuis, de Notre-Dame-de-Bondillon (la 
future Chartreuse de Valbonne, 6changee, le 10 fevrier 1204, avec 
r^glise de la Bastide-d'Orniols), Eons-sur-Lussan (7), etc. Quant 
aux moines de la Chaise-Dieu, expuls^s de Goudargues, ils ne 
conserv^rent plus de biens qu en dehors de la region qui inte- 
resse ici (8). Saint-Victor de Marseille pouvait revendiquer dans la 
Vallis Miliacensis, si difficile ^ determiner exactement (9), des biens 
au Pin (10) et des domaines a Criders (11) et Ad Ipsos Alodes (12). 



[\) Charles de radhaye de Cluny, n* 693. — Sevanis 6tait sur le territoire de Saint- 
Andr6-d*01drarerues ; le manse donn6 6tait traverse par le ruisseau du Merlanc^on. 
(a) Idem, n* 817. 
(3) Idem, n* 1987. 
,4) Voir la notice de Saint-Etienne-des-Sorts dans la 2* partie de cet ouvrage. 

(5) Charles de^Cluny, n" 34104- I 

(6) Saint-Gilles avait tx^ uni A'Cluny en 1066 (Idem, n* 3410), mais la separation se 
fit rapidement ; elle (itait accomplie en ii32 (Idem, n" 4029 et4o33\ 

(7) Iaff6-Uh\enfeld, n' 10034. 

(8) Ils eurent ainsi pendant le moyen Age, dans le diocese d'UzcJS, des prieurds A 
Barjac, Boucoiran, Cruviers, Euzet, Gattigues, Saint-Martin-des-Plans et Saint- 
Hippolyte-de-Caton. I^ fameuse abbaye de Saint-Baudile, sous les murs de Nimes, 
avait 6t«i aussi unieA la Chaise-Dieu, en 1084. 

(9) Saint- .\ndr«i-d*01erargues y est encore cumpris par le redacteur de la charte 
de 946, dejA citde. — M. E. Germer-Durand, Dictionnaire, p. i37, Tidentifie avec la 
valitie de la Tave, qui prend sa source k AmiHiat. 

(10; Cartulaire de Saint-Victor, n" 1070. 

(ir} Idem, n' 193. — Identifid par E. Germer-Durand, op, cit., p. 199, avec Saint- 
C16ment-de-Cadens, dont le prieure fut uni a celui du Pin, vers la fin du XVI« 
siecle. 

(12) Idem, n' 198. — M. E. Germer-Durand, p. 74, identifie ce lieu avec Dominar- 
gues, sur le territoire de Connaux. 



220 MEMOIRES 

Saint-Gilles avait, parait-il, le prieure de Saint-Loup-de-Servesan 
pr6s Tresques(i); Saint-Andre de Villeneuve n'eut celui de Saint- 
Privat ^ Pouzilhac qu'a partir de 1 164 (2). Tout cela finissait 
ccpendant par constituer pour les Ben6dictins un ensemble fort 
respectable. 

On a aussi attribue aux Templiers, souvent confondus avec 
les Hospitaliers, un certain nombre de domaines et de prieures ; 
mais ici rien n'est bien prouve. Bornons-nous ^ citer I'opinion 
qui inscrit dans la liste de leurs biens: Boussargues, Saint- 
Sauveur a Cornillon, Saint-Jean-d'Orgerolles a la Bastide-d'En- 
gras, Saint-Vincent a Gaujac et Notre-Dame-de Mayran (3). 

En definitive done, la plus grande partie du pays 6tait divis(^e 
entre Teveque d'Uzes et les B^nMtctins. L'un et les autres jouis- 
saient de revenus plus que suffisants pour faire face aux d^penses 
de construction ou d'entretien de leurs ^glises, et il n'y a plus ^ 
s'dtonner si route la campagne fut couverte d'une foule de monu- 
ments consacr^s au culte. 



« « 

Les (Edifices, dont il vient d'etre parld, ne r^sist^rent pas tous 
aux injures du temps et des hommes, et m^me ceux qui purent 
6chapper d la destruction n'arrivercnt pas souvent jusqu*^ nous 
dansV^tat oil les avait laiss^s le XII* si6cle. C'est qu'en elTet T^re 
des calamites n'6tait pas encore close pour les malheureux pays 
riverains du Rhone. 

Les desordres causes par Th^r^sie des Albigeois et les guerres 
qui s'ensuivirent marquerent la fin de I'^poque romane et inaugu- 
rerent des temps nouveaux, surtout par la ruine de la puissante 
maison des comtes de Toulouse. La region orientale du Lan- 
guedoc soufTrit cependant beaucoup moins que d'autres contr^es, 
telles que celles des environs de Narbonne, de Carcassonne, 
de Toulouse et d'Albi. La faiblesse et I'indolence du comte 
Raymond VI laisserent d'abord s'introduire dans ses Etats des 
bandes de brigands (4), Aragonais ou Braban9ons, qui, d6s i igS, 



(i) Abb6 Goififon, Dictionnaire, p. 3i8. 

(2) Voir la note 4 de la page a 17. 

(3) Abb(S Goiffon, a chacun des noms citds ici. 

(4) Cf. sur la question des rou tiers ^ celte 6poque H. G^raud, Les routiers ju 
Xir Steele, dans la Bibliothcque de I'^cole des Charles. 1841, p. I25. Bien que cet auteur 
signale leurs exploits d6s ii5<:), il n'a cit6 aucun fait se rapportant 4 notre region. 



DE l'aGADEMIE DE VAUCLUSE 22 f 

faisaient sentir leurs ravages (i). lis s'empar6rcnt m'^ma du cha- 
teau de Beauvoisin pres de Nimes, ou le comte de Toulouse dut 
venir les assi^ger (i 197) (2). II crut s en debarrasser en les prenant 
d sa solde, mais ces pillards commirent toutes les atrocit^s que 
Ton attribue «i lui ou aux Albigeois (3). Raymond VI, qui vecut 
de longs mois dans la s^ncSchaussee de Beaucaire, n'etait pas lui- 
m^me, il est vrai, a Tabri de tout reproche, et Teveque d'Uzes 
saura bien faire valoir plus tard, pour en obtenir une ample repa- 
ration, les dommages qu*il lui avait causes (4). II est difficile pour- 
tant de connaitre exactement ses mefaits : la tradition veut que 
ses gens d'armes aient detruit le monastere de Goudargues, le 
chateau de Gicon, et bien d'autres encore, mais il n'est rien de cer- 
tain. Le pays dut beaucoup plus souITrirdu passage des crois6s, 
qui, en juillet 1209, frayerent, le long du Rh6ne, une route 
qui devait etre trop longtemps roulee,puis de la presence des trou- 
pes de Simon de Montfort et de Raymond VII, qui se disput^rent 
Beaucaire et sa S(^n6chauss6e (I2i5-i2i6j (5). 

Le si6ge de la ville voisine d' Avignon par Louis VIII, en 1226, 
dut r^pandre des bandes de soldats dans toute la contr^e ; 
cependant le pays etait tout dispose ^ se soumettre au roi de 
France (6) : Tev^que d'Uz6s en particulier etait acquis d'avance d 
sa cause et d^tourna par sa fid61it6 un orage toujours possible. 

En somme, les d^sastres ne furent pas aussi grands que cer- 
tains auteurs se le sont imagines : en dehors des brigandages des 
routiers, qui ne sont que trop prouves et qui s6vissaient aussi 
dans tout le centre et le sud de la France, on n'a guere de docu- 
ments qui permettent d'attribuer aux Albigeois de nombreuses 
destructions dans les pays riverains du Rhone. 



^i) Menard, Uistoire de. Nistnes, t. I, p. 25o. 

(2) Idem, ibidem, p. 25 1. 

(3) Idem, ibidem, p. 25? et preuves, n»33, p. 4^, col. i ; H. G^iraud. .\fercadier, les 
routiers au Xlirsiecle, dans la Biblioth^que de I'^col^des chartes, i84i,p.438 etsuiv. — 
Le II aout I2i3, les villes d'Arles el de Nimes s'unirent en conf(id(^ration pour rdsis- 
ter aux brisrands : M6nard, 1. 1, pr., n' 40, p. 52, col. 2. 

(4) Cf. la chartc de Simon de Montfort de 1214 dcijA citi^e. — La Gallia christian j, 
t. VI, col. 624, cite, a la date du 8 aoQt 1208, des mesures defensives prises par Teveque 
pourrtisistcr aux routiers et les expulser de Collias, Montaigu, etc. 

(5) Tous ces faits sont assez connus pour que je me dispense de transcrire ici les 
ref<^rences. Pour le si^gre de Beaucaire. cf. Histoire gin&aU de Languedoc, t. VI, p. 
487 a 491. 

^6) Cf. I'hommage de Rostangde Sabran A Louis VllI, en juin 1226, pour la villa 
de Bagrnols et les chdteaux de Saint-Victor-la-Costc et Cavillargrues {Histoire gini- 
rale de Languedoc, t. VIII, col. 853). 



222 MEMOIRES 

Les malheurs de la scconde moitie du XIV" et des quarante 

premieres anndes du XV" siecle furent autrement terribles et 

laisserent autrement de ruines. lis dc^but^rent avec Tentrde des 

routiers dans le Bas-Languedoc et la prise du Pont-Saint-Espril 

(28-29 decembre i36o). On avait deja eu un avant-gout de leur 

savoir-faire par la conduitedes gens d'armes d'Arnaud de Cervolle 

en Provence, en 1 357-1 358 ; mais TArchipretre avait eu de bonnes 

raisons pour ne pas molester les su jets du roi (i). Les routiers, 

ramassis de gens de toutes les nationalites, commandes par des 

capitaines intr6pides que le traite de Brc^tigny avait laisses sans 

emploi, n'eurent pas les memes motifs de respect pour les Langue- 

dociens. Et ils le leur firent bien sentir. lis avaient saccag^ Chus- 

clan et Codolet avant Tattaque du Pont-Saint-Esprit ; quant a 

cette ville, on sait le sort qui lui fut r^serv^. C*est de la qu'ils 

rayonn^rent sur les pays voisins, semant partout la terreur et la 

desolation : les monast^res des Cordeliers de Bagnols et d*Uzes 

furent d^truits, ceux de Valsauve, Goudargues et Valbonne 

pilles et ruinds. Pour les d(^busquer, il fallut reunir une arm^e, 

que commandaient le connetable de France Robert de Fiennes 

et le marechal Arnoul d'Audrehem. Elle se concentra ^ Bagnols, 

puis a Saint-Alexandre ; mais le pays ne fut delivrc^ que lorsque le 

pape et les repr^sentants du roi eurent traite avec les chefs des 

Compagnies et achet6 leur retraite a prix d'argent (2). Helas! ce 

n'etait que le commencement d'une longue serie de calamit^s. II 

n'est pas possible ici de les ^numerer toutes : citons cependant 

quelques faits interessant plus particulierement la region bagno- 

laise. En aout i362, le Petit-Meschin, un des chefs des Grandes 

Compagnies, se trouvait encore pr6s d'Uzes, y excr^ant les rapines 

que Ton soup^onne (3). Les ennemis r^apparurent en d^cembre 

1364, et s'avanc6rent m6me, le mois suivant, jusqu'a Aramon (4) ; 

Tarm^e royale vint camper a Uz^s pour les repousser (5). Le 

(r) Voir A. Ch^rest, L'Archipretre. p. 48 et suiv. — Ce sonl sans doute des soldats 
licencies par lui qui ont etc sigrnalt^s A Nimes et dans les environs au mois d'octobre 
i358 (M(inard, t. II, p. 192). 

(2) Voir sur cette question, cntrc autres ouvragres, Ilistoirc de Languedoc, t. IX, p. 
718; t. X, p. io5 ; L. Bruguier-Roure, La guerre autour du Pont-Saint-Esprit, dans les 
Mcmoircs de I'Academie de V'aucluse. 1890, p. 96 ; 11. Denifle, /^ desolation des eglises 
pendant la guerre de Cent ans. t. Il, p. ^76 ; L.-II. Labande, L'occupation du Pont- 
Saint-Esprit par les Grandes Compagnies (i36o-i36i), dans la Revue historiqut de 
Provence, 1901, p. 79 et 14G. 

(3) M(inard, t. II. p. 237 et 239. 

(4) Idem, ibidem, p. 2»)7 A 269, 272. 

15} Idem, ibidem, pr., n* iGo, p. 2Sj. col. i. : E. Molinier, ^tude sur la vie d'Arnoul 
d'Audrehem, dans les Memoires presentis par divers savants i I'Academie des inscrip^ 
(ions et belles-lettres, 2* sdrie, t. VI, i" partie, p. 149. 



DE l\cADEMiE DE VAUCLUSE 223 

voisirlage d' Avignon et dela cour papale, point de mire des Com- 
pagiiies, et la proximity du Pont-Saint-Esprit amenerent encore 
dans le pays Bertrand Du Guesclin avec ses bandes de routiers, 
pour extorquer de grosses sommas ^ Urbain V (novembre et 
d^cembre i365)(i).L'ann6e i368revit le futur conn6table de France 
avec d'autres capitaines rancjonnant les Languedociens et faisant 
lesi^ge de Tarascon (2). On n'en finirait pas, dis-je, si Ton voulait 
seulement detainer les courses de Bernard de La Salle pr6s de 
Bagnols et Viviers en 1372 et 1373 (3), les guerres de 1374 (4), la 
r6apparition des routiers dans la s6n6chauss6e de Beaucaire en 
i38o (5), les expeditions des gens du due de Berry dans les dio- 
ceses d'Uzes et de Nimes contre les villes refusant de reconnaitre 
son autorite (i38i et i382) (6\ les soul6vements des paysans 
excedes des maux qu'ils supportaient, les crimes des Tuchins 
qui, de i382 k 1384, attaqu6rent ou saccag^rent le Pont-Saint- 
Esprit, Chusclan, Laudun, Bagnols, Saint-Gervais, Sabran, Cor- 
nillon, Montclus, Tresques, Saint-Pons-la-Calm, Cavillargues, 
Saint- Laurent-des-Arbres, ne laissant derriere eux que des 
eglises brul6es, des habitants mutil^s, des campagnes de- 
sertes (7) ; les brigandages de Raymond de Turenne, de i38g a 
r3g9(8j; les episodes de la lutte de Boucicaut, dont les troupes 
logerent pres le Pont-Saint-Esprit (9), contre les Aragonais de 
Benoit XIII enferm^s dans le palais d' Avignon (1399) ; la querelle 
des Armagnacs et des Bourguignons, qui ensanglanta les vigue- 
ries d'Uzes, de Bagnols et du Vigan (1418-1419) (10) ; le si6ge et la 
prise du Pont-Saint-Esprit par le dauphin, en mai 1420(11); la 

(I H. Denifle, I. II, p. 485. 

(2) Idem, ibidem, p. 5 10. 

(3) M6nard, t. II, p. 298, 299, 3o5. 307. 

(4) Idem, ibidem, p. 820. 

(5) Idem, t. III. p. 25. 

(6) Idem, ibidem, p. 28 A 3o. 

(7) Idem, ibidem, p. 32 d 35, 37 et surtout pt\, n* i5. p. 59 A 77 (mdmoire des consuls 
de Nimes sur les Tuchins) ; Histoire ginerale de Languedoc, t. IX. p. 910 et suiv. ; Ch. 
Portal, Us insurrections des Tuchins dans le pays de Languedoc, dans les Annates du 
Midi, 1892, p. 433, surtout p. 450 et 451 ; abW A. Durand. l^tudes historiques sur Saint- 
Laurent'des-Arbres, dans les Mimoires de VAcademie de Vaucluse, 1893, p. i85 A 188 ; 
abbd Bouzigue. L'eglise et le chdteau de Tresques, p. 36 h 38. 

(8) Histoire generate de Linguedoc, t. IX, p. 956, note 2. et p. 983. 

(9) Idem, ibidem, p. 975. 

1 10) Mdnard, t. Ill, p. 146. 147. i52. 

(II) Idem, ibidem, p. 154: Histoire generate de Languedoc, t. IX, p. 1059; t. X, col. 
2006 et 2007. lettre du dauphin pour les habitants de Bagnols. Ge dernier document 
donne quelques details int^ressants : « tant par le sejour de gens d'armes et de guerre 



224 MEMOIRKS 

reapparition desroutiers en 1426, 1428, 1430, 1432(1) ; les exploits, 
en 1432 et 1433, deRodrigue de Villandandro et de Tarm^e reunie 
par le cardinal et le comte de Foix pour soumettre Avignon et le 
Com tat au pape Eugene IV (2), etc. 

Cettesuccession deguerres contribua notablement a changer la 
physionomie d'un grand nombre de nos eglises et dut certainement 
en faire disparaitre plus d'une : suivant les instructions donnees 
par les representants du roi ou les Etats, les villes consolid^rent 
leurs fortifications et en batirent de nouvelles, les villages eux- 
mfemes s'entour^rentde solides remparts. Les Eglises, consid(^rdes 
comme le dernier refuge des habitants (on I'avait vuau Pont-Saint- 
Esprit en i36o), prirent I'aspect de forteresses : on surdleva leurs 
murailles, on ferma les ouvertures trop faciles d'acces, des defen- 
seursfurent installes dans des appartements pratiques au-dessus 
des absideset ^clair^spar des meurtri^res, desguetteurs veillerent 
sur les grosses tours qui furent ^difie^es pour servir de clochers, 
etc. Ces transformations s'efTectu6rent surtoutentre i36o et i38o; 
c*est d'ailleurs T^poque ou furent construits ou augmentes pres- 
que tous les murs d'enceinte des villes, bourgades et villages de la 
region, depuis Avignon, Carpentras, Nimes, Alais, Uzes, le fort 
Saint-Andre d Villeneuve-lez- Avignon, Bagnols (3), etc. On peut 
citer, parmi les Eglises qui ontetefortifiees acette occasion, celles 



et de leurs chevaulx, qui s'est fait en lad. ville de Baignolz par I'espace de neuf 
scpmaines ou environ, pour la recouvrance et reduction de la ville du Pont Saint 
Esperit, et aussi des al6es et chevaulchdes... icelle ville de Baig-nolz... est depopulde 
et comme inhabit^e en la plus grant partie d'icelle, telement que en lad. ville, qui 
souloit estre une des riches et plus fertiles du pais, on n'y puet a present trouver que 
vivre. » 
(i) M6nard, t. Ill, p. i6a A 179. 

(2) Cf. J. Quicherat, Rodrigue de Villand rando, p. 85, 97 A 99 ; F. de Grailly, RevoUe 
des Avignonais et des Comtadins contre le pape Eugene IV et, leur soumission par le 
Ugat Pierre de Foix, dans les Memoir es de I'AcaJemie de Vaucluse, 1897, p. 324. 

(3) A Bagnols, d^s le 21 Janvier 1862, on se prcioccupait de rem^dier d Tinsuffisance 
des fortifications et le conseil de ville prenait des mesures en consequence (Archives 
municipales, BB i.; en mars i365, des impo^tions 6taient mises sur les habitants, 
sur I'ordre du mar6chal d'Audrehem, pour les m^mes travaux {Idem, GG 8 . On a 
encore conserv<i dans les archives (BB 4) I'ordonnance du 26 ftivrier i368 sur les forti- 
fications et leur garde. Enfin, M. Deloye a public un ^claircissement sur un devis et 
marchi concernant la construction d'une tour des remparts de Bagnols en i368, dans la 
Revue des Socieles savantes, 4* S(irie, t. II ;i865), p. 261. II s'agit de I'ancienne porte, 
dite du Posterlon, qui est figun^e p. 195 du Bagnols en 1787 de M. L(ion Al^gre. -- Un 
ancien inventaire des titres de la maison de Gaderousse (Archives ddpart. de Vau- 
cluse, fonds de Gaderousse, E 4) signale, A la date de 1379, une commission du roi 
pour batir les murailles de Codolet et taxer les habitants de ce lieu i I'effet de payer 
^a ddpense. 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 225 

deGoudargues{i), Saint-Andrt^-de-Roquepertuis, Saint-Marcel-de- 
Carreiret, Saint-Laurent-des-Arbres, Tresques, peut-etre Codolet, 
Orsan, Connaux, et un peu plus tard la chapelle de Saint-Jean 
d'Orgerolles. 

En meme temps, les religieuses et les moines, dont les cou- 
vents furent surpris par les premieres invasions, durent abanr 
donner la campagne et se retirer d Tabri des remparts des viHes 
voisines. C'est le sort qui dchut aux Cordeliers de Bagnols, 
d'Alais et d'Uz6s, aux B^nMictines de Valsauve et de Fours pr6s 
de Villeneuve-lez- Avignon, aux Cisterciennes de Notre-Dame-de- 
Fons pr6s d'Alais, et A bien d'autres encore. Le pays, nagu6re si 
riche et si peuple, ne presentera plus que Taspect d'une cam- 
pagne d^sol^e, h6rissee de chateaux et de forteresses, grandes 
ou petites (2). 

La seconde moitic du XV*si6cle et la premiere moiti6 du XVP (3) 
panserent les blessures que ces horribles temps avaient faites. 
Mais alors commenc6rent ces ^pouvantables guerres de religion, 
qui dans les dioc6ses de Nimes et d'Uz6s caus6rent, pendant pr6s 
de 70 ann6es, des maux inouis. Elles dur^rent en effet, plus ou 
moins latentes et plus ou moins atroces, d'un c6t6 comme de Tau- 



.0 C'est avec quelque hesitation que j'incris I'dglise de Goudargues dans cette 
liste, car il n'est pas d^montrd, au contraire, qu'elle 6tait auparavant d^pourvue de 
tout moyen de defense. 

(2I Un exemple typique de la desolation du pays est donne par la charte de fon- 
dation de I'ermitage de Carsan (1424): « Considerantes quod locus ille predictus de 
Carsano, propter carentiam personarum, efiFectus est desertus et inhabitabilis, ecclesia 
etclaustrum prefatum sunt tota in ruinam constituta...» {Gallia Christiana, t. VI, pr., 
col. 309). — Voir encore les documents publics par le R. P. H. Denifle, La desolation, 
t. I, p. 255, 256, n" 564 a 566 (le n' 564 est relatif A I'union de regfise aujourd'hui 
ruin^e de Saint-Martin c de Juniquerio » pr6s de Pouzilhac, d la cathddrale d'Uz6s). 

(3 II est curieux de comparer, d'apris les roles des ddcimes imposes sur le dio- 
cese d'Uz6s, rimportance des difiFerents prieurds de la region au commencement du 
XVI' si6cle. En i5i6, le prieur de Carsan diait tax^ A 4 livres, celui de Bagnols A 3o, de 
Cavillargues d i3, de Saint-Marcel-de-Carrciret A 10, de Cornillon A 11 et 10 sous, de 
Colombiers d 2, de Saint-Laurent-de-Carnols d 6, de Codolet d. 8 livres et 4 sous, de 
Cadenet d i livre, de Chusclan d 10 sous, de Fontar^che A 7 livres 10 sous, de Gou- 
dargues A 25 livres (le vicaire A 5 sous, I'infirmier A i livre, le sacristain A i livre et 
I'ouvrier A 2 sous), de Gaujac A 7 livres, de Saint- Laurent-la- Verndde A 4, de Laudun 
A 20 (le vicaire A i5), de Saint-Loup-de-Servezan A 5, de Mayran A 3, de Saint-Nazairc 
A 4, d'Orsan A 6, de Saint-Pons-la-Calm A 5, le vicaire de Saint-Julien-de-Pestrin A 2, 
le prieur du Pin A 2, de Pouzilhac A 11 'le vicaire A 10 sous), de Saint-Andrd-de-Roque- 
pertuis A 6, de Connaux A 14, de Saint-Etienne-des-Sorts A 8 (le vicaire A 5 sous>, de 
Sabran A 6. de Tresques A 14 le vicaire A6.de Saint-Victor-la-Goste A 18, de Vdndjan 
A 6; I'abbd de Chambon, pour Maransan, T^tait A 12 (Bibl. d'Avignon, ms. 3149, fol. 
1 15 et suiv.). — La mSme Bibliothtbque posside encore dans le ms. 2765, fol. 81 et 
suiv., les cotisations des m6mes prieurs et vicaires pour i555. 



226 



MEMOIHES 



tre, de i562 a i63o, pour reprendre dans les premieres annees du 
XVIIP si^cle, avec une aprete encore plus redoutable. Les reli- 
gionnaires s'attaquerent non seulement aux personnes, mais 
aussi beaucoup aux monuments religieux, qu'ils pillaient, incen- 
diaient et d^truisaient. II n'entre pas dans le plan de cet ouvrage 
de detainer les ev6nements qui ont donn6 lieu ^ toutes ces devas- 
tations (i). Que Ton se rappelle seulement que les protestants de 
Bagnols, dejd organises en 1640 (2) et encourages par Teveque 
d'Uzes, Jean de Saint-Gelais, sectateur de la Reforme des 1546 (3), 
eurent ^ coeur de suivre aussitOt les exemples donnes par ceux de 
Nimes et d*Orange, en fermant les eglises et les chapelles, ou en 
brulant les reliques et les images (i56oet i56i) ; que Ton relise 
les exploits de Parpaille, du baron des Adrets et de leurs parti- 
sans au Pont-Saint-Esprit, A Chusclan, ^ Saint-Laurent-des- 
Arbres, A Bagnols et ^ Cornillon (i562-i563) ; les meurtres et les 
pillages commis a Bagnols, Laudun, Orsan, Pont-Saint-Esprit 
(6glise de Saint-Saturnin detruite, archives du prieure bruises), 
Saint-Laurent-des-Arbres etTresques, de iSGy a 1569; '^^ courses 
de Tarm^e des princes, conduite par Coligny dans le Bas-Langue- 
doc, en iSyo; les d^sastres subis par Bagnols, Cavillargues, Cor- 
nillon, Sabran, La Roque, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint- 
Laurent-la-Vernede, Saint-Marcel-de-Carreiret, etc., de 1572 a 
1576; les operations des ligueurs, des protestants et de Tarm^e 
royale, qui se disputaient la possession du pays, au grand dam 
des habitants (4) ; le siege de Laudun, en juillet i588 (5), et la prise 
de Tresques, Gonnaux et Orsan ; les revokes de 1620 a 1629, qui 
eurent pour consequence la demolition de la cathedrale d'Uzes, 
deschMeaux de Bagnols, Sabran, Gaujac, Qic, et que Ton pense 
4 toutes les souffrances qui en resulterent et 4 toutes les ruines(6) 
qui s'accumuierent ! 

(i) Sur les guerres de religion dans le pays, voir rexcellent rt^sum^ qui en a 6t6 donn6 
par M. rabb6 A. Durand, Etudes historigues sur Saint-Laurent-des-Arbres, dans les 
Mimoires de I'Acadimie de Vaucluse, 1893, p. 191.— Pour la documentation de tout ce 
qui est rapportd ci-apr6s, voir Histoire generate de Languedoc, t. XI et XII. 

(2) Histoire generate d2 Languedoc, t. XI, p. 73. 

(3) Idem, t. XII, p. 73. 

(4^ Veut-on avoir une id6c de la situation des catholiques en ce moment, qu'on Use 
le proc6s-verbal de I'assembl^e du clerg-^ du diocese d'UzCis r(iunie k Valabr6gue, en 
i58i, et dissoute sans avoir d^Iibdre. « pour estre les pretres vacants et absents du 
diocdze ; le service divin n'est restably en la ville d'Uz^s... ny en la pluspartdu reste 
denostre dioc^ze, excepts le long du Rosne. » (Archives dispart, du Gard, H452J 

(5) Cf. rinscription relative d ce si6ge, publi^e par E. Germer-Durand, Decouvertes 
ArchiologiqueSy dans XQ^^Mimoires de VAcadimie du Gard, 1875, p. i53. 

(6^ L'dglisede Saint-Julien-de-Pestrin, sur le territoire de Bagnols, dutStre rebAtie 



bE l'academie de VAircLusE 227 

Des i632, on put respirer un peu mieux, jusqu'^ la fin du 

XVII^si^cle (i); mais ni la revocation de I'edit de Nantes ni les 

odieuses dragonnades n'avaient resolu la question des protes- 

tants. D'ailleurs, les Camisards se chargerent, en 1702 et dans les 

i ann^es suivantes, de ramener Tattention sur eux. Des cris de 

m 

douleur s'elev6rent encore de toutes les parties du diocese d'Uz6s, 
oil de nouveau les habitants 6taient 6gorg(^s sans pitid et les 
eglises incendi^es et d^truites. Cavillargues, Fontar^che, Saint- 
Laurent-Ia-Vern6de, Goudargues, Saint-Andre-de-Roquepertuis, 
Verfeuil, 6prouverent la rcdoutable visite des religionnaires, pen- 
dant que tousles bourgs et villages voisins se hataient de r^parer 
ou de relever leurs remparts. dont ils n'avaient pas 6t6 eloign^s 
de meconnaitre Tutilit^ (2). 

J'en ai assez dit. Pour mesurer compl^tement T^tendue du 
d^sastre, il faudrait des 6tats de situation des eglises apr6s chacune 
des guerres civiles, il serait n^cessaire d'avoiren main les visites 
pastorales entreprises par les ev^ques d'Uz6s. Ces pr^cieux docu- 
ments paraissent avoir 6t6 d^truits. On en a conserve quelques- 
uns pour le dioc6se de Nimes : il n'y est question que de chapelles 
abandonnees, d'^glises ruin^es, d'oratoires disparus : ce sont 
autant de lamentables necrologes (3). 

La Revolution epargna gen^ralement les anciens edifices reli- 
gieux de la region (4) ; mais, par contre, le XIX' siecle aura a se 
reprocher d'en avoir abattu peut-etre autant ^ lui seul que tous les 
siedes precedents. Stimuli par de pieux eveques, le clerg6 du Gard 
s'est, depuis une cinquantaine d'ann6es, pr6occupe d'elever des 

en i6o5. Mais combien d'autres n*ont pas 6t& relevdes et dont le souvenir n 'est plus 
conserve que par des pieces d'archives I L'^glise de Saint-Geni6s & Laudun parait 
avoir 6t6 ddtruite A cette 6poque. Toutes les chapelles sur le territoire deCornillon, 
aujourd'hui disparues, ont dQ etre aussi ruinees par ces guerres de religion. Qui sait 
si celle de Saint-Th^odorit 4 Bagnols n'a pas dtd renvers^e ^ la mfime occasion ? Et 
Saint- Denis, Saint-L^ger, Saint-Est^veA Laudun? Et Saint^Privat 6l Pouzilhac? etc. 

(i) 11 y cut encore cependant bien des troubles et quelques Eglises pilldes et d6- 
molies dans le dioc6se par les protestants ^cf. archives depart, du Gard, G i23 } 
C 1223, 1227), 

(2) Connaux cmprunta 5<x)livres, le 18 novembre 1703, pourreparer ses murailled 
(Idem, C 1293) ; Laudun, 800 pour la mfime cause, en 1702 {Idem, ibidem); Saint- 
PauIet-de-Caisson faisait travaillcr aux siennes en 1702 et 1704 {Idem, C 1309 et i3o7\ 
etc. Bagnols fit^galement reconstruire une partie de ses remparts en 1704 ^L. A16gre, 
Bagnols en 1787, p. 7). 

{3) Cf. les visites pastorales de if.n (Idem, G 1297), 1659 {G 1298}, 1664 (Ibidem), 1674 el 
1677 (M6nard, Histoire de Nismes,t. V, pr., p. 3, n' iii.) 

(4) 11 y eut cependant quelques destructions, ne serait^ce que les voOtes des ^gli$e9 
de Laudun et de Goudargues^ 



228 MEMOIRES 

monuments plus somptueux que ceux qui lui avaient 6t6 I(!!gues 
par le pass^. Malheureuscment, il ne s'est pas contents d'c^difler: 
il a beaucoup d^moli, sans avoir 6gard aux souvenirs qui s'atta- 
chaient aux Vieux murs qu'il renversait. Cela a ei6 Ic cas pour les 
(iglises de Cavillargucs, Codolet^ Gaujac, Gaussargues (hameau 
de Goudargues), la Bastide-d'Engras^ Orsan, Saint-Marcel-de- 
Carreiret, Saint-Nazaire, Saint-Paulet-de-Caisson, Saint-Pons-la- 
Calm, Verfeuil ; plus heureuses, celles de Carsan, du Saint- 
Sepulcre a Cavillargues, de Colombiers, Connaux, Le Pin, 
Saint-Alexandre, Saint-Etienne-des-Sorts, Saint-Gervais, Saint- 
Paul-lez-Connaux et Tresques ont pu conserver quelques-unes 
de leurs parties anciennes, apr6s avoir eprouve toutefois des 
pertes irreparables. 






A ce chapitre il n'est pas besoin de conclusion. Les faits qui 
ont et6 esquisses, aussi brievement qu'il a ete possible, ont 
montrci au milieu de quelles tempetes s'est elTectu6 le naufrage 
de I'antique civilisation, dans quel abime de desolation furent 
plong^s les habitants de ces malheureux pays. Leur etait-il pos- 
sible, au milieu de tant de barbaric, de songer a batir les magni- 
tiques monuments que certains auteurs ont voulu leur attribuer ? 
Je ne le pense pas. Leurs sentiments artistiques n'ont pu se 
d^velopper que dans une atmosphere propice a leur eclosion ; 
c'est seulement lorsqu'ils ne furent plus traqu^s comme des 
animaux, c'est seulement lorsqu'ils se sentirent assures d'une 
longue tranquillity, qu'ils se mirent a I'oeuvre. 

A peine avaient-ils, avec une activite des plus fdcondes, couvert 
le sol de leurs beaux Edifices, qu'ils eurent d combattre de nou- 
veaux ennemis. La guerre des Albigeois clot ^ peu pr6s la der- 
niere periode des temps romans, sans cependant que la cessation 
des hostilities ait et6 le signal de depart d'un art nouveau. Les 
anciennes traditions romanes subsisterent en ellet pendant de 
longues annees encore. 

D'ailleurs, les architectes ne venaient-ils pas d'elever un 
nombre de monuments vraiment prodigieux? Aussi bien, de 
quoi faut-il s etonner le plus, ou de cette production extraordi- 
naire, ou de la survivance des edifices venus jusqu*a nous, ^ tra- 
vers tant de calamites, de ruines et de restaurations? 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 229 



CHAPlTREill. 



Caracteres generaux 

DES MONUMENTS RELIGIEUX DE LA REGION DE BaGNOLS 

ANTERIEURS AU XIIl' SIECLE. 

Ces monuments appartiennent tous, il est ^ peine besoin de le 
dire, ^ cette 6cole proven^ale, a laquelle M. R6voil a consacr6 son 
bel ouvrage sur Y Architecture romane dii Midi de la France : 
Provence et Bas-Languedoc ont leurs Edifices batis sur les 
mdmes plans, avec les m^mes materiaux et avec la m6me deco- 
ration. Le Rhone, qui coule entre ces deux provinces, n'a pas etabli 
de separation entre elles. Sans doute, dans la vaste 6tendue ou 
M. R^voil a pris ses exemples, on pourrait reconnaitre certains 
proc6d6s qui les diflerencient et par cons(^quent subdiviser la 
grande cicole provengale en petitesecoles locales. Celle a laquelle 
se rattacheraient les architectes et artistes de notre region, com- 
prendrait les anciens dioceses d'Uz6s, de Nimes, d'Avignon, 
d'Orange, de Carpentras, etc. Iln'yapas lieu d'en tracer ici les 
limites : ce sera peut-etre le sujet d'un autre ouvrage. 

I. — Plan. 

Aux (ipoques gallo-romaine et merovingienne, on le sait dejd, 
des chapelles rurales ont ct6 (^levees un peu partout dans la partie 
Nord-Est du diocese d'Uz^s. Ces constructions primitives, faitcs 
sans doute pour la plupart avec des materiaux grossiers(i), ont 
disparu peu d peu, d'abord aux XI" et XIP siecles, puis dans les 
temps plus modernes : il n'en reste plus que des souvenirs ou 
des motifs de decoration 6pars 9a et la. C'est tout au plus si Ton 
serait en droit de faire remonter a la fin des temps m6rovingiens 

(i) Voir dans Imbart de la Tour, op. cii. (Revue historique, t. 63, p. 3? et note 4), la 
description de ces ^glises avec quelques textes signalant leu r miserable constructipn^ 



23o MEMOIRES 

la chapelle de Saint-Jean-de-Rousigue, sur le Camp-de-C^sar de 
Laudun ; mais cet unique Edifice semble presenter trop de singu- 
larit^s pour permettre des deductions d'un ordre g6n6ral. 

Beaucoup moins rares sont les 6glises de T^poque carolin- 
gienne. On en a conserve de curieux specimens, plus ou moins 
alt6r6s il est vrai, ^ Saint-Michelet et ^ Caseneuve de Goudargues 
et sur le territoire de Gaujac pour les temps les plus anciens, 
et pour la p^riode plus voisine du XI" si6cle ^ Saint-Pierre pres 
Venejan, ^ Saint-Andr<^-de-Roquepertuis et d Saint-Martin-de- 
Jussan. Des substructions ou parties carolingiennes se retrouvent 
encore a plusieurs autres chapelles, telles que Saint-Victor-de- 
Castel, Maransan, Boussargues, etc. On n'est done plus ici dans 
I'inconnu. 

Mais, d^autrepart, le plan, saufd Saint-Michelet de Goudargues, 
ne se difKrencie pas notablement de celui de la veritable p6riode 
romane. II est loisible, par consequent, de ne pas etablir de dis- 
tinction d cet 6gard entre les edifices anterieurs d I'an mil et ceux 
qui ont ete batis apres cette date. 

Les plans adoptes pour les uns comme pour les autres ren- 
trent dans trois categories, qui ont pour elements communs 
une voute en berceau sur la nef et une voute en cul-de-four sur 
Tabside plus basse : 

r Les eglises et chapelles composees seulement d^une nef et 
d'une abside. Ce sont les plus frequentes et les plus simples. 

2° Celles qui presentent une travee formant choeur entre la 
nef et Tabside. Elles sont assez rares. 

3° Enfin, celles qui, au lieu de choeur, possedent un transept 
avec coupole eievee sur le carre et absidioles s'ouvrant sur les 
croisillons. 

En regie generale, il n'existe pas de bas-c6tes : dans toute la 
region on n'en rencontre qu'd un seul endroit, d Saint-Andre-de- 
Roquepertuis. 

Nef. — La nef de ces edifices, qu'ils soient de la premiere, de 
1 a seconde ou de la troisieme categoric, se compose rarement 
d'une seule travee (Saint-Michelet de Goudargues, Saint-Sepulcre 
d Cavillargues, Saint-Pierre d Saint-Etienne-des-Sorts) ; dans la 
plupart des cas elle en a deux (i) (Saint-Martin-de-Saduran, Ma- 
ransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues, Boussargues, etc.), - 
quelquefois trois (Chusclan, Saint-Jean-d'Orgerolles), ou quatre 

(i) Leurs dimensions ne sont pas forcdment dgales^ 



DE l'academie DE VAUCLUSE 23 1 

(Connaux,Colombiers). Chacune d'elles est decor^e de grands arcs 
lat^raux le plus souvent simples, parfois doubles (Saduran, Saint- 
Andre pr^s Connaux), qui permettent de diminuer de toute leur 
largeur Tepaisseur des murs lateraux ; elles sont separees par des 
doubleaux, que contrebutent au dehors de puissants contreforts; 

Chceur. — Les trav6es formant choeur avant I'abside sont gtnt- 
ralement moins longues que celles de la nef ; leur voute est 
quelquefois aussi plus basse (Saint-Pierre-de-Castres) ct sup- 
portde a ses deux extr6nriitd*s par deux doubleaux (Saint-Jean-de- 
Rozilhan, eglise paroissiale de Goudargues, Saint-Martin pr6s 
de Saint-Victor-la-Coste, etc.). D'ordinaire il n'existe pas d'arc le 
long des murs lateraux : on trouve cependant un exemple du 
contraire a Saint-Pierre-de-Castres, ou cette trav^e a Tapparence 
d'un transept rudimentaire, dont les croisillons seraient formes 
par deux arcatures profondes faisant saillie au dehors. A Saint- 
Victor-de-Castel, le choeur, dont la voute a disparu, est tout a fait 
anormal ; il est d'abord beaucoup plus etroit que la nef et ses 
murs lateraux se rapprochent encore Tun de Tautre par des 
ressauts successifs. 

Dans les eglises et chapelles des deux premieres categories 
dnoncees ci-dessus, labsidc, s'ouvrant directement sur la nefou le 
choeur, a sa voute plus basse que celle de la travee voisine: 
au-dessus de son arc d'ouverture, simple ou plus souvent double, 
s'el6ve done le mur triomphal, toujours perc6 d'une fen^tre ^ 
I'epoque romane. 

Transept. — Le choeur est remplace par un transept dans 
plusieurs monuments, tels que ceux de Connaux, Saint-Vincent 
a Gaujac, Saint-Genies a Laudun, Saint-Etienne-des-Sorts, 
Notre-Dame-de-Mayran et Notre-Dame-de-Tresques. A remar- 
quer, qu'a I'exception de Saint-Vincent et de Mayran, ces editices 
sont tous des Eglises paroissiales. Avec les bras de leur transept, 
sur lesquels ne s'ouvraient jamais de bas-cotes a T^poque ro- 
mane, ils presentent done I'aspect d'une croixlatine. 

La partie centrale du transept, delimitec ordinairement par 
quatre arcs simples ou doubles, n'est pas toujours de forme 
carree ; elle est plus large que longuc a Saint-Etienne-des-Sorts, 
comme d'ailljurs a Saint-Laurent-des-Arbres, a Notre-Dame- 
des-Doms d'Avignon et ci d'autres endroits. Pour ramener ce 
rectangle au carr6, deux autres arcs tr^s 6pais ont 6t6 accoles aux 



23o MEMOIRES 

la chapelle de Saint-Jean-de-Rousigue, sur le Camp-de-C6sar de 
Laudun ; mais cet unique edifice semble presenter trop de singu- 
laritds pour permettredes deductions d'un ordre g6n6ral. 

Beaucoup moins rares sont les eglises de T^poque carolin- 
gienne. On en a conserve de curieux specimens, plus ou moins 
alt^res il est vrai, a Saint-Michelet et a Caseneuve de Goudargues 
et sur le territoire de Gaujac pour les temps les plus anciens, 
et pour la p6riode plus voisine du XP si6cle a Saint-Pierre pres 
Ven^jan, ^ Saint-Andr6-de-Roquepertuis et a Saint-Martin-de- 
Jussan. Des substructions ou parties carolingiennes se retrouvent 
encore ^ plusieurs autres chapelles, telles que Saint-Victor-de- 
Castel, Maransan, Boussargues, etc. On n'est done plus ici dans 
I'inconnu. 

Mais, d'autrepart, le plan, sauf^ Saint-Michelet de Goudargues, 
ne se difKrencie pas notablement de celui de la veritable p6riode 
romane. 11 est loisible, par consequent, de ne pas etablir de dis- 
tinction k cet 6gard entre les edifices anterieurs A Tan mil et ceux 
qui ont ete batis apres cette date. 

Les plans adoptes pour les uns comme pour les autres ren- 
trent dans trois categories, qui ont pour elements communs 
unevouteen berceau surlanef et une voute en cul-de-four sur 
Tabside plus basse : 

r Les eglises et chapelles composees seulement d'une nel et 
d'une abside. Ce sont les plus frequentes et les plus simples. 

2" Celles qui presentent une travee formant choeur entre la 
nef et Tabside. Elles sont assez rares. 

3" Enfln, celles qui, au lieu de choeur, possedent un transept 
avec coupole eievee sur le carre et absidioles s'ouvrant sur les 
croisillons. 

En regie generale, il n'existe pas de bas-c6t6s : dans toute la 
region on n'en rencontre qu'^ un seul endroit, 4 Saint-Andre-de- 
Roquepertuis* 

Nef. — La nef de ces edifices, qu'ils soient de la premiere, de 
1 a seconde ou de la troisieme categorie, se compose rarement 
d'une seule travee (Saint-Michelet de Goudargues, Saint-Sepulcre 
a Cavillargues, Saint-Pierre ^ Saint-Etienne-des-Sorts) ; dans la 
plupart des cas elle en a deux (i) (Saint-Martin-de-Saduran, Ma- 
ransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues, Boussargues, etc.), • 
quelquefois trois (Chusclan, Sain t-Jean-d'Orgerol les), ou quatre 

(i) Leurs dimensions ne sont pas forcdment ^gales^ 



DE l'academie DE VAUCLUSE 23 1 

(Connaux,Colombiers). Chacune d'elles est d6cor6e de grands arcs 
lat^raux le plus souvent simples, parfois doubles (Saduran, Saint- 
Andr^ pres Connaux), qui permettent de diminuerde toute leur 
largeur Tepaisseur des murs lateraux ; elles sont separees par des 
doubleaux, que contrebutent au dehors de puissants contreforts: 

Chceur, — Les trav6es formant choeur avant I'abside sont g6n6- 
ralement moins longues que celles de la nef ; leur voute est 
quelquefois aussi plus basse (Saint-Pierre-de-Castres) ct sup- 
portde a ses deux extremites par deux doubleaux (Saint-Jean-de- 
Rozilhan, dglise paroissiale de Goudargues, Saint-Martin pr6s 
de Saint-Victor-la-Coste, etc.). D'ordinaire il n'existe pas d arc le 
long des murs lateraux : on trouve cependant un exemple du 
contraire a Saint-Pierre-de-Castres, oil cette trav^e a I'apparence 
d*un transept rudimentaire, dont les croisillons seraient formes 
par deux arcatures profondes faisant saillie au dehors. A Saint- 
Victor-de-Castel, le choeur, dont la voute a disparu, est tout a fait 
anormal ; il est d'abord beaucoup plus etroit que la nef et ses 
murs lateraux se rapprochent encore Tun de Tautre par des 
ressauts successifs. 

Dans les eglises et chapelles des deux premieres catc^gories 
enoncecs ci-dessus, I'abside, s'ouvrant directement sur la nef ou le 
choeur, a sa voute plus basse que celle de la travee voisine: 
au-dessus de son arc d'ouverture, simple ou plus souvent double, 
s'el6ve done le mur triomphal, toujours perc6 d'une fenetre a 
r^poque romane. 

Transept. — Le choeur est remplace par un transept dans 
plusieurs monuments, tels que ceux de Connaux, Saint-Vincent 
a Gaujac, Saint-Genies a Laudun, Saint-Etienne-des-Sorts, 
Notre-Dame-de-Mayran et Notre-Dame-de-Tresques. A remar- 
quer, qu'a Texception de Saint-Vincent et de Mayran, ces editices 
sont tous des Eglises paroissiales. Avec les bras de leur transept, 
surlesquels ne s'ouvraient jamais de bas-c6tes ^ I'^poque ro- 
mane, ils presentent done I'aspect d'une croixlatine. 

La partie centrale du transept, delimitee ordinairement par 
quatre arcs simples ou doubles, n'est pas toujours de forme 
carree ; elle est plus large que longuc a Saint-Etienne-des-Sorts, 
comme d'aill^urs a Saint-Lauren t-des-Arbres, d Xotre-Dame- 
des-Doms d'Avignon et ci d'autres endroits. Pour ramcner ce 
rectangle au carr6, deux autres arcs tr6s 6pais ont 6te accoles aux 



232 MEMOIRES 

arcs lat^raux, et ont rachete la dilT6rence entre la largeur et la 
longueur. A Saint-Etienne-des-Sorts on s*est contents de vouter 
en aretes le carre ainsi obtenu ; mais partout ailleurs on a etabli 
dans chaqueencoignure destrompes en cul-de-four, afin d'obtenir 
un octogone facile ^ transformer en cercle, puis on a couvert le 
tout d*une voute en forme de calotte h6mispherique. Quelquefois 
elle est dc^corcie plut6t que soutenue par des bandeaux ou des ner- 
vures plates ou rondes, comme a Tresques et a Saint-Laurent- 
dcs-Arbres. 

Les croisillons ou bras du transept sont voutes en berceau ; 
parfois de grandes arcades en decorent, a I'interieur, la mu- 
raille occidentale (Saint-Genies ^ Laudun) ou le mur de fond 
Connaux), mais toujours ils pr^sentent, tourn^es vers Test, des 
absidioles s'ouvrant avec une ou deux archivoltes. Ces absidioles 
ont ordinairement une forme demi-circulaire au dedans comme au 
dehors, et dans ce cas, elles sont vout^es en cul-de-four (Saint- 
Genies a Laudun, Saint-Vincent a Gaujac, etc.). On en voit aussi 
qui sont rectangulaires a I'interieur et arrondies au dehors (Con- 
naux, Saint-Andr6-de-Roquepertuis) ; elles sont, par consequent, 
voutees en berceau, comme si elles n'etaient que des arcatures 
profondes, D'autres encore, sur plan demi-circulaire ou rectangu- 
laire, sont comprises dans T^paisseur des murs et leur forme 
ne s'accuse pas a Texterieur (Saint-Etienne-des-Sorts, Tresques). 

Bas-cotes. — Une seule eglise possede des bas-c6tes remontant 
a Tepoque romane : c'est celle de Saint-Andre-de-Roquepertuis. 
Chose curieuse, elle n'a pas de transept : la nef, compos^e de 
deuxtravees, communiquait jadis (elle a ete depuis remaniee; 
avec les bas-cOtes par de larges ouvertures pratiquees sous ses 
arcs lateraux. La voute, un peu moins haute que la voute cen- 
tralc, semble avoir ci6 aussi en berceau et supportee au milieu 
par un doubleau. Deux absidioles rectangulaires, voutees en 
anse de panier, ont ete baties ^ Test, dans Taxe de ces nefs lat^rales. 
L'eclairage de Teglise se fait par des fen^tres perches dans le 
mur gouttereau du sud et dans la facjade occidentale. En somme, 
tout cela est assez anormal et ce plan est d'une insigne rarete. 

Ahsidc. — Les absides, qu'elles soient pr^c^dees ou non de 
choeur ou de transept, sont toutes voutees en cul-de-four. Elles 
sont en grande majorite sur plan demi-circulaire, quelquefois 
barlong (Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac, Saint* 
Pierre-de-Castres). Cependant la chapelle la plus ancienne de leL 



DE l'academie DE VAUCLUSE 233 

region, Saint-Michelet a Goudargues, possede une abside rectan- 
gulaire, que couvre encore une voute en cul-de-four, port^e dans 
les angles sur des encorbellements. Le constructcur carolingien 
de Saint-Jean-de-Rozilhan a aussi construit une abside rectangu- 
laire, mais il la voutee en berceau. La forme pentagonale ne 
s'est presentee que post^rieurement, peut-6tre a la fin du X" siede 
(je ne Tassurerai pas) avec Saint-Victor-de-Castel ; on la trouve 
plus certainement au XI' avec Saint-Andre-de-Roquepertuis, 
Saint-Etienne-des-Sorts, et au XIP avec I'^glise paroissiale de 
Goudargues. 

L'arc d'ouverture de Tabside se trouve le plus souvent en 
arri^re et au-dessous de Tare triomphal. 11 n'est pas rare de le 
voir, ainsi que cette nervure, etabli en tiers point, par exemple ^ 
Saint-Martin-de-Saduran, a Maransan, au Saint-Sdpulcre pr^s 
Cavillargues, a Saint-Andr6 pres Connaux, a Goudargues, Saint- 
Pierre-de-Castres, Colombiers, etc. 

Les absides demi-circulaires sont en g6n6ral d6pour\-ues de 
toute complication architecturale. Elles sont tr6s rarescelles dont 
les murs sont d6cor6s d'arcatures et de colonnettes ou de pias- 
tres A rintc^rieur et ^ Texterieur ; on pourrait meme dire qu'elles 
ont emprunte ce syst^me d'ornementation aux absides polygo- 
nales, qui, elles, le presentent ordinairement (sauf a Saint-Victor- 
de-Castel), si la chapelle carolingienne de Saint-Pierre-de-V^n^jan 
ne le possedait deji\ avec une abside demi-circulaire. 

Pour les complications du plan int^rieur de Tabside, aucune 
regie ne peut 6tre formulee: tantot ce sont deux sc^ries super- 
posees d'arcatures peu profondes et separees par des colonnes 
engag^es, comme a Goudargues ; tantot ce sont des arcs simples 
retombant sur les chapiteaux de colonnettes [Saint-Gervais, Saint- 
Pierre-de-V^nejan), ou des arcs doubles, dont les plus 6troits 
reposent sur des encorbellements (Saint-Andre-de-Roquepertuis); 
tantot ce sont de petites absidioles voutees en cul-de-four, s'ou- 
vrant au nombre de trois (Saint-Martin pres de Saint-Victor) ou de 
cinq (Saint-Etienne-des-Sorts; sur le pourtour de la grande abside* 
II y a done presque autant de variett^s que d'exemples. 

Les rares d(^corations qui existent aux murs exterieurs n'inte- 
ressent pas le plan; on les examinera plus loin lorsqu'il sera 
question de Tornementation. 

Crypies. — Elles sont assez rares dans les monuments du Midi 
de la France, mais surtout dans les chapelles rurales* On peut en 



234 MEMOIRES 

signaler pourtant deux dans les environs de Bagnols : la pre- 
rti6re, a Saint-Jean-de-Rousigue sur le Camp-de-C6sar, remontait 
a une epoque-tout a fait primitive, mais elle a compl6tement dis- 
paru sous les ruinesde cet edifice ; Tautre, a la Madeleine pres de 
Tresques, est la partie la mieux conservee de cette 6glise. Elle 
est tout au plus du XV siecle ; plac^e au-dessous de I'abside et 
des deux tiers de la travee voisine, elle n'a pas d'autre murs que 
ceux de lachapelle elle-meme. Elle est voutee en anse de panier t 
tres long rayon, et elle est eclairee, de Test et du nord, par deux 
fenetres ivts longuement ebrasees par le bas, qui prennent jour 
au niveau du plancher de Tabside sup^rieure. 

Voutes, — II y a lieu maintenant de revenir sur certains Ele- 
ments a peine indiquEs dans ce qui precede. D'abord les voutes 
en berceau. Remarquons d'abord que plusieurs nefs en sont tota- 
lement d6pourvues : celles de Saint-Michelet a Goudargues, la 
plus ancienne de nos chapelles (fin du VHP siecle), de Notre- 
Dame-de-Mayran, beaucoup plus recente, et probablement celle 
de Saint-Victor-de-Castel, dont Tage est incertain. Cependant, en 
dehors dcs monuments les plus primitifs, une nef sans voute est 
insolite ^ TEpoque romane et meme pr^romane : les construc- 
teurs avaient sous les yeux trop de monuments romainspour ne 
pas adopter, de tres bonne heure, un systeme dont ils pouvaient 
penetrer facilement tous les secrets. 

Ces voutes sont en general en plein cintre parfait, quelquefois 
unpeu sureleve, mais aussi assez frequemment hv'xst, Celles qui 
sont en tiers-point ne sont pas du tout caract<^ristiques d'une 
epoque d^terminec: on les trouve aussi bien dans la premiere 
moitiE du XI" (Saint-Pierre-de-Castres)qu'au XIP si6cle (Connaux, 
Saint-Martin-de-Saduran). Lours doubleaux, par contre, pr^sen- 
tent un arc beaucoup moins brise, dont Tcxtrados supporte quel- 
quefois une ou deux assises supplementaires de ma<;onnerie, 
comme a Saint-Pierre-de-Castres. Sou vent (Saduran, Maransan, 
Boussargues, etc.) la voiite est encore percee au sud et pr6s du 
mur occidental d'une ouvcrture, de Tutilite de laquelle on ne se 
rend pas compte, puisqu'il n'cxiste pas de comble et que dans 
la toiture rien n'y correspond. 

Doubleaux, - C'est une loi immuablequ'tin doubleau s6pare 
chaque travee, mais il arrive frc^quemment qu'il en existe un ou 
deux en plus du nombre r6glementaire ; on les trouve alors pr^g 



DE l'academie DE VAUCLUSE 235 

de la fa9ade occidentdle {S^int-Andr6 pr^s Connaux, Caseneuve a 
Goudargues, Boussargues), ou il9jouent presque le r61e de for- 
merets, soit pres du mur triomphal (Sain t-Martin-de-Sadu ran, 
Saint-Andr6-de-Roquepcrtuis, Saint-Gervais). Chacun d'eux a ses 
pieds-droits en forme de pilastre s'elevant du sol jusqu'^ la nais- 
sance de la voute ; par exception, ils sont coupes dans leur hauteur 
par de petites colonnettes (Saint-Andr6 pres Connaux), ou bien 
ils sont remplaces, dans le voisinage de I'abside, par des colonnes 
engag^es (Goudargues, Saint-Gervais). Beaucoup plus frequents 
sont les encorbellements qui les arretent a une distance plus ou 
moins grande du sol : on en trouve des specimens a Saint-Martin- 
de-Saduran, Connaux, Saint-Pierre-de-Castres, Sabran, Colom- 
biers, V^nejan, etc. Ces edifices appartiennent surtout au XII' 
siecle: Saint-Pierre-de-Castres parait le plus ancien. Or, cettecha- 
pelle est de fondation clunisienne. Doit-on croire que ce proc^de 
d'encorbellement est une importation des Ben^dictins ? A priori, 
rien ne vient justifier cette hypoth^se, et il faudrait des exemples 
nombreux et pr6cis pour la conlirmer. 

Contreforts, — II est encore de regie que des contreforts ext6- 
rieurs, sorte de piliers tres massifs, soutiennent la pouss^e de la 
v^oute et soient places au commencement et a Textr^mite des 
murs laterauxde la nef, ainsi qu'en regard de chaque doubleau : 
ainsi, pour une nef de deux trav^es, il en existe trois au nord et 
trois au sud. Par contre, il n'y en a pas ^ Tabside. A cette loi, il y 
a encore des exceptions voulues, qui ne sont pas le fait d'un acci- 
dent comme k Maransan (trois contreforts au nord, deux au midi), 
ou de la situation du monument sur un terrain en d^clivite, 
comme a Saint-Jean-de-Rozilhan, dont le mur lateral sud est d6- 
pourv'u de contreforts parce quMl est a moitie enterr^ dans le sol. 
Ainsi plusieurs dglises, d'6poques dilKrentes, en manquent 
completement : telles Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Pierre-de- 
Castres, Megiers, Boussargues et Ven^jan. Enfin d'autres, et ce 
sont les plus rares, ne se contentent pas d'en avoir pour contre- 
buter les murs de la nef, ils en ont aussi pres de la naissance de 
Tabside : ce sont les chapelles de Saint-Victor-de-Castel et de 
Sain-t-Martin-de-Jussan, dont le caractere archaique est d'ailleurs 
tr^s marque. 

Ces piliers massifs olTrent encore des variantes dans leur forme 
et leur hauteur. A Saint-Jean-de-Rousigue, monument peut-^trc 
anterieur a T^poque carolingienne, trois sur quatre sont demi- 



236 MEMOIRES 

circulaires. Partout ailleurs, ils sont sur plan carr6 ou plutot 
rectangulaire, et leur extrd^mite sup^rieure est taill(^e en biseau. 
Ensuite, leur Elevation n'est pas toujours la meme : si les uns ont 
6t6 port6s jusqu'a la toiture (Saint-Andr(^-de-Roquepertuis, Case- 
neuve), d'autres vont ^ peine jusqu^a mi-chemin (Saint-Martin-de- 
Jussan), et la partie la plus ^lev6e de leur biseau s'arrete meme 
un peu au-dessous du niveau de la naissance de la voute (Saint- 
Pierre pres V6n6jan). Ces derniers contreforts, si maladroitement 
6tablis que leur utilit<^ est tr6s contestable, appartiennent A des 
monuments ant^rieurs a Tan mil. A Tepoque v6ritablement ro- 
mane, ils sont mieux construits, leur 616vation est plus grande et 
ils contrebutent reellement la voute. 

Arcs laUraux de la fief, — II n'est rien de bien particulier a 
ajouter i ce qui a d6ja €i6 dit sur ces arcs. II faut cependant obser- 
ver que les monuments les plus anciens n'en poss6dent pas: tels 
Saint-Michelet a Goudargues et Saint-Jean-de-Rozilhan d Gaujac. 
Peut-^tre n'y en avait-il pas non plus a Saint-Victor-de-Castel ; 
mais ici, le mauvais (^tat de conservation de la chapelle ne permet 
pas de verifier le fait. 

En regies peu pres constante, Tarchivolte de ces arcs est en 
plein cintre, mais dans certains Edifices, comme Maransan et 
Saint-Martin-de-Saduran, elle est en tiers point. Elle Test d'ail- 
leurs moins frequemment que celle des arcs triomphaux. A Colom- 
biers, par exemple, oil les arcs en avantde Tabside sont franche- 
ment brises, les arcs lat6rauxont la forme d'un demi-cercle parfait. 
II en est de m^me k Saint-Pierre-de-Castres et d d'autres chapelles. 

On doit remarquer que parfois un ou deux voussoirs de ces arcs 
presentent une saillie sur leur tranche interne, comme si le 
constructeur en avait voulu rompre la ligne ; on en a des exemples 
typiques a Saint-Martin-de-Jussan, ou Ton a meme sculptc de ces 
parties saillantes en forme de t^tes d'animaux. 

Partes et fenetres. — Tous les auteurs qui se sont occupes des 
cglises romanes de la Provence et du Bas-Languedoc, ont observe 
que les ouvertures pratiqu6es dans la parol septentrionale des 
monuments sont absolument anormales, et ils ont indique la 
violence du vent venant du nord (mistral) comme raison d(itermi- 
nante du parti pris de ne pas en etablir. C'est une observation 
parfaitement juste. 

Cependant on trouve quelquefois des portes ouvertes au nord ; 



DE l'academie DE VAUCLUSE 237 

il est vrai d'ajoutcr qu'il n'est pas toujours prouv6 qu'elles re- 
montent tx I'^poque romane, ensuite qu'elles ont toutes 6te fermees 
depuis. On en a des exemples ^ Saint-Martin-de-Saduran, Ma- 
ransan et Colombiers. Ce sont des exceptions, car en dehors de 
ces trois edifices, toutes nos 6glises et chapelles ont leurs portes 
perctes au sud (Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac, 
Caseneuve, Saint-Martin-de-Jussan), ou a I'ouest (Saint-Pierre d 
Saint-Etienne-des-Sorts, Mayran, Vencjan), ou plus fr^quemment 
encore tout ik la fois au sud et d I'ouest (Saint-Martin-de-Saduran, 
Maransan, Gicon, Saint-Andr^ pres Connaux, Goudargues, Saint- 
Jean-d'Orgerolles, Boussargues, etc.). Dans ce dernier cas, il 
arrive assez souvent que la porte occidentale ait ete aveuglee 
apr^scoup. 

Si celle-ci est toujours perc^e au milieu de la facade, dans Taxe 
de r^difice, celle du sud ne Test jamais au milieu d'une travee, 
mais pres du pilier form6 par les pieds-droits du doubleau et 
arcs lat^raux, ou tout pr6s du mur occidental. Les constructeurs 
ont toujours craint, en agissant autrement, de compromettre la 
solidite de leur muraille. 

Les monuments de la region dc Bagnols sont trop simples et 
trop rustiques pour que T^tablissement de leurs portes ait ete 
fait sur un plan compliqu6. Et de fait, il est relativement rare de 
les voir s'ouvrir au-dessous et en arriere d'une seule et unique 
voussure formant angle rentrant dans Tepaisseur des murs (Ba- 
gnols, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues). II n'y a m6me qu'd 
Goudargues ou cette voussure ait comme pieds-droits deux colon- 
nettes ; ailleurs, elle est aussi simple et aussi nue que les grands 
arcs lateraux. D'ordinaire, la porte s'dlargit du dehors au dedans 
par un ou deux ressauts successifs, et son archivolte est ainsi 
divis^e en deux ou trois parties de plus en plus dlevdes. Elle est 
toujours en plein cintre, saiif en deux cndroits: i Saint-Saturnin- 
de Gaujac et a Goudargues, ou elle est amortic par un linteau 
monolithe ou appareille. Mais dans ce cas, un arc de d^charge 
existe au-dessus, et il est tellement eflicace qaa Saint-Saturnin 
de Gaujac on a pu supprimer le linteau sans alTaiblir la solidite de 
la chapelle. A Saint-Andre pr6s Connaux, on vcrra encore un 
linteau au-dessous d'un arc surbaisse, amortissant une des parties 
int^rieures de la porte occidentale, mais c*est touta fait particulier . 

Les fen^trcs sont perc(^es dans la facjade occidentale, dans Ic 
mur lateral sud de la nef, dans le tympan du mur triomphal et i 
Tabside. 



238 MEMOIRES 

A Touest, elles sont tres haut plac^es, a peu de distance du 
sommet de la voute. Dans nos petits monuments, elles sont tou- 
jours uniques sur cette facade : a cette r6gle, je ne connais qu'une 
exception, ^ Saint-Julicn-de-Pestrin, oti il en existe deux super- 
poshes. 

Au sud, elles sont perches aussi dans Taxe de chaque traveede 
la nef ; pourtant quelques chapelles en sont totalement depour- 
vues, sans qu'on puisse en savoir la raison : tels sont Saint- 
Martin-de-Saduran, Saint-Pierre a Saiiit-Etienne-des-Sorts et 
Vdndjan. II n*y en a jamais plus d'une pour chaque travee, et elles 
sont de dimensions relativement restreintes ; leur appui se trouve 
au niveau des impostes des arcs lat(^raux, quand il n'est pas 
encore plus 61eve. Dans les cas de transept avec croisillons, seul 
le croisillon sud est 6clair6 par une fen^tre ouverte dans le mur 
du fond. 

II n'y a jamais plus d'une baie non plus dans le tympan du mur 
triomphal, et elle y atoujours exists primitivement. Si aujour- 
d'hui quelques Mifices ne I'ont plus, cela tienta des remaniments 
ult^rieurs dont on n'a pas ^ tenir compte ici. 

L'abside ne comporte presque toujours qu'une seule fenetre 
perc6e au fond, dans son axe ; mais quelquefois elle en a une 
seconde donnant au midi (Maransan, Saint-Victor-de-Castel, 
Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac, etc.). Eileen a 
rarement plus, m^me quand elle a et6 6tablie sur plan polygonal : 
on peut cependant citer Tabsidede Saint-Andr6-de-Roquepertuis, 
qui possedait une fenetre dans chaque pan de son pentagone. 
Les absidioles des transepts n'en ont pas n(^cessairement : celles 
de Saint-Geni6s a Laudun, de Saint-Etienne-des-Sorts et de 
Mayran en ont, quand celles de Connaux et de Tresques sont com- 
pletement aveugles. II faut encore remarquer que les fen^tres de 
Tabside sont ordinairement dc plus grandes dimensions que 
celles de la nef. 

Les formes adoptees pour toutes ces bales sont assez varices. 
On a des oculus sans aucun 6brasement ^ la facade occidentale de 
Colombiers, au choeur de Saint-Pierre-de-Castres, au mur triom- 
phal de Saint-Gerv'ais ; de petites ouvertures cruciales au mur 
triomphal (et seulement la) de Maransan, Saint-Saturnin a Gaujac, 
Saint-Jean-d'Orgerolles,Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Martin-de- 
Jussan. On rencontre de grandes baics quadrangulaires au sud 
de Tabsidede Maransan ct a la chapelle laterale de Venc^jan. Mais 
toutes les autres fen6tres ont la forme reguliere et classique en 



DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 289 

plein cintre. Dans les chapellcs les plus anciennes, comme 
Saint-Michelet a Goudargues, elles n'ont pas d'ebrasement ; mais 
de tres bonne heure, leur ouverture a et6 reduite pour ne plus 
presenter au dehors qu*une fente longitudinale, que vient dargir 
d rint6rieur un 6brasement plus ou moins accentu^. Tel est le cas 
pour Saint -Victor- de-Castel, Saint-Jean-de-Rozilhan, Saint- 
Saturnin d Gaujac, Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Geni6s a Lau- 
dun, etc. Cette forme n'est pas forc^ment caract^ristique d'un 
age ancien : on la rencontre encore d Saint-Martin-de-Saduran, 
d Maransan, etc., dans des parties qui sont de la fin du XP 
ou du XIP siecle ; mais il est vrai de dire que, dans les exem- 
ples les plus tardifs, ces fen^tres sont uniquement a la fa9a,de 
occidentale. Partout ailleurs, elles ont un double 6brasement la- 
teral, celui de Tint^rieur toujours plus prononc6 que celui du 
dehors. II arrive bien souvent que lorsqu'elles ne constituent 
qu'une fente etroite a Texterieur, elles sont amorties carrdment, 
mais elles reprennent aussit6t en arri^re leur forme en plein cintre. 
M^me lorsqu'elles sont 6bras6es des deux c6t6s, la partie la plus 
6troite est ramen^e quelquefois au rectangle par une pierre for- 
mant tympan (^ Tabside de Saint-Martin-de-Saduran et de Saint- 
Julien-de-Pestrin, ^ la nef de Caseneuve), pouvant recevoir toute 
une decoration (au mur triomphal de Boussargues). 

Ce n'est que dans le dernier si6cle de T^poque romane qu*elles 
s'ouvrent au-dessous et en arriere d'une archivolte tracde dans 
r^paisseur des murs (abside de Saint-Andr6 pr6s Connaux) : 
les pieds-droits en sont quelquefois constitu^s par deux colon- 
nettes inscrites ^ Tintdrieurdu tableau (Saint-Martin-de-Saduran, 
Colombiers). Mais dans nos petites chapelles, ces exemples sont 
peucommuns ; on les rencontre davantage dans les grands Edi- 
fices, tels que Saint-Pierre-de-Maguelone, Saint -Guilhem-du - 
Desert, Notre-Dame-des-Doms d'Avignon (coupole), Saint-Ruf, 
le Thor, etc. 

Toitiires, — Elles portent toujours directement sur les reins de 
la voute, que ce soit a la nef ou ^ Tabside. Elles n'olTrent d'ailleurs 
aucune particularite digne d'etre signalEe ; leur pente est peu 
accentucc, et plus d'une fois on a du la relever pour faciliter 
r^coulement des eaux. 

Les mat^riaux employes pour leur couverture sont de larges 
dalles de peu d epaisseur, connues dans le pays sous le nom de 
latiscs; elles sontposees en imbrication comme les tuiles de nos 
toils modernes. 



240 MEMOlKliS 

Clochers. — Les chapelles rurales ont des clochers de tres 
petites dimensions, qui presentent deux aspects dilT^rents. Les 
plus simples sont des campaniles en forme d'arcature unique et 
non double, triple ou quadruple, comme dans une region voisine 
plus au sud; ils sont (Aleves au-dessusdu mur triomphal (Saint- 
Mar tin-de-Sadu ran, La Roque, Boussargues), ou, ^ une 6poque 
plus moderne, au sommet du pignon occidental (Saint-Jcan-de- 
Rozilhan, Saint-Sauveur ^ Cornillon), A Saint-Julien-de-Pestrin, 
un escalier, suivant le rampant nord de la toiture, en permettait 
racc6s. Ces campaniles sont remplaces i certains endroits par de 
petits (^dicules carres, ajoures de larges baies sur lesquatre faces 
et surmont^s d*une pyramide basse et aveugle ; ils sont toujours 
places au-dessus de la trave^e voisine de Tabside et aussi pr6s que 
possible du mur triomphal (Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Martin- 
de-Jussan, Saint-Pierre a V^nejan). 

Tous ceux-la ne m^ritent gu6re le nom de clocher. Ceux qui 
en sont v6ritablement dignes sont des tours circulaires (Connaux), 
octogonales (Mayran) ou carrc^es (Saint-Etienne-des-Sorts), elev6es 
au-dessusdu carre du transept; s'ils sont construits au-dessus de 
la derniere (Chusclan) ou de la premiere trav^e de la nef avec 
empietement sur le bas-c6t6 (Saint-Andre-de-Roquepertuis), ils 
sont toujours carres. A Goudargucs, Tcglise paroissiale en a 
deux, qui se dressent sur la facade occidentale et encadrent la 
ported'entree. Dans lcs(^poquespost-romanes,on en a encore bati 
au-dessus de Tabside, dont on avait sureleve les murs (Codolet) ; 
mais ce fait est assez exceptionnel. II est (bgalement rare d'en 
trouver juxtaposes a Teglise, dont ils sont en quelque sorte inde- 
pendants : c'est cependant le cas de Saint-Martin pr^s de Saint- 
Victor-la-Goste, dont le clocher carre est bati au sud et ^ c6t^ du 
choeur. 

Toutes ces tours ont subi malheureusement beaucoup trop de 
modifications depuis Tepoque romane. Aujourd'hui, elles sont 
surmontees en general d'une pyramide sur plan octogonal ou 
carre, dont pas une ne remonte meme au XIIP siecle. 

II. — Appareil. 

Le plus ancien edifice qui existe dans la region bagnolaise et 
qui soit d peu pres date (Saint-Michelet aOoudargues;, est bati 
entierement en blocage ; pour les archivoltes des baies, les mat6- 



DE l'academie de vaucluse 241 

riaux sont un peu mieux choisis et grossierement equarris au 
marteau, mais pas plus. On distingue dans cette ma9onnerie quel- 
ques cailloux et pierres plates pos6sde biais, en forme d'epi (opus 
spicatum); mais ce proc6d6 ne constitue pas une caract6ristique 
d'epoque. II a 6te usit6 tr6s longtemps ; on le retrouve dans les 
murailles du XIV* siecle de Saint-Laurent-des-Arbres et de 
Connaux, je Tai m6me rencontre dans des batisses beaucoup plus 
modernes, a Saint-Andr^-de-Roquepertuis, par exemple. C'est 
une habitude qui, a vrai dire, n'a jamais €i€ oubli^e. 

Dans ce syst^me de constructions en blocage, plus particulier 
ix des ^poques de mis6re et de pauvret6, rentrent encore Tabside 
de Saint-Victor-de-Castel (avec moellons en 6pi), les chapelles de 
Saint-Jean et de Saint-Saturnin A Gaujac, de Saint-Genies ^ 
Laudun, de Saint-Pierre a Saint-Etienne-des-Sorts, de Mayran et 
enfm le prolongement de Saint-Jean-de-Rousigue (avec encore 
Vopus spicatum), Ces edifices ne paraissent pas contemporains 
et il faudrait bien se garder de les ranger tous dans la categoric 
des monuments carolingiens. car il y a lieu de tenir compte 
aussi des circonstances qui ont preside ^ leur confection. 

Bien plus caracte^ristique est le rev^tement en petits moellons 
6quarris au marteau, enveloppant un blocage central, et dont le type 
est donn6 par la chapelle de Caseneuve a Goudargues. Ce sont 
les d^riv^sdu petit appareil romain, encore employe, avec chaines 
de pierres plates, k Saint-Jean-de-Rousigue sur le Camp-de-C6sar. 
Caseneuve a et6 batie au commencement du IX' si6cle : on peut 
done consid(^rer comme carolingiens les monuments qui pr6sen- 
tent les memes mat^riaux. On en trouve des traces a Maransan 
et surtout A Boussargues, a Saint-Martin-de-Jussan et ^ Saint- 
Pierre-de-Ven6jan. Leurs dimensions^ varient de 17 ^ 3o centi- 
metres de largeur sur 10 A i3 de hauteur ; il sont pos^s par assises 
assez rdgulieres et reposent sur d'epais lits de mortier. 

A Saint-Victor-de-Castel, le choeur est b^i avec ce petit appa- 
reil, auquel ont 6t6 m^les des materiaux taill6s au ciseau et de 
dimensions plus grandes. C est qu'en elTet, Thabitude a persiste 
assez longtemps d'employer des pierres aussi reduites et toujours 
dquarries au marteau. A mesure que les ouvriers devenaient plus 
habiles, ils les travaillaient avec plus de soin et leur donnaient 
une forme moins grossiere. Dans les commencements du XPsi^cle, 
ils les utiliserent meme sans Taide du mortier, en intercalant 
des chafnes de pierres plates pour racheter les differences de 
niveau (Saint-Pierre-de-Castres) ; en m^me temps, ils les m61an- 



242 MEMOIKES 

g6rent avec le moyen appareil, equarri par le meme procede 
(Maransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Cadenet, Saint-Andrd pr^s de 
Connaux, Colombiers, etc.). Mais il faudrait encore 6viter ^ cette 
occasion de g^n^raliser trop hi\tivement et de declarer que de 
pareils revetements datent les monuments de telle ou telle 
epoque : assurement c'est un indice serieux, dont il y a lieu de 
faire 6tat, mais ce n'est pas absolument une preuve de grande 
anciennetd. 

Les chapelles les plus primitives, en blocage ou avec revete- 
ment de petit appareil, ont cependant leurs archivoltes, leurs 
grands arcs lateraux, leurs doubleaux et leurs angles construits 
avec des materiaux moins grossiers et de dimension moyenne. 
Seulement, il sera toujours facile de les distinguer avec leurs 
gros joints, leurs aretes mousses et leurs assises irr6guli6res ; 
avec un peu d'exp^rience, on les reconnaitra toujours facilement. 

Au mdlange de petit et de moyen appareil 6quarri au marteau 
a succ6de Temploi exclusif du moyen, d^coup^ au ciseau, avec 
joints fins; on y intercala quelquefois, mais assez rarement, des 
chainages de petit, comme a Saint-Julien-de-Pestrin. Bien sou- 
vent, ces pierres sont decorees, sur leur face externe, de petites 
tallies en forme d'aretes et de feuilles de fougere (Saint-Martin- 
de-Saduran, xMaransan, Chusclan, Goudargues, La Roque, Colom- 
biers, etc.). Une fois lances dans cette voie, les ouvriers ne s'arre- 
terent plus; ils multipli^rent leurs tailles, inaugur6rent les 
pointilld's et dessin^rent sur leurs matt^riaux des bordures, des 
diagonales, des quarts de cercle concentriques, des losanges, des 
chevrons, des branches de feuillages, des palmettes, etc. lis 
constituerent ainsi toute une decoration, dont les plus beaux 
specimens se voient a la chapelle de Boussargues. 

Ces tailles et pointilles ne sont pas les seuls signes de tache- 
ron : il faut y joindre les croix et lettres alphabetiques gravees 
en creux, qui apparaissent a la meme epoque et qu'on ne trouve 
que dans les monuments construits avec I'appareil le plus soigne. 
Dans notre region, les seuls edifices ou Ton en rencontre sont 
ceuxde Saint-Martin-de-Saduran, de Maransan, de Boussargues. 
de Saint-Pierre a Saint-Etienne-des-Sorts et de Saint-Georges d 
V^nejan, et seulement dans certaines de leurs parties. 

M. Revoil (1) et apres lui la plupart des archeologues m^ri- 
dionaux font remonter a Tc^poque carolingienne, ou tout au moins 

(1) Architecture romane du Midi de la France, t. Ill, appendicc. 



DE L^CADEMIE DE VAUCLUSE 24^ 

au X*si6cle, les ^glises et chapelles qui ofTrent ces dilKrents signes 
de tacheron, en particulier le G en forme de faucille. II m'est 
impossible d'etre de leur avis : je n'ai jamais rencontre ces mar- 
ques, en elTet, dans les premieres assises de nos monuments, 
mais uniquement sur les mat^riaux les plus modernes. A Bous- 
sargues, la decoration interieure de la chapelle permet de fixer 
approximativement la date de sa refection ^ la seconde moiti6 du 
XII*si6cle ; or, il n'est pas d'^difice qui ait autant de tallies et autant 
de icttres gravies dans sa voute et dans son mur triomphal. Dans 
les villescomme Avignon, ou de bonne heure les ouvriers furent 
tr6s exerc^s, il est possible qu'ils aient mis en honneur ces pra- 
tiques d6s le milieu du Xl'siecle ; mais je ne crois pas qu'on soit 
jamais amen6 a les constater sur des monuments parfaitement 
dat6s et antt^rieurs ^ cette epoque. C'est un sujet sur lequel j'au- 
rai d'ailleurs I'occasion de revenir dans le cours de ces Etudes; 
mais, des aujourd'hui, je puis, sans risquer de me tromper, 6ta- 
blir cette r^gle que c'est seulement apr6s io5o que les signes de 
tacheron prennent une telle importance. 

III. — Decoration et sculpture. 

Les chapelles rurales n'ont qu'une decoration des plus res- 
treintes ; la plupart mcbme sont sous ce rapport d'une pauvret6 
remarquable : elles nc prc^sentent que des moulures tr6s simples 
au cordon de leur nef ou de leur abside et aux impostes de leurs 
arcs ; celles qui sont orn6es de chapiteaux sont relativement rares. 
D'ailleurs, dans toute la Provence et le Bas-Languedoc, les monu- 
ments luxueux, pouvant rivaliser avec ceux du centre, de Touest 
ou du nord de la France, ne sont pas frequents, et il fallut atten- 
dre les facades de Saint-Gilles et de Saint-Trophime d'Arles, dans 
la dernierc periodc romane, pour etablir une comparaison avanta- 
geuse avec la sculpture des autrespays. 

L'extc^rieur des eglises et chapelles de la region bagnolaise a 
un aspect severe etne comporte guerc de decoration. Deuxseules 
absidcs, celles de Saint-Martin-de-Jussan et de Saint-Pierre A 
Venejan, ont une ornementation d'arcatures tr6s maladroitement 
tracees. Toutes les autres sont absolument nues. Leurcorniche a 
un profil des plus simples ; c est ou bien une simple assise de 
pierres peu 6paisses, plac6es en encorbellemcnt au-dessous de la 
toiture et doutenues quelquefois par des petits modillons figurant 



1244 MEMOIRES 

des t6tes d'animaux (Saint-Andr6 pr6s Connaux), ou bien un ban- 
deau surmontant un biseau, dont la tranche est nue, ou decor^e de 
petits ornements de peu de relief (Maransan, Saint-Julien-de-Pes- 
trin), ou chargee d'un tore (Saint-Jean-d'OrgeroUes, Saint-Pierre- 
de.-Castres, Boussargues). Le biseau peut etre remplace par une 
moulure un peu plus compliquee, doucine ou talon (La Roque et 
Vcbndjan). Au-dessous, on rencontre assez frdquemment un rang 
de grains d'orge tenant lieu de frise (Saint-Julien-de-Pestrin, 
Connaux, La Roque, Le Pin). Ce decor est, du reste, des plus fre- 
quents dans le Midi, et M. Revoil en a citc^ maints exemples. 

La comiche de la nef est de m^me profil ; mais le plus souvent 
elle a disparu lors d'une restauration, de telle fagon qu'il est diffi- 
cile de bien 6tablir une doctrine. On voit ccpendant adopter 
comme corniche lat^rale la superposition de deux ou trois petits 
bandeaux (Maransan, Saint-Julien-de-Pestrin), probablement 
imitee des entablements antiques. Et c'est a peu pres tout pour 
la decoration des murs exterieurs : ce n'est, en elTet, qu'a Saint- 
Andre pres Connaux qu'on voit en plus un cordon inscrivant 
I'archivolte des fenetres. 

Ces fenetres, d'ailleurs, qu'elles soient a I'abside ou ^ la nef, 
sont depourvues de toute ornementation. Seules, celles du mur 
triomphal de Colombiers et de Saint-Martin-de-Saduran, qui sont 
de la seconde moitie du XII" siecle, presentent deux colonnettes 
comme support de leur archivolte. 

Lesportes ne sont pas toujours aussipauvresd'aspect : celle de 
Saint-Pierre-de-Castres, bien qu'elle ait ete percee le plus simple- 
ment possible, oITre une rangee de grains d orge inscrivant Tarchi- 
volte; les voussoirs de celle de Saint-Martin-de-Jussan sontdeco- 
res de sculptures meplates, representant des personnages, des 
enlacements de tiges, des feuillages ; a Saint-Andre pres Connaux, 
Tarchivolte est fprmee de longs claveaux disposes comme les 
rayons d'une roue, selon I'expression imagee de M. Aiegre, et 
elle est encadree d'un cordon de moulures ; a Goudargues, elle 
retombait sur des colonnettes, aujourd'hui disparues ; enfin, a 
Boussargues, la porte s'ouvre au-dessous d'une sorte de gable 
decore de feuilles lanceoiees, d'un rang de perles et de palmettes 
entourant des macarons. Done, pas de regie iLxe ; ou bien Torne- 
mentation est nuUe, ou bien elle est laissee a la fantaisie de 
Touvrier. 

La decoration interieure, sauf dans certains monuments, n'est 
guere plus riche. La nef de la plupart des eglises et chapelles ne 



DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 24$ 

pr^sente qu'un cordon ou corniche a la naissance de sa voute, et 
des moulures servant d'imposte aux doubleaux et aux arcs lat^- 
raux. M^me,dans quelques chapelles tr^s pauvres, cette corniche 
n'existe pas (Saint-Saturnin a Gaujac, Saint-Pierre-de-Castres, 
Saint-Pierre ^ Saint-Etienne-des-Sorts). Ailleurs, elle est consti- 
tute principalement parun bandeau surmontant un biseau (Saint- 
Victor -de- Castel, Connaux, Saint - Jean -d'Orgerolles) ou une 
doucine (transept de Connaux, Goudargues). A Boussargues, dans 
cette chapelle, dont plusieurs fois deja on a signale Tornementa- 
tion particuliere, des oves, des rangs de pedes, des palmettes, 
etc., sont sculptes au-dessous du bandeau. Ce cordon sert d'im- 
poste au doubleau dans quelques edifices (xVlaransan, Colom- 
biers, Boussargues), ou bien se superpose a Timposte (Saint- 
Martin-de-Saduran) ; mais, le plus souvent, ces deux motifs de 
decoration restent inddpendants Tun de Tautre, et le cordon est 
coup6 par le pied-droit du doubleau. L'imposte de cet arc est 
presque toujours formee de moulures tres simples, telles qu'un 
bandeau et un biseau enti^rement nu ou decora de petits orne- 
ments en faible relief. II n*y a qu*d Saint-Andrd pres de Connaux 
qu'elle ait re^u une decoration de feuilles d6riv6es de Tacanthe 
et fouillcies assez profondement. 

Celle des arcs lat^raux n'est pas souvent plus compliqu6e et 
le type principal, dont les autres d^rivent en grande partie, est 
encore I'imposte biseautee. Dans les premiers temps, on divise le 
biseau en plusieurs moulures rondes et plates (Saint-Martin-de- 
Jussan), ou bien on le decore maladroitement de traits creus^s 
en faible profondeur, dont Textr^mit^ vient s'enrouler en forme 
de crosse sur Tangle du biseau (Saint-Pierre a Venejan, Sabran); 
on y sculpte grossierement des animaux (Saint-Pierre-de-Castres, 
Saint-Pierre d V(^n6jan, Saint-Martin-de-Jussan) ; mais, des la 
seconde moiti<i du XI' siecle, les moulures sont plus regulie- 
res, les ornements enlev6s en relief sont d'un trac6 plus 616- 
gant (Saint-Martin-de-Saduran), pour devenir, apres ii5o, des 
plus riches et des plus beaux, avec leurs combinaisons de feuilles 
et de palmettes ^Boussargues, Saint-Martin-de-Jussan). A cette 
derni6re periode apparaissent aussi aux impostes les larges 
feuilles a pointes retourn^es en forme de crochet (Boussargues). 
Observons encore que presque toujours les arcs lat^raux n'ont 
d*i mposte que sur Icur tranche. 

L'abside, dont le pourtour interieur n'est pas d6cor6 de ces 
arcatures, avec ou sans colonnettes, signaldes ci-dessus, est tr6s 



246 MEMOIRES 

• 

SOU vent d6pourvue totalement d'ornementation. II ne lui reSte 
qu'un cordon au bas de sa voute; cette moulure est ordinaire- 
ment du meme profil que le cordon de la nef. Mais il arrive que 
meme cetle decoration lui fasse d^faut et que le cordon soit seu- 
lement ebauche aux deux extr6mil6s, de facjon ^ simuler une 
pseudo-impostc a son arc d'ouverture : c'est le cas pour Saint- 
Martin-de-Saduran, Maransan, Saint-Pierre-de-Castres, Colom- 
biers et d'autres encore. 

Les absides, qui prt^sentent les arcatures auxquelles il vient 
d'etre fait allusion, sont tellement varitesqu'il n'y a pas lieu d'^ta- 
blir ici des principes gen^raux. Je renvoie done ^ la description par- 
ticuli^re de chacune d'elles, qui sera donn^e dans la seconde partie 
de cet ouvrage. Notons cependant que toujours I'abside principale 
a son cordon etabli au-dessus des arcatures ou absidioles. 

Pour terminer, il reste ^ 6tudier ici la forme des colonnettes 
employees comme dl^ment de decoration et la sculpture de leurs 
chapiteaux. On peut dire qu elles sont relativement peu nom- 
breuses et qu'il est loin d'y en avoir dans tous les monuments ; 
on en trouve seulement sous les archivoltes des fendtres perches 
dans le mur triomphal de Saint-Martin-de-Saduran et de Colom- 
biers, comme pieds-droits du premier doubleau de Saint-Andre 
pres Connaux, ou de Tare triomphal ^ Saint-Jean-de-Rozilhan, 
Goudargues et Saint-Martin pres de Saint-Victor-la-Coste, comme 
support des arcatures a Tinterieur des absides du meme Saint- 
Martin, de Goudargues, Saint-Andre-de-Roquepertuis, Saint- 
Gervais, Saint-Pierre i Ven^jan, et enfln aux clochers de cette 
derni^re chapelle et de Saint-Pierre-de-Castres. On a encore con- 
served un chapiteau de Saint-Vincent pr6s Gaujac et un autre d'un 
edifice inde^termine de Bagnols. 

Les plus anciennes colonnes sont certainement celles de Saint- 
Jean-de-Rozilhan, de Saint-Pierre a Venejan, de Saint-Andr6-de- 
Roquepertuis et de Saint-Gervais ; les plus recentes sont celles 
de Colombiers, de Saint-Martin-de-Saduran et de Saint-Andr6 
pres Connaux. 

Les premieres sont plutCt courtes, trapues, in^l^gantes, for- 
m^es de tambours mal ajustes, meme d^pourvues parfois d'astra- 
gale ; leurs chapiteaux, ordinairement de forme cubique avec 
angles inferieurs rabattus, sont ddcores soit de personnages, de 
t^tes humaines et d animaux aplatis, soit de simples traits g6o- 
m6triques, de spirales ou de cercles concentriques, soit entin de 



DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 247 

feuilles epannel^es ou a longues tiges recourb6es, gravees pour 
ainsi dire au trait. Le tout est grossier et de tr6s faible relief. 

Les sculpteurs sont d'ailleurs rest6s d'une maladresse insigne 
pendant longtemps : ^ Goudargues, ou ils travaillerent vers le 
milieu du XII* siecle, ils traiterent encore d'une fa9on archaique 
Tornementation de leurs chapiteaux, qu'ils d^corerent de person- 
nages, d'oiseaux et de griffons. Plus ils se perfectionn^rent, plus 
ils perdirent Thabitude d'animer leurs compositions (les derniers 
exemples dans la region bagnolaise peuvent 6tre les chapiteaux 
de Saint-Martin pres Saint-Victor-la-Coste), pour se consacrer A 
rimitation des chapiteaux antiques de I'ordre corinthien, avec 
leurs feuilles d'acanthe finement d6coup6es sur deux rangs, 
autour d'une corbeille de tr6s bori^ style. Cela n'est exact que 
pour nos 6glises et chapelles rurales, dont la decoration a tou- 
jours 6t6 tres sobre(r); mais ailleurs, dans le Midi, les beaux 
monuments de la seconde moitie du XII* siecle montrent tout le 
parti que les ornemanistes ont su tirer de la figure humaine et de 
rinterpr^tation des diff(^rents animaux, Peut-etre y a-t-il eu inter- 
ruption de proc^d^s, au moins de la part de ceux qui travaillerent 
k nos humbles edifices campagnards. 

Tout d*abord, les feuilles derivdes de Tacanthe sont lourdement 
traitees, elles sont appliqu^es contre la corbeille du chapiteau, 
dont elles ne paraissent pouvoir se detacher; mais, peu k peu, 
elles acquierent plus de souplesse et prennent plus de relief. Les 
plus beaux specimens se trouvent toujours, il faut s'y attendre, 
dans les consti*uctions romanes les plus recentes : c'est qu'en 
effet, fart des sculpteurs n'a fait que progresser jusqu'a la fin du 
XIV siecle. 

L'abaque ou tailloir des chapiteaux est toujours tres developpe, 
k moins qu'il ne manque tout d fait comme A Saint-Pierre pres 
Venejan ; mais ce cas est tout d fait archaique et appartient vrai- 
semblablement au X* siecle. L'abaque est compose ordinairement 
d'une succession de moulures, bandeaux, Tilets, doucines, bi- 
seaux, etc. A Goudargues, au-dessus de corbeilles simplement 
equarries, il forme biseau ou bandeau et il est seul ik avoir re9u 
une decoration. A plus forte raison en a-t-il, lorsqu'il accompagne 
des chapiteaux sculptes. 

Les colonnettes les plus anciennes n'ont pas de base mouluree 
et sont simplement pos6es sur des socles 4 peine degrossis : telles 

(t) Et encore on peut trouver au moins une exception k Saint-Martin^e-Jussan 
outre celle tie Goudarg^ues sigrnaI6e •t-dessus. 

7 



248 MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 

sont celles de Tabside de Saint-Pierre ^ V6n6jan. Mais d6ja & 
Saint-Jean-de-Rozilhan, elles sont supportees par un gros boudin 
au-dessus d'une plinthe cubique. Ailleurs, on s*est ressenti de 
rinfluence antique, par exemple a Saint-Andre-de-Roquepertuis, 
ou la base des colonnettes pr^sente comme moulures deux tores 
s6parees par une gorge. Ce sont ^ peu pr6s les m^mes 616ments, 
plus ou moins bien traitds, que Ton retrouve ailleurs, ^ Saint- 
Pierre-de-Castres, ^ Coloftibiers, a Saint-Andr6 pr6s Connaux. A 
remarquer que presque toujours ces bases s'd6vent sur des 
plinthes en forme de blocs cubiques. 



Ce serait ici le lieu de rechercher quelle influence a exerc^e sur 
le roman Tart antique, dont tant de specimens avaient subsists 
en Provence et Bas-Languedoc. Je demande ii mes lecteurs la 
permission de r^ser^'-er cette question, pour en faire Tobjet d'un 
m6moire ii part, oil seront ^galement 6tudi6es les proportions 
donnees aux difKrentes -parties des Edifices et aux ornements 
d^coratifs (i). C'est qu'en. elTet, la region explor^e presentement 
ofTre trop peu d*el6ments pour des observations utiles. C'est ^ 
peine si, en dehors d'une petite s6rie de chapiteaux ^ feuilles 
d'acanthe, on peut signaler, sur une imposte de T^glise parois- 
siale de Tresques, des rinceaux et des rosaces imit^s de la d^co;- 
ration des cippes fun6raires antiques, ii Boussargues et a Saint- 
Andr6 pr6s Connaux des oves, des rangs de perles et des raies- 
de-coeur, ii Saint-Julien-de-Pestrin une grecque grav^e en creux 
au-dessous de la corniche absidale^ etc. Bornons-nous pour 
rinstant a constater que les ornements imit^s de Tantiquit^ 
appartiennent tous 4 des edifices de la derni^re periode romane, 
et que, plus les monuments se rapprochent des temps carolin- 
giens, plus leurs proportions sont defectueuses et asym^triques. 

(i) Je ne connaisgu6re qu'un auteur qui s'en soitoccup^^ pour les monuments de la 
Provence, c'est M. I'abbd Pougnet, dans son £iude analytique sur I'architecture reli- 
gieuse de la Provence au moyen age, parue dans le compte rendu du Congr^s scienti- 
fiquc de France, tenu A Aix en ddcembre 1866, p. 10 et 11 du tirage h part. 

(A stiivre,) L.-H. Labande. 



* 



Seances de I'Academie. 



PROCfeS-VERBAUX. 



Mars-Decembre 1901. 

Seance du 7 mars igoi. — Pr^sidence de M. le D' Laval, pr(^sident. 

Pr<isents : MM. le D' Laval, de Lacroze, abb6 Levezou, Bonnecaze, D' Arnaud de Fabre, 
Limasset, Joleaud, Mourral, Bourges, Labande, Requin, Marchand. — Excus6 : 
M. J. MiSritan. 

M. rabb6 Fructus, cur6 d. Crillon, est pr6sent6 comme membre titulaire par 
MM. Pansier, Requin et M^ritan. 

M.le President communique A TAcad^mie la lettre-circulaire qu*il a re9ueau sujet 
du prix Nobel, et dans laquelle le comitd de la candidature de Frdd6ric Mistral 
remercie VAcad^mie d'avoir si rapidement et si unaniment seconds son initiative. 

Lecture est ensuite donn6e de la lettre suivante que M. A. Chansroux, notre 
coll6gue, a re9U du president KrOger, en r6ponse d. renvoi de ses strophes Paix et 
Gloire» et du sonnet Gloria victis, lus en sdance de I'Acaddmie. 

c Monsieur, 
« Je vous remercie du t^moignage de sympathie cordiale que vous m'avez donn6. 
Ces marques chaleureuses d'int^rdt me sont particuli&rement prdcieuses. Elles me 
rdconfortent, ainsi que mon peuple, dans la lutte supreme que nous soutenons au 
nom du Droit et de THumanitd. 

• Veuillez agr6er, avec Texpresion de ma gratitude, I'assurance de mes sentiments 
distingu^s. 

f Le President de la Rdpublique Sud-Africaine : KrUger, • 

Notre coll<>gue, M. de Lacroze, communique ensuite k I'Acaddmie de nombreuseg 
et intdressantes notes sur le climat, les habitudes, les moeurs de la Corse. Les anec- 
dotes dont la lecture de ce travail a ctd accompagn^e, les considerations sur la faun (» 
terrestre et maritime et la min^ralogie du pays, dont Tauteur a su Tagr^menter, on 
permis a ses colldgues de s*int6resser vivement ^ sa communication. 

MM. Joleaud et Marchand ont d'ailleurs ajout6 k cet int^rfet par les remarques et 
observations personnelles, dont leur sdjour en Corse leur a permis de faire part d. 
I'Academie. 

M. Labande donne lecture d'un chapitre de son travail sur les Grandes Compagnies 
dans Ic comt6 Venaissin au XIV si6cle. La prosperity materielle, dont Avignon et 
les pays voisins jouissaient sous le regime papal, attira les convoitises de ces Compa- 
gnies, que la guerre franco-anglaise, depuis peu terminee, laissait sans occupa- 
tions et surtout sans un objet qui pQt assouvir leur soif de piUage. Tres durement 



25o MEMOIRES 

disciplin^es et gouvern^es par des chefs audacieux, elles parcoururent le Comtat, 
et depuis Tannic i36i d(Jvast6rent, A intervalles irrdgfuliers mais rapproch^s, les 
belles plaines du Rhone, oCi elles trouvaient la richesse et I'abondance, jusque bien 
avant dans le XV si6cle. Cette lecture a 6t^ 6coLit6e avec un tr6s vif int6r6t par 
rAcaddmie. 
Ala fin de la stance, M. rabb6 Fruclus est ^lu membre titulaire de TAcaddmie. 



Siancedu i8avril 190J. — Pr^sidence de M. le D' Chobaut, vice-president. 

Presents : MM. Bourges, Chobaut, Labande, Laroche, Arnaud de Fabre, Valla, 
Levezou, Bayol, Bonnecaze, de Vissac, Michel-Bechet, Larchd, Alphant et J. M6rilan. 
— M. le D' Laval, pr6sid;:nt de rAcad^mic, s'excuse de ne pouvoir assister ^ la 
stance. 

M. le vice-president feiicite au nom de I'Academie ceux de nos collogues qui oni 
6t6 I'objet d'une distinction honorifique : MM. Laval et Labande, qui ont etc promus 
officiers de Hnstruction publique, et M. Tabbe Valla, qui a 6te nommi officier 
d*Acad6mie. 

II fait ensuite part A ses collogues d'une circulaire relative au congrCis arch^olo- 
gique qui se tiendra cette ann^e A Agen. Les conditions dans lesquelles les savants 
pourront prendre part A ce concours sont 6numer6es lout au long dans cette circu- 
laire, qui est ^ la disposition des membresde I'Academie. 

La parole est ensuite donnde i M. de l^croze, qui fait une deuxieme lecture de 
ses Souvenirs de Corse. Les anecdotes typiques dont il a agremente ses rdciis, les 
souvenir personnels qui sont venus lui donncr un charme encore plus vlf, ont puis- 
samment interesse les collogues de I'auteur. Tour 4 tour il a e.xprime ses opinions 
sur le caractere corse, caractere fier, loyal, mais trop facile aux reprdsailles san- 
glantes, sur la vendeiia, passee presque d retat d'une institution, et qui demeure Ja 
plaie profonde sinon incurable d*un pays et d*une population si attrayants par 
ailleurs. En terminant, notre coliegue donne un aperc^u rapide de Ttitat de I'agri- 
culture en Corse, et indique les moyens qui lui paraissent les plus propres A faire 
disparaitre certains abus, d. corriger certains ddfauts de la population. Une instruc- 
tion serieuse, solide-, morale, lui parait etre au premier rang du programme que 
devra suivre la reforme desir^e. 

M. le D' Chobaut presente ensuite a I'Acaddmie deux specimens (m41e et 
femelle) de Toiseau appeie merle bleu, qui est assez rare dans nos regions. Dans une 
lecture tres instructive, il decrit brievement les moeurs de cos oiseaux, leurs habi- 
tudes, leur plumage, et rappelle les circonstances dans lesquelles les deux echan- 
tillons de I'especequ'il veut bien presenter A ses colie.Tu^s, ont pu etre tues. 

Apres lui, M. Labande donne A TAcademie, dans une causerie rapide et pleine 
d'interet, un resume du commentaire qui accompagnera les dessins de M. Leon 
Aiegrc, que nous aurons bientot la bonne fortune de voir publics dans les Memoires 
de notre Academie. La date de la construction des eglises romanes de nos regions a 
iburni la matiere deplus d'un travail. Mais M. Labande, s'ecartant des opinions que 
M. Revoil avait propagees, abaisse de plus d'un siede la date de certaines d'entre 
elles. Apres avoir indique sommairement les raisons qui le portent a s'ecarter sur 
ce point des notions gencralement admises, notre coliegue communique A I'appui 
de ses affirmations <k nombrqux dessins empruntes k la collection de M. Aldgre, et 
donnant soit les details d»architccture el d'ornemen ration , soil la vue d'ensemble des 
edifices qu'il a (tidies. 

., jy^,^l,fiuv^-pre8ident se fail Tin terprelc do r.\cademie en remcrciant nos collegucs 
<^ .Wr^ jcjpnf^^ynications. 
'r,/^X«A'<^.4^ iV^f '^^W^f^T^'J^^'-S ^a seance csi levee. 

,.ji.: '.' .It';- I i. 1.1 '-r!!^ 



DE L*ACADEM1E DE VAUCLUSE 2S1 

Siance du 6 juin igoi. — Prdsidence de M. le D' Laval, president. 

felaient presents : MM. le D' Laval, Mouzin, Bourges, Bonnecaze. Alphant, 
Arnaud de Fabre, Bayol, Belladen, Tourtet, Capeau, du Laurens, Goudareau. 
Gouell, Larch6, Limasset, Michel-Bdchet, Moural, de Vissac, abb* Levezou, Remy 
Roux. — Excuses : MM. M6ritan et Labande, 

Sont pr6sent6s comme membres titulaires de TAcad^inie : 
MM. Paul, pr^fet honoraire, k Avignon, par MM. Laval, Mouzin et Labande ; 

Zacharewicz, professeur d^partemental d'agriculture A Avignon, par MM. Lar- 

ch6, Laval et Bourges ; 
Victor Leydet, artiste peintre & Avignon, par MM. Bourges, Laval et Labande ; 
Paul David, ing<inieur au chAteau du Joncquier, pr6s Bagnols, par MM. Bru- 

guier-Roure, I'abb* Grimaud curd de Sorgues, et Bonnecaze ; 
Le g6n6ral Privat, ^ Nimes, par MM. Laval, Joleaud et de ViUaret; 
Desclais, sous-intendant militaire A Nimes, par MM. Laval, Bonnecaze et 

Labande ; 
Joseph Rastoul, A Singapour, par MM. Laval, Bonnecaze et Labande. 
M, le President fait part des projets rclatifs 4 la calibration du Centenaire de 
TAcaddmie de Vaucluse, qui doit avoir lieu dans les premiers jours du mois d'aoOt. U 
y aurait stJance publique, excursions A la fontaine de Vaucluse et au Ventoux, ban- 
quet, etc. Un programme complet est en cours d*61aboration et sera adress* ultdricu- 
rement in tous les membres de la Soci6t6. 

M. Mouzin presente A ses collogues d'importants fragments de Citharis, le nouveau 
drame qu'il a dcrit pour les prochaines representations du thdAtre antique d'Orange. 
L'oeuvre est de belle facture et la podsie en est puis<ie aux sources des meilleures 
inspirations. Le sujet. qui se rattache aux origines fabuleuses de la Provence, est par 
lui-m6me tr6s attachant, et le po6te en a su relever Tint^ret par Thabile enchatne- 
ment des situations dramatiques. 

La stance s'est terminde par une causerie du D' Laval sur le gdndral Duprat. 
GrAce aux documents precis qu'il a recueillis, il a pu suivre notre compatriote dans 
toute sa carri^re militaire jusqu'A sa mort sur le champ de bataille de Wagram. 

Apr^s la reception de MM. Paul, Zacharewicz, V. Leydet, Paul David, Privat, 
Desclais et J. Rastoul comme membres titulaires de TAcaddmie, la stance est levde. 



Stance du 4JuilUt igoi. — Prdsidence de M. le D' Laval, president. 
Presents : MM. Laval, Bourges, de Vissac. abb6 Requin, Moural. Gouell, abbd 
Levezou, de Lacroze. Biret, Laroche. David, Capeau, Alphant, Vagneur. Gap, Gleizal^ 
Raynolt, Labande. — M. Tabbd Mdritan se fait excuser de ne pouvoir assister A la 
stance. 

Le proc6s-verbal de la stance prdcddente est lu et adopts. 

Est presente comme membre titulaire de I'Acaddmie : M. le vicaire g<indral Redon. 
par MM. le vicaire gdndral Cussac. le D' Laval et Labande. 

Communication est donnde d*une circulaire relative A I'drection d'un monument A 
M. Gabriel d« Mortillet. L'Acaddmie ne peutque souhaiter vivement la rdussite de ce 
projet, auquel ses finances restreintes lui interdisent de participer pdcuniairemcm. 

La parole est ensuite donnde A M. Tabbd Requin pour la lecture de son mdmoire 
sur rinjprimerte A Avignon en 1444. II commence par rappeler les brochures qu'il a 
publides A ce sujet, il y a une dizaine d'ann^es, et donne connaissance des conclu- 
sions auxquelles il s'^tait aiors arret*. Ces conclusions, il les maintient absolument. 
majgr6 les les arguments qui, dans un travail recent, ont dt* prdscntds contre sa 
these. II passe en revue, en effet, ceS divers arguments et montre en quoi ils sont 
mal fondds. D'ailleurs, son adversaire n'a pas d'opinion bien arretde sur rinvention 
qui parait ceriainemcnt, d'apr^s les dt>cum€nts>ublids, avoir dtd faitc A Avignon en 



252 MEMOIRES 

^^444. II s'agissait bien, ddclare M. I'abbd Requin, de tentatives ou essais d'impri- 
merie : Procope Waldfoghel et ses associds ont-ils rdussi A attelndre leur but, ont-ils 
seulement imprim6 un feuillet? Nul ne peut le dire, en I'dtat actuel de la question. 

M. Mourral prdsente ensuite quelques nouvelles pieces po6tiques. oCi le sentiment 
et Tesprit se sont donn6 libre carridre. Elles sont tr^s applaudips par ses coUdgues. 

Apr6s une allocution de M. le President, rappelant les prochaines ffetes du cente- 
naire de TAcaddmie, M. le vicaire gdndral Redon est re9u A Tunanimitd membre 
titulaire de rAcaddmie et la stance est levde. 



Stance du 17 octobre igoi. — Pr6sidence de M. le D' Laval, president. 

Etaient presents : MM. Laval, Chobaut, Labande, Rdmy Roux, Gouell, Arnaud 
de Fabre, Paul, Bourges, Avon, abb6 Levezou, Biret, de Lacroze, Valla, Pansier, de 
Vissac, Capeau, Mouzin, Larch6. Alphant, de Villaret, J. Mdritan. 
Le proc6s-verbal de la pr6c6dente sdance est lu et adopts. 

M. le President prend la parole pour souhaiter aux membres de TAcaddmie la 
bienvenue, aprds une absence de deux mois. II est heureux d'adresser, au nom de 
notre Socidtd, les plus vives felicitations A nos collogues MM. Marchand, qui vient de 
recevoir un prix Montyon pour son Histoire de I'UniversiU d^ Avignon ; le com- 
mandant de Villaret, promu lieutenant-colonel, et le mddecin-major Gouell, promu 
mddecin principal. 
Sont pr6sent6s pour etre 61us membres titulaires : 

MM. le D' Pichenot, mddecin en chef de I'asile d'ali6n6s A Montdevergues, par 
MM. le D' Pansier, le D' Laval et Labande ; 
Savournin, conseiller gdn6ral du canton de Gordes, A I'lsle, par MM. Laval, 

Bourges et Genin ; 
Lafifont, mMecin k Tlsle, par MM. Laval, Chobaut et Labande ; 
Cartoux, professeur de rhdtorique au Lycee d'Avignon, par MM. Bourges, 

Laval et Mouzin ; 
le chanoine Queytan, par MM. Laval, Labande et Mdritan ; 
Didi6e> conducteur principal aux ponts et chauss6es, par MM. Laval, Zacha- 

rewicz et le D' Chobaut ; 
Fernand de Rocher, publiciste t Paris, par MM. Laval, Capeau, Mouzin ; 
Ranchier, pharmacien A Carpentras, par MM. Requin, Eyss6ric et Labande. 
M. le Secretaire gdndral annonce que notre collogue, M. le D' Auguiot, vient de se 
servir de Tintermediaire de TAcaddmie, pour offrir 4 la ville d'Avignon une statue en 
marbre, Le bon Ginie, par M. Vincent Fontan, de Lyon. L'Acaddmie est tr6s recon- 
naissante A M. le D' Auguiot d'avoir 6te ainsi associde A sa g6n6rosit6. 

M. Joleaud oflfre A TAcaddmie un mdmoire dont il est Tauteur, intituld : Contribu- 
tion a I'itude de Vinfracritaci a fades vaseux pelagique, en Algdrie el en Tunisie, Au 
nom de tous ses collogues, M. le President remercie Tauteur de son hommage 
amical. 

Communication est ensuite donnde de la circulaire portant programme du pro- 
chain congr^s des Soci6t6s savantes. 

M. le D' Chobaut lit le rdcit d'une excursion entomologique A Faraman, sur 
les c6tes de Camargue, d6sormais tristement c6iebres. Les ddtails intdressants, que 
notre collogue donne sur le voyage lui-mfime et sur les espdces nouvelles qu'il a pu 
y recueillir, sont dcoutds par tous avec la plus grande attention, et M. le President 
exprime le sentiment g6n6ral en fdlicitant et remerciant M. le D' Chobaut de sa lec- 
ture. 

Apr6s lui, M. le D* Pansier communique une savante dtude sur le manuscrit 
d'Alcoati et Toculistique arabe. Les frdquenies excursions que notre collogue fait 



DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 253 

un champ de la science d'ordinaire 51 peu explord. rendent d'autant plus int^res- 
sants les rdsultats historiques auxquels il aboutit, et 1' Academic lui est reconnais- 
sante de lui donner la primeur de ses travaux. 

A la fin de la stance, MM. Pichenot, Savournin, Lafifont, Cartoux, Queytan, Didide, 
de Rocher et Ranchier sont dus A runanimit^ membres titulaires de TAcad^mie. 



Siance du 14 novembre 1901. — Pr^sidence de M. le D' Laval, president. 

Presents : MM. Laval, Pansier, Villaret, Michel-B6chet, Alphant, Avon, Bonnecaze, 
de Vissac, Didi^e, Capeau, Genin, Joleaud, Chobaut. Moural. Laroche, Larch6 et 
Labande. 

En rabsence de M. le Secretaire excus6, la lecture du procds-verbal de la pr6c6- 
dente stance est renvoyde d. une date ultdrieure. 

Sont pr^sent^s comme membres titulaires : 
MM. Roche, docteur en m6decine k Sorgrues ; 
Vincenti. docteur en m6decine A Avignon ; 
Penne, docteur en m^decine i Avignon, pr(isent6s par MM. les docteurs Pansier, 

Chobaut et Laval ; 
Mistral, notaire A Sault, pr^sent^ par MM. Guibert, Mouzin et Bourges. 

M. le President ddpose sur le bureau les quatre volumes des Grands ipisodes de la 
Revolution dans Avignon el le Comtal, oeuvre posthume de M. P. Charpenne, qui 
vient de parattre aujourd'hui. En ce faisant, le D' Laval rappelle les qualit^s qui 
distinguent ce recueil de documents, et passe en revue les publications qui ont 
de)A. 6t6 faites sur le sujet de la Revolution avignonaise, notamment par Tabbe 
Andre et Soullier. Ces derniers ouvrages sont tr6s defectueux, et la publication de 
M. Charpenne a une valeur documentaire bien superieure. Celle-ci, d'ailleurs, n'est 
qu'un extrait du tr^s volumineux dossier qu'il avait amasse sur cette p^riode, et M. le 
President en indique les parties essentielles. 

M.de Villaret donne communication A ses coliegues d*une etude fort interessante 
sur trois plaquettes ou medailles decouvertes par M. Trechsel, dont deux se rap- 
portent A Laure, veuve de Hugues de Sade, et la troisieme A Petrarque, ambassadeur 
aupres de Venise. Ces trois pieces sont des plus curieuses, les deux premieres sur- 
tout, qui tendent A renverser la tradition faisant mourir Laure avant son marl 
Hugues de Sade. MM. Trechsel et de Villaret proposent Thypothese de leur attribution 
A Memmi, le peintre Siennois, qui vint A Avignon decorer le palais et fut lie d'amitie 
avec petrarque. 

Ce memoire souieve une discussion entre plusieurs membres de I'Academie, dont 
les uns emettent -certaines objections, mais qui tous sont unanimes A reconnaftre 
rinteret des medailles presentees. 

M. Capeau, au nom de M. F. de Rocher, donne lecture de deux pieces de poesie : 
A Victor Hugo et Le Pays des Cigales. Ces deux morceaux, d'un sentiment tres deiicat 
ou d'une large envoiee, sont applaudis par tous nos coliegues, au nom desquels 
M. le Prisident adresse ses remerclments et ses felicitations A I'auteur et A son 
interprete. 

M. Labande, au nom de M. A. Rousset, empeche, communique des extraits d*un 
memoire sur Oppede au moyen age. Ce village, place sous la dependance des comtes 
de Toulouse, marquis de Provence, puis des souverains pontifes, mattres du comte 
Venaissin, n'avait pas alors de seigneur particulier, et son chateau n'etait habite que 
par le bayle, capitaine ou chatelain. Il fut ruine pendant les guerres du grand 
schisme, mais il fut retabli dans le cours du XV'siecle par les soins de la papaute. 
Enfin, il fut Infeode, au debut du XVP siecle, a Accurse de Maynier, qui devint 
bientdt baron d*Oppede. 

A la fin de la seance, MM. Roche, Vincenti, Penne et Mistral sont admis k Tuna-' 
nlmitc membres titulaires de I'Academie. 



254 MEMOIRES DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 

Stance du 5 dieembre i(^oi. — Pr6sidence de M. le D' Laval, president. 

Presents: MM. Laval, Bourges, Chobaut, de Vissac, Pansier, P. deFaucher, Piche- 
not, Lassalle, Capeau, Arnaud de Fabre. Penne, de Villaret, Genin, Avon, abb^ 
Valla, Bonnecaze, abb6 Trouillet, Fichaux, abb6 Grimaud, Gouell, Alphant, dU 
Laurens, Labande. 

M. Tabb^ Mdritan, secretaire, souffrant, se fait excuser. 

Le proc6s-verbal de la derni6re stance est lu et adopts. 

M. Adrien Rousseaa, ndgociant A Carpentras, est pr^sente comme membre titulaire 
par MM. Pansier, Eyss6ric et Ranchier. 

Une po^ie de M. Mistral, notaire k Sault, et intitul^e : Promenade sur le lac d'An- 
necy, est d^pos^e sur le bureau. L'ordre du jour dtant assez chargd, la lecture en est 
renvoy^ d. une stance ult^rieure. 

M. le baron de Vissac a la parole pour sa conference sur Un Vaucluiien devoni ia 
Commission militaire de Van VI. Apr6s avoir expose quelle etait & ee mo^nicnt la situa- 
tion politique en France, apr^s avoir montre comment le Directoire avait et6 amene 
^ se livrer, par instinct de la conservation, k donner 4 son gouvernement un carac- 
tere jacobin, notre collogue raconte avec beaucoup d'interftt et d'imotion I'arrcdtation 
et la mort d'Isidore de Rey. Nd 4 Valrdas en 1773, emigre, puis pris de rinvinclblc 
nostalgie de sa patrie, il crut pouvoir, comme tant d'autres, rentrer en France. 
Arrftte k Clermont, interroge pour la forme, il etait condamne k mort et fusllie sur la 
place publique, oO une foule immense salua sa mort, tandis qu*une femme suivait, 
sous ses longs voiles de deuil, sa depouille jusqu'au tombeau. 

M. le President se fait I'interprete de tous les membres presents, en remerciant 
M. de Vissac de sa causerie pleine de vie et d'interet. 

La parole est ensuite donnee d M. Paul de Faucher, qui communique h I'Academie, 
sous le titre : Souvenirs de Vaieul, les poesies fugitives, mais spirituelles et alertes, de 
M. Genet Morel, dont notre coliegue est le pctit-fils. M. Pierre-Genet Morel avait 
traverse la periode revolution naire et avait pu rendre 4 Carpentras, dont il etait 
originaire, de trds grands services en defendant courageusement cette ville contre 
lesattaques injustes dont elle fut alors I'objet. M. Paul de Faucher presented TAca- 
demie plusieurs epigrammes pleines d'esprit, des dialogues politiques d'une pro- 
fonde et fine philosophie, et plusieurs charmantes moralites que I'on ecoute avec 
grandplaisir. 

A la fin de la seance, M. Adrien Rousseau est eiu membre titulaire de TAcademie. 

Le Secretaire de I'Acadimie, Le President de I'Acadimie, 

J. M^RiTAN. D' V. Laval. 



^ff^'ST^t^^^^TJ^ 




Volumes et Fascicules 

REgUS PAR L'ACADfiMIE 

Depuis la publication du deuxieme fascicule de I'annde rgoi. 



I. — Envois du Minidt&re de Tlnstruction publique 

et des Beaux- Arts. 

!• Congr6s des Soci6t6s savantes A Nancy : Discours prononc6s a la stance g6n^- 
rale du congrds, le samedi i3 avril 1901, par M.Mascart. — a' Bulletin arch6ologi- 
que du Comit6 des travaux historiques et scientifiques, 1901, i" et a" livralsons. — 
3* Bulletin du Comit6 des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences 6co- 
nomiques etsociales, anndeigoo ; congrSsdes Soci6t6s savantes de Paris et des d6par- 
tements, lenu A Nancy en 1901.— 4* Bulletin histdrique et philologique, 1900, n" 3et4; 
J90i» n" I et a. — 5* Comit6 des travaux historiques et scientifiques : Comptes rendus 
du congr^s des Soci6t6s savantes de Paris et des d^partements, tenu 4 Nancy en 
1901. Section des sciences. '— 6* Histoire litt^raire de TAfrique chrdtienne depuis les 
origines jusqu'A Tinvasion arabe, par Paul Monceaux, t. I et II. 

II. — Dons des particuUers. 

I'M. Antonin Rousset, membre tltulaire de TAcad^mie: Du droit et de la jouis- 
sance de I'usufruitier sur les vdgdtaux ligneux Isolds ou en massif. — a* M. I'abbd 
Clavel, membre tltulaire de TAcad^mie : Suite de paysages, carton de 10 lithogra- 
phies avant toute lettre et avec remarques de Ch. Dulac (1893). — 3* M. Jacques 
Delmas, membre tltulaire de TAcadimie : La Grande^Montagne ( Basses-ALpes ). — 
4* M. A. Joleaud, membre tltulaire de TAcad^mie : Contribution H l'6tude de Uinfra- 
cr6tac6 d faciis vaseux p^lagique en Alg^rie et en Tunisie. — 5* M. le D' Alfred 
Chobaut, vice-president et membre perp^tuel de I'Acad^mie : Sur les moeurs et 
metamorphoses de TEmenadla flabellata F., pour servi|" & I'histoire des Rhipipho- 
rides ; — Description de deux esp6ces nouvelles de Cebrio d'AIg^rie et de la femdle 
du C. gypsicola Graells ; — Nouvelles observations sur les relations biologiques 
des Anthicides avec les vesicants; — Description de cinq vari^tds nouvelles de 
col6opt6res de la faune circa-m6diterraneenne ; — Notes sur le genre Pentaria et 
description d'une esp6ce nouvelle ; — Description de deux esp^ces nouvelles de 
coIeopt6res du Mzab ( sud alg^rien ) ; — Description de trois col^opteres du Mzab 
(sud alg6rien); — Note sur Polyarthron Jolyi Pic ; — Description de deux col^optdreg 
nouveaux du sud de TAlgerie; — Sur un Xyleborus parasite d*une orchid^e des 
serres europ^ennes ; — Descriptions de cfuelques esp6ces et variet^s nouvelles de 
coieopteres alg^riens : — Description d'un Eumolpide nouveau du Sahara alg^rien 
— Description d'un nouveau genre de C^brionides du -Sahara septentrional ; — 
Description d*un Adoretus nouveau du Sahara septentrional ; — Description d'un 



256 MEMOIRES 

Ernobius nouveau de la France m^ridionale ; — Note sur Sefranla Bleusei Pic ; — 
La chasse aux col6opt6res, en hiver, sous les dcorces de platanedans le d^partement 
du Gard, en face d* Avignon ; — Mceurs et metamorphoses du Platypsyllus castoris 
Ritsema, insecte col6opt6re h6te du castor; — Description d*un genre nouveau et 
d*une esp6ce nouvelle de longicorne de la Tunisie mdridionale ; — Description de 
deux espfeces et d*une vari6t6 nouvelles de Pachybrachis de la Tunisie mdridionale ; 
— Description d'une espice nouvelle de Zophosis de la Tunisie m6ridionale ; — 
Description d'un opatride nouveau de la Tunisie m^ridionale; — De la placed, 
assigner, parmi les longicornes, au genre Tetropiopsis Chob. ; — Description d'une 
Phaleria nouvelle d'Alg^rie ; — Notes entomologiques : insectes indigenes adapt6s A 
un arbre d*origine exotique ; insectes des carridres des Angles (Gard) ; les Rhys- 
semus de France. — 6* M. le D' A. . Pamard, membre titulaire de TAcad^mie de 
Vaucluse : Les Medecins d'Avignon a TAcaddmie de Vaucluse en 1801 : J.-C. Pancin 
(1743-1808), J.-B.-Antoine Pamard (i763-i837)» par le D' Pansier. — M. Paul de 
IFaucher, membre titulaire de TAcaddmie : Les Souvenirs de Taleul, podsies fugi- 
tives et humouristiques d'un vieux magistral, recueillies et annotdes par son petit- 
fils. — 8* M. le baron Guillaume du Laurens, membre titulaire de I'Acaddmie : 
fipreuve lithographique d'une gravure sur cuivre, par Daret : alldgorie sur I'arrivde 
t Avignon du vice-16gat Alexandre Colonna, en 1664. — 9* M. le D* P. Pansier, mem- 
bre titulaire de 1* Academic : Tractatus de hypopio, auctore (anno lySS) Joanne- 
Glaudio Pancin, medicinae et botanicae professore in Universitate Avenionensi. — 
10' M. F. Mistral, membre d'honneur de I'Acaddmie : Francisco Soto y Calvo, Nos- 
talgia. 

III. — Envois des Socidtds correspondantes. 

Bulletin de la Socidtd des lettres, sciences etarts de la Gorr^ze, 1901, n" i, 2 et 3. — 
Mdmoires de TAcaddmie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 4' s6rie, t. VII, 
anndes 1899-1900. — Bulletin de la Socidtd d'dtude des sciences naturelles de Bdziers, 
annde 1899. — Revue des Langues romanes, 5' sdrie, t. VI, n" 3 A 12. — Revue de 
Saintonge et d'Aunis, t. XXI, n" 4 A 6; t. XXII, n* i. — Bulletin historique du dioc6se 
de Lyon, 1901. n** 4 A 6; 1902, n* i3. — Revue horticole des Bouches-du-Rh6ne, n- 563 
d 570. — Bulletin d'archdologie et de statistique de la Dr6me, n*' i38 A 140. — Revue 
historique de Provence, 1901, n** 7 A 12; 1902, n* i. — Socidtd des Antiquaires de la 
Morinie: bulletin historique, 1901, n*' 2 A 4. — Socidtd archdologique du ddpartement 
de Gonstantine, 1900. — Revue d'Auvergne, 1901, n* 2. — Socidtd languedo- 
clenne de gdographie, 1901, 2'et 3' trimestres.— Socidtd agricole, scientifique et littd- 
raire des Pyrdndes-Orlentales, 1901. — Bulletin de la Socidtd nationale des Anti- 
quaires de France, 1900; mdmoires, 1899. — Bulletin du Gomitd de I'art chrdtien de 
Nimes, 1901, t. VII, n* 44. — Annales de la Socidtd des lettres, sciences et arts des 
Alpes-Maritimes, 1901, t. Xyil. — Acaddmie des sciences, belles-lettres et arts de 
Besan9on, 1900. — Bulletin de la Socidtd Les Amis des sciences et arts de Roche- 
chouart, 1901, t. XI, n** 2 A 4. — Bulletin de la Diana, 1901, t. XII, n" i A 4. — Anales 
del Museo nacional de Montevideo, 1901, t. IV, n*' xix & xxii. — Studj edocumentl di 
storia e diritto, 1901, Case, i et 2. — Missouri botanical garden, twelfth annual report, 
1901. — Bulletin de la Soci6t6 des sciences naturelles de SaOne-et-Loire, 1901, t. VII. 
n- 5 A 12. — Bulletin de la .Soci6t^ des sciences, lettres et arts de Pau. t. 28, 1898- 
1899. — Anales de la Universidad de Buenos- Aires, tome XIV, 1899-1900. — Actes 
de TAcad^mie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 3* s^rie, 
1898 et 1899. — Mimoires de la Soci6t6 des arts et des sciences de Garcassonne, 1901. 
t. X.— Bulletin of the geological institution of the University of Upsala, edited by 
Hj. Sjogren, 1901, n*9. — M^molres dela commission des antiquitds du d^partement 
de la G6te-d'0r, t. XIII, 1899-1900, 4^ fasc. — Bulletin de la Soci^t^ neuchateloise de 



DE L'aCADEMIE DE VAUCLUSE 267 

gdographie, t. XIII, 1901. ^ Bulletin de la Soci^td arch^ologique du midi de la 
France, s^rie in-8*, n* 28. — Stances publiques de TAcaddmie des sciences, arts et 
belles-lettres d'Aix, du i5 juin 1900 et du 14 juin 1901. — Repertoire des travaux de 
la Society d'^tude des sciences naturelles de Nimes, t. XXVIII. — Annales de I'Uni- 
versite de Lyon. I. Sciences, mMecine, fasc. 5^ 7:£tude sur les occultations d*amas 
d'dtoiles par la lune.avecun catalogue normal despl6iades,parM.JoannyLagrula;— 
Sur les corobinaisons organomagn^lennes mixtes et leur application a des syn- 
theses d'acides, d'alcools et d'hydrocarbures, par Victor Grignard ; — 6tude g6olo- 
gique et pal6ontologique du carbonif6re inf6rieur du MAconnais, par A. Vaffter. — 
II. Droit, lettres, fasc. 7 et 8 : Histoire de Tenseignement secondaire dans le Rhdne 
de 1789 A 1900, par MM. Chabot et S. Charl6ty; — Notes critiques sur quelques tra- 
ductions allemandes de po6mes fran9ais au moyen Age par J. Firmery. — Bulletin 
de la Society d'^tudes scientifiques et arch^ologiques de la ville de Draguignan, 
t. XXII, 1898-1899.-- Bulletin de la Soci^t^ arch6ologique, scientifique et litt6raire de 
B^ziers, t. XXXI, 1901, i" livr. — Bulletin de la Society des Antiquaires de Picardie. 
1900, n** I A 4; 1901, n*' I A 3. — Soci6t6 arch^ologique et historique de TOrl^anais : 
bulletin, t. XII, n« 171. — Bulletin de la Soci^t^ d'^tudes des Hautes-Alpes, 1902. n* i. 



Table du tome XX 

. (I" DE LA a* SfiRIE. — ANNfiE igoi). 



Pages. 

Bibliothdque de rAcad^mie : volumes et fascicules re^us. . . . &4, 149, a55 

BouRGEs (G.). — A propos du Pithecanthropus erectus 125 

Chobaut (D* a.). — Le Merle bleu. 189 

Labande (L.-H.). — fetudes d'histoire et d'arch^ologie romane. Provence et Bas- 
Languedoc. ]&gli8es et chapelles des environs de Bagnols-sur-C6ze (Nord-Est 

du diocdse d'Uz6s) ..,.,... 199 

M^RiTAN (Abb6 J.). — Les troubles et ^meutes d'Avignon (1652-1659) 1 

MouRRAL (A.). — En Avignon, poesies • i43 

— Pages d'album 19^ 

Proc6s-verbaux des stances. • . . . • 84. 249 

RoussET (Antonln). — Oppdde et ses environs. Fragments d'arch6ologie et 

d'histoire locale 89, 149 



ANNEIE 1900 



BT 



SUPPLEMENT DES ANNEES 1894 A 1 899 (l) 



Alban^s (Chanoine). — V. Inven- 
taire analytique des titres de la 
maison de Forbin, n° 970. 

900. Alfonse oe Poitiers. — Corres- 

pondance administrative d*Al- 
fonse de Poitiers, publide par 
Auguste MoUnier. — Paris, imp. 
nat.^ 1900, 3 vol. in-4*. 

Collection des documents in6dits 
sur i*histoire de France. 

901. Amiales de I'Acad^mie de littdra- 

ture [6rig6e dans le Petit-S6mi- 
naire d'Avigrnon]. [Voir n" 570 et 
728.] — Bulleiin de t' Association 
fralemelle des anciens Olives du 
petit shnifMire Bienheureux-Pierre- 
de-Luxembourg d" Avignon, p. i7f 
38. 

90a Annuaire administratif, historique 
et statistique de Vaucluse, public 
par L. Duhamel,... Ann^e 1900. — 
Avignon, Bemaud et C**, Assaleix, 
Durand, Roumanille, in-8*. 

903. Ardouane. — Dubreuil ou Dut)reil > 
fL*ancien archevSque d'Avignon]. 
VIntermidiaire des chercheurs et 
curieux, t. XLI, cOl. 864. 

9r»4. AuDEBRAND (Phillbcrt). — Le Mar- 
quis de Sade 6tait-il fou > — L'ln- 
termidiaire des chercheurs et des 
turieux, t. XLII. col. 739 et ioo5. 

905. Auric (A.).— L'Emplacement d'Ae- 

ria. — Bulletin de la Sociiti dipar- 
tementale d'archMogie et de sta- 
tistique de la Drdme, p. 84. 

906. BARRfes fMaurice). — Une Visite 

Chez Mistral. — Revue Mame, 29 
avril. 

907. Bayle (Gustave). — La Question de 

rimprimerie A Avig-non en 1444 et 
1446. — Mimoires de I'Acadimie de 
Nimes, p. I ; — Nimes, Chastanier, 
in.8-. 



908. Bayol (A.). — L*ancienne Comman- 

derie de Saint* Jeanrle-Vieux d'A- 
vignon. -^^hnotres de VAcadhnie 
de Vaucluse,'P' 13?. 

909. Belladen (L.). — L'Exposition de 

la Soci^t^ vaudusienne des Amis 
des Arts. — M^moires de I' Acade- 
mic de Vaucluse, p. 161. 

910. B^thouart (A.). — Beaulieu, Cap 

Ferrat, Monaco, Eze, Puget-Th6- 
niers, ArUs, Orange. ^6jour d'hi- 
ver, excursions, tourisme, alpi- 
nisme. — Chartres, imp. Gamier ; 
I'auteur, 5, rue de Chanzy, in-i8. 
Blancard (Louis). — V. Iiiventaire 
ana)yti<^e des titres de la maison 
de Forbin, n* 970. 

911. BoisGELiN (Marquis de); — Esquis- 

ses g6n6alogiques sur le& families 
de Provence. Tome I*', !'• partie. 

— Draguignan, {C, et A. Latil; 
Aix-en-Provence, Makaire, in-4*, 
p. I ^ 400. 

BoissiER (Gaston). — V. Grandin 

(Georges), n' 966. 
BoL (J.). — V. Brindosier, Bol (J.) 
et Zeph, -n* 914. 
9 1 J. Boyer d'Agen. — Paul Vayson. — 
Revue illustrie, n* 16 (i*' aoQt). 

9 1 3. Braeutigam (Ludwig). — • Das fran- 

zosische Bayreuth [Orange]. — 
Goslar, Laltmann, in-8*. 

914. Brindosier, Bol (J.) et Zeph. — 

Rrral... Rrrrapasl... Interwiew, 
lettres et mdmoires sur la demo- 
lition des remparts d'Avignon. 
Preface de M. Edmond Capeau,... 

— Avignon, F. Seguin, in-8*. 

9 1 5. Brunet (P. de). — Conseils prati- 

ques aux eieveurs vauclu^iens. — 
Bulletin de la Sociiti d'agricuUure 
et d' horticulture de Vaucluse, U 5i, 
p. 37. 



(I; Les publications dont Ic mill^sime n'est pas indiqud sont de Tatin^e 1900. 



4*-2 



anJlJOGUAPHIE VAUCLUSIKNNK 



9 1 G Cabanks D"i. — Le Marquis de Sade 

(^tait-il fou > — L'Inijrmidiaire des 

chercheurs et djs curieux, t. XLU, 

col. 562. 
9f7 Caisse de prcvoyance et de criidit 

du Syndicat agricole vauclusien. 

Assembl<ie g<in<irale du 3o novem- 

bre lyoo. — Avignon, F. Seguin, 

in-8". 
(Iapeai: (Edmond).— V.Brindosier, 

BoL (J '. et Zeph, n* 914. 
918 Charles V et le schisme. — Histo- 

risch-politische Blatter. 16 novem- 

bre. 

919. CuoBAUT (D' A.). — Capture d'un 

aigrle dans les environs d' Avignon. 
— Mimoires de VAcadimie de Vau- 
cluse, p. 385 ; — Avignon, F. Se- 
guin, in-8'. 

920. — Esp6ces nouvelles d'insectes co- 

16opt6res trouvdes en ces derni^res 
anndes dans le dSpartement de 
Vaucluse et dans les d6partements 
limitrophes. — Metnoires de I'Aca- 
dimie de Vaucluse, p. 2i5; — Avi- 
gnon, F, Seguin, in-8*. 

921. — Un H6tel climat6rique au Mont- 

Ventoux, — Mimoires de VAcadi- 
mie de Vaucluse, p. SSg; — Avi- 
gnon, F. Seguin, in-8". 

922. Cinquantenaire (Le) du college 

Saint-Joseph d'Avignon. — Bul- 
letin des anciens cloves de I'icole 
litre Saint-Joseph [ d'Avignon ], 
juin, p. 393. 

923. CiPOLLA (C). — Clement VI et la 

maison de Savoie. — Miscellanea di 
storia italiana, 3* s6rie, t. V. 
924 Cochin (Henry). — Le Fr6re de P6- 
trarque et le livre du « Repos 
des rcligieux». — Revue d'histoire 
et de littirature religieuse, t. V, 
novembre - d^cembre fa suivre). 
[Sur la vie que les deux frtres 
mcncTcnt A Carpentras jusqu'en 
I336.J 

925. Compte rendu des concours agri- 

coles et du congres ampdlogra- 
phique tenus A Avignon, du 18 au 
23 octobre i8<.)9, A I'occasion du 
cinquantenaire de la Soci6t6 d6- 
partementale d'agriculture et 
d'horticulture de Vaucluse. 1849- 
1899. — Avignon, F. Seguin, in-8". 

926. Compte rendu des concours et expo- 

sitions agricoles tenus cLApt les i3 
et 14 octobre I9^j() [avec discours 
de M. Ricard,... et rapports des 
commissions]. — Bulletin de la 
Societe d'agriculture et d'horticul- 
ture de Vaucluse, t. 5i, p. 277. 

927. Concours de taille et reunion d'Apt 

le dimanche 18 Icvrier [njix). avec 
rapport de M. Ed. Zacharevvicz). — 
Bulletin de la Socidtd d'agriculture 
et d'horticulture de Vaucluse, t. 5i, 
p. 9i>. 
928 Conseillers municipaux et munici- 
palites du ddpartement de Vau- 



cluse, 1 9 JO. — Avignon, E. Mi I to, 
in-8'. 
CouLON (Augusie). -V.JkanXXII, 
n' 972. 

929. Crescin'i (V.). — Rambaut de Va- 

queiras et le marquis Boniface I ' 
de Montfcrrat. Nouvelles observa- 
tions. (Suite et a suivre.)— Annates 
du Midi, p. 433. 

930. CussAC (Abb6 G.). — Pan^gyrique 

de saint Jean-Baptiste de la Salle, 
fondateur des Fr6res des dcoles 
chr^tiennes, prononc6 le 19 juin 
1900, dans rinsigne basilique m€- 
tropolitaine d'Avignon.— A W^non, 
Aubanel frires, in-8'. 

931. Dabin (Abb6).— Les F^tes musicales 

d'Avignon (3,4 etS aoOt 1899). — 
Evreux, Odieuvre, in-8*. 

93a. Dalton (A.). — La Persecution 4 
Orange,d*apr6s un extrait du Jour- 
nal in6ditdeJablonskl,pr6dicateur 
k la courde Prusse. 26 septembre 
1703. — Society de Vhistoire du pro- 
testantisme frangais, bulletin histo- 
rique et litter aire, i5 octobre. 

933. Delisi.e (L.). — Note sur un manu- 
scrit des po<^sies de Pdtrarque, 
rapporid dltalie, en 1494, par 
Charles VIIL — Biblioth^ue de 
I'Ecole des chartes, t. LXI, p. 450; 

— Nogent - le - Rotrou, Daupeley- 
Gouverneur; Paris, in-8'. 

934 Delmas (J.J. — Ascension du Mont- 
Ventoux (1,912 metres).— ylnntt<jire 
du Club alpin fran^^ais, 26* vol., 
J 899; — Paris, Chamerot et Re- 
nouard. in-8'. 

933 DtpREz (Eugene).— Les Fun^railles 
de Cldment VI et d'Innocent VI, . 
d'aprc^s les comptes de la cour 
pontificale. — Melanges d'archeo" 
logieet d'histoire, p. 235. 

935. DiGONNET (F.). — Notice historique 
sur le musde Calvet, d'Avignon. 

— Avignon, F. Seguin, in-8*. 

937. DoNEVAi. (R. de). — Avignon et ses 

environs. — Lyon, Toursier, in-i6. 
Guides Pol. 

938. DoRSAY (Jules-A.). — Guillaume au 

court nez (Idgendes de Thistoire 
de France). — Paris, Firmin-Didot 
et 0« . in-8*. 

939. DiriiAMEL (L.). — Le Cardinal de 

Brogny, son origine, sa famille, 
ses alliances. — Revue savoisienne, 
190^, fasc. 4, et 1901, fasc. i; — 
Annecy, Abry, 1901, in-8*. 
— V. Annuaire, n* 902 ; Extrait des 
deliberations du Directoire,n«95o. 

940. DuiiREN (Eug.). — Studien zur Ge- 

schichtedesmenschlichen Gesch- 
lechtslebens. I. Der Marquis de 
Sade und seine Zeit; ein Beitrag 
zur Cultur- und Sittengeschichte 
desXVIII"" Jahrhunderts. — Le/p- 
zig, Barsdorf, in-8*. 

941. Ehrle (Franz). — Aus den Acten 

des Afterconcils von Perpignan. 






ANNEE igCX) 



43 



942 



9+^ 



944 
90 



946 



947 



94H. 



949 



9SO 



951 



962 



1408. — Archil' fur Liter atur- und 
Kirchengeschichte, Y" Bd. 3" Heft 
(1889), S. 387; VII" Bd, 3'* und 4" 
Heft (igrx)), S. 576. 

— Der Cardinal Peter de Foix der 
Aeltere. die Acten seiner Legation 
in Aragonien und sein Testament. 

— Archiv fur Literatur- und Kir- 
chenp:eschichU, VII" Bd, 3" und 4" 
Heft, S. 421-696. 

— Die lurchenrechtlichen Schriften 
Peters von Luna (Benedicts XIII). 

— Archiv fur Literatur- und Kir- 
chen^eschichte. Vll" Bd, 3" und 
4" Heft. S. 5i5. 

EsTACHY (E.). — Les petites Modistes 
de Cavaillon, chanson-marche. — 
Cavaillon, Mistral, in-S". 

EuBEL (R. P. Conrad). — Die avi- 
gnonesische Obedienz der Mendi- 
canten Orden, sowie derOrden der 
Mercedarier und Trinitarier, zur 
Zeit des grossen Schismas, beleu- 
chtet durch die von Clemens VII. 
und Benedikt XIII. an dieselben 
gerichteten Schreiben. — Pader- 
torn, F. Schoenini^h, in-8". 

Quellen und Forschungen aus 
dem Gebiete der Geschichte, I, 2. 

— Bullarium franciscanum, sive Ro- 
manorum pontificum constitutio- 
nes, epistolac, diplomata tribus 
(•rdinibus Minorum, Clarissarum, 
Poenitentium, a ... sancto Fran- 
cisco institutis, ab eorum origini- 
bus ad nostra usque tempora 
concessa. T. V (Benedict! XI, 
dementis V, Joannis XXII monu- 
menta). — Leipzig, Han-assowiti, 
in-fol. 

Exposition de chrysant6mes. 1900. 

— Avignon, F.Seguin, in-8*. 
Soci(it6 d'agriculture et d'horti- 

culture de Vaucluse. 

Exposition des beaux-arts et des 
arts appliq^6s ^ I'industrie, orga- 
nisee H Avignon par la Soci6t6 
vauclusienne des Amis des Arts, 
du I" mars au i" avril 1900. R6- 
glement. — Avignon. J. Roche et 
Rulliere frcres, in-8". 

Exposition des beaux-arts et arts 
appliquds d I'industrie en Thdtel 
de ville d'Avignon. i" mars-i" 
avril 1900. Catalogue. — Avigfwn, 
Roche et Rulliere freres, in -8*. 

Societ<S vauclusienne des Amis 
des arts. 

Extraits des ddlib<irations du Direc- 
toire du d<ipartement, [publics par 
L. Duhamel]. — Annuairc adminis- 
tratif... de Vaucluse, a* partie, p. i. 

Falcher (P. de). — Ex-libris du 
marquis Jean-Joseph de Ripert 
d'Alauzier (1684-1755). 
de la Sociite fran<;aise 
tionneurs d'ex-libris ; 
Protat frires, in-4'. 

— Les Isoard de Chdnerilles.— Bui- 



— Archives 
des collec- 

— Macon, 



let in de la Sociele scientifique et 
litteraire des Basses-Alpes, n" 76, 
p. 269 ; n" 77, p. 354. 

953. FiNzi (Giuseppe). — Petrarca. — Ft- 

renze, G. Barbera, in- 16. 

954. — II Petrarca neir intimita. — Nuova 

antologia, 1" avril. 
Flajiault (Ch.). — V. Tessier (F.) 
et Fi.AHAUi-T (Ch.), n* 1039. 

955. FoiJLQUui (Charles). — Etude sur 

les tribunaux du Comtat-Venais- 
sin pendant la domination des 
papes. — Nimes, impr. cooperative 
ouvriere la Laborieuse, in-8*. 

955. FraknoI «Mgr Guillaume).— L'Am- 
bassade de P^trarque d Vdrone, 
1347. — Annates internationales 
d'histoire, congr6s de Paris. 

957. France (La) pittoresque du Midi. 
Histoire et g6ographie des pro- 
vinces d'Auvergne, Gascogne, 
B^arn, Foix, Languedoc, Roussil- 
lon, Com tat, Nice, Provence, 
Corse, et les dcpartements qu'elles 
ont formes, par Alexis-M. G., ... 

— Tours, Mame etfils, in-8*. 
Biblioth6que des families et des 

maisons d'dducation. 
93s Gastou^ (Am<id6e). — Inventaire 
des anciens manUvScrits liturgi- 
ques conserves dans Teglise d'Apt. 

— Semaine religieuse du diocese 
d'Avignon, p. 378, 388, 401,438; 

— Avignon, Aubanel freres, 1900, 
in-8*. 

939. — La Musique d Avignon. Confe- 
rence prononcde dans la salle de 
I'impasse de I'Oratoire. le 24 Jan- 
vier 1900, au concert de la Schola 
cantorum. — La Tribune de Saint- 
Gervais, p. 43. 

Geoffroy (Gustave). — La Vie ar- 
tistlque. 6' s6rie... Les Vernet... — 
Paris, If. Floury, in- 16. 

GiNisTY (Paul*. — Un Amour plato- 
nique du marquis de Sade. — La 
Grande revue, i" juillet. 

GoDEFROY (Hippolyte). —V. P^trar- 
QUE, n* 998. 

962. GoECKE (Walther). — Die historis- 

chen Beziehungen in der Geste 
von Guillaume d'Orange. — Halle, 
in-8-. 

963. GoNNET ^Vbb6 E.). — Petite Mono- 

graphie de I'hospice Saint-Louis 
d'Avignon (sous forme de corres- 
pondance). Nouvelle edition... — 
Avignon, F. Seguin, in-8*. 

964. — Supplements la nouvelle Edition 

de la petite monographie de Saint- 
Louis d'Avignon. — Avignon, F. 
Seguin, in-8*. 

965. — Un Voyage A travers ma vie, 

sous forme de correspondance d. 
un pretre poete, ami de M. I'au- 
m6nier actuel de I'hospice Saint- 
Louis d'Avignon. — Avignon, F. 
Seguin, in-8*. 
966 Grandin (Georges). — Felix Char- 



9O0 
961. 



44 



BIBLIOGRAPHIE VAUCLUSIENNE 



pentier. Introduction de M. Gaston 
Boissler. — Paris, Moreau et C,^, 
in-4''. 

967. GuiMET (E.>. — Les Isiaques de la 

Gaule. [Description d'antiquit^s 
6gyptiennes trouvies dans le d6- 
partement de Vaucluse.] — Revue 
archiologique, p. 75 ; — Paris, 
Ltroux, in-8". 

968. Harcourt Eugdne d'>, — Aux Fe- 

tes d'Orange et B<iziers. — Gazette 
des beaux-arts, i'* octobre, p. 366. 

969. H6RA-S1CCAMA JJ. — Sir Gabriel de 

Sylvius. 1 660- 1 696. [N6 A Orange, 
employ^ au service des Stuarts en 
Angleterre.] - Reime d'histoire di- 
plomatique, n*4. 

970. Inventaire analytique des titres de 

1& xnaison de Forbia, recueillis au 
chateau de Saint-Marcel par M. 
le marquis de Forbin d'0pp6de, 
et d'autres titres provenant de di- 
verses archives, le tout analyst 
par M. le.chanoine Alban^s. Avec 
une introduction de M. Louis 
Blancard,... — Marseilie, impr. 
marseUlaise, in -4*. 

971. Itmdraire des voles ferries. Guide 

des ddpartements de Vaucluse, 
J>rdme, Ard6che. — Lyon, Tour- 
sier, in- 16. 

972. Jean XXII. — Lettres secretes et 

curiaies du pape Jean XXII i3i6- 
1334I. relatives a la France, extrai- 
tes des registres du Vatican par 
Auguste Coulon,... Fascicules i et 
2. -*• Paris, A. Fontemoing , in-4", 
Bibiioth^que des Ecoles fran- 
Raises d*A thanes et de Rome. 3« 
s^rie : lettres des papes d* Avignon 
se capportant & la France. 
JouvE (Pierre), -r V. Manivet (PauP, 

Ti? 98a. 

973. Jm^UAN (Camille'. — Notes gallo- 

romaines. VL Inscription de Car- 
penlras. — Revue des etudes an- 
ciennes (Annates de. la Faculty des 
lettres de Bordeaux et des Univer- 
sites duiMidi, 4* serie , t. II, p. i36. 

974. KiENER (Fritzs — Vcrfassungsge- 
I : ' Bchichte der Provence.seit derOst- 

gothenherrschaft bis zur Errich- 
tuTLg der Konsulate 5io-i2oo\ — 
Leipzig, Dyksche Buchhandlung, 
in-8*. 
975 • Labande (L.-H.). — Description 
.* . . .d'un pied de croix du XIV si6- 
£l£ ayant appartenu 4 Tancien 
TQonast6re de Saint- V6ran prcjs 
Avignon. -^ Bulletin archdologi- 
que du Comile des travaux histori- 
■queset scieniijiques, p. 491 ; —Paris, 
imp. nat., 1901, in-8". 

976. — Les Dessins des antiquitds de la 
- France nwiridionale, par I'archi- 

tecte Pierre Mignard. *- La Cor- 
Tespondance kistorique ei archeolo- 
gique, p. 144. 

977. — Etudes d'histoire et d'archdologie 



romane. Sainl-Symphorien de 
Caumont. — Memoir es de V Acade- 
mic de Vaucluse. p. 179 ; — Avignon, 
F. Seguin. in-8". 

978. — Notice sur les dessins des anti- 

quitds de la France mt^ridionale 
ex6cul(^s par Pierre Mignard et 
sur leur publication projet6e par 
le marquis de Caylus. — Revue du 
Midi, ; — Nimes, imp. ginirale, 
in-8v 

979. L[ArRE.Ns] (J[ules] . — Catalogue 

du mus(!:e de la ville de Carpen- 
tras, avec notice historique. — Car- 
pcntras, 'Brun et C»', in-i6. 

980. Lavalden (Bruno). — Une Visite k 

Orange. - Grenoble, 'Uaratier et 
Dardclet, in-8". 

981. Maas'M.'. — Allerlei provenzalis- 

cher Volksglaube nach F. Mis- 
tral's Mireio. — ^Berlin, i8'/>, ln-8'. 

982. Manivet Paul). — En Avignon. 

Po6mes modernes, illustr^s par 
Pierre Jouve. — Avignon. Aubanel 
freres ; Paris, Lemcrre, in-8\ 
983 Marchand J.'. — L'Enseignement 
primaire dans le departement de 
Vaucluse, de 1791 A 1900. Memoi- 
res de l[Acjdemie de Vaucluse, p. 
43; - Avignon. F. Seguin, in-8'. 

984. — L'Universit^ d' Avignon aux 

XVII • ct XVIII- sidcles. - Paris, 
A. PicarJ el Jits, in-8*. 

985. Marquis iLe» de Sade 6tait-il fou ? 

[Articles signes: G. A. B., C. H. G., 
11. C. M., P. Tonnel. G. I. et Outis. 
— L'lntermidiaire des chercheurs 
et des curicux. t. XLII, col. 437, 
85i et i(yj9. 
9H6. Marmoiton (Pierre). — Le Mari^chal 
Brune et la mar^chale Brune. — 
Paris, Lethiclleux, in-8". 

[Cf. Vissac .Marc deS dans les 
Memoires de I' Academic de Vau- 
cluse, p. 202.] 

987. Martel R. P.\ — Le Cinquante- 

naire de la fondation du college 
de Saint-Joseph, discours pro- 
noncti par le R. P. Martel,... dans 
la chapelle du college, le 14 Jan- 
vier 1900. - bulletin des anciens 
Aleves de I'ccole libre Saint-Joseph 
d' Avignon, mars, p. 327; — Avi- 
gnon, F. Seguin. in-8\ 

988. Masce'fta (Lorenzo). - Gli Amori 
. . del Petrarca. — Rasscgna Pugliese, 

1896. 
989 Maunier ^\lbert . Complainte 

sur I'horrible crime de Gouli. — 
Cavaillon, Mistral, in-plano. 

990. Maxe-Weria' (L.\ — Deux nou- 

veaux Documents incdits sur 
Francesco da Laurana. - Memoi- 
res de la Society des lettres, scien- 
ces et arts de 'Bar-le-Duc. 3* sirie, 
t. IX. 

991. Meraoire pour la Sociclc civile de 

I'ccole libre de Saint-Joseph d'A- 
vignon, ayant son si«bge social A 



ANNE^ 1900 



4b 



Avignon, centre Tadministration 
de renregistrement, des domaines 
et du timbre. — Avignon, F. Se- 
guin, in-4°. 
MoLiNiER (Auguste). — V. Alfonse 
DE Poitiers, n° 900. 

99a. MuNTZ (E.). — Les derni6res Anndes 
du sculpteur Laurana. — La 
Chronique des arts et de la curio- 
sity, n° 16 (21 avril , p. i52. 

993. — Les Triomphes de P6trarque. — 
La mbliofilia, avril-mai. 

9C4. MuRis Jean de . — La Schola en 
'.% Avignon. — La Tribune de Saint- 
Gervais, p. 23. 

995. (Euvres des vocations saccrdotale s 

ou des sdminaires du dioc6se 
d*Avignon. Ann6e 1900. — Avi- 
gnon, F. Seguin, in -8". 

Cf. Semaine religieuse du diocese 
d' Avignon, p. 432. 
Pamard (D' AlJfred). — V. Pamard 
(Pierre- Fran9ois-B6n6zet), n*996. 

996. Pamard (Pierre-Franyois-Bdndzet).— 

Un Contemporain de Daviel. Les 
oeuvres de Pierre-Fran^ois-Bdnd- 
zet Pamard, chirurgien et oculiste 
1 1 728-1793 , editdes pour la pre- 
miere fols, d*apr6s ses manuscrits, 
par son arri6re-petit-fils, le D' 
Alfred Pamard, ... et le D' P. Pan- 
sier. — Avignon, Seguin ; Paris, 
Masson et C'*, in -8". 
Pansier (D' P.).— V. Pamard (Pierre- 
Fran?ois-B6n6zet), n* 996. 

997. Parrocel (Pierre)". — Les 7lonuments 

fundraires de la chapelle de THo- 
tel-Dieu, A Carpentras. — Reu- 
nion des Sociitis des bcaujc-arls des 
deparlements, 24* session, p. 187. 
99H. Pasqu! (Ubaldo). — Sulla Casa ove 
nacque Francesco Petrarca. — 
Arezso, 'Belloi, in-i6. 

999. pETRARQtE. — Podsics compl^tes de 

Francesco Petrarca. Traduction 
nouvelle par Hippolyte Godefroy. 
(Sonnets, canzones, sestines , 
triomphes.) — Monllu(;on, Herbin, 
in-i6. . 

1000. PicoT (Emile). — Des Fran(?ais qui 

ont dcrit en italien au XVI* si6- 
cle. XIX. Louis de P^irussis. XX. 
Vasquin Philieul. — Revue des 
biblioth^ques, p. 59. 

100 1 . PiNSON ' Paul).— Le Marquis de Sade 

6tait-il fou? — L'Intermidiaire des 
chercheurs et des curieux, t. XLII, 
col. 661. 

1002. PoLi (Oscar de". — Cartulaire de 

r^glise d'Apt. — Paris, Conseil 
heraldique de France, in-8*. 

joo3. Porte (La^ de I'Oulle d Avignon. 
[Signi ;G.]. — Revue Mame, 18 no- 
vembre. 

1004. PRtLOTiR. P.\ — Le Cinquante- 
naire de la fondation du college 
Saint-Joseph fd'Avignon). Dis- 
cours prononcd par le R. P. Pre- 
lot, ancien recteur, dans la cha- 



pelle du college, le 27 mai 1900, 

— Avignon, F. Seguin, \n-S*. 
ioo5. Prologue de la soirde de gala or- 

ganisde par la 374' section des 
Prdvoyants de Tavenir^ Avignon), 
au profit de la crdation d'une 
caisse de secours en casde d6cds. 
Vendredi 10 mars 1900. — [Avi- 
gnon. F. Seguin], in-S". 

1006. Protection (La) des intdrCts com- 

merciaux et contentieux. Coute- 
lan et C" A Avignon. Repertoire 
des correspondants. — Avignon, 
J. Roche et Rullitre freres, in-8'. 

1007. PuisEux. — L'Ep6e et la crosse. 

Vie de Victor de Prilly, aide-de- 
camp du general Lacoste, puis 
6veque de ChAlons. — Lille, 
maison Saint-Joseph, in-8*'. 

inoS. Raolt[.-Aubry (F.). — Daudet et 
. Mistral.— Nouvelle revue, i" avril. 

1009, Rapport sur les conferences eccld- 
siastiques tenues en 1899 dans les 
divers doyennes du diocese d*A- 
vignon. — Avignon, Aubanelfrt- 
res, in-8'. 

loio. Raymond (IL). — Le Triduum en 
rhonneur de saint Jean-Baptiste 
de la Salle, fondateur de I'lnstitut 
des Fr6res des ecoies chretien- 
nes, ceiebrd en la basilique me- 
tropolitaine de Notre-Dame-des- 
Doms, les 18, 19 et 20 juin 1900. 
Compte rendu par .H. Raymond. 

— Avignon, F. Seguin, in-8V 

101 1. Recueil de cantiques A Notre- 

Dame-de-Vie, A Venasque. — 
Carpentras, Seguin, in-32. 

1012. Recueil de cantiques & saint Gens. 
' 9* edition, revue et augmentee. 

— Carpentras, Seguin, in -18. 

101 3. RTedon] (F.). — La Cavalerie. Les 

Templiers A la Cavalerie. Les 
Chevaliers de Mahc et les sei- 
gneurs de la Bastide-des-Jour- 
dans t la Cavalerie. Les Freres 
Hermites, rcligieux b6nedictins 
a la Cavalerie. Restauration de la 
Cavalerie en 1848. Le Pere Bar- 
nouin A la Cavalerie. La Cava- 
lerie apres le depart du R. P. 
Barnouin. — Semaine religieuse 
du diocese d' Avignon, p. 124, 232. 
245,261, 281, 297, 323. 365. 

1014. — Le Reverend Pere Marie-Benolt 

Barnoin, superieur du monastere 
de la Cavalerie. Aper^u histori- 
que sur la Cavalerie. — Avignon, 
Aubanel frtres, in-8*. 

1 01 5. Reinacu (Theodore). — Pierres qui 

roulent. I. Un decret de Demo- 
sthene au musee d' Avignon. — 
Revue des etudes grecques, p. i58. 
RiCARD. — V. Compte rendu, 
n* 926. 
1016 RiEU (F.\ — Compte rendu de 
Texposition de chrysanthemcs, 
tenue A, Avignon du 27 au 3o oc- 
tobre 1900. — Bulletin de la So- 



46 



BIBLIOGRAPHIE VAUCLUSIENNE 



ciete d'af^riculture et d'horticul^ 
ture de Vaucluse, t. 5i,p. 338. 

1017. — La Question de la monte dans 

Vaucluse. — Bulletin da la SocieU 
d'agriculture et d' horticulture de 
Vaucluse, t. 5i, p. 19. 

1018. Robert (Ulyssei. — Le Tombeau 

et les portraits de Philibert de 
Chalon, prince d'Oran^e. — ^U- 
moires de la Sociele des Anti- 
quaires de France, t. LX, 1899 
(paru avec le mill<^siine de igoi'i, p. 
289 ; — Paris, 1901, in-8«». 

1019. RoscnACH. — Le Cardinal de Nar- 

bonne ^i 347-1 376) (Pierre de la 
Jugie]. — Bulletin de I'Academie 
des sciences, inscriptions et belles- 
lettres de Toulouse, t. Ill (1899- 
1900), p. 56. 

1020. RouMANiLLE (Joscph). — Une Let- 

tre inddite de Roumanille. — Se- 
maine 7'eligieuse du diocese d'A- 
vignon, p. 602. 

1021. RoussKL (Ei:nest). — Une ancienne 

Capitale. Orange. — ^4 travers le 
tnonde, suppl. au Tour du monde, 
p. 249. 

1022. Roux (Abbe A. -J.). — Panegyrique 

de saint Agricol, prononce dans 
r(iglise paroissiale de Saint-Agri- 
col, le 2 septembre 1900. - 6'e- 
maine religieuse du diocese d'A- 
vignon, p. 5ii, 522, 578, 589, 6o3 ; 

— Avignon, Aubanelfreres, in-8". 

1023. [RoziERE iVicomte de)]. — Les 

Isnards. Notices historiques et 
g6n6alogiques, rddig6es d'apr^s 
les documents originaux, sur les 
families de ce nom en Italie et 
dans le midi de la France... 
Premiere partie. Comte Venais- 
sin, principautd d'Orange, Dau- 
phin6, Languedoc, Ilede France, 
Haute et Basse-Provence. — 
[Blois, C. Migault et C> ], in-4°. 

1024. Sagnier (A.). — Causes et date de 

I'enfouissement du tresor trouve 
au Pontet. — Memoires de I'Aca- 
ddmie de Vaucluse, p. 261; — Avi- 
gnon, F. Seguin. in-8". 

1 02 5. Saint Joseph et Saboly [Signi : 

A. G.]. — Semaine religieuse du 
diocese d'Avignon, p. 175. 

1026. Salamon (Mgr de). — Nouvelles 

de Rome. Un tableau de la cour 
papale. Lettres int-dites de Mgr 
de Salamon. Rome en 1817... — 

— Souvenirs et memoires, octobre. 

1027. Sale.mbier 'L.). — Le grand 

Schisme d'Occident. — Paris, V. 
Lecojfre, in -12. 

Bibliothtjque de I'enseignement 
de I'histoire ecclcsiastique. 

1028. Salvo -Cozzo. — Le « Rime 

sparse » del Petrarca. — Giornale 
storico delta letteratura italiana, 
t. XXX, p. 369 ; - Turin, Loescher, 
1897, in-8'. 

1029. SciiULTE (E.). — La Terrejr blan- 



che dans la France mdridionale 
en i8i5. — Sontagsbeilage zur 
Vossischen Zeitung, n* 16. 

io3o. Segre (C.>. — Petrarca e il giubi- 
leo del i35o. — Nuova antologia, 
16 mai. 

io3i. Seymour de Ricci. — Un nouveau 
Manuscrit 6pigraphique de Pei- 
resc [A la Biblioth6que de Car- 
pentras]. — Revue archtologique, 
3* s6rie, t. 36, p. 425. 

io32. SiCARDi (Enrico\ - Attorno al Pe- 
trarca e a Laura. — Rivista d* Ita- 
lia, fasc. 10; — Roma, Societd 
editrice Dante Alighieri, in-8*. 

io3'. Soci^t6 des Amis du th6Atre anti- 
que d'Orange. Statuts. — Paris, 
Le Due, 1899, in-4*. 

1034. Soci6t6 immobili^re d'Avignon. 
Procis-verbal de I'assemblde g6- 
n(irale ordinaire et extraordinaire 
r^unie t Avignon, le 1 1 avril 
1 9fjo. — Avignon, F. Seguin, in-12. 

Io3^. Steinherz (S. . — Das Schisme 
von 1378 und die Haltung 
Karls IV. - Mittheilungen des Ins- 
tituts fitr oesterreichische Ge- 
schichtsforschung , Band XXI , 
Heft 4. 

io36. Syndicat agricole vauclusien. As- 
sembl^e g6ndrale du 3o novem- 
bre 1900. — Avignon, F. Seguin, 
in-8". 

1037. Tambour (Le) d'Arcole. [^Signe 
LE. v.] — L'Intermediaire des 
chercheurs et curieux, t. XLI, 
col. 1002. 

io38. Tessier «F.) et Flahaui.t Ch.). — 
Le Versant meridional du massif 
du Ventoux, par F. Tessier, ... 
avec une note sur la flore, par Ch. 
Flahault. — Revue des eaux etfo- 
r^ts; — Poitiers, Blais et Roy, 
in-8". 

1039. Traciisel (C.-F.). — Franciscus 

Petrarca nuncius apud rempu- 
blicam Venetam pax fecit cum 
Januensis. Medaille originate et 
authentique du XIV si6cle jus- 
qu'ici inddite, model^e par Mem- 
mi, dit maitre Simon de Sienne. 
— [Lausanne, G. Bride I et C'«], 
in-8-. 

1040. Un Souvenir de i83o. [i83o A Avi- 

gnon.] — Garnet historique et 
litter a ire, p. 379. 

1 04 1. Vai.ens-Niel. — Comptc rendu des 

operations de I'Association avi- 
gnonaise de bienfaisance mu- 
tuelle pendant • I'exercice 1898- 
1899. — Avignon, F. Seguin, 
in-8*. 

1042. Valois (N.). — Notes sur les reve- 

lations de Marie Robine, d'Avi- 
gnon (milieu du XV si6cle\ — 
Bulletin de la Sociele nationale 
des Antiquaires de France, 1898, 
p. a3i. 

1043. Vaschalde(H.). —La Comtesse de